DU CHAPITRE 1V (2) DU LIVRE HI
législation et de la morale est conforme au génie de la société grecque. Sur ce point, Aristote est complétement d'accord avec Platon; et, en général, malgré la polémique contre la République et les Lors, les différences entre les doctrines politiques d’Aristote et celles de Platon sont moins nombreuses et moins importantes qu’on nele croitcommunément(1). On a souvent opposé la politique idéale et chimérique de Platon au bon sens expérimental et pratique d’Aristote. Mais le parallèle autrefois si répandu entre l'idéalisme de Platon et l’empirisme d’Aristote ne s'applique pas mieux à la politique qu'aux autres parties de la philosophie. En politique comme ailleurs , l'harmonie entre leurs doctrines n’est pas moins remarquable que les dissidences. Le monde sensible est pour Platon l’imperfection, la négation du monde intelligible, comme l'opinion et la sensation sont l'ignorance, la négation de la science. De même en politique, il ne voit pas de salut en dehors de sa république idéales toutes les autres formes de gouvernement sont absolument mauvaises et ne diffèrent que par le degré. Aristote admet que la pensée immatérielle et impassible est la perfection même; mais en même temps il reconnaît dans le monde sensible une gradation de perfection du τὸς
(1) Janet a indiqué quelques-unes des ressemblances entre les doctrines politiques d’Aristote et celles de Platon (Histoire de ἴα philosophie morale et politique, 1, p. 159, 175). Brandis les a développées Aristoteles, pp, 1659 et suiv.)
gne inorganique aux plantes, de la plante à l’animal, de l’animal à l’homme, de l’homme aux sphères célestes. 11 admet comme Platon qu'il n’y a de science que du général et du nécessaire, et que la science est absolument distincte de la connaissance sensible et de l'opinion; mais, d'autre part, il soutient que la science est impossible sans la connaissance sensible, et que, les hommes étant naturelle- | ment aptes à trouver la vérité, leurs opinions doivent être prises en sérieuse considération. Quant à la politique, elle est pour Aristote la même science que la morale. La morale détermine le but que la politique enseigne à atteindre (1). La politique est une science pratique qui enseigne à rendre les hommes vertueux, c’est-à-dire heureux (2). Elle est, au fond, la science de l'éducation par l'État. La Politique de Platon ne repose pas sur un autre principe ; aussi, comme Platon, Aristote accorde à la philosophie politique le droit et lui impose le devoir de tracer l’idéal du meilleur gouvernement et de la meilleure société, non pas un idéal chimérique, mais un idéal possible au prix duquel tous les autres gouvernements sont défectueux (3). Jusqu'ici Aristote est complétement d'accord avec Platon; mais voici le
(1) Remarque tres-juste de Nickes, de Aristotelis politicorum libris, p. 5. Voir Etb. Nic. X, 10.
(2) Arist., Pol., VII, 2. Quant à Platon, voir le Gorgias, le Polilique et la République.
(3) Arist., Pol., IV, 8. 1293 b 25 (6, 1).