‹ Études sur AristoteChapitre 3 sur 21 · OBSERVATIONS CRITIQUES SUR LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS CRITIQUES SUR LA POLITIQUE

1. 1. 1252 a 13-16 (2). Ὅσοι μὲν οὖν οἴονται πολιτικὸν χαὶ βασιλικὸν χαὶ οἰκονομικὸν χαὶ δεσποτικὸν εἶναι τὸν αὐτόν, οὐ χαλῶς λέγουσιν " πλήθει γὰρ καὶ ὀλιγότητι νομίζουσι διαφέρειν, ἀλλ᾽ oùx εἴδει τούτων ἔχαστον ....,, χαὶ πολιτικὸν δὲ καὶ βασιλικόν, ὅταν μὲν αὐτὸς ἐφεστήχη, βασιλιχόν, ὅταν δὲ χατὰ λόγους τῆς ἐπιστήμης τῆς τοιαύτης, κατὰ μέρος ἄρχων καὶ ἀρχόμενος, πολιτικόν. Ταῦτα δ᾽ οὐκ ἔστιν ἀληθῆ. Aristote désigne , sans aucun doute, Platon et ses disciples, comme on peut le voir dans le Politique, 259 B C. Mais, comme le remarque avec raison Brandis, Arisioteles, p. 1528, 527, il distingue le pouvoir politique du pouvoir royal, conformément à son opinion personnelle, et non d'après

celle de Platon. Il y a plus : cette distinction interrompt complétement la suite des idées; car Aristote ne discute iei que lopinion qui distingue les différents pouvoirs sociaux uniquement d’après le nombre de eeux qui leur sont soumis ; et, à ce point de vue, il n’y a pas lieu de distinguer entre le pouvoir des magistrats et celui des rois. Ensuite la proposition ταῦτα — ἀληθῆ ne peut se rapporter à cette distinction. Non-seulement le passage καὶ πολιτικὸν δέ x. τ. Δ. est contraire à l'enchaînement des idées ; mais encore on y trouve associées sans conjonction deux significations différentes du mot rokrwx&, dont l’une n’est pas opposée, comme elle devrait l’être, au sens du mot βασιλικός. Entre autres acceptions qu’Aristote donne au mot πολιτικός, il en est deux qui sont bier distinctes : tantôt ce mot désigne le pouvoir exercé alternativement par des magistrats dans un État dé gaux, par opposition au pouvoir perpétuel exercé par un roi ou par une élite d'hommes vertueux, par exemple dans III, 47. 8288 ἃ 6-15. Bb 2 (14, 4#. 42, 2); et c'est ce qui est désigné ici par χατὰ μέρος. ἄγχων καὶ ἀρχόμενος, comme on peut s’en convainere en comparant la définition πολιτικὸν δὲ πλῆθος... πλῆθος. πολεμικόν, δυνάμενον ἄγχεσθαι χαὶ. ἄρχειν... 1288 ἃ 12 (44, 11); tantôt, et le plus souvent, le mot πολιτικός. désigne celui qui eultive la seience politique, et il est plusieurs fois synonyme de législateur, comme par exemple dans Il}, 1. 1274 ἢ 36 (1, 1), IV, 1. 1288.

b 27 (1, 2), V, 9. 1309 b 35 (7, 18), VIE, 4. 1326 ἃ 4 (4, 2), VII, 14. 4333 a 37 (13, 5), et o’est ce. dernier sens qui est exprimé ici par κατὰ λόγους τῆς ἐπιστήμης τῆς τοιαύτης, Où l’adjectif démonstratif désigne, suivant l’usage d’Aristote, l’idée eontenu dans le mot voisin πολιτικῆς. Il est évidemment hors de propos de mentionner ici cette dernière acception pour distinguer le pouvoir républicain du pouvoir royal ; la constitution du pouvoir royal est du domaine de la science politique comme celle du pouvoir républicain, puisque le pouvoir royal n’est pas un pouvoir despotique, genre d'autorité dont la politique n’a pas à s’occuper, comme Aristote le dit: VIT, 2, 1324 ἢ 24-27 (2, 7), VIE 14. 1333 b 35 (13, 18). Aristote oppose même souvent l’adjectif πολιτικός eomme exprimant l'autorité exercée sur des hommes libres et conformément à des lois au pouvoir absolu dont les sujets sont esclaves II, 10. 1272 ἢ 2 (7, 6), HU, 4. 1277 Ὁ 8 (2, 9), ILE, 16. 1288 ἃ 12 (11, 14), VI, 2, 1324 a 37 (2, 4). Cette distinction pourrait même servir à lever les difficultés du passage que nous discutons. À est possible que les mots κατὰ — τοιαύτης soient hors de leur place, et aient été employés après le mot πολιτικόν dans une proposition que nous n'avons pas conservée, et où Aristote disait que ceux qu'il réfute considèrent comme appartenant à la même science le pouvoir du maître sur l’esclave et les pouvoirs du roi et du magistrat sur des hommes libres.

Ι, 2. 1252 a 32. 33 (1, 4): I me semble qu'il faut supprimer φύσει, qui est de trop après δεσπόστον, et transposer le 'φύσες qui est devant δοῦλον après ἀρχόμενον où 1] manque. Ces confusions sont fréquentes dans les manuserits de la Pelitique, quand le même mot est répété à peu de distance.

