A GA KA GA KA AK TI GA YA IN
(Suit une répétition de la légende de Tukiat- Samdan ^)
« Ce qui était écrit sur le cachet. »
Les rois , quand ils s'avancent sur Babylone , s acheminent toujours vers le pays d'Accad.
Le pays de Sumer, au contraire, est complètement oublié. Cétait primitivement un pays montagneux, inaccessible; aussi était-il tellement inconnu aux Assyriens, que Sennachérib crut nécessaire de le faire figurer parmi ses bas-reliefs. Ceux-ci sont perdus , mais roriginal d'après lequel on gravait les légendes juxtaposées est conservé. Il y avait deux basreliefs, Tun portait la suscription ( B. M. III, A , 5 1 , 5 2 ) :
Pays de la langue sacrée (Sumer).
L autre portait la légende suivante :
Pays de la langue des esclaves.
Ce dernier pays est inconnu; mais celle juxtaposition prouve encore une fois que Sennachérib voyait dans Sumer sui^out une langue.
^ Pour le dire en passant, les assyriologues ,^ ainsi que moi-même, ont tiré de ce texte une fausse conclusion. On a mis Tuklat-Samdan six cents ans avant Sennachérib; le document ne dit nullement cela, et le conquérant de Kardouniyas peut être bien plus ancien. Le cachet fut porté d'Assyrie dans le pays d'Accad, c'est-à-dire en Babylouie, six cents ans avant l'ennemi d'Ézéchias; voilà tout ce que dit le texte. Nous plaçons cet événement dans le règne de la iS^miranis de Bérose ( 1 356- 1 3 1 4 ]•
Dans tout le développement de M. Lenormant, il n'y a pas, malgré la somme très-respectable des connaissances sérieuses à Tégard des textes, une seule preuve directe en faveur de son opinion. Comme nous lavons déjà dit, le but principal de notre honorable confrère est de montrer le touranisme d'Accad par une prétendue sémitisation de Sumer.
Or, quel est l'argument que M. Lenormant allègue avant tout? Le voici : Il existe un signe *-^y AN «dieu, ciel, épi», ce mot se trouve expliqué dans une glose par un mot dimir, une autre fois par une glose qu'on peut lire dinra ou dingir. N'insistons pas sur la base précaire de l'argument; acceptons dingir pour ce qu'il n'est pas, pour une lecture certaine : dingir étant équivalent à dimir, on peut admettre que Sumer est pour Sanger. Cette conclusion n'est pas bien rigoureuse : de ce que dimir est identique à dingir, il ne s'ensuit pas le moins du monde que Sumer soit l'équivalent d'un Sanger c^ui n'existe nulle part. Mais admettons ce Sanger fictif. Sanger est l'équivalent de Singara, lequel Singara (ce qui n'est pas prouvé) n'est autre que le Sennaar de la Bible. Donc Sumer est égal à Sennaar.
Il est facile de faire de l'histoire de celte manièrelà. Le mot Paris est formé des lettres p, r, s; évidemment, p changeant avec /, et une nasale s insérant souvent devants, p, r,5 peuvent être identiques
'à f, r, n, s; et Fransa étant le nom de la France, Paris et France sont le même mot. Mais les lettres p, r, 5 peuvent se lire aussi d'une autre manière, et Ton prouve facilement que Persan et Parisien n'est qu'un même nom propre. On voit aisément à quelles conclusions on arrive par l'application d'une pareille méthode étymologique. Or, pour suivre le système de M. Lenormant, Samer et Sennaar étant égaux, et Sennaar étant en même temps sémitique, la conclusion est que Samer est sémitique aussi. Donc Accad est touranien, et M. Lenormant a eu raison d'intituler son livre Études accadiennes,
(( Quod erat demonstrandum. »
Je demande pardon à mon savant ami, mais il me semble qu'en admettant comme certain (ce qui n'est que probable] le caractère sémitique de Sennaar, nous avons un élément de plus pour notre argumentation. Accad suit, selon une probabilité au moins aussi considérable, la condition de Sennaar. Or, Sennaar étant sémitique, Accad, qui en est une partie, devra être .affecté du même caractère de sémitîsme. Donc, selon les prémisses mêmes de M. Lenormant, Samer sera touranien, et puisque Samer est identique à Sennaar, Sennaar sera touranien.
