EN PHILOSOPHIE SOCIALE
des jardins et des places, dont l'aire importe À seule à l'hygiène, et par suite à la production. L'élégance même des façades, la splendeur des toilettes et des équipages (je ne parle pas des livrées) — cet éclat joyeux, auquel la prudente commisération de l’éminent économiste cité plus haut préfère le luxe discret des appartements — charme un instant l’œil du piéton trop
fier pour l’envie. Economiquement, c’est bien du luxe, et moralement aussi, lorsque la satis-
faction cherchée est égoiste ; mais au point de
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vue social, là question d’opportunité mise à part, ce luxe n’est pas condamnable, puisqu'il donne du plaisir aux esprits bien faits. Sans oublier qu’avec des ouvriers plus capables, les articles courants seront meilleurs. Il n’est pas jusqu'aux grands vins qu’on ne puisse absoudre, comme la meilleure manière d'utiliser certains emplacements ; on voudrait seulement qu'une demande un peu moins empressée en laissât les prix plus abordables et permit à plus de lèvres de s’y mouiller... une fois.
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Ainsi plus l'horizon s’élargit, plus la diversilé des intérêts contemplés augmente, plus se rétrécit le champ du luxe, parce que la signification du terme se modifie. Voyons donc maintenant ce qui sera luxe pour le moraliste, tenu de considérer la vie sous tous les aspects. Le sens vulgaire du mot s'impose à lui, il ne peut pas s’en détacher; mais il faut qu'il le précise, et il ne pourra le préciser que si d’avance il a pris son parti d’attacher au mot un sens favorable ou défavorable. C’est ainsi que nous avons procédé jusqu'ici sans y trouver de difficulté sérieuse et sans rien préjuger arbi-
trairement sur le fond des choses. Au point
de vue économique nous n’avons considéré comme luxe aucune dépense économiquement justifiable, comme au point de vue social aucune dépense avantageuse ou innocente relativement à l'intérêt social. Nous le pouvions, parce que le sens général du mot luxe est élastique, tandis que le point de vue économique
et le point de vue social sont assez nettement
définis ; mais le point de vue moral ne l’est pas : autant de philosophies, autant de mo-
‘rales,
Toutefois, dans le sujet qui nous occupe,
nous n’aurons pas besoin de remonter aux
axiomes générateurs d’un système (axiomes ou postulats). La morale est l’art de la vie: étudier un sujet sous le point de vue moral, c’est le considérer dans son rapport avec le but de la vie; nous devons donc expliquer comment nous entendons ce but, mais quant à justifier notre conception en la déduisant de notre principe, nous en épargnerons la fatigue au lecteur, parce que, sur cette matière, nous n'avons pas besoin de sortir du lieu commun:
à la prendre dans ses généralités, notre morale est la morale traditionnelle, que chacun connaît, et ce qu’il peut y avoir de personnel dans notre manière de la justifier et de la
comprendre importe peu dans la question.
Nous espérons doné avoir l’aveu de tout le
monde en disant: le but de la vie, c’est la vie,
c’est-à-dire la réalisation de toutes les puis-
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sances de notre être, la pleine manifestation,
le développement intégral de l'humanité par
le développement et l'achèvement des individus qui la composent, d’où résulteront comme conséquence l'établissement, la récularisation et l’intégration de leurs rapports.
Chacun peut s’accommoder de ce cadre, mais chacun n’y placera pas le même dessin.
Ainsi l'emploi du mot vie risque de soulever un nouveau problème : de quelle vie est-il
question, de la vie présente, apparente, éphé-
mère, ou de cette vie éternelle dont parlent encore quelques-uns ? Il semble que tout dépende de cette alternative. Néanmoins nous en ferons abstraction, certain que la condition d’une bonne vie à venir ne saurait être que laccomplissement normal de celle-ci, tel qu’il est marqué par l’ensemble de nos facultés et de nos dispositions naturelles. Le développement harmonieux de ces aptitudes et de ces
tendances ne saurait être un déploiement uni-
forme, en lignes parallèles, comme si toutes avaient la même importance et que chacune fût un but pour soi. Il y faut une proportion,
il y faut un centre, et la conception morale . de la vie ne saurait trouver un tel centre que dans la vie morale elle-même, dans l’éduca-
; à l’exercice de toutes les puissances de notre être. Tout y converge et tout en rayonne.
Maintenant en quoi consiste la bonne con- dition de la volonté? — A nous vouloir tels | que nous sommes : organes libres d’un organisme de volontés, nous ne pouvons avoir rais. sonnablement d'autre but que la perfection de cet organisme, la consommation de son unité par la convergence des volontés particulières, 4 par la fusion de ces volontés dans la récipro- 4 cité du même amour. Ce n’est pas l’altruisme, . mot détestable, non parce qu’il est laid, et - barbare en deux façons, — son { venant du [atin et son w du français, — mais parce qu'il défigure l’idée d’une chose excellente — d’aà bord en mettant l’activité volontaire à la remorque des instincts, qu’elle doit bien plutôt diriger en les dominant par la raison; puis en consacrant comme une nécessité permanente L- et normale un antagonisme de penchants causé