LA PROTECTION ET L'EXPLOITATION DES FORÈTS
LA base même de tout projet de développement industriel dans notre PaYs, se trouve la question de la protection et de l'exploitation des fo. êts, c’est-à-dire de l’économie forestière. Nous ne Pouvons donc pas nous dispenser de l'aborder. Ni nous constatons au début qu'elle est difficile à traiter, ce n’est Pas parce qu'elle est nouvelle pour le public. (1) On a publié sur les questons forestières un grand nombre de livres excellents et une Masse énorme d'ouvrages d’une serait done plus
n peu de frais, un
ant sur cet important sujet. Ma's
use, Nous savons tous à peu près
: Aux points de vue climatérique,
r'ést pas étrangère :
Grèce, autrefois t
(1) Mention qu'en 1701 Je Srand ingénieur Vau-
ban écrivit u culture des forêts.” Il s'occupe de !a question
n Par coupe réglée et donne d'excellents conseils dont
rs mçcdernes pourraient profiter, Le sujet est donc join
Vauban pose en principe que la Conservation des anciennes
forêts et la création de forêts nouvelles sont d'intérêt publie et devraient être
dirigées par l'Etat.
Cet illustre soldat s'est aussi beaucoup occupé dans ses écrits de !a colo-
nie du Canada et si sOn £Oouvernement avait écouté ses Conseils, l'histoire de notre pays eût été bien différente. Maïs {1 prêchait dans le désert
torrents qui se précipitent des cimes dénudées. En Europe, notamment en France, le même phénomène a commencé à se Pioduire dans les régions avoisinant les Alpes, les Pyrennées et le Plateau central. On s'efforce, avec succès, d'arrêter la destruction au moyen de vastes plantations, On a même fait de la forêt un puissant rempart contre les empiètements de l'océan, rempart plus eff'cace que les fameuses digues de la Hollande. Personne n’ignore aujourd’hui que la forêt peut être cultivée de façon à lui faire donner chaque année sa moisson, de même que les champs où viennent les légumes et le blé, sans qu'elle s'épuise ni s’amoindrisse, Tenons donc pour admises toutes ces belles vérités et contentons-nous, pour le moment, d'en tirer cette conclusion : protéger la forêt et tout ce qui tient de la forêt, ce n’est pas laisser en repos la hache, la scie et le broyeur, mais c’est la cultiver, afin de lu faire rendre la plus riche moisson possible, sans qu’elle s'amoindrisse quant à son étendue, et de manière à la rendre plus riche en essences d’une valeur industrielle, :
On dit tout cela bien souvent dans de fort belles phrases. Les svlviculteurs off'ciels deviennent lyriques. La forêt n’est plus seulement un élément économique et social, c'est un organisme doué d'une vie distincte de cell: de chaque arbre qui la compose, L'on s'apito'e sur les blessures que l'ignorance lui inflige, l'on enseigne comment il faut s'y prendre pour les guérir. ,Mais, et c'est là la vraie difficulté, dès que quelqu'un, s’avisant de prendre les belles phrases au sérieux, parle de Mettre en pratique ces excellents conseils et de panser les plaies de ce précieux organisme blessé, il s'élève auss'tôt un concert de récriminations et de menaces.
Halté-là! crie d'une voix tonrante le commerçant de bois. Ces arbres m'appartiennent ; je les aï payés, je dois pouvoir en faire ce qu'il me plaît.
Pitié! supplie Je colon d’un ton plus faible, vons voulez donc m'enlever le plus claïr de mon gain, me ruiner complètement, priver ma famille de pain. Allez, vons n’êtes qu'un barbare et un mauvais patriote.
Mon ami, vous êtes un peu naïf, d'sent à leur tour les gouvernements ave un sourire de supiriorité induiconte. Vos
Propusitions sont vraiment recommanda
bles et nous Y applaudissons, . ,. - en princi
Pe. Si nous gouvernions en théorie, ce serait parfait. Malheureusement, il n’en est point ainsi et NOUS avons besoin de revenus pour administrer la chose publique. Où donc voulez-vous qu? nous en trouvions si nous cessons de concéder des Coupes de bois? Comment trouverionsnous des acheteurs Pour ces bo's si nous imposions des conditions trop difficiles ? Vouloir que nous rénonçions à tout cela!
mais C’est absolument impossible, Dans l'intérêt public nous devons continuer.
Mais l'avenir! l’aveni puissances,
Dame, ripostent-elles, l'avenir fera ce qu'il pourra. Nous Le nous en soucions qu'en second lieu. Franchement, pour tout dire, nous vivons dans le présent et nous n'avons que faire des théoric'ens et des rêveurs, S; Vous savez concilier les réformes que vous prônez avec les besoins urgents, les in-
droits acquis qui se coudoient, vous êtes assurément plus habiles que nous et que tous nos devanciers. l'aites-nous Part de votre recette. Voïlà comment la question se présente à une foule d’esprits dans notre Pays, qui est por -
r' répond le réformateur, à ces trois
prononcées par
M. Mélard au congrès international de svlviculture, à Paris, * Moment non pas le revenu,
s forêts étrangères qui alimen-
la France et de
L'humble individu qui écrit ces l'gnes est bien loin de se croire de force à saisir et à terrasser ces multiples difficultés. Il n’a rien du preux de la légende qui frappait d'estoc et de taille les monstres qui surgissaient dans la forêt enchantée, Mais tout en voulant raisonner, autant que possible, froidement et méthodiquement, il est de ceux qui ont la foi; il est convaincu que le temps aura raison de ceg sophismes, car ce sont des sophiemes : il] a aussi Conscience d’être appuyé par un fort mouvement d'opinion. On Pourrait les Comparer, Jui et ses amis, à ces explorateurs qui vont un peu au hasard à Ja recherche
nn stars ptites nan.