On voit donc à quel enchaînement de contradic* tions nous conduit l'hypothèse du savant archéologue, contradictions formant des séries infinies, comme les syllogismes connus découlant du fameux vers d'Ëpiménide de Crète. De plus, Sennaar équi-
valant à Sumer, il s'ensuivrait que Accad ne serait qu'une partie de Sumer. Or, je ne crois pas être en désaccord avec M. Lenormantsi je pense que Sumer et Accad sont deux éléments coordonnés, disparates et opposés.
L'assimilation proposée par le savant auteur du Commentaire sur Bérose ne pourra donc pas être maintenue. Non -seulement elle ne peut invoquer pour elle aucun commencement de preuve, mais la supposition en elle-même conduit à un tissu inextricable de contradictions et d'impossibilités. La conséquence forcée de ce qui précède, est qu'il faut définitivement abandonner le terme d*accadien, proposé par Hincks sans raison aucune.
Notre tâche pourrait paraître complètement achevée, si nous n'avions pas à répondre à deux objections. Ce sont les questions suivantes :
1® La langue des inventeurs pourrait être celle dès Sumers et des Accads, pris collectivement;
2® Cet idiome primitif pourrait n'être ni le sumé* rien, niTaccadien.
L La première objection s'écarte d'elle-même. Les Sumers et les Accads sont évidemment deux peuples différents , appartenant à deux races diverses ; dans le cas d'identité nationale, il n'y aurait eu au-* cune raison pour les distinguer. Mais deux populations de races disparates ont dû avoir deux langues étrangères l'une à l'autre, car la non-identité de
ridiome forme surtout le principal critérium pour distinguer deux nationalités que Tuoité du langage aurait dû nécessairement confondre.
Quon n'objecte pas que les deux noms pourraient être simplement géographiqaes , car les pays ont toujours reçu leurs noms des peuples qui les habitaient. Si , au contraire , deux parties d'un territoire divisées entre des gouvernements différents parlaient la même langue, elles ne portaient qu'un seul nom lorsque, temporairement, un seul monarque réunissait les deux contrées sous son sceptre. Tel a été justement le cas au sujet de l'Assyrie et de la Chaldée. Les rois d'Assyrie s'intitulaient ainsi, à l'exclusion de tout autre titre royal, quand ils régnaient à Babylone, et les rois de la dernière race ne prenaient jamais que le titre de roi de Babylone, quoiqu'ils régnassent sur l'Assyrie. On trouvera difficilement un texte où un roi se nomme lai-même en même temps «roi d'Assyrie, roi de Babylone », quand même il serait constant qu'il possédât les deux pays.
Nous pouvons encore alléguer, au point de vue philologique, que la transcription sémitique dénote assurément un pluriel; on trouve Sameri, Samerim et Akkadi, Akkadim, mais jamais Sumer et Akkad, comme on trouve Assur, Elamat.
Nous avons d'aulai^t moins besoin d'insister sur le caractère non exclusivement géographique des deux dénominations, que personne parmi les assyriologues n'en conteste le caractère ethnologique.
Là langue des inventeurs de Técriture anarienne n est pas celle des Samers et des Accads.
n. La seconde possibilité serait de renvoyer dos à dos et les suméristes et les accadistes. Mais il s'imposerait pBr là une autre question bien imp*érieuse , à savoir ce que serait alors la langue sumérienne , qui, comme nous l'avons démontré, ne pourrait dans aacnn cas être t assyrien. Puisque les Assyriens regardent Sumer comme expression d'un idiome, il serait étrange de voir mentionnée dans tous leurs textes une langue qui ne leur offrît aucun intérêt supérieur à celui que pouvait leur inspirer n'importe quel autre langage. Et pourtant, ils étaient entourés de peuples 6ari)arop/ion^5 en grand nombre. On ne saurait admettre raisonnablement que se fût effacé tout vestige de cette langue sumérienne à laquelle néanmoins les Assyriens prenaient un si grand intérêt et qu'ils citent, à l'instar des anciens rois non sémitiques, dans tous leurs textes.
Qu'était-ce donc que le sumérien, qui existait sûrement? On ne saurait le nier : la seule langue qui intéressait les Sémites surtout après leur propre idiome, c'était précisément celle des inventeurs de l'écriture anarienne, dans laquelle étaient conçues leurs prières et leurs anciennes lois. Donc celle-ci ne peut être que la langue de Sumer.
