‹ Études sociales et économiques sur le Canada [microforme]Chapitre 35 sur 38 · L'ORGANISATION DES INDUSTRIES FORES · texte numérisé non relu

L'ORGANISATION DES INDUSTRIES FORES

TIÈRES

OEUVRE d'une société des industries forestières doit reposer sur l'instruction industrielle du peuple, chose qu'il ne faut Pas Confondre avec l'instruction technique, sur l'exploitation sc'entifique des forêts et sur le prêt ou plutôt le crédit industriel, Les études Précédentes ont touché brièvement aux deux premiers Points. Pour rester fidèle au canevas que nous avons adopté, celle-ci devrait traiter du crédit industriel, c'est-àdire de cette organisation financière absolument indispensable au succès d'une politique indus-

? tr'elle, même dans les PaYs où les capitaux dis-

L ponibles sont plus abondants qu'ils ne le sont ici.

Nous n'y consacrerons cependant que trois ou

quatre pages, Pour des raisons que nous férons Connaître un peu plus loin.

Nous avons dit qu’une bonne Organisation du crédit industriel est indispensable, S'il était besoin de prouver que c’est bien 1à le mot dont il] faut se servir, l'h'stoire nous offrirait en abondance des exemples et des arguments, Même au Moyen-âge, qu'on prétend avoir été si barbare, Ja banque était déjà l’auxi. liaire obligé du fabricant, L'idée d'une caisse nationale en An. gleterre prit naissance vers 1651, au Moment où le Peuple angla's CoMmençait à ressentir le besoin d'un Plus ample développement économique, On voulnt alors enCOurager de tontes les facons la Manufacture et le Commerce du drap. L'un des prinei. PauX intéressés était nn certain sir Balthazar Gerbier, I] était de l'école de ces négoc'ants de Londres dont l'histoire a ‘nmortalisé le patriotisme assez Machiavélique, Quelques années au-

LR ner

PRE rene

paravañnt, ceux-ci avaient indu't les banquiers génois à manquer de parole envers le roj d'Espayne, ce qui retarda de plus d'une année le départ de l'Armada dite invincible et sauva probablement l'Angleterre d'une seconde conquête. Gerbier proposa à son gouvernement l'exemple de la France, qui, à cette époque, fournissa't de drap la moitié de l'Europe et dont les principales filatures se groupaient autour de Sédan. Et afin d'imprimer une plus grande activité à la fabrication anglaise qui languissait, il émit l'idée de la création d'une banque de pa‘ements dans la cité de Londres, La banque fut établie, et à partir de cette époque l’industrie anglaise se développa rapidement, au détriment graduel de celle de la Flandre et des autres parties de la France manufacturière,

Ce résultat, qui contient pour nous un précieux enseignement, s’explique par la supériorité man:feste de la jeune banque d'Angleterre, sur les autres institutions de crédit existant à cette époque, tant en France qu'en Italie, en Suède et en Hollande, dont la fondation était plus ancienne et le système moins parfait. Celles-ci cependant, chacune en son temps, furent pour les bays où elles prirent naissance, une source puissante de prospérité commerciale et industrielle; chacune successivement fut la manifestation d'un progrès qui s'est continué depuis et se continue encore.

Aujourd’hui, tous les pays du monde ont leur système de banque et de créd't de plus en plus perfectionné. Sous ce rapport, le Canada est loin de tenir le dernier rang; malheureusement. au po'nt de vue particulier qui nous occupe, on ne peut non pius lui accorder le premier. Pour le crédit industriel, il semble que ce soit encore sur l’Allemagne qu'il faille nous orienter. Le système de caisses allemandes est, en effet, admirable; s'il faut en juger par ses fruits c’est le plus parfait ui existe. Favorisées de toute man'ère par la loi et par les pouvoirs publics, ces caisses ont fait la prospérité économique de ce pays. En Allemagne, la banque offre aujourd'hui au négociant et à l'industriel une aide qui ne lui fait jamais défaut : elle lui ouvre lu voie, le soutient et l'accompagne jusqu’à la fin de sa carrière. Elle commandite les grandes entreprises, mais elle se met aussi à la porté des petites et même des individus, Elle fait des avances pour

