EN PHILOSOPHIE SOCIALE
eux, mais qui contribuent à élever le goût et à
maintenir le personnel d'élite nécessaire au
succès de ces industries. Indépendamment de leurs conséquences économiques indirectes, qu’il est impossible d’apercevoir toutes et de suivre jusqu'au bout, la production et l’acquisition d'objets d’art ainsi que bien d’autres occupations et consommations improductives peuvent mériter l'approbation et ne rester pas moins choses de luxe aux yeux de l'Economi-
que abstraite, dont la richesse collective est
» diinni hi COURS
l'unique objet.
Par cette réflexion nous sommes entré dans
la sphère plus large de la philosophie sociale.
L'art qui en dérive a pour objet le bien-être général. [ci la richesse n’est plus qu'un moyen et les problèmes de répartition arrivent au premier rang, parce que le bien-être et le malaise sont des phénomènes de conscience,
dont le siège est l'individu. En passant d’une
discipline à l’autre, le sens du mot luxe change : nous devons désigner ainsi maintenant les dépenses superflues qui ne contribuent n1 directement ni indirectement au bien être du grand nombre; et de notre nouveau point de vue nous les condamnerons lorsqu'elles pourraient nuire à ce grand nombre, ce qui sera le cas ordinaire, car on nuit à ceux qu’on appauvrit et toute consommation superflue entraine un appauvrissement : en détruisant un objet utile, on fait renchérir les similaires et l’on oblige à s’en passer ceux qui n'y peuvent pas mettre notre prix; les gens qui consomment des capitaux font monter lintérêt et privent quelques travailleurs du salaire à gagner dans telle entreprise qu’ils rendent impossible par cette hausse; pour un habile ouvrier qu’ils payent grassement, ils en condamnent dix au chô-
mage ; celui qui dine à trente francs empêche
quelqu'un, je ne sais où, de diner à quinze sous. Cependant bien des dépenses qui seraient luxe pour l’économique pure passent à l’utile en philosophie sociale : ainsi les concerts gratuits, les beaux édifices publics, la décoration