‹ Études sociales et économiques sur le Canada [microforme]Chapitre 17 sur 38 · FRE · texte numérisé non relu

FRE

FFERFE

LE Lu Le

À APPLIED MAGE line BITES (716) 482 - 0300 - nes (716) 288 - 5989 -

DES cpégeir y

PE en

ee TT

Ex

TR S E ur É bues

Des gens bruyants et grossiers tiennent sans honte des propos bas, vulgaires et inconvenants. Partout règne le mauvais goût, la proprets est douteuse, les mises négligées, les traits sont altérés par Pivrognerie et les excès, Les hommes ne respectent guère les femmes qui, à vrai dire, inspirent bien peu le respect, tandis que l’enfant misérable a perdu le charme ordinaire de l'enfance et ne provoque qu’une pitié où il entre involontairement de la répugnance et qu dégoût. L'éducation d’une telle foule se fait au cabaret ou dans des lieux P: 1têtre plus infàmes.

L'on sait par expérience combien il est difficile de racheter ces sociétés corrompues. De même que la bonne éducation et la culture arrivées à un certain degré font rapidement école, de même aussi la bassesse et le vice, fruits de la Mauvaise éducation, forment à un certain degré de dépravation sociale un tourbillon qui enlève de la face de la terre les sociétés qu'ils atteignent.

L'influence de l'éducation se manifeste ainsi de mille manières. Tel groupe de population fournit presque exelusivement des hommes d’affaires et des commerçants, sans donner sa juste proportion d’hommes d'Etat, de littérateurs et d'artistes: C’est une armée sans généraux. l'el autre sroupe, c’est le cas des Canadiens-Français de nos jours,produit un certain nombre d’hommes publics illustres sans que les autres puissances sociales se développent suffisamment. L’échelle reste vide aux degrés intermédiaires et même à certains des échelons supérieurs, car dans une telle société, les artistes et les savants restent incompris, ils se dirigent vers les Pays où ils trouvent un public et une carrière. On voit des généraux sans armée, Dans les deux cas On peut conclure à un vice radical dans l'éducation nationaie.

L’on pourrait multiplier presque à l'infini les exemples pour établir que l'éducation nationale Systématique et saine est la condition essentielle, non seulement d’une condition économique et sociale favorable, mais encore de l’existence d’un sentiment vraiment religieux et chrétien chez les individus. Les ignorants ne peuvent pas être des chrétiens et des citoyens, parce que ces deux qualités ne se trouvent que chez l’homme civilisé, et que l’homme vraiment ignorant est un barbare. Quel autre

nOM lui donner puisqu'il n’obéit que par habitude ou par crainte à des lois morales et sociales qu’il n’est en état ni de formuler ni même de comprendre. Dans nos sociétés démocratiques, c’est le peuple qui dicte ses lois; c’est “le résultat d’une évoiation intellectuelle,” disait Claudio Jannet. Quel effondrement social pour les populations ignorantes! Mais quelle puissance pour le bien entre les mains de celles qui savent en faire usage! Ce point est admirablement indiqué par un évêque américain, Mgr Chatard, cité par le même auteur: “Dans le monde entier, an changement s'opère de l’ordre des choses ancien à un nouveau, de l’état de tutelle dans lequel la masse du Peuple vivait dans toutes les contrées, à la liberté individuelle qui existe parmi nous et qui fait graduellement son avènement ou s'accroît dans toutes les nations civilisées, Ce changement fait continuellement surgir des idées qui doivent être examinées et sur lesquelles il faut se Prononcer. Cela exige une #rande activité d'esprit et une grande lutte d'opinion qui a ses avantages, Nous ne sommes pas effrayés de l'usage de la raison.” “Si telle est l’essence de la démocratie, conclut Claudio Jannet, nous ne pouvons espérer qu'étant toute-puissante elle n’obéisse volontairement aux lois de la justice et de la raison qu’en l'instruisant et l’élevant.” Donc pour élever le peuple à Ja hauteur de sa mission, il faut lui donner l'instruction, et surtout l'éducation, en créant et développant des hérédités utiles à la race et à la nation physiquement et intellectuellement ; en formant une élite néces-aire aux Progrès de tous; en organisant srstématiquement l’enseignement populaire de façon à lui imprimer une direction saine et vraiment nationale.

