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PRÉFACE. IX

sition constante avec le Platonisme. Il y a entre Aristote et Platon les rapports qui doivent exister entre un disciple et un maître d'un génie égal, quoique différent. Le Platonisme diffère de l’Aristotélisme, comme le germe diffère de son épanouissement, comme la jeunesse d’un homme diffère de sa maturité. Aristote n’est arrivé à contredire Platon qu'en le développant.

On en trouve précisément un exemple frappant dans le point de la Politique que j'ai traité. Quoique Aristote ait complétement adopté les principes de la politique platonicienne, qui sont d’ailleurs ceux de l'antiquité en général , Quoique pour lui la science politique n'ait d’autre objet que d’enseigner à rendre les hommes vertueux, on s’obstine encore à opposer la politique expérimentale et utilitaire d’Aristote à la politique idéaliste de Platon. C’est pour combattre cette erreur généralement répandue en France que j'ai cru devoir insister sur cette question.

La théorie aristotélique de la science a été l'objet de travaux aussi étendus qu’approfondis de la part de MM. Ravaisson (1), Heyder (2), Brandis (3),

(1) Essai sur la Métaphysique d'Aristote, 1837-1846.

(2) Kritische Darstellung und Vergleichung der Aristotelischen und Hogel'schen Dialektik, 1845. La première partie a seule paru.

(3) Aristoteles und seine academischen Zeïtgenossen , 1853-1857. Uebersicht über das Aristotelische Lehrgebaüde und Erôrterung der Lebren seiner nächsten Nachfolger, 1860.

x . PRÉFACE.

Waitz (1). Je ne me suis attaché qu'à un détail qui m'a paru devoir être mis en lumière, même après le travail neuf, juste, ingénieux, d’un homme distinδυό et excellent, que la mort a enlevé prématurément à la science et à l’amitié (2). J'ai voulu montrer en quoi différent Platon et Aristote, et en quoi ils sont d'accord dans la manière de définir et d'employer la dialectique. Il m'a semblé que ce qui obscurcissait beaucoup cette question, c’est qu'on a souvent perdu de vue que, pour Aristote comme pour Platon, la dialectique n'était pas la science du raisonnement, mais l'art de disputer, à prendre ce mot dans le sens qu'on lui donnait au moyen âge.

Cette vue m'a dirigé dans mes recherches sur la Rhétorique d’Aristote. Je n'ai pas prétendu refaire ce que M. Havet ἃ si bien fait (3). Je me suis borné à exposer les rapports entre la dialectique et La rhétonique tels que les concevait Aristote. La persuasion que la dialectique est pour Aristote la science

(1) Aristotelis Organon græce, 1844-1846. Le commentaire est trèsuéle pour l'intelligence du texte et des idées d’Aristote. Le petit livre de Trendelenburg (EKlementa logices Aristotelez, 1846) explique avec beaucoup de clarté et de précision la $ermünelogie &’Aristote et les modifications qu’elle a subies pour devenir la langue philosophique des modernes. Quant à l'ouvrage de Prantl (Geschichte der Logik, 1855), je regrette de n’en avoir eu connaissance que trop taxi pour en faire nsage.

(2) De 184 Théorie des lieux communs dans les Fopiques d’Aristote et des principales modifications qu’elle a subies jusqu’à nos jours, par E. Thionville, 1855.

(3) Étude sur la Rhétorique d'Aristote, 1846.

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du raisonnement et certains textes fautifs de la Rhétorique ont répandu beaucoup de nuages sur cette question. J'ai traité des rapports entre les vues d’Aristote et celles de Platon sur la rhétorique, parce qu’à mon avis, si l’on a exagéré les différences de leurs théories politiques, on a accordé au Phèdre de Platon beaucoup trop d'influence sur la rhétorique d’Aristote. J'ai terminé mes recherches sur la dialectique aristotélicienne, en étudiant ce qu'elle est devenue dans l'antiquité et en montrant comment le sens primitif du mot s'est altéré. J'ai rejeté dans l'appendice les discussions de textes et les dissertations qui auraient embarrassé et obscurci la marche de l'exposition.

En présentant mon travail au public, je crois devoir témoigner hautement ma reconnaissance pour M. H. Weil, professeur à la Faculté des lettres de Besançon, qui m'a prodigué les conseils de sa science et les encouragements de son amitié.

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