la fondation d'usines et d'exploitations industrielles et commerciales; pour les missions, les recherches et les études ; elle Coopère à la formation des fonds d'exploitation; et lorsque le capital se trouve entraîné au loin, souvent elle le suit au moyen de ses succursales, pour le surveiller et le soutenir,

Sans doute, la plupart des rouages inférieurs d’un pareil système ne peuvent manquer de se constituer par l'initiative individuelle dans tous les Pays où le besoin s'en fait sentir. Ce fut le cas en Allemagne, Nous Pourrions même signaler dans notre pays et non loin de Québec certaines casses populaires d’après les systèmes les plus modernes et qui ne peuvent manquer de rendre, dans le champ de leurs attributions, de très grands services. Mais leur doma'ne est nécessairement limité, Pour exercer une act'on générale dans un pays comme le nôtre, au moins aussi dépourvu de capital actif que l'était l'empire alemand au milieu du dix-neuv'ème siècle, il faudrait qu'on fondât, par l'initiative des intéressés, mais avec l'appui des pouvoirs publics, une institution se rapprochant par son organisa. t'on de la caisse centrale prussienne, L'objet de cette institution est “ de venir en aide aux syndicats d’associat'ons par des prêts à intérêt... C'est une institution dirigée, surveillée et dotée par l'Etat, d'un cap'tal initial de cinq millions de marcs, élevé successivement à cinquante millions; elle est sous la dépendance absolue du ministère des Finances, tout en gardant

Son autonomie.” L’intention de ses fondateurs fut de venir en aide à l’industrie; intention qui s’est réalisée au delà de toutes les espérances, Les associations d’industriels qui profitent de ces prêts sont au nombre d’environ 800,000 membres. L'intérêt exigé est de 3 p. c. sur environ 155 millions prêtés.

Ces renseignements sont puisés pour la plupart dans un rapport présenté en 1903 à la fédération des industriels et commertants français, par M. F. de Ribes Christofle et reproduit par M. Maurice Schwob dans son récent et très remarquable ouvrate: Avant la bataille, Nous les résumons ici pour prouver la nécessité d’un système scientifique de crédit industriel.

Le succès s' extraordinaire des caisses a!lemandes devrait être pour nous une leçon inoubliable, car, nous l’avons dit, à l’épo- ‘üe de leur fondation, l'Allemagne n’était guère plus riche que

Fa etes péfif, A

tr DS Et AA ns hé

RD Fire Re D EE

n'est le Canada aujourd'hui. Il y auraït beaucoup à dire à ce sujet et il serait important (;u'on le dise à notre public. Cependant, nous évitons à dessein d'entrer dans les détails, parceque nous ne nous sentons pas de force à aborder sérieusement une question de cette importance, laquelle ne sauraït être traitée avec autorité et fruit que par un financier de grande expérience. Une société des industries forestières serait en s'tuation de s'occuper de cette grave question; elle saurait trouver des hommes et recommander les mesures nécessaires, Pareille réforme, si jamais elle s’accomplissait, ne menacerait en aucune façon nos institutions actuelles de crédit nj notre système de banque. Elle aurait au contraire pour effet de produire une coopération constante entre le commerçant, l’industriel et le banquier et tous trois en profiteraient largement, puisqu'ils se mettraient par là au niveau du progrès industriel et financier. En cette matière, il faut constamment aller de l'avant sous pesne de rétrograder; l'histoire économique du monde le prouve, Les grandes périodes de cette histoire ont été énoncées par M. Bücher, l'économiste allemand, et avec plus de clarté encore par M. Maurce Ansiaux, professeur à l’université libre de Bruxelles. 11 ne sera pas inutile pour l'intelligence du su jet de les rappeler au lecteur.

