DES NES
au chapitre précédent et creuser un peu plus avant cette question du capital. Les doctrinaires économiques affirmaient autrefois que le capital industriel d’un peuple ne se forme que lentement, et par le moyen de l’épargne. Sans doute, il est vrai en principe que la richesse publique d’un pays dépend du travail de ses habitants. Cette richesse accumulée et appliquée à des fins industrielles peut à la rigueur s'appeler épargne, maïs il est faux de dire que cette épargne soit toujours une richesse lentement accumulée. Les métaux précieux font partie de la richesse publique. Dira-t-on que celui qui dé-cavre une mine d’or et qui en extrait un million en quelques mois ne possède pas un capital? Peut-on dire que ce capital soit le fruit de l'épargne” La vérité, c’est que le concept de ce qui constitue un capital doit varier à l'infini, suivant les conditions infiniment variées ou peuvent se trouver les peuples et les individus; et qu’il faut accepter les principes de la science économique comme on accepte ceux de toutes les sciences, en les adaptant toujours aux conditions particulières ou l’on se trouve et en les modifiant à mesure que l’observation nous les fait mieux connaître. En vantant les avantages de l'épargne les économistes classiques ont certainement raison. Sans elle, un peuple ne jouira jamais du bien-être durable et de la vraie prospérité. L’épargne c’est une des formes de la sagesse. Le gaspillage est un vice et le vice porte toujours sa punition avec lui. Il est encore vrai, maïs en partie seulement, que le capital industriel de l’Europe s’est constitué lentement et par le moyen de l’épargne. Dans le vieux monde, la progression a été graduelle et l’épargne longuement accumulée a suffi en partie à la capitalisation. Voyons comment les choses se sont arrangées en Amérique.
Aux Etats-Unis tout s’est passé autrement. Il était impossible de créer lentement le capital individuel nécessaire pour suffire à la demande industrielle. Même le surplus du capital européen qui venait chercher des placements en Amérique ne comblait pas la lacune. On eut donc recours au système corporatif, À la concentration; de là l’immense développement des syndicats, puis des frusts. Ces grandes organisations industrielles, qu’il ne faut pas confondre avec les combines et les corners, dont notre public comprend suffisamment le seuis, sont fort intéressan-
tes à étudier, et Pour les fins de notre travail, il est nécessaire d'en dire quelques mots. L’ex-gouverneur qu Massachussetts, M. Roswel] P. Flower, leur Consacre un article important dans le Gunters’ Magazine d'octobre 1897.
“ L’universalité de ce mouvement, dit-il, établit qu’il est d’or-
bon marché que ses concurrents, A l'encontre des autres formes de la richesse, Je Capital une fois placé n’est recouvrable que
syndicats, de la concentration industrielle, en d’autres termes, est induseutable, I] cite à l’appui certains chiffres intéressant:
Te. la verge; aujour-
La concentration industrielle est donc une phase dans l’évolution économique des peuples, c’est le dernier Phénomène que jes économistes ont enregistré et le résultat général] Prouve qu’elle indique en soMmMe un progrès. C’est une application nouvelle des principes de Vorganisation et de la division du travail, dont Nous admirons partout les merveilleux résultats, Mais
sinon en droit, par tous les SOuvernements,—i] faut s'entendre Sur la manière de l'appliquer. La Concentration i dans sa forme bienfai
première phâse d’une révolution violente, d’où il peut sortir un principe vrai, mais informe et difficile à dégager.
La concentration industrielle existe également dans les pays d'Europe, mais là son action est plus douce, plus sage et plus bienfaisante. Le cartel] et le syndicat ne sont point des instruments de domination, mais des ligues de producteurs travaillant dans leur intérêt commun à tous, sans qu'aucun des membres ne perde son individualité, ou chaque allié conserve une grande part de sa liberté d’action. On trouve dans toutes ces organisations des caractères communs, mais aussi, très distinc. tement marqués, le caractère national et l’organisation politique de chaque peuple. (1) La concentration industrielle est donc au fond et elle tendra de plus en plus à devenir en fait, une forte organisation appliquée au travail industriel, de façon à lui faire produire les meilleurs résultats avec la moindre dépense de forces. Elle peut prendre une infinité de formes, mais la plus parfaite et la définitive sera sans doute une impulsion et une direction régulières et calculées, imprimées au développement de tout une région, ou même de tout un Etat lorsque les circonstances le permettront. Cette méthode paraît surtout convenir aux pays neufs ou le législateur avisé attire à lui l'industriel et où tous les deux conviennent ensemble des conditions du travail.