Il existe une langue accadienne, mais ce n'est pas l'idiome des inventeurs de l'écriture cunéiforme. La
seule langue qui mérite ce nom est la langue assyrienne elle-même, et nous tous, nous avons fait de ïaccadien, comme feu M. Jourdain faisait de la prose, sans nous en douter.
Nous ne pensons pas un seul instant à vouloir imposer ce terme de langue accadienne, et à remplacer ainsi le nom accepté d*assyrien, pour désigner Fidiome sémitique de Ninive et de Babylone. Néanmoins , c'est cet idiome sémitique seul qui peut revendiquer la dénomination d*a€cadien.
La langue de la troisième espèce des textes acbéménides, celle des Sargon et des Nabuchodonosor, est ridiome venu avec Âssur, sorti du Sennaar, dans la contrée ninivite.
Les Sémites sont venus du Midi, et ils ont imposé au Nord leur idiome. Ce sont eux qui sont originaires d*Âccad, dans le pays de Sennaar.
« Et de ce pays sortit Assur, et bâtit Ninive, et les rues de la ville, et Calach et Resen. »•
Or ce pays d'où sortit Assur est précisément celui que les Assyriens, dans tous leurs documents, nomment le pays d'Accad. Les Sémites qui ont oublié le nom de Samer, parce quil ne représentait pour eux aucune chose leur appartenant, ont retenu celui d'Accad, parce qu'il est un nom sémitique.
Qui voudrait, encore sur ce point, infirmer la grande autorité du Pentateuque, autorité corroborée par les textes authentiques des Assyriens?
Qu'on me montre donc un seul passage où il soit question de la langue d' Assur. Il ne pouvait pas y
avoir un terme dans cette forme, précisément parce queTidiome que nous appelons assyrien était, avant tout, celui de Babylone, dans le pays d'Âccad.
Jamais Babylone, le berceau de la langue et de la science sémitique de l'Assyrie , n est considérée comme faisant partie de Sumer.
Accad , Elam , Akbarru et Khubur, voilà les « quatre provinces de langues diverses» dont parle Sargon ^ comme soumises à sa domination; ces quatre noms nous sont fournis par les textes astrologiques. Mais Sargon ne pense pas à la langue de Sumer, qui , de son temps, n'existait plus comme langue vivante.
Il ne parle pas non plus d'Assur comme pays et comme langue, mais il parle de la langue de l'Ouest (Akharru , la Phénicie) ^, comme on la rencontre encore dans la prédiction suivante :
«Quand la lune, au mois de Tebet, est encore visible pendant le trentième jour, il y aura en Kbubur froid et famine, et la double langue d'Akharru sera muette. »
((Rédaction de Suma'i ^. »
Les inscriptions sémitiques de cette classe no mentionnent que le pays d' Accad, pour désigner leur propre pays. Donc si Ton parle de la langue d' Akharru, on peut mentionner celles d'Ëlam, de Kbubur et d' Accad, puisque les prédictions sont toujours appliquées à ces quatre pays. Dans ce cas,
^ Sarhayan, p. 8.
* Id. p. 7.
3 B.M. III, 54, n» 8.
la langue d*Âccad ne sera que la langue dite assyrienne.
Lusage peu justiBé du mot accaiien pourrait donc amener la substitution de ce nom à celui d'assyrien.
Dans Targumentation , je nai quun seul but, la recherche de la vérité. Il ne m'en coûte pas d abandonner mes anciennes opinions quand je les ai reconnues inexactes, et je n hésite jamais à signalera mes collaborateurs mes anciennes erreurs. J*espère que j'aurai encore souvent l'occasion d'arriver à la lumière à travers les ténèbres , car telle est la marche de toute découverte scientifique.
Si, dans le cas présent, je crois sincèrement être arrivé à la solution d'un problème intéressant, cela n'a été qu'après bien des tentatives et de nombreux tâtonnements, et si je propose le nom de sumérien pour indiquer l'idiome des antiques civilisateurs de la Mésopotamie, je le fais parce que je le crois seul admissible.
Ce n'est qu'un nom, il est vrai. Mais la fixation d'un nom a toujours son importance, en ce quelle conduit à la vraie connaissance de la chose dénommée. Uo nom mal choisi, par contre, entrave les recherches et obscurcit l'horizon de l'investigateur. C'est cette conviction qui m'a porté à exposer mes vues, sûr d'avance de l'approbation de mon savant collaborateur pour avoir appliqué l'antique et presque banal adage : «Amiens Plato, amicus Aristoteles, sed magis arnica veritas. »