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À cette interrogation, que s’adresse inévitablement à lui-même quiconque cherche à comprendre le temps où il vit, nous n’hésitons pas à répondre par l’affirmative.
Il y a une question sociale dans ce sens d’abord qu’il existe un péril social. Les adversaires de l’ordre social actuel, les ennemis de la propriété, ou, si l’on veut, du régime actuel de
Dre la propriété, sont nombreux et organisés ; ils se concertent d’un pays à l’autre et n’attendent qu'une occasion favorable pour se mettre en possession par la violence, aïnsi qu’ils l’ont déjà tenté plusieurs fois depuis un demi-siècle. Ces légions de mécontents se recrutent
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principalement parmi les salariés de l’indus- | trie. Aussi bien, dans les pays essentiellement agricoles, dans Les pays surtout où la propriété du sol est très divisée, un mouvement de leur part n’est-il guère à craindre, parce qu'il n’aurait aucune chance de succès. Dans les pays de grande industrie et de grands domaines au contraire, là où des milliers d'ouvriers sont groupés dans les ateliers d’un seul homme, pour le compte duquel il travaillent, tandis que la campagne est également cultivée par des bandes de journaliers au profit de quelques seigneurs, il est assez évident que si les salariés venaient à se mettre d'accord, rien ne pourrait résister à leur volonté. Il y a quelque chose d’inconcevable dans l’aveuglement de ceux qui comptent sur la force armée pour la répression d’un mouvement dirigé contre la propriété, sans penser que les défenseurs sur lesquels ils s’appuient sont les frères des assaillants, dont ils partagent les intérêts, les passions et les idées. Comment peuvent-ils s’étourdir au point d'oublier la somme de haines que leurs exécutions sommaires ont amon-
peuvent-ils subsister après s'être demandé ce que deviendra le monde le jour où le premier régiment sommé de charger les masses aura tourné la crosse en l’air ?
Mais le maintien de l'ordre actuel par la Re force füt-il, aussi assuré qu il l'est peu, la
clamations. qui s ’élèvent ne sont pas gratuites. ÿ Ce n’est pas l'envie, ce n’est pas la soif de jouir qui les suggèrent, c’est la réalité de la
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souffrance et du besoin. Dans plusieurs pays, qui ne sont pas tous bien éloignés, la condition ordinaire des ouvriers formant le gros de la population n’est réellement pas satisfaisante. Nourriture, habitation, ateliers, rien n'est tel qu’il le faudrait pour l’entretien d’une population robuste ; tandis que la nature du travail et sa durée suppriment la vie de famille, empêchent le développement intellectuel et fomentent la corruption. Et si des améliorations d’une certaine importance ont eu lieu
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celées sur la tête de leurs enfants, et comment
question sociale subsisterait toujours. Les ré-
sous ces divers rapports depuis quelques années, on les doit à des mesures législatives,
‘une intervention de l'Etat dans les rap- ports entre le maitre et l’ouvrier qui déroge aux principes du droit commun sur les contrats et sur la propriété. En fait, la révolution sociale a déjà commencé. Entre les explosions violentes, 5omme celles de 1848 et de 1871, elle se poursuit d’une manière continue, tant par les lois d'exception destinées à la combattre que par e la réglementation de l'industrie et l’organisation de l'assurance obligatoire qui transforment peu à peu le droit civil. Mais en tout pays il reste encore beaucoup à faire.
