‹ Études sur AristoteChapitre 9 sur 21 · DU CHAPITRE IV (2) DU LIVRE NH · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE IV (2) DU LIVRE NH

Le second: argument est en contradiction directe avec d’autres textes de la Politique. On lit à la fin du livre 1Π| 18. 1288 a 37 (11, 1) : Il a été démontré précédemment (ἐν δὲ τοῖς πρώτοις ἐδείχθη λόγοις) que la vertu de l'homme est nécessairement la même que celle du citoyen dans le meilleur gouvernement. Or, avant ce passage, l'argumentation où Aristote pose en principe que tous les citoyens d’un État ne peuvent être gens de bien, est le seul texte où cette question soit discutée; et la conclusion est diamétralement opposée à celle qu’Aristote dit ici avoir éta- ‘blie antérieurement. Il fâut donc admettre une lacune dans le chapitre 1v, après πολίτας, 1277 ἃ 5(3). Après -avoir soutenu dialectiquement que la vertu de l’honnête homme n'est pas la même que celle du bon citoyen dans l’État idéal, il est probable qu’Aristote établissait le contraire, comme il le soutient ailleurs, non-seulement dans le passage que nous venons de citer, mais encore IV, 7. 1293 Ὁ 5(5,9): Le gouvernement aristocratique est le seul où la vertu de l’honnête homme et celle. du bon citoyen soit la même absolument. Dans les autres, la vertu du citoyen. est relative à la forme du gouvernement. Au reste, Aristote ne donne lui-même que comme hypothétique l'argumentation qui est en contradiction avec ses principes : on peut, dit-il, argumenter dans le même sens à un autre point de vue, en discutant le pour et le contre (διαποροῦντας) relativement au meilleur

gouvernement. Le tour de cette proposition indique qu'il n'exprime pas ici sa propre pensée, que l’argument fait partie de ces discussions en sens contraire par lesquelles Aristote a coutume de préluder à la solution des questions qu'il traite.

Si on peut admettre une lacune et lever ainsi la difficulté que nous venons de signaler, comment

s'expliquer qu’Aristote abandonne sa propre définition du citoyen, et pose en principe que la vertu du chef est identique à celle de l'honnête homme, après avoir établi que la vertu du citoyen est relative à la forme du gouvernement? Ces vices d'argumentation semblent avoir la même origine que ceux qui se remarquent dans la polémique contre Platon, Je pense qu'il faut reconnaître là l'habitude de la dispute qui porte à rechercher l’abondance des arguments et à se montrer facile sur la qualité. De tout temps, ceux qui disputent sont plus disposés à compter leurs preuves qu'à les peser; et la dispute était assidôment pratiquée au Lycée.

Quant au fond de la pensée d’Aristote, il n’y a pas la moindre incertitude. Dans l’État idéal, la vertu de l’honnête homme est absolument la même que celle du bon citoyen. C'est là, il faut en convenir, une solution très-opposée aux tendances des 80ciétés modernes où l’on distingue de plus en plus l’homme public de l’homme privé, le domaine de la loi de celui de la conscience. Mais la confusion de la

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