d'un métal précieux. Ils lavent sans se lasser les sables des rivières jusqu'à ce qu’enfin ils trouvent au fond de la sébille la pa'llette étincelante qui les guidera jusqu’à la mine qu'ils ouvriront. Agitons donc les sables, cherchons sans cesse l’or des idées. Une recherche consciencieuse nous le fera trouver. C'est dans cet esprit que nous écrivons: ce qui suit.
Rappelons tout d'abord pour plus de clarté que la forêt canadienne appartient en général aux gouvernements fédéral ou provinciaux. Les rares forêts des provinces et territoires du Nord-Ouest sont pour la plupart du domaine fédéral. Dans les provinces comme dans les territoires, il existe une certaine étendue forestière appartenant à des particuliers. Notre étude s'occupera surtout des premières, Mais celles de la seconde catégorie ne doivent pas échapper à certaines lois promulguées dans l'intérêt public. Uu gouvernement peut s'occuper des forêts comme un propriétaire qui les exploite. Il peut en diriger plus ou moins directement l’exploitation dans le but d'en tirer des revenus immédiats ou à venir. Ou encore, n'étant pas propriétaire du domaine forestier, et constatant que l'intérêt public souffre d’une exploitation vicieuse ou imprudente, il peut, au moyen de lois générales, en réglementer l'exploitation. C'est ce que devront faire la plupart des législatures aux Etats- Unis, où l’on vend au commerçant non-seulement les arbres de la forêt, mais la terre même qu‘ les nourrit, en pleine propriété. Le système canadien, malgré ses graves défauts, est moins nuisible. Dans notre pays, il est vrai. les gouvernements ne se sont jamais occupés directement ou ind'rectement de l'exploitation scientifique de la forêt. On s’est contenté de vendre le bois à des commençants qui, bien souvent, ont abusé d'une loi qui leur état déjà trop favorable pour dévaster notre patrimoine national. Parfois aussi le colon de bonne foi et très souvent le spéculateur illicite, dans leur rivalité sourde ou ouverte avec le commerçant, n’ont pas hésité à le détruire par haïne ou par vengeance. La propriété forestière s’en est trouvée dépréciée d'autant et la richesse publique diminuée dans la même proportion. Voilà une des funestes conséquences d’une loi vicieuse, tant en principe que dans la manière dont on l’a appliquée. Le lecteur en trouvera de nom-
breux exemples en Parcourant les travaux de la dernière commission de colonisation de la province de Québec. Il est donc nécessaire d'examiner tout d'abord jusqu'à quel point les gouvernements et particulièrement les gouvernements canadiens doivent s'occuper des quest'ons forestières,
En parlant, dans une étude antérieure, de la nécessité d'une politique industrielle, nous avons cité l'opinion de M. Paul Leroy-Beaulieu. Selon cet économiste, l'Etat, dans les pays nouveaux, doit conserver la Propriété du domaine forestier et des pouvoirs hydrauliques qui en t'ennent. C’est à ce prix qu'il évitera aux peuples du nouveau monde toutes les grandes difficultés économiques dont souffrent aujourd’hui les peuples plus anciens, Ce principe suppose un certain entretien et même une certaine sage exploitation par l'Etat même. Cet écr'vain, une autorité en matière d'administration financière, (1) ne proposerait certes pas à un peuple d'éviter des difficultés économiques en laissant sa principale source de richesse improductive, Mais n'ayant pas à écrire un traité spécial sur la question, il s’est contenté d’énoncer le principe.
M. Ernest Brunken, secrétaire de la commission forestière du Wisconsin, entre plus avant dans la question. Son livre North American Forests and their relation to the National Life of the American People, publié en 1900, fait autorité sur notre continent. “Evidemment, dit-l, l'Etat pourrait agir comme un propriétaire particulier, il pourrait exploiter ses forêts d’après de bonnes méthodes de sylviculture et en tirer le plus fort revenu possible, C’est ce que font beaucoup de Pays européens où la sylvicultur: est florissante. L'on sait que plusieurs pays de l'empire Allemand aussi bien que la France tirent de leurs forêts publiques une part considérable de leur revenu.
“Les objections tant politiques qu'économiques qu’on peut offrir à l’encontre d’une telle méthode sont faciles à énoncer. Ce sont celles qu’on fait valoir contre toute entreprise commer-
(1) I fut consulté par les banques françaises au sujet des derniere emprunts russes qu'on à voulu lancer à Paris.
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