Il va sans dire que ces divisions sont arbitraires: elles ne SCnt pas réelles et ne peuvent dans Ja Pratique se séparer. Elles ne sont utiles que pour la plus grande clarté d’une étude. Un professeur de Chicago les résumait toutes lorsqu'il disait : “Le but de l’école c’est de socialiser l’enfant.” Cet aphorisme æmblerait avoir été inspiré par l’admirable traité de M. Alfred Fouillée sur PEnseignement au point de vue national, auquel nous avons emprunté cette classification, parce qu'elle nous paraît si bien s'appliquer à la population du Canada. surtout à la française, Expliquons-nous maintenant sur ces divers points :

“Il faut, dit M. Fouillée, créer par l’éducation des hérédités utiles à la race physiquement et intellectuellement. La vraie : éducation est celle qui au lieu de stériliser les cerveaux par l’épuisement de leurs forces, les rend de plus en plus féconds par le développement de Capacités variées.” I] nous semble, en effet, que lorsqu'il s’agit de l’éducation nationale, créer et plus encore développer des hérédités est un point capital. Car s’il est incontestable que l’éducation et l'instruction poussées longtemps dans un sens déterminé peuvent créer certaines hérédités et modifier le caractère national, il estévident aussi que si la nation dont il s'agit présente, comme ja nation française, Par exemple certains caractères de haute cupériorité qui sont devenus héréditaires, ce sont celles- à qu'il importe de conserver et de perfectionner tout d’abord. En les développant on arrive précisément à la formation de cette élite qui est essentielle au progrès de la nation tout entière, Récemment, en France, dans le but très louable en soi de fortifier les études scientifiques et techniques, on s'est élevé fortement contre les études classiques poussées à outrance; on a demandé un cours plus pratique, et on & donné dans l’excès contraire. On ne parla plus que de l’enseignement des sciences. Comme si la science, la véritable æcience pouvait s’inculquer d'emblée à des esprits insuffisamment préparés! Comme si on Pouvait raisonner juste avant que d’avoir appris à penser, avant d’être homme, avant d’avoir fait ses humanités. Les fortes études classiques, la gymnasti- Que intellectuelle qui élève 1a Pensée humaine au-dessus des détails et des spécialités pour l’amener à envisager le monde dans son ensemble, de comprendre, en autant que les hommes peuvent le faire, la beauté et la vérité pures, qui lui inspirent l’amour de l’idéal et quelque chose du désintéressement de l’idéalogur tant décrié, voilà précisément ce qui a fait la grandeur de 1: race, de la pensée française, c’est ce qui fait qu’elle marche à la tête de la civilisation. Vouloir supprimer ces hautes études, cesser de cultiver ce sol si fécond, ce serait un suicide national pour la Nouvelle-France comme Pour l’ancienne. Cela dit, admettons que la critique qu’on a faite des collèges classiques et des lycées ne soit pas dépourvue de vérité. Nous ne croyons pas que M. Demolins, M. Jules Lemaître et tant d’autres censeurs

aient voulu autre chose que la réforme de cette grande institution, de cette méthode d’enseignement éminemment philosophique, de cette pépinière d’hommes,. Quant à M. Fouillée, il demande une organisation d’enseignement secondaire ou classique unique et générale avec de £.mples ramifications finales déterminées par les aptitudes. Sa conception nous semble la plus belle et la plus juste de toutes et nous osons la traduire par une image qui nous paraît l'expliquer. Les études classiques actuelles peuvent se comparer à un beau peuplier de Normandie qui dresse sa tête très haut dans les airs et domine tous les arbres d’alentour. Mais non loin de lui s’élève un orme également majestueux, nourri d’une sève non moins puissante. Seulement ses branches, au lieu de pousser simplement en hauteur, s'étendent et forment un large abri. C’est à ses pieds qu’on viendra de préférence chercher l'ombre et la fraîcheur. Il est aussi beau et aussi grand que s0n voisin, mais il est plus utile. Le peuplier représente l’ancien enseignement classique rigide. L’orme c’est l’école nouvelle, les classiques réformés qui laissent subsister l’institution ancienne, l’embellissent, la fortifient et étendent ses bienfaits à toutes les sciences, à tous les arts, qui jusqu'à ces derniers temps s’en croyaient exclus. Cette réforme n’a rien d’impossible, puisqu'il ne s’agit ni de toucher au fond même de l'institution ni de surcharger les programmes de sujets nouveaux. Ce serait là précisément rétrograder. L’enseignement technique des sciences hors de propos abaisse plutôt qu’elle n’élève l'intelligence Par la confusion qu’elle y fait naître. C’est tout au plus si l'enfant en retient certains mots baroques dont le sens lui échappe souvent. Ce qu’il faut c’est appliquer à l’enseignement de la science la même méthode vhilosophique qui préside à l’enseignement des lettres. Il fart humaniser la science.