I, 2. 1253 a 34-35 (1, 12). Χαλεπωτάτη γὰρ ἀδικία ἔχουσα ὅπλα ὁ δ᾽ ἄνθρωπος ὅπλα ἔχων φύεται φρονήσεε καὶ ἀρετῇ, οἷς ἐπὶ τἀναντία ἔστι χρῆσθαι μάλιστα. Διὸ ἀνοσιώτατον. καὶ ἀγριώτατον ἄνευ. ἀρετῆς, χαὶ πρὸς ἀφροδίσια καὶ ἐδωδὴν χείριστον. On traduit généralement (et Brandis est de cet avis, Aristoteles, p. 1570, 537): La nature a donné pour armes à l’homme l'intelligence et la force. Mais alors il faut donner au mot ἀρετή, dans la proposition suivante, un sens tout différent, celui de vertu, et τἀναντία μάλιστα désignerait ce qui esb opposé ἃ l'intelligence et à la force, sens très-peu satisfaisant. L’enchaînement naturel des idées exige qu'on traduise comme Bernays (Grundzüge der verlorenen Abhandlung des Aristeteles über die Wirkung der Fragôdie} : La nature a donné à l'homme des armes qui doivent servir à la sagesse et à la vertu, mais qui peuvent recevoir un emploi entièrement opposé ; e’est-à-dire, qui peuvent servir à la folie et au vice. Mais le datif peut-il se construire ainsi avec ἔχεν Je n'en connais pas d'exemple.

1, 2. 1253 ἃ 38 (1, 12). Après avoir développé que l’homme est le pire des êtres en dehors des lois

et de la société civile, Aristote ajoute : ‘H δὲ δικαιοσύνη πολιτικόν * À γὰρ δίκη πολιτικῆς κοινωνίας τάξις ἐστίν " ἡ δὲ δίκη τοῦ δικαίου χρίσις. 1] est singulier que la construction indique que le mot δύκη doit recevoir da même signification dans les deux dernières propositions, tandis qu'il n'est pas défini de la même manière. Il est d’ailleurs évident que ces trois propositions ferment un syllogisme, dont la première est la conclusion. Or, d'après les règles du syllogisme de la première figure, le sujet de la conclusion doit être aussi sujet de la mineure. Je crois qu'on peut résoudre ces deux difficultés en substituant avec Reiske δικαιοσύνη à δίκη dans la dernière proposition. On ἃ ainsi le syllogisme régulier : Le droit est l’ordre de la société civile ; or la justice décide ce qui est conforme au droit ; donc la justice est de l’essence dela société civile. La définition de la justice que donne la mineure n'étonne pas, quand on voit qu'Aristote emploie comme synonymes : τὸν ἀποδώσοντα χαὶ χρινοῦντα τὸ δίκαιον (III, 4, 1291 ἃ 28), οἱ τὸ μετέχον δικαιοσύνης δικαστικῆς (ἐδίά., 27), pour signer ceux qui rendent la justice.

I, 4. 1253 ὃ 27. 30 (2. à Après avoir posé la question de la légitimité de l'esclavage, Aristote ἡ commence ainsi : Ἐπεὶ οὖν ἡ χτῆσις μέοος τῆς οἰκίας ἐστὶ καὶ ἡ χτητικὴ μέρος τῆς οἰχονομίας ( ἄνευ. γὰρ τῶν ἀναγκαίων ἀδύγατον καὶ ζῆν χαὶ εὖ ζῆν), ὥσπερ δὲ ἐν ταῖς

<< = De ne tentent

6 OBSERVATIONS ERITIQUES

ὄργανα, εἰ μέλλει ἀποτελεσθήσεσθαι τὸ ἔργον, οὕτω καὶ τῶν οἰκονομικῶν. Τῶν δ᾽ ὀργάνων τὰ μὲν ἄψυχα τὰ δ᾽ ἔμψυχα, οἷον τῷ κυδερνήτη ὁ μὲν οἵαξ ἄψυχον, ὁ δὲ πρωρεὺς ἔμψυχον" ὁ γὰρ ὑπηρέτης ἐν ὀργάνου εἴδει ταῖς τέχναις ἐστίν. Οὕτω χαὶ τὸ χτῆμα ὄργανον πρὸς ζωήν ἐστι, καὶ ἡ κτῆσις πλῆθος ὀργάνων ἐστί, καὶ ὁ δοῦλος κτῆυά τι ἔμψυχον, καὶ ὥσπερ ὄργανον πρὸ ὀργάνων, πᾶς ὁ ὑπηρέτης. La première proposition est contraire aux lois de la grammaire : où est l’apodose, la proposition principale qui doit répondre à la proposition causale ἐπεὶ οὖν ὃ La dernière proposition, considérée dans ses deux premiers membres, est contraire à l’enchaînement des idées : la comparaison des choses possédées avec des instruments nécessaires à la vie ne se rapporte pas à la division des instruments en instruments inanimés et instruments animés. 1} suffit de trouver l'apodose pour résoudre 66 double problème. Les deux derniers membres de la dernière proposition, où il s’agit de l’esclave, contiennent évidemment l’idée principale, puisque Aristote aborde la question de la légitimité de l'esclavage, qu’il vient de poser immédiatement auparavant. Tout ce qui précède καὶ ὁ δοῦλος n’est qu'une récapitulation des principes qui lui servent à résoudre la question; les propositions καὶ ὁ δοῦλος — drnpéras deviendront grammaticalement ee qu’elles sont logiquement , l’apodose d’érei οὖν, si l’on substitue dans ce qui précède des virgules aux points, et l’enchainement des idées sera rétabli, si l’on transpose

