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ETUDES SOCIALES ET ECUNOMIQUES

et sachons ainsi les empêcher d’immobiliser, dans un but de spéculation privée, des valeurs qui, en fin de compte, font partie du domaine puplic.

“Avant de vendre, que les autorités se renseignent consciencieusement sur les “limites” qu’elles mettent en vente. Qu’elles sachent la quantité, la qualité des bois qui la recouvrent, et, pour cela, qu’elles en fassent faire l’exploration par des hommes entendus, indépendants de toute influence et de toute coterie.

“Puis, une fois la “limite” vendue, on devra surveiller de très près l’exploitation qui en est faite. Les règlements du département des Terres devraient être suivis à la lettre, à propos de la dimension des arbres à abattre. Il y aurait lieu de les compléter en obligeant les bûcherons à ne pas briser, .dans l’abatage des arbres, les tiges encore jeunes, et à ne pas en retarder la croissance, C’est l'avenir de la forêt qui est en jeu. Pourquoi encete ne pas exiger que l’on coupe les menues branches, que l’on dépèce les têtes, de façon que tous ces déchets reposent immédiatement sur le soi où ils auront bientôt fait de pourrir? Actuellement, d'après ce que l’on dit, rien de tel ne se pratique. On laisse têtes et branches comme elles se son* trouvées à la chute de l’arbre; le tout se dessèche, et, après un an ou deux, une “limite” exploitée de cette façon est idéalement préparée à devenir la proie d’un incendie désastreux, qui aura été allumé par l’imprudence d’un passant ou le feu du ciel.

“Tout cela demande de la surveillance, et cette surveillance, ne peut être exercée que par des gens bien au fait, capables d’y consacrer tout le temps nécessaire.

“Cela relève, dit-on, des gardes forest'ers. Très bien, mais alors ayons des employés qui soient absolument compétents, et, pour cela, payons-les convenablement, afin qu'ils trouvent dans leurs professions on métiers, le moyen de vivre honnètement, sans être exposés à se laisser influencer par les pots- devin des marchands intéressés.

“Et ces gardes forestiers, on ne peut les improviser. Parce que M. A. ou M. B, est rouge ou bleu, ce n’est pas une raison pour lui confier des intérêts publics aussi importants. Sachons

regarder plus haut que ces mesquines partisanneries, Nos gardes forestiers devraient être en dehors de tout parti politique, tout comme le Conseil de l’Instruction Publique. Enfin, si ces employés doivent être instruits—ce dont personne ne doute—sur tous les points qui regardent l’accomplissement de leurs fonctions, instruisons-les en fondant une école forestière.

“On parle beaucoup à l'heure actuelle d'écoles techniques; on voudrait en voir surgir à droite et à gauche. Assez souvent, ceux qui crient le plus fort restent tout interloqués lorsqu'on leur demande quelle espèce d'école ils veulent avoir, car il y en a de plusieurs sortes. Ces institutions, quel que soit leur but, sont assez coûteuses, et s’il fallait en créer pour chaque industrie, pour chaque itier, le budget provincial en serait lourdement taxé.

“Eh bien! parmi toutes ces écoles, celle qui presse le plus, et d'un grand bout, c'est une école forestière—une école où l'on enseignerait la technologie de nos forêts, puisqu'on semble tant tenir à l'expression. On y étudierait comment nos arbres poussent et se multiplient, à quel âge les différentes essences atteignent leur maturité, quelles sont les maladies qui peuvent leur faire tort, quelle est la valeur commerciale, en quels endroits de la province chacune d’elles est localisée, quelle en est la quantité, etc.

“Ces connaissances une fois acquises, on pourra faite des règlements qu’on ne sera pas obligé de modifier tous les deux ou trois ans. On commencera à voir clair dans cette souverainenent importante question de nos bois, ou, si l’on aime mieux, on y verra plus clair.