“D'abord, dit M. Fouillée, il faut montrer dans les sciences le côté humain, la part de l'esprit dans leur formation et dans leurs découvertes; c’est-à-dire que la méthode à chaque science, qui est une application de la logique générale, devrait être l’ob-’ jet d’une étude particulière et attentive. Cette logique, d’ailleurs, ne serait pas toute abstraite, car elle pourrait s’accom- Pagner de grands exemples fournis par l’histoire des sciences.

ra d’autres, Quel intérêt prendraient l’arithmétique et la géométrie si On joignait un Peu de leur histoire à l'exposition de leurs principales théories, si on assistait aux efforts des Pythagore, des Platon, des Euclide, ou, plus tard, des Viète, des Descartes, des Pasca!, des Leibnitz! Les grandes théories, au lieu d’être des abstractions mortes et anonymes, deviendraient des vérités vivantes, humaines, ayant leur histoire, comme une statue ‘qui est de Michel-Ange, comme un tableau qui est de Raphael.” C’est cet esprit scientifique, qui fait aimer la science et ne surcharge pas l'esprit de détails, qu’il faut introduire dans les étu-

C’est ainsi qu’on approchera du désidératum de Dem:lins, l’étude de l’homme et l'observation méthodique et comparée, c’est-à-dire la science sociale, base des études nouvelles. L'élève comprendra alors que toutes les carrières sont honorables, il recevra un entraînement qui le préparera aux hautes carrières scientifiques aussi bien qu'aux professions dites libérales et

titutions d’enseignement secondaire, et si ces lignes venaient à tomber sous les yeux de quelques-uns des excellents directeurs, ils se rendraient bien mieux compte que nous de la portée de ces quelques considérations générales, résumé d’une foule d’études de spécialistes aussi bien que le résultat de nos propres réflexions. Exerçant depuis de longues années avec dévouement et abnégation la noble profession d'irstituteur, ils ne Mmanqueraient pas alors de Comprendre dans quel esprit nous les leur offrons.

Avant de quitter cette partie de notre sujet, faisons encore

SUR LE CANADA 9ù

une observation. A la direction intellectuelle On devrait joindre l'entraînement physique. A notre avis c'est là une partie de l'éducation qu’on néglige beaucoup trop. La plus solide instruction est inutile si le corps est souffrant. Comment entreprendre la lutte pour l'existence si la santé fait défaut? Nous voudrions aussi voir raser les hautes murailles qui entourent trop souvent les collèges. Que le jeune homme s’accoutume de bonne heure à la liberté dont il doit jouir plus tard. Il apprendra alors à s’en servir Sans en abuser. C’est là l'essence même de cette école d'initiative que prèche M. Demolins. Le sentiment de la liberté et de la force inspire une noble franchise, une audace saine et modérée de fortes études.

r les collèges, Ceci nous amène à dire quelques mots de la troisième division de cette étude, l’organisation systématique, de l’enseignement de façon lui imprimer une direction saine, vraiment sociale et nationale,

Ici la question s’élargit considérablement. Il n’est plus question seulement de la formation de l'élite sociale, œuvre pour laquelle, nous l’avons vu, le Canada français est assez convenablement outillé, Il s’agit de l’enseignement à tous les degrés, et plus spécialement de l’enseignement primaire qui forme la seconde base de l’éducation nationale.