τὸ κτῆμα — ὀργάνων ἐστί immédiatement après oixovoμικῶν. On ἃ ainsi : ἐπεὶ οὖν ---, ὥσπερ dè—, οὕτω καὶ τῶν οἰχονόμικῶν τὸ χτῆμα ὄργανον πρὸς ζωήν ἐστι, καὶ ἡ κτῆσις πλῆθος ὀργάνων ἐστί, τῶν δ᾽ ὀργάνων ---- ἔμψυχον (ὁ γὰρ ὑπηρέτης ἐν ὀργάνου εἴδει ταῖς τέχναις ἐστίν), οὕτω καὶ ὁ δοῦλος χτῆμαά τι ἔμψυχον, καὶ 'ὥσπερ --- ὑπηρέτης. On voit que la proposition transposée répond exactement à celle qui énonce que chaque art doit avoir des instruments qui lui soient propres. Aristote emploie ailleurs la même forme pour descendre par une série de propositions de plus en plus particulières à une proposition principale qui sert d'apodose à ce qui précède : et ce passage n'est pas le seul où l’apodose est étroitement liée à la dernière proposition qu'elle suit immédiatement. ( Voir II, 18. 1288 ἃ 32-41 (12, 1), et Rhet., HN, 25. 1402 b 12-24.)

ἃ, 6. 1255 a 20 (2, 17-18). Il y ἃ deux opinions sur la légitimité du droit de guerre qui fait du vaincu la propriété du vainqueur; les uns soutiennent qu'ä ei juste que le vaincu soit esclave du vainqueur, les autres ne voient là qu'un mdigne abus de la force. Ce qui cause cette discussion, c’est que le vainqueur a toujours une certaine supériorité, ὥστε δοκεῖν μὴ ἄνεν ἀρετῆς εἶναι τὴν βίαν, ἀλλὰ περὶ τοῦ δικαίου μόνον εἶναι τὴν ἀμφισθήτησιν. Διὰ γὰρ τοῦτο τοῖς μὲν δὔνοια δοκεῖ τὸ δίκαιον εἶναι, τοῖς δ᾽ αὐτὸ τοῦτο δίκαιον, τὸ τὸν κρείττονα ἄρχειν, ἐπεὶ διαστάντων γε χωρὶς τούτων τῶν

ὡς où δεῖ τὸ βέλτιον χατ᾽ ἀρετὴν ἄρχειν χαὶ δεσπόζειν, Ὅλως δ᾽ ἀντεχόμενοί τινές, ὡς οἴονται, δικαίου τινὸς (ὁ γὰρ νόμος δίκαιόν τι) τὴν χατὰ πόλεμον δουλείαν τιθέασι δικαίαν, ἅμα δ᾽ οὔ φασιν. On rapporte en général ἅτεροι λόγοι à l'opinion qui est contraire ἃ l’usage du droit de guerre en ce qui concerne l'esclavage ; alors il faut mettre un point après κρείττονα ἄρχειν, une virgule après δεσπόζειν, ajouter δὲ après ἐπεὶ comme le propose Stahr, et le supprimer après ὅλως. On ἃ alors le sens suivant, que donne Brandis (Arist., p. 1572) : Comme dans cette discussion l’opinion de ceux qui soutiennent que le meilleur ne doit pas être le maître n’a rien qui la recommande, d’autres, voyant qu'elle est inadmissible, soutiennent que. l’eselavage du vaincu est juste, parce qu'il est légal, et que la légalité est une sorte de justice. 1] me semble que ἅτεροι λόγοι ne comporte pas cette interprétatron. Après avoir dit qu'il y a lieu de discuter sur cette application du droit de guerre, et même que ceux qui en contestent la légitimité ont raison à certains égards (τρόπον τινὰ λέγουσιν ὀρθῶς, ligne 3), Aristote ne peut dire que cette opinion n’a aucune raison valable en sa faveur. Je crois qu’il n’y a rien à changer au texte ni à la ponctuation de Bekker, et voici, à mon avis, la suite des idées : On pense de part et d’autre que le vainqueur a toujours une certaine supériorité de mérite, mais on discute seulement sur la justice (περὶ τοῦ δικαίου μόνον εἶναι τὴν ἀμφισδήτησιν),

c'est-à-dire sur l’usage que le vainqueur doit faire de ses droits. Comme la discussion porte sur ce point (διὰ γὰρ τοῦτο), les uns pensent que la justice est dans la modération envers le vaincu, les autres pensent que la justice, c’est que le plus fort soit le maître ; car, s’il ἃ lieu de discuter sur ce point, si on est divisé sur la question de justice (ἐπεὶ διαστάντων γε χωρὶς τούτων τῶν λόγων), il n’y ἃ pas lieu de discuter l'opinion (ἅτεροι. λόγοι) que le meilleur ne doit pas être le maître, ou, comme le dit Aristote, c’est un raisonnement qui n’a rien de plausible. D'autres s'attachent à une sorte de droit en général, sans chercher s’il est fondé sur la nature ou sur la convention, et prétendent que l’esclavage du vaincu est juste parce qu'il est légal.