“Sans doute, nous ne pouvons pas songer à faire ici tout ce qui se fait ailleurs, en Europe, par exemple, Les conditions différentes où nous nous trouvons devront amener des modifications dans la manière de traiter nos forêts. Mais il serait bon tout de même de commencer par connaître ce qui se pratique dans les autres pays civilisés au sujet de l'exploitation des forêts On trouvera que partout cette industrie est sévérement réglementée, que rien n’est laissé au caprice ou à la rapacité des exploiteurs, sur lesquels, d’ailleurs, les employés

du service forestier ont constamment les Jeux. Cette enquête nous mettra en mesure d'étudier plus méthodiquement nos propres forêts et d’en assurer une exploitation, rémunérutrice, je le veux bien, mais surtout scientifique, qui en assurera la perpétuité, et ce-sera énorme,

“Tout cela, certes, n’est pas l'oeuvre d’un an ou deux; les bois croissent lentement, le régime des forêts ne se modifie qu'à la longue. 11 faudra savoir attendre. De plus, les nouveaux règlements feront peut-être crier bien fort les intéressés, eux qui pensent plus volontiers au présent qu’à l'avenir. Il ny aura qu'une chose à faire: laisser crier et s'avancer lentement mais sûrement vers le but qu'on se sera proposé. Dans ces Conditions, nous serons certains d’avoir travaillé efficacement pour le bien public et d’avoir assuré pour toujours une des grandes ressources de notre richesse nationale.”

Personne ne peut douter que monseigneur Laflamme n’exprime ici l'opinion de toute la portion saine et modérée de la province de Québec, Cette opinion qui s’affermit et se recrute tous les jours, d:mande qu’on proclamme en principe et qu'on accepte comme base de toute l'administration forestière la permanence de la forêt et de tout ce qui tient de la forêt. Il faut qu'elle soit permanente quant à son étendue, sauf pour ce qui est des défr'chements légitimes faits par les colons de bonne foi; : --manente surtout quant à sa valeur économique, commerciale et industrielle,

L'opinion demande qu'on cesse de concéder les coupes de bois et les pouvoirs hydrauliques aux conditions ma'ntenant permises; que les limites et les Pouvoirs concédés à l’avenir le soient à charge de la coupe réglée, de la culture et de l’exploitation, de manière à assurer le maintien intégral de l'étendue territoriale en forêts et de la valeur économique en essences ; que toute concession forestière ou hydraulique consentie par les pouvoirs publics, le soit pour un temps fixe et limité, par bail emphytéotique qui deviendra nul de plein droit dès qu» le locateur négligera d’en accomplir les conditions. Et l’on aurait raison de demander cela quand même il serait vrai que la forêt fut inépuisable, ou qu’il en restât encore, comme l’affirme M. Alex. Girard, de quoi fournir au gouvernement ‘“ un

revenu, en droits de coupe, de $4,214,594 Par année pendant cent ans, pour la première Coupe seulement.” Car, encore uue fois, de ce que notre forêt fut inépuisable, i] ne s'ensuivrait jamais que nous ne devrions pas l'utiliser au profit des Cana.

diens. Emparons-nous de l’industrie! voilà la thèse que nous soutenons dans ces études, e

t nous ne devons Pas nous en écar.

ter.

L'Ontario eat déjà entrée dans la voie de

sont, en effet, la base nécessaire de toute bo restière et industrie

eloppement des vraies inqustries forestières,

Pour ce qui est des revenus à venir, on tt d’autres que les revenus présents affectés par un changement trop brusque dans la politique forestière. Tout en ne partageant pas cette Opin'on, tout en croyant sincèrement que les réformes que nous proposons ici, loin de diminuer les revenus immédiats de la province, les aug- Menteraient au contraire considérablement, nous devons la respecter. Ne demandons dune Pas que l'on change de système du jour au lend-main. Qu'on procede lentement et avec cir- Conspection, qu'on étudie un projet de réforme, qu'on l’applique graduellement et d’abord sur un espace restreint du terri. toire. Nous ne demandons pas autre chose pour agir sur l’o- Pinion., “]] importe de noter, dit M. de Lanessan, nn ancien membre du cabinet français, que l’évolution de l'opinion indiv'duelle est toujours en avance sur celle de la morale sociale et gouvernementale” I] est très vrai, sauf les