- Dans ceux où la condition de l’ouvrier est relativement satisfaisante pendant que les fourneaux et les métiers sont occupés, elle reste toujours déplorablement. précaire. Dé-
pes de circonstances et de volontés sur
vrage qu'il ne verra jamais achevé ; la paie ebdomadaire est le seul es qui FetIRsS à
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es 96 LES RÉFORMES NÉCESSAIRES
aliment à sa pensée ; sa propre condition pas | davantage, car il ne peut rien pour elle : de* lire, il n’a pas le temps. La piété seule, une | piété intense et profonde pourrait l’arracher as l'alternative de la chimère ou de l’hébêtement.w
La condition de l’ouvrier diffère de celle de“ l’esclave en ceci que s’il se distrait de son tra- | vail, il n’en est puni que par la faim et non par. des coups ; en revanche, le propriétaire trouve: en général son compte à ménager les forces:
de l'instrument vivant qu’il achète, tandis que. la conservation de celui qu'il loue à l’heure: n'étant pour lui d'aucun intérêt, il s’efforcera naturellement d’en tirer le plus grand parti | possible dans un temps donné. Dans les pays | soumis à la taxe des pauvres, l'assistance publique reçoit les débris dont l'entrepreneur | laisse la charge à ses concitoyens, qui de leur côté s’arrangent de manière à pouvoir la sup-. porter. Le sauvage assomme un père incapable de pourvoir à sa nourriture, et le Révé-. rend anglais qui s’en indigne ne songe pas à. se demander combien une prompte mort serait.
préférable à la longue agonie deses Workhouse.
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RÉALITÉ DE LA QUESTION SOCIALE oi
L'ouvrier pourrait améliorer son sort par l'épargne, peut-être même est-il indispensable qu’il épargne pour l'améliorer ; mais sur quoi les simples soldats de l’armée industrielle épargneraient-ils ? Sur l'alcool et sur le cabaret le plus souvent, ce qui serait tout profit, même quand le cabaret supplée au défaut d’un logis habitable et que l'alcool sert à faire supporter une alimentation insuffisante. Seulement, dans ces conditions, la vertu parait bien difficile. Pour celui qui, voulant amasser pour l’avenir, hâterait l’arrivée des infirmités ou nuirait à la santé de ses enfants en prenant sur leur nécessaire et sur le sien propre, il ferait certainement un mauvais calcul. Sans monter jamais à des chiffres très considérables, l’épargne collective de sa classe pourrait peut-être beaucoup pour en transformer la condition ; mais l’épargne de l’ouvrier seul sera souvent, peut-être, hélas ! le plus souvent absorbée en quelques semaines par le chômage, ou plus lentement, pour combler les déficits d'entretien laissés par un salaire insuffisant et qu'il n’aurait peut-être pas accepté sans cette
ressource subsidiaire. Dans les conditions
moyennes d'intelligence, de force corporelle et . de santé, le simple ouvrier de fabrique n’a . presqu’aucune chance d'échapper à son état ni d’en procurer un meilleur à ses enfants.
Et c’est bien ainsi que l’entendent générale- . ment ceux qui, lui prêtant l'outil et dirigeant . son labeur, y trouvent les moyens de multi-.
plier rapidement leurs capitaux, tout en vivant dans le confort et dans l'élégance. «Vous aurez toujours des pauvres avec vous, » dit.
l'Évangile, suivant la traduction consacrée ! ;
et s’il n’ajoute pas : « et vous vous nourrirez « toujours de leur sang,» il est aisé de sup-
pléer à cette lacune. Que dirons-nous de .
l'insécurité, dont le sentiment accablerait . le salarié s’il n’en était défendu par une in- : souciance peu compatible avec la raison ? La
dépression des affaires, les crises politiques, . les crises monétaires, les changements de la :
1 Matth. XXVI, 11. Dans le texte grec, le verbe est au présent et le passage ne saurait avoir la portée universelle qu'une exégèse conventionnelle a tirée d’une faute d'interprétation et. qui en à fait une arme si puissante contre l'Evangile.
mode ne menacent pas seuls l'unique travail
dont il est capable. Un simple changement de
machine ôte à des milliers leur gagne: -pain. Optimiste de profession, l'économiste les consolera par la pensée que ce n’est là qu’un inconvénient transitoire ; mais comme les perfectionnements de l'outillage imposés aux “entrepreneurs par la concurrence sont périodiques, et peuvent atteindre plusieurs fois la même génération d'ouvriers, leur caractère transitoire n'importe guère à ceux qu’ils privent de leur pain.
La position de ces serviteurs de la machine, que la machine tend constamment à remplacer, semble assez triste ici-bas pour fixer leur pensée et leurs vœux sur les félicités de la vie à venir dont la religion contient l’espérance ; mais comme nous, les frères de ces hommes-