En somme, Aristote me paraît mentionner quatre opinions différentes : deux opinions contraires sur la question de justice dans l’application du droit de guerre, mais s accordant sur le droit de la vertu à être maîtresse; une autre opinion, qui conteste ce droit et qui ne supporte pas la discussion; enfin une quatrième opinion, qui fonde l'esclavage du vaincu uniquement sur la légalité, qui est une sorte de justice. Aristote a employé l'expression ἅτεροι λόγοι parce que ceux qui contestent sur la justice, s'accordent sur le principe: que le meilleur doit être le maître, et, à ce point de vue, ils n’ont qu’une même opinion opposée à l’autre opinion qui n’admet pas ce principe. Cf.

Ι,6. 1255 b 5 (2, 20). Dans sa dissertation sur l'esclavage, Aristote établit deux points: d’abord, qu'il y a des hommes qui sont par nature les uns libres, les autres esclaves, et que dans ce cas l’esclavage est légitime et utile; ensuite, que l'esclavage n'est pas légitime s’il repose non sur la nature mais sur une convention, et que ceux qui contestent la légitimité de l'esclavage résultant du droit de guerre n’ont pas tout à fait tort. 11 résume ainsi sa discussion : ὅτι μὲν οὖν ἔχει τινὰ λόγον ἡ ἀμφισθήτησις, καὶ οὐκ εἰσὶν οἱ μὲν φύσει δοῦλοι οἱ δ᾽ ἐλεύθεροι, δῆλον " καὶ ὅτι ἔν τισι διώρισται τὸ τοιοῦτον, ὧν συμφέρει τῷ μὲν τὸ δουλεύειν τῷ δὲ" τὸ δεσπόζειν, καὶ δίκαιον, καὶ δεῖ τὸ μὲν ἄρχεσθαι τὸ δ᾽ ἄρχειν, ἣν πεφύχασιν ἄρχην ἄρχειν, ὥστε καὶ δεσπόζειν. On ἃ remarqué que la proposition οὐκ εἰ-σὶν — ἐλεύθεροι fait dire à Aristote le contraire de sa pensée. On a proposé de lire καὶ εἰσὶ xai οὐκ εἰσίν, x. τ. À. Je crois plus simple et plus conforme à la suite de la discussion résumée ici par Aristote, de lire : καὶ οὐχ εἰσὶν εἰ μὴ φύσει où μὲν δυῦλοι οἱ δ᾽ ἐλεύθε-por. Ainsi, cette portion du résumé d’Aristote se rap- porte uniquement à la seconde partie de la discussion, comme cela doit être. En outre, le pluriel πεφύχασιν indique qu'il faudrait lire ἄρχειν καὶ ἄρχεσθαι, ὥστε καὶ δεσπόζειν καὶ δουλεύειν, mais il y a peut-être [à

une de ces irrégularités de rédaction si fréquentes chez Aristote; il est plus d’une fois incomplet dans ses énumérations.

1, 7. 1255 b 88 (2, 23). Ἡ δὲ κτητικὴ ὁτέρα ἀμφοτέρων τούτων (τῆς δεσποτικῆς ἐπιστήμης καὶ τῆς dou λικῆς), οἷον ἡ δικαία, πολεμική τις οὖσα à θηρευτική. Aristote reconnaît (voir le chapitre suivant) deux moyens d'acquisition légitimes : le labourage, qui comprend le pâturage, et la chasse, qui est une sorte de guerre contre les animaux sauvages, et une véritable guerre contre les hommes nés pour être esclaves. S'il parle de l’acquisition légitime en général , il est singulier qu'il ne mentionne pas ici l'agriculture, qui en est la partie la plus importante. Il est donc évident que ἡ χτητική ne se rapporte qu'à l’art d'acquérir des esclaves; Aristote vient de dire que la science du maître consiste à se servir des esclaves, et non à les acquérir (1. 32).

Ι, 8. 1256 b 15 (3, 7). Ἡ μὲν οὖν τοιαύτη χτῆσις (les moyens de subsistance) ὑπ᾽ αὐτῆς φαίνεται τῆς φύσεως διδομένη κᾶσιν, ὥσπερ κατὰ τὴν πρώτην γένεσιν εὐθύς, οὕτω χαὶ τελειωθεῖσιν. Καὶ γὰρ χατὰ τὴν ἐξ ἀρχῆς γένεσιν τὰ μὲν συνεκτίκτει τῶν ζῴων τοσαύτην τροφὴν ὡς ἱκανὴν εἶναι.... ὅσα δὲ ζῳοτοχεῖ, τοῖς γενομένοις ἔχει τροφὴν ἐν αὑτοῖς μέχρι τινός, τὴν τοῦ καλουμένου γάλαχτος φύσιν. Ὥστε ὁμοίως δῆλον ὅτι καὶ γενομένοις οἰητέὸόν

πων χάριν. Il est évident, corame l’a vu Conriug, que les mots ὁμοίως δῆλον ὅτι καὶ doivent être suivis d’une expression qui soit synonyme de τελειωθεῖσιν. Or yevoμένοις seul signifie précisément le moment de la naissance, comme on peut le voir dans la proposition précédente ; il a sans doute été ici mal à propos répété au lieu du mot τελειωθεῖσιν. |