La première période est celle de l’économ’e familiale. L'échange n'existe pas; le producteur consomme lui-même le fruit de son travail. Cet état économique fut longtemps celui du Canada français. Nous souffrons encore beaucoup de l'habitude que nous en avons contractée.

La seconde période est celle de l’économie urbaine, pendant laquelle l'échange s'opère directement du producteur au consommateur, la circulation des biens est à peu près inconnue, De celle-là aussi il reste encore de nombreuses traces parmi nous.

La troisième pér'ode est celle de l’économie nationale, Remarquons bien ce mot; économie nationale; il n'est pas de nous, mais des économistes dont nous suivons la pensée. C’est la période où se trouvent aujourd’hui tous les grands peuples civilisés, Elle repose sur l’échange et sur la circulation des biens, rendus possibles par Ja facilité des moyens de transport. Le producteur ne travaille plus seulement pour ses voisins immédiats,

un} même exclusivement pour le Pays où il s'est établi.

&ard s'étend loin au delà de ses frontières, car son œuvre n'est

Pas s'mplement économique, Pour qu'il puisse remplir sa desti-

née, il faut que cette oeuvre soit mondiale et Conquérante; ji] Jui

faut conquérir sa place sur les marchés du monde ou succomber. Lutter victor‘eusement contre toute l'humanité en habileté et en science, produire plus, mieux et à meilleur compte que ses rivaux, voilà sa tâche, C'est donc une véritable guerre que soutient constamment la grande industrie, Aussi a-t-elle bientot Compris qu'il lui était nécessaire de s'organiser fortement dans chaque centre de grande production, Les Pays qui ont compris cette vérité ont vu augmenter leur fortune et leu ceux qui ne l’ont pas comprise subissent la loi di Dans cette guerre industrielle comme dans

de Canon, en dehors de l’organisation proprer industr‘elle d’ i

Son re.

C’est ainsi que l'Angleterre doit en partie sa industr'elle à l'usage intelligent de la houil ‘vapeur, Cet avantage, dont elle a su conquérir les marchés de l'univers, Mais si nous voulions étudier l’histoi dernes, nous trouverions partout de rité de cet avancé.

Tout cela étant acquis, nous COmprendrons mieux la situation et le rôle de notre société des industries forestières, Elle aurait

à remplir les devoirs d'un conse:l de généraux au début d'une Campagne. Son premier Soin,— non pas Par l'initiative de l'E. tat, mais en profitant de son concours et de son appui — devrait être d'occuper et de rendre inexpugnables les positions économiques que la nature a mises à notre portée: son second, d'organiser l’armée industrielle, de la Préparer et de Ja diriger, Ceux qui n'entendent pas la chose ains! ne CoOMprendront pas la thèse que nous soutenons. Ils trouveront aussi qu'en affirmant l’absence Presque complète de la grande industrie au Canada, nous tenons trop peu de compte de certaines activités industrielles que nous révèle la statistique, ainei que de l'ex'stence de quelques fabriques qui ont surgi ici et 1à sur notre

prospérité le génératrice de Ja Profiter, lui a permis de C’est là le grand exemple, re des grandes nations monouvelles preuves de ta vé-

a DA rer tt

nf

territoire, Certes, de telles manifestations ne sont pas à négliger, et ceux qui dirigent ces entreprises sont les p'onniers d'une veuvre patriotique en même temps que profitable, Mais ces ef. forts isolés sont à la grande industrie organisée ce que serait une guerre de partisans à la grande guerre faite par des armées régulières et bien disciplinées, C'est un instrument infiniment moins puissant et moins redoutable, avec lequel nous tenterions vainement de soutenir longtemps la lutte,

