SEPTIÈME ARTICLE
Les mauvais rêves.
. Cest pour nous une bonne fortune d’avoir trouvé dans l’article de la Revue socialiste reproduit ici en substance vendredi dernier une représentation de l’ordre que l’école collectiviste aspire à fonder dont la fidélité nous soit garantie par un témoignage irrécusable.
Cette esquisse confirme ce que nous crovions savoir déjà : elle nous montre que le rêve du socialisme est un mauvais rêve.
Nous ne prononcerons pas le mot d’utopie, c'est une épithète dont on affuble trop aisément toute réforme un peu incisive. Nous n’argüons point l'impossibilité d'exécution et nous ne discutons pas les moyens auxquels le socialisme serait forcé d’avoir recours pour abou-
tir : ses principaux chefs répudient l'emploi de : P )
la violence, ils prétendent arriver par les voies
légales, et, en effet, il est aisé de constater un.
antagonisme entre l’ordre économique actuel et ce suffrage universel dont les pays qui en sont dotés ne savent pas comment ils pour-
raient revenir, et vers lequel gravitent mani-.
festement ceux qui n’en jouissent pas encore. Tôt ou tard, cet antagonisme éclatera ; les pauvres, qui sont la majorité, n’ont pas encore
trouvé le moyen de se faire représenter dans
les Conseils, mais ils le cherchent soigneusement et finiront bien par le découvrir. Pour
qui n’est pas doué d’un imperturbable scepti-
cisme sur la liaison des causes et des effets, l'alternative n’est plus entre la révolution sociale et le statu quo, mais seulement entre la révolution et la réforme sociales ; c’est pourquoi tous les projets de réforme doivent être accueillis de bonne grâce et mis à l'étude; c’est aussi pourquoi les systèmes révolutionnaires
épousés déjà par un grand parti méritent
Pexamen le plus sérieux. Voici le résultat de notre premier examen :
+ LES MAUVAIS RÈVES | 7e
La société collectiviste ne tiendrait aucune des promesses qu’on fait en son nom:
D'abord elle ne donnerait pas du pain et de la viande à tout le monde, même en supposant, comme les adeptes le font avec une légé-
reté singulière, que la population ne s'accrüt
pas plus rapidement qu'aujourd'hui lorsque, du même coup, les parents Seraient déchargés du soin de nourrir leurs enfants et privés des moyens de pourvoir à leur sort à venir.
Ensuite, quand tout marcherait comme les collectivistes l’espèrent, quand l’organisation socialiste de la production procurerail l’aisance matérielle à tous les habitants du territoire, cette organisation implique un tel despotisme, elle diminue à tel point l'initiative et la responsabilité de l’individu, tout en brisant les nœuds de la solidarité naturelle pour les remplacer par une solidarité tout artificielle et tout extérieure, qu’elle entrainerait infailliblement la dégradation de l'humanité ; de sorte que nos misères actuelles seraient encore un paradis au regard de son abondance.
- Enfin, pourquoi les résultats du collectivisme
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nepourraient-ils être que mauvais? Parce que
le but qu'il se propose est mauvais, parce que
le sentiment qui le suggère est un sentiment «
coupable. Le but que poursuit le socia-.
lisme, il avoue très franchement : c’estle nivellement des conditions sociales, c’est l’établissement de l'égalité. Mais quelqu’enracinés que
puissent être le sentiment et le préjugé con- F
traires, il suffit d'un moment de réflexion sé- #
rieuse pour comprendre que l'égalité n’est «
point une chose désirable. Le but à se pro- M
poser ne saurait être l’objet d’un caprice; il 4
est marqué d'avance : c’est le complet dévelop- «
pement del’humanité, et ce développement est #
incompatible avec l’égalité des conditions. L’é-
galité n’est pas naturelle, elle est contraire à
la nature; nous avons déjà rappelé dans une 4
étude précédente que le jeu de la liberté pro-
duirait infailliblement, au bout d’un temps }
assez court, les plus grandes inégalités écono- :
miques dans une société dont tous les membres seraient partis exactement du même point. Aussi bien le socialisme a-t-il compris qu’il ne peuvait réaliser son ambition qu’en suppri-