1, 8. 1256 b 27 (3, 8). Év μὲν οὖν εἶδος κτητικῆς χατὰ φύσιν τῆς οἰχονομικῆς μέρος ἐστίν D δεῖ ἧτοι ὑπάρχειν ἢ πορίζειν αὐτὴν ὅπως ὑπάρχῃ, ὧν ἐστὶ θησαυρισμὸς χρημάτων πρὸς ζωὴν ἀναγκαίων xai χρησίμων εἰς χοινωνίαν πόλεως ἣ οἰκίας. Le relatif ὃ ne peut se construire ; Gôttling propose de lire διό, mais le sens ne me paraît pas satisfaisant. En effet, il faudra comprendre : Il y a un mode d'acquisition qui est une partie de l’économique; c’est pourquoi il faut qu'elle ait ἃ sa disposition ou se procure ce qui est nécessaire aux besoins de la communauté. Le rapport de ces idées est plutôt inverse : Il faut que l’économique. ait ἃ sa disposition ou se procure les choses de première nécessité ; c’est pourquotil y a un mode d'acquisition qui fait partie de l’économique. Je propose de lire : ἐν μὲν οὖν εἶδος χτητικῆς κατὰ φύσιν ὃ τῆς οἰκονομικῆς μέρος ἐστίν " δεῖ (γὰρ) ἤτοι x. τ. À. Il y a un mode d'acquisition naturel qui fait partie de l’économique. |

‘HA καὶ δῆλον ὅτι οὐχ ἔστι φύσει τῆς χρηματιστικῆς ἡ καπηλική᾽ ὅσον γὰρ ἱκανὸν αὐτοῖς, ᾿ἀναγκαῖον ἦν ποιεῖσθαι τὴν ἀλλαγήν. On construit généralement le génitif τῆς χρηματιστικῆς avec ἔστι, et l’on entend φύσες adverbialement : le commerce n’appartient pas naturellement à l’art d'acquérir des richesses. Mais il serait étrange qu'Aristote eût exclu de la chrématistique le mode d'acquisition qu’on appelait généralement et qu'il est juste d'appeler de ce nom (1256 Ὁ 40). Le passage suivant, où Aristote résume la doctrine exposée dans ce chapitre ne laissera aucun doute sur le vrai sens (10. 1258 ἃ 38. 8, 28) : Διπλῆς δ᾽ οὔσης αὐτῆς (τῆς χρηματιστικῆς), ὥσπερ εἴπομεν , καὶ τῆς μὲν χαπηλιχῆς τῆς δ᾽ οἰκονομικῆς. καὶ ταύτης μὲν ἀναγκαίας καὶ ἐπαινουμένης, τῆς δὲ μεταθλητικῆς ψεγομένης δικαίως (οὐ γὰρ κατὰ φύσιν ἀλλ᾽ ἀπ᾽ ἀλλήλων ἐστίν),...ὄ ἢ] faut donc construire τῆς χρηματιστικῆς Comme génitif partitif avee | ἡ καπηλική, entendre φύσει attributivement, et traduire : La partie de la chrématistique qu'on appelle commerce, n'est pas conforme à la nature, n'a pas une existenee naturelle. | I, 9. 1257 Ὁ 10 (3, 16). Καὶ γὰρ τὸν πλοῦτον πολλάκις τιθέασι νομίσματος πλῆθος͵, διὰ τὸ περὲ τοῦτ᾽ εἶναι τὴν χρηματιστιχὴν χαὶ τὴν καπηλιχήν. Puisque la chrémahstique comprend la partie de l’économie domestique qui a pour but de procurer des moyens de subsistancé (περὶ τὴν τρόφην, 1258 a 17. 3, 20), et le commerce qui a pour but d'acquérir de l'argent

(καὶ δοχεῖ περὶ τὸ νόμισμα αὕτη εἶναι, 1257 ὃ 22), il est

évident que dans ce passage τὴν χρηματιστικήν ne doit pas être entendu dans toute son extension, mais seulement dans le sens restreint de χαπηλική, Il faut donc supprimer le xai et construire τὴν χαπηλικήν comme adjectif avec τὴν χρηματιστιχήν.

I, 9. 1257 b 30 (3, 18). Τῆς δ᾽ οἰκονομικῆς, οὐ yon ματιστικῆς ἔστι πέρας. Puisqu'il y ἃ une partie de la chrêmatistique qui est qualifiée plus haut d’économique (καὶ αὕτη μὲν οἰκονομική, 1257 ἢ 20), la négation où n'est pas motivée. Il faut la supprimer, et construire οἰκονομικῆς comme adjectif avec χρηματιστιχῆς.

Ι, 9. 1258 ἃ 17 (3, 20). Περὶ μὲν οὖν τῆς τε μὴ ἀναγκαίας χρηματιστιχῆς ---εἴρηται᾽ καὶ περὶ τῆς ἀναγκαίας, ὅτι ἑτέρα μὲν αὐτῆς οἰχονομικὴ δὲ χατὰ φύσιν ἡ περὶ τὴν τροφήν, οὐχ ὥσπερ αὐτὴ ἄπειρος, ἄλλ᾽ ἔχουσα ὅρον. D'après tout ce qui précède, et en particulier d’après le passage qu'on lit plus haut, 1257 b 19 (3, 17), ἔστι γὰρ ἑτέρα ἡ χρηματιστικὴ χαὶ ὁ πλοῦτος ὁ χατὰ φύσιν, καὶ αὕτη μὲν οἰχονομική, il me semble qu'il faut lire ici : οἰκονομικὴ δὲ καὶ κατὰ φύσιν ἡ περὶ κ. τ. À.