Opinion publique les y pou éclairés peuvent aider à former l'opinion, mais les pouvoirs publics ne demandent certes pas

re uue saine orientation de cette opinion. Et tout le monde sait bien que lorsque le public a vraiment accepté en principe quelque réforne importante, nulle difficulté administrative ne peut en empêcher la réalisation. Que tous les coeurs patr'otiques s'appliquent donc à former l'opinion. Le jour où cette opinion sera née, l'expérience que nous esquissons dans ces études, n’offrirait absolument aucun danger. Et si au bout d’une décade, on constatait qu’elle n'avait pas réussi, rica n'empêcherait que, du consentement unanime, on l’abandonne,

Cette éventualité n'est pas à craindre. Qu'on vienne donc aujourd'hui proposer aux cultivateurs du Canada oriental de renoncer à l'industrie laitière! Après dix ans du système réformé que nous proposons, il serait tout aussi impossible d’induire la population à renoncer à l’industrie forestière, Après vingt as la face du pays serait changée, la province de Québec contiendrait dix millions d’âmes et ses exportations dépasseraient de beaucoup le chiffre actuel de toutes les ex portations canadiennes, La réserve forestière du monde serait en exploitation scientifique, Il est évident que les revenus provinciaux auraient augmenté dans les mêmes proportions, d’une façon permanente et sans aucun sacrifice du domaine public.

Quoique nous fassions, du reste, les capitaux industriels viendront bientôt se déverser sur notre pays, jeur effet sur notre avenir dépendra en partie de leur provenance, Ceux qui nous viendront des Etats-Unis s'accommoderont assez facilement du désordre économique actuel et qui ressemble à la condition où se trouvait leur propre pays dans un temps où l’on disait dans la grande république, comme nous disons mainténant ici: la forêt est inépuisable. Ils seront moins pu'ssants, comme chiffre, que le seraient les capitaux européens, ils les excluraient néanmoins, si nous leur donnions carte blanche, parce que, étant moins stables et moins conservateurs, ils établiraient la fabrication intensive, rechercheraient les profits invraisemblables, cueilleraient rapidement ce que nous avons de meilleur; puis, dans quelques années, ils s'en iraïent en ne nous laissant que des ruines. Ce serait Ja répétition, sur une plus grande échelle, de la ruine des pays

e la permanence de la forêt.

jamais leur imposer des taxes ni les forcer lois, car le Caractère particulier de tal est Ja domination. De rendront l'accès diffici le, nous les inscrivions sans re mettions rigoureusement en viguer,

Ces mêmes lois décourageront beaucou anglais et européen accoutumé à opérer

ordonné. Des lois Protégeant la forêt, loin de repousser ce capital, l’attireraient, au contraire, 1]]y trouverait la garantie de permanence qu'il recherche

perpétuelle demeure, et seconderait autorités,

CEUX qui manient ce capisages lois faites maintenant lui

Posantes, ou il ne viendrait pas d effet, que le Capital belge et français se nes de millions, là où quelques millions raient pas. C’est ce qui fa't sa force.

le retrouve dans toutes les parties qu monde, notamment en Russie, en Chine, au Congo. Il ne s’isole Pas, il se groupe et il s'organise, Ce langage n’est Pas de nous. Il résulte de nos Conversations avec une foule d’Européens éminents qui tous nous tiennent Je même langage.

Ce qu’il vous faut, nous disent-ils, ce immigrants agricoles, bien que cette cla jours très utile; ce qui vous manque Pitaux entre les mains d’industriels qui créeront dans votre trielle,

ne Sont pas tant des sse d'hommes soit tousurtout ce sont des Ca-

Savants et expérimentés Pays une classo dirigeante indus-

ntrée du capital étranger dans notre Pas, et aux conditions que nous venons de définir,

ire des efforts nour l’atticette ressource ne dépend

pas de nous et qu’en dernière analyse nous ne devons compter que sur nous-mêmes. Aussi croyons-nous pouvoir démontrer qu'il nous est très possible d’atteindre le développement industriel sans aucun secours étranger. Ce serait là un des principaux devoirs de la société des industries forestières, Au chapitre prochain nous examinerons plus en détail la manière dont elle pourrait opérer. |

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