Ces nouvelles manifestations économiques sont de l'essence même de l’évolution moderne, cela est de toute évidence. Non seulement ont-elles augmenté rapidement la richesse industrielle des pays où elles fleurissent, mais par la nature même de leur organisation, les industries soumises à ces lois cherchent à étendre au loin le champ de leurs opérations. Elles ont en effet, pour résultats la production scientifique et la surproduction. Que les trusts américains qui en sont, nous ‘avons vu, la forme
(1) Récemment, grâce à l'initiative des Allemands, l'indus’ » métallurgique européenne ne forme plus qu'un vaste cartell, les olissements métallurgiques de chaçgue pays s’engageant à limiter leur production afin d'éviter la surproduciion.
primitive et aussi tendent à envahir le Canada et qu'ils é, est constant. Or, cette invasion peu i nger pour la nationalité canadienne. i
et avantageux que
rait leur liv
gereuse et qui ance ce gapital
SOnuent à peu près comme suit :
ploite l’industrie,
moyen d'augmenter le rtout ou nous nous implantons. Faites-nous nous sommes des civilisateurs, Nous devons pouvoir re dansun language non moins fier: Ilest très vrai que vous êtes de grands industriels et dans un sens des civilisateurs. Maïs nous non pl Pas complètement ignoré le progrès.
vos débuts, une nombreuse populatio ir, vous avez pu vous p de tarifs douaniers
fabriquer pre ‘exportation. Elle a donc dû faire une
r ni le conns lui imposer d’entraves ; de la question des débon-
ent des produits manufacturés. Nous avons.
enfin, ce que vous n'avez pas, une politique industrielle, c’est àdire une organisation complète des ressources de la nation, de
façon à lui permettre de faire face aux nouveaux problèmes qui se présentent. Nous reconnaissons que la science est nécessaire à l’industrie et nous l’y appliquons; maïs nous savons aussi que notre politique serait sans valeur si elle ne s’occupait pas également du côté social de l’industrialisme, et surtout de la provenance des ressources qui l’alimentent.
En vous observant, nous avons comptis ce qu’est la tyrannie industrielle, Vous avez déclaré la guerre aux entreprises petites et moyennes qui tombent les unes après les autres sous vos coups. Votre concentration tend à former un peuple d’ilotes sous Je joug de quelques capitaines d’industrie dont la richesse est incalculable. Entre ces maîtres et ces esclaves, il n’y a plus aucune place pour les classes moyennes. Vous vous acheminez rapidement vers le cataclysme que prédit le socialiste allemand Karl Marx, car si vous avez su produire la richesse, vous n’avez pas su la repartir, ni voulu respecter les droits des citoyens. C’est en vain que vos hommes publics, prévoyant les résultats funestes d’un état de choses auquel il est hors de leur pouvoir de rémédier, voudraient diriger l'opinion vers un neo-impérialisme, qui, dans leur pensée, pourrait retarder la catastrophe, Ces expédients blâmables, les fantômes de la gloire et de la conquête ne courberont pas un peuple libre sous l'oppression. Et pour ce qui est du peuple canadien, il n’entend pas sacrifier la permanence de ses richesses nationales à une activité éphémère qui le laissera plus pauvre qu'auparavant. Nous vous acceuillons volontiers, individuellement, avec votre science, votre expérience, et vos millions, parce que l’entrée de notre pays est libre et non pas parce que nous désirons votre venue. Mais vous devrez laisser l’oligarchie à la porte; il n’y a point de place pour elle chez nous, car nous travaillons nous pour l’avenir comme pour le présent, et si vous êtes des civilisateurs nous le sommes aussi et à meilleur titre,
Qu'est-ce done que sette politique industrielle que nous voudrions opposer au régime des trusts? A-t-elle pour but de placer entre les mains du gouvernement le contrôle absolu ou méme partiel des entreprises industrielles? Demandons-nous l’é tablissement au Canada du “ paternalism” dont les économistes nous signalent les dangers? Voulons-nous nous rapprocher du
socialisme d'état, en formant un trust gigantesque dont le gouvernement serait le centre? Pas du tout, car ce serait là revenir à l’état social du Pérou sous les Incas.