Ι, 12. 1259 ἃ 39 (5, 1). Ἐπεὶ δὲ τρία μέρη τῆς οἷχονομιχῆς ἦν, ἣν μὲν δερποτική, περὶ ἧς εἴρηται πρότερον, ἕν δὲ πατρική, τρίτον δὲ γαμική" καὶ γὰρ γυναικὸς ἄρχειν καὶ τέκνων, ὡς ἐλευθέρων μὲν ἀμφοῖν, οὐ τὸν αὐτὸν δὲ τρόmov τῆς ἀρχῆς, ἀλλὰ γυναιχὸς μὲν πολιτικῶς, τέκνων δὲ βασιλικῶς. On ἃ remarqué qu'épyew est fautif et que

SUR LA POLITIQUE. τὰ

la proposition ἐπεὶ δὲ ---- γαμιχή manque d'apodose: mais on n’a pas remarqué que les particules χαὶ γὰρ n’ont pas de sens dans l’état où le texte nous est parvenu. Où est l’apodose d’éret δὲ ἢ Comment s’expliquer καὶ γὰρ ? Si on lit læ suite du chapitre x1r, on voit qu’Aristote ne fait que développer l'idée contenue dans les derniers mots de ee passage, ἀλλὰ γυναιχὸς μὲν x. τ᾿ À. Il me semble, comme à Schneider, que le début du chapitre xur, 1259 Ὁ 18 (5, 3) contient l'apodose que nous cherchons. En effet, on y lit : φανερὸν τοίνυν ὅτι πλείων À σπουδὴ τῆς οἰχονομίας πεοὶ τοὺς ἀνθρώπους ἢ περὶ τὴν τῶν ἀψύχων κτῆσιν, καὶ περὶ τὴν ἀρετὴν τούτων ἢ περὶ τὴν τῆς κτήσεως, ὃν χαλοῦμεν πλοῦτον, καὶ τῶν ἐλευθέρων μᾶλλον ἢ δούλων. Si l’on regarde comme une digression, une parenthèse, tout le développement précédent relatif au pouvoir marital et au pouvoir paternel (χαὶ γὰρ —— πρὸς τὸ τέκνον), et qu'on le laisse de côté, on trouvera que la proposition φανερὸν τοίνυν 8e rapporte directement aux chapitres qui précèdent, et lie ce qu'Aristote a dit plus haut de Ia chrématistique avec Îles considérations qu’il va présenter sur la vertu des esclaves, des femmes, des enfants. Elle convient donc comme proposition principale à l’expression des idées qui servent de transition entre les deux sujets traités par Aristote. Mais alors, il est évident que la proposition subordonnée ἐπεὶ δὲ — γαμική est incomplète. Aristote devait rappeler ce qu’il a dit de la chrématistique na-

turelle, qui est une partie de l’économie domestique : car l’économie ne consiste pas seulement dans le gouvernement des personnes, mais aussi dans l'emploi des choses. Ce qui confirme d’ailleurs l’hypothèse d’une lacune après γαμιχή, c’est que la parenthèse χαὶ γὰρ x. τ. À. ne 8e lie pas avec ce qui la précède immédiatement. Je pense qu'il y avait après γαμική quelque chose qui rappelait que l’économie a à employer les choses et à gouverner les personnes. Autrement la conclusion φανερὸν τοίνυν ne serait pas contenue dans les propositions qui doivent lui servir de prémisses.

I, 13. 1259 ἢ 24 (5, 3). Πρῶτον μὲν οὖν περὶ δούλων ἀπορήσειεν ἄν τις, πότερόν ἐστιν ἀρετή τις δούλον παρὰ τὰς ὀργανικὰς χαὶ διακονικὰς ἄλλη τιμιωτέρα τούτων, οἷον σωφροσύνη καὶ ἀνδρία καὶ δικαιοσύνη καὶ τῶν ἄλλων τῶν τοιούτων ἕξεων, ἢ οὐχ ἔστιν οὐδεμία παρὰ τὰς σωματικὰς ὑπηρεσίας. Le génitif τῶν — ἔξεων ne peut se construire. Je crois qu'il faut transposer τούτων suivi de χαὶ τῶν — ἕξεων après οὐδεμία. ᾿

1, 18. 1260 a 4. 8. 17 (5, 5. 6. 7. 8). Aristote recherche si la vertu de l'être fait pour obéir est la même que celle de l'être fait pour commander; si la vertu de l’esclave, de la femme, de l’enfant, est la même que celle de l’homme libre, de l’homme, de l’homme fait. S’ils doivent être tous deux vertueux, quelle différence Ὑ aurat-il entre eux? Mais, d’autre part, n’est-il pas impossible que l’un soit vertueux et