I] ne faut pas perdre de vue ces diverses considérations; ce sont les seules qui nous poussent à écrire, Nous n'avons pas l'expérience pratique qui nous permettrait d'entrer dans les dé. tails; nous ne pouvons en somme que dire à nos compatriotes, comme jadis le ph'losophe grec : Cultivez vos champs, car ceux que vous laisserez en friche tomberont aux mains de l'ennemi. Ces réflexions nous feront aussi comprendre que le rôle d'une société des industries forestières serait plus difficile et plus com: pliquée que celui de la société d'industrie laitière, ben que le pr'ncipe des deux associations doive être dans notre pensée le même,

Supposons donc le terrain déblayé et préparé par la promul-: gation de bonnes lois forestières fondamentales, par une éducation nationale soignée et par l'instruction industrielle popularisée. Toutes ces choses pourraient être menées de front et s'multanément; toutes produiraient en peu de temps des résultats utiles et donneraient un appui de plus en plus solide à l'oeuvre de la société, en faisant constamment appel aux forces vives de Ja nation et à l'effort de toutes les institutions nationales,

Eu. même temps que tout cela se préparerait, la société commencerait son oeuvre par l'établissement d’une grande école théorique et pratique des industries forestières. Dans le but d'obtenir une diffusion plus prompte et plus complète des mei!leures méthodes à suivre pous assurer la protection de la forêt et la product'on forestière, la fabr'cation des produits forestiers et en général l’avancement de l’industrie forestière, elle établirait dans un endroit favorable du domaine publie, une école d’industr'e forestière et une fabrique modèle, Dans cette école on donnerait aux élèves une connaissance pratique de ton-

tes les espèces d'exploitations forestières, dont un bureau de recherches industrielles attaché à l'établissement augmenterait Sans cesse le nombre, On s'attacherait aussi à perfectionner “onstamubent les procédés et l'on créerait par ce moyen nn fa yer de développement industriel forestier. Au bout de peu (années les produits de la forêt et de la fabrique exploités par à per sonnel de l'école paieraient 1a plus grande part des éme de l'établissement.

Les membres de Ja société des industries for Stiètes so recru teraient dans toutes les Professions, mais on à trouvernit sans doute en grand nombre des industriels éclaire ct Pufriotiques, “oucieux du succès général de l'oeuvre et dont l’auierité coatri buerait à étendre son influence sur tout le territoire où oil: opérerait, Pour Comprendre quelle devrait être SON otre, il faut d'abord constater où nous en sommes au point de vue du développement des ‘industries forestières. Dans l'étude précé-

téresse à cette question vitale, Voyons maintenant où en est l'exploitation. Pour Plus de clarté, laissons de côté tous les produits de la forêt qui n'entrent pas dans la catégorie des véritables industries forestières. Ainsi en 1903, le Canada a exporté pour $41,000,000 de bois brut ou à demi fabriqué, C'est ‘Xporter notre capital et nous appauvrir d'autant. I] n'entre Pas dans notre projet de demander qu'on prohibe cette exportation; nous voudr'ons seulement qu'on rende l'exportation du bois moins avantageuse que’la fabrication dans le pays, au moyen d’une politique industrielle bien conçue,

Pour avoir une idée du peu de fabr'cation forestière réelle qui se fait en Canada, il faut s'arrêter à l’industrie de la pâte de bois, qui est à la base de Ja vraie industrie forestière. En 1903, le Canada tout entier ne comptait que trente-neuf moulins à pâte dont le produit total s'élevait à 215,619 tonnes, soit une Moyenne de 7,067 tonnes Par moulin. Sur la valeur totale de cette pâte, c'est-à-â're de cette matière première ainsi produite ($5,219,892) on n'en a conservé que $2,206,451 Pour l’industrie domestique. Tout le reste a été envoyé à l'étranger pour nous revenir sous diverses formes, En 1903, en effet, le Canada im-

SR Bu tm cn Grues …

Page 1