Ecoutons encore M. Paul Leroy-Beaulieu, que nous avons déjà cité, relativement au rôle légitime d’un Souvernement dans l’établissement d’une politique industrieile. Cet économiste, nous
i ’ingérence de l'Etat ‘228 les affaires des pa iers. tout un livre l'Etat moderne et ses fonctions, pour démontrer l'importance économique Pour les peuples Contemporains de restreindre le champ d’action des gouvernants. “La mission de VPEtat, dit-il, c’est de
ment de la vie nationale, à c
bien-être, de moralité ou d’i es Modernes appellent le progrès.” ue les différentes fonctions des gouvernements Modernes, il s'attache à démontrer les abus de pouvoir et les empiètements qu'ils commettent. Puis il nous énumère les cas ou PEtat doit intervenir. Comme représentant de la perpétuité sociale, l'Etat doit veiller à la conservation des conditions générales d'existence de la nation. Il doit s'occuper de la conservati Ï
des forces hydrauliques,
chesses naturelles as. Dans cette tâche l'Etat peut-être a ou les associations, Mais il ne doit pas t il ajoute que tout cela est surtout vrai pour l'Etat démocratique. Ne dirait-
qui a écrit les Pages que nous
ques phrases, i Ï
Canada? Ses
et comment
Leverrier in-
€n un point donné du fir- Connue. Notre politique inon de la propriété sociale, ns qui transformeraient no-
tre pays en un désert, puis en assurant l’existence perpétuelle de nos ressources forestières et hydrauliques et autant que possible de nos ressources minières, Ce sont là, en effet, avec l’agriculture, les conditions mêmes de l’existence de la nation. Mais ainsi que nous l'avons déjà dit et que nous le répèterons plusieurs fois encore au cours de ce travail, nos gouvernements ne peuvent espérer conserver les conditions générales d’existence de la nation, surtout la forêt et les forces hydrauliques, seulement en édictant des lois. Nous savons que ces lois resteront toujours impuissantes et inopératives s' elles ne sont pas soutenues par la seule sanction réeile de la loi, par l’opinion publique. Le public ne comprendra l’importance de ces choses que lorsqu’on lui en aura fait voir la démonstration pratique. Et cette démonstration ne pourra jamais se faire efficacement que par le développement industriel, particulièrement le développement industriel forestier. 11 faut donc inaugurer une politique industrielle par laquelle, le gouvernement, sans empiéter aucunement sur l’initiative individuelle ni en gêner l’action, puisse perfectionner la vie nationale et assurer sa permanence, en développant l’intellectualité, la richesse et le bien-être du corps social tout entier. Ces principes ont-ils jamais été appliqués au Canada et particulièrement dans la province de Québec? Nous répondrons à cette question un peu plus loin. En attendant, n’estil pas évident qu’une telle politique devrait commencer par l’instruction industrielle générale du peuple à tous les degrés ; qu’elle devrait se continuer en décrétant la permanence absolue de la forêt, des forces hydrauliques et des autres sources de la richesse nationale; qu’enfin cette permanence de nos ressources devrait être rendue réelle et efficace par leur développement systématique et scientifique au moyen de l’industrie pratique. Et pour atteindre ce but, il faut évidemment un système quelconque d'encouragement, de propulsion, qui permettrait à une pensée maîtresse d’assurer en même temps la prospérité agricole et industrielle d’une vaste région et l’avenir économique et national du peuple qui l’habite. De plus, en élaborant un tel système ne semble-t-il pas qu’on doive tenir compte du phénomène si important de la concentration industrielle, toujours en écartant ses inconvénients et sans toucher en quoi que ce
soit à l'initiative individuelle ni à la liberté légitime de chacun”? Tout cela a besoin d'explications et de développements, Avant d'aller plus loin, cependant, il est important de ne pas oublier que la mise en oeuvre d’une telle idée n'appartient pas au gouvernement central, bien que celui-ci puisse y participer et y aider indirectement mais puissamment. Chaque province doit prendre l'initiative en veillant à la conservation et au développement de ses ressources, parce que ces ressources variant dans chacune, les mesures à prendre peuvent être différentes,
Voyons maintenant ce que doit être cette politique industrielle dont nous avons essayé de démontrer l’urgente nécessité. Pour cela, il est bon de déterminer tout d'abord ce qu’elle ne doit pas être.
Tout mouvement qui tend à dépeupler les campagnes et à <ntasser la population dans les villes est un mouvement antisocial qu’il faut enrayer.
La crainte légitime du dépeuplement des Campagnes, que l’état social de la classe agricole d'il y a quelques années ne justifiait que trop, a retardé considérablement le mouvement industriel, dans le Canada français plus particulièrement. Un grand nombre de personnes bien intentionnées se sont élevées contre l’industrialisme, M. Gigault, sous-ministre de l’agriculture de la province de Québec, est un partisan de ces idées que nous partageons eu ce qui touche au principe énoncé ci-dessus. U vaudrait bien mieux renoncer à la grande jndustrie que de dépeupler les Campagnes. ‘“ N'oublions pas, s’écriait M. Gigault, dans un discours prononcé à l’avant dernière réunion de la société d'industrie laitière, à Saint-Hyacinthe, n'oublions pas que nous devons avant tout travailler à la diffusion des connaissances a rricoles; nous devons avant tout faire aimer la vie rurale. N’alsons pas détourner notre population de l’agriculture pour l'attirer vers les villes. Nous commettrions une faute dont nous regretterions les déplorables conséquences. Il sévit actuellement en Allemagne une crise financière des plus dangereuses, Dans ce pays, les écoles techniques ont été multipliées; on y a formé un grand nombre d'ouvriers d’une grande habileté; comme résultat, l’industrie manufacturière a pris un grand développement, encombrant le marché et provoquant la crise dont ce (ra ME LE
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