SUR LA POLITIQUE. εἶ

que l’autre ne le soit pas, si l’un doit bien commander et l’autre bien obéir ? Φανερὸν τοίνυν ὅτι ἀνάγκη μὲν μετέχειν ἀμφοτέρους ἀρετῆς; ταύτης δ᾽ εἶναι διαφοράς, ὥσπερ καὶ τῶν φύσει ἀρχομένων. Καὶ τοῦτο εὐθὺς ὑφήγηται περὶ τὴν ψυχήν. En effet, il y a dans l’âme une partie faite pour commander et une autre pour obéir; et leurs vertus ne sont pas les mêmes. Δῆλον τοίνυν ὅτι τὸν αὐτὸν τρόπον ἔχει καὶ ἐπὶ τῶν ἄλλων, ὥστε φύσει τὰ πλείω ἄρχοντα καὶ ἀρχόμενα. En effet, l’homme libre ne commande pas à l’esclave comme l'homme à la femme, ni comme l’homme fait à l'enfant; les parties de l'âme se retrouvent chez tous, mais dans un état différent. La partie de l'âme qui délibère est nulle chez l’eselave, faible chez la femme, imparfaite chez l'enfant. ὁμοίως τοίνυν ἀναγχαῖον ἔχειν καὶ περὶ τὰς ἠθικὰς ἀρετάς. Tous doivent avoir la vertu éthique, mais chacun dans la mesure qui convient à ses fonctions. Διὸ τὸν μὲν ἄρχοντα τελέαν ἔχειν δεῖ τὴν ἠθικὴν ἀρετήν (τὸ γὰρ ἔργον ἐστὶν ἁπλῶς τοῦ ἀρχιτέκτονος, à δὲ λόγος ἀρχιτέκτων), τῶν δ᾽ ἄλλων ἔχαστον, ὅσον ἐπιθάλλει αὐτοῖς. ὥστε φανερὸν ὅτι ἐστὶν ἠθικὴ ἀρετὴ τῶν εἰρημένων πάντων, καὶ οὐχ ἡ αὐτὴ σωφροσύνη γυναικὸς χαὶ ἀνδρὸς, οὐδ᾽ ἀνδρία xai διχαιοσύνη, χαθάπερ ᾧετο Σωχράτης, ἄλλ᾽ ἡ μὲν ἀρχικὴ ἀνδρία, ἡ δ᾽ ὑπηρετική. ὁμοίως δ᾽ ἔχει καὶ περὶ τὰς ἄλλας.

Je vais discuter successivement les difficultés que ce passage me semble présenter.

D'abord, 1. 4 (5), on a proposé de lire : τῶν φύσει

ἀρχόντων καὶ ἀρχομένων. Mais rappelons-nous que la vertu de celui qui commande est complète, partant une, comme Âristote le dit lui-même III, 4. 1276 b 32 (2, 2). Les différences de vertu tiennent aux différences de ceux qui obéissent. Il y a bien une différence générale entre la vertu de eelui qui commande et les vertus de ceux qui obéissent ; mais Aristote n’en a pas tenu eompte dans eette proposition, genre d’inexactitude qui lui est familier. Pour que sa pensée fût exprimée complétement, il faudrait dire que la vertu de celui qui commande n’est pas la même que la vertu de celui qui obéit, et que les vertus de ceux qui obéissent sont différentes entre elles.

Ensuite je propose de lire, comme a traduit Ramus : 1. 8 (6) : ὥστε πλείω τὰ φύσει ἄρχοντα xai ἀρχόμενα. 1l'en est des êtres faits soit pour commander, soit pour obéir, comme de l'âme; il en résulte qu’il y a plusieurs espèces d'êtres parmi ceuæ qui sont fails sott pour commander soit pour obéir ; car ils ont tous les différentes parties de l’âme, mais ἃ un état différent. C’est ainsi que j'entends la suite des idées, en mettant un point après ἄλλων, et un point en haut après ἀρχόμενα. Je ne trouve pas de sens satisfaisant à la leçon vulgaire : . de sorte que la plupart des êtres commandent ou ebétesent par nature. Du moins elle ne se lie pas avec 66 qui suit immédiatement.

Troisièmement, il est étrange qu'après avoir parlé de la partie de l’âme qui délibère, Aristote ne dise

pas un mot des vertus dianoëtiques qui lui sont propres, tandis qu’il parle trois fois, 11. 15, 17, 20 (7.8) des vertus éthiques pour en dire la même chose. De plus, il est singulier que pour démontrer que celui qui commande doit avoir la vertu éthique complète, il dise que l'ouvrage appartient à celui qui le dirige, et que la raison est une faculté directrice; cette réflexion s'applique évidemment à la vertu dianoétique qui est celle de la partie rationnelle de l’âme, à ce qu'Aristote appelle ailleurs φρόνησις, Ill, 4. 1277 Ὁ 25 (2, 11), et non à la vertu éthique qui est propre à la partie irrationnelle. 11 me semble que toutes ces difficultés sont levées si on transpose après ἀτελές 1. 14 (6) la proposition διὸ τὸν μὲν — αὐτοῖς. en lisant : τελέαν ἔχειν δεῖ τὴν diavenrixv ἀρετήν; et ensuite si on lit : ὥστε φανερὸν ὅτι ἐστὶν ἀρετὴ τῶν εἰρημένων πάντων, en supprimant ἠθική 1. 20 (8).

Lee

τὸ τέλος ὅ φησι τῇ πόλει δεῖν ὑπάρχειν, ὡς μὲν εἴρηται νῦν, ἀδύνατον, πῶς δὲ δεῖ διελεῖν, οὐδὲν διώρισται. Aristote fait ici au régime de communauté proposé par Platon deux objections qu’il développe successivement, mais dans un ordre inverse de celui où il les a posées. D'abord la communauté n’atteint pas le résultat