44 pre

A nm

je of)

Que faut-il faire pour rendre l’enseignement primaire systématique, sain, social et national? Avant de répondre à cette question, examinons pourquoi il est nécessaire qu’il en soit ainsi. Pourquoi ne devons-nous pas nous contenter du système actuel, puisqu'il est prouvé que le nombre des illettrés diminue rapidement dans le Canada français! On pourrait répondre

tout d’abord que si la comparaison ayec le même groupe dans le passé est favorable, elle est encore très défavorable et humiliante pour le groupe : français, si on le compare aux autres groupes de population au Canada. Mettons-nous cependant à un point de vue plus élevé! Ecoutonsencore M. Fouillée: “Plus la civilisation fait de progrès, plus la force appartient à tout ce qui est organisé, systérhatisé, organisé hiérarchiquement. . ... La nation qui saurait introduire dans l’enseignement l’organisation la plus puissante et la plus vive aurait, par cela même, dans le domaine intellectuel, une supériorité analogue à celle des gouvernements et des armées fortement organisés.” Nous pouvons voir aux Etats-Unis une preuve de la vérité de cette observation. L'enseignement n’y est pas toujours recommandable. Généralement, on y néglige l’idéal pour s’attacher trop à la méthode exclusivement utilitaire. Mais il est un point sur lequel on idéalise, et même à outrance, c’est lorsqu'il s’agit d’inspirer aux enfants, avec l’amour de la patrie, une haute opinion de sa grandeur. Comme conséquence, tous les jeunes Américains sont des patriotes ardents sinon éclairés, prêts à exalter toute idée qui semble devoir agrandir et glorifier leur pays. C’est la contemplation superficielle de ces résultats qui a fait tomber un grand esprit comme Herbert Spencer dans l'erreur, à notre avis du moins, de placer l’éducation purement utilitaire au premier rang. Spencer resta toute sa vie l’ennemi des docteurs des grandes universités classiques d'Angleterre. Ceux:-là, il est vrai n’avaient pas compris la doctrine de l’évolution dont Spencer s'était fait l’apôtre, mais il nous semble incontestable que si, avec son génie, celuici avait eu l’avantage de leur entraînement intellectuel, il aurait évité certaines erreurs où il est tombé. Du reste, il fut un précurseur, un de ces esprits indépendants et vastes qui ne tombent pas dans la règle commune et qui restent grands dans leurs égarements comme dans leurs découvertes.

Le peu d'enseignement primaire qu'on accorde à l'enfance dans la province de Québec est peut-être sain ; encore est-ce douteux lorsqu’on examine de près la qualité des instituteurs. Mais il n’est ni national, ni social, ni systématisé, ni suffisant. Il ne deviendra national, social et suffisant que lorsqu'on l'aura systématisé. C’est là un tes points dont dépend l'avenir de la race française au Canada. Il faut, si elle veut survivre et accomplir ses destinées, qu’elle soit plus instruite que les autres races, plus entraînée quant aux études supérieures et secondaires, Parce que son rôle en Amérique doit être celui de la race française en Europe; mieux organisée de toutes manières pour pouvoir maintenir au moyen de sa vie sociale et économique ce niveau élevé qui lui permettra d’être et de rester le peuple lumière. Que nous qui avons l'avantage de l'instruction, qui devrions aider à l’évolution, mais qui le faisons si peu, le voulions ou ne le voulions pas ,que nous nous en occupions ou que nous ne nous en occupions pas, cette évolution se fera. Elle nous laissera en arrière et alors nous périrons. Ou bien le peuple, à un certain moment, aura l'intuition de son danger, et alors la paisible évolution se changera en une révolution violente balayant tout devant elle. Ceux qui suivent les événements Savent que nous n’évoquons pas ici des chimères et des épouvantails. Tous nous devrions songer À nos graves responsabilités et aux malheurs qui suivront notre négligence à les assumer.

Si d’autre part nous accomplissons tout notre devoir, si du bas jusqu’en haut nous organisons l'éducation et l'instruction du peuple sur des bases systématiques, saines, vraiment sociales et nationales et répondant aux besoins et au génie de la race, alors nos institutions conserveront cette solidité et cette per- Mmanence qui garantissent l’avenir, ils vivront non seulement extérieurement et suivant la lettre de la loi qui meurt dès que l’opinion a cessé de la respecter, mais dans le cœur même du peuple qui s’en montrera reconnaissant. Car, pour nous servir d’une pensée de Maurice Maeterlinck, il est impossible que ceux qui ont accompli jusqu’au bout la mission qui est par excellence la mission humaine, ne se trouvent Pas au premier rang pour en recueillir les fruits.

Para er pe pa

dois ir in ir tte Ra audit jh:

RL a On lice STE,

ER Sega

Page 1