en vue duquel Platon établit cette législation, et qui

est l’unité absolue de la cité : Aristote développe eette première objection, chapitres nr, 1v, v (1,8-18. 2, 1-9), comme on le voit en particulier par 1261 b 16 (1, 8) et 1262 b ὃ (1, 16), passages où Aristote rappelle l’objection à peu près dans les mêmes termes. En second heu, cette unité absolue de la cité que Platon assigne pour fin à l’État est impossible, telle que Platon la présente : Aristote développe immédiatement cette seconde objection, 1261 ἃ 14, et auiv. (1, 4-7}. Lambin et les autres traducteurs après lui ont ainsi rendu la seeonde objection : Præterea adeum finem quem ait civilatibus propositum esse oportere, quemadmodum nunc quidem dictum est, hoc institutum nullo modo pervenire potest. Si c’est là ce qu’Aristote a voulu dire, la seconde objection ne serait que la reproduction à peine déguisée de la première ; d’ailleurs Aristote, en développant la seconde objection, ne dit pas un seul mot de la communauté. 1] faut donc considérer πρὸς τὸ τέλος ---- ὑπάρχειν comme une sorte de proposition absolue (à envisager la question au point de vue de la fin que Socrate assigne à V'État), et construire ὡς μὲν εἴρηται avec ἀδύνατον comme l'adjectif l’est dans cette proposition II, 5. 1264 b 6 (2, 15) : ἐπισφαλὲς δὲ καὶ τοὺς ἄρχοντας ὡς χαθίστησιν ὁ Σωχράτης.

πλεῖον ἑλκύσῃ. Le sens indique qu'il faut ponctuer : τὸ μὲν — εἴδει (βονθείας ---- πέφυκεν), ὥσπερ — ἑλκύσῃ ,᾿ comme l’a fait Coraï.

IT, 2. 1261 a 37 (1,6). Après avoir dit qu'il est bon pour une république que les fonctions publiques soient exercées par tous les citoyens à leur tour, Aristote ajoute : Καὶ συμόαίνει δὴ τὸν τρόπον τοῦτον ὥστε πάντας ἄρχειν, ὥσπερ ἂν εἰ μετέθαλλον οἱ σκυτεῖς χαὶ οἱ τέκτονες χαὶ μὴ οἱ αὐτοὶ ἀεὶ σχυτοτόμοι χαὶ τέχτονες ἦσαν. Ἐπεὶ δὲ βέλτιον οὕτως ἔχειν χαὶ τὰ περὶ τὴν κοι-᾿ γωνίαν τὴν πολιτικήν, δῆλον ὡς τοὺς αὐτοὺς ἀεὶ βέλτιον ἄρχειν, εἰ δυνατόν. Lambin ἃ compris que le démonstratif οὕτως ainsi construit ne pouvait se rapporter à ce qui précède. Il a résolu la difficulté en mettant une virgule après ἔχειν, et en supprimant la virgule après πολιτιχήν: et il a traduit οὕτως comme si son corrélatif était sous-entendu : Quoniam autém præstat artifices omnes ita esse ut sunt. Οὕτως s'emploie avec ellipse du corrélatif dans un certain nombre de locutions familières déterminées ; je doute que lellipse soit ici justifiée par l'usage. D'ailleurs la construction χαὶ τὰ — δῆλον ὡς est forcée. Il y a plus de vraisemblance à admettre, comme Schneider, après ἐπεὶ δὲ ‘une lacune, que l’on cemblerait à peu près ainsi : Mais, comme l'ouvrage d’un cordonnier ou d'un charpentier est toujours exécuté par les mêmes : personnes, et qu'un ouvrage est d'autant mieux fait qu'il est toujours exécuté par les mêmes gens,

et comme il vaut mieux qu'il en soit ainsi en polt:que, eic. |

1, 2. 1261 b 1.3. Immédiatement après, Aristote ajoute : Ἔν οἷς δὲ μὴ δυνατὸν. διὰ τὸ τὴν φύσιν ἴσους εἶναι πάντας, ἅμα δὲ καὶ δίκαιον, εἴτ᾽ ἀγαθὸν εἴτε φαῦλον τὸ ἄρχειν, πάντας αὐτοῦ μετέχειν, ἐν τούτοις δὲ μιμεῖσθαι τὸ ἐν μέρει τοὺς ἴσους εἴκειν ἁμοίως τοῖς ἐξ ἀρχῆς. Οἱ μὲν γὰρ ἄρχουσιν οἱ δ᾽ ἄρχονται παρὰ μέρος, ὥσπερ ἄν ἄλλοι yevdμενοι. On traduit 1c1 εἴτ᾽ ἀγαθὸν — ἄρχειν par sive bonum sive malum est reipublicæ præesse; mais ce sens n’est pas satisfaisant. D'abord, il faudrait κακόν, et non φαῦλον, pour exprimer l’idée d’inconvénient opposée à celle d'avantage. Ensuite, de quel inconvénient s'agit-il ici? Je pense que les adjectifs ἀγαθός, φαῦλος, doivent être entendus de ceux qui sont appelés au pouvoir, et qu'il faut lire : εἴτ᾽ ἀγαθὸν εἴτε φαῦλον (πρὸς) τὸ ἄρχειν : ἰὰ où il est de droit que, propres ou impropres au pouvoir, tous y participent. — Il n’est pas besoin de mettre δεῖ à la place de δὲ, après ἐν τούτοις. Les particules μὲν et δὲ sont toujours répétées dans cette corrélation du relatif et du démonstratif; Cobet le remarque avec raison, Observationes criticæ in seriplores Græcos, pp. 437, 488. On en trouve un exemple plus bas, VIH, 9. 1329 ἃ 9-11 (8, 3). L'infinitif μιμεῖσθαι peut s'expliquer par l'ellipse de βέλτιον qui est exprimé un peu plus haut; mais le sens de la proposition offre des difficultés. D'abord, comme l'indique ce qui suit, Aristote a voulu dire que,

dans un État où les citoyens sont égaux par nature, l’obéissance et le commandement sont alternatifs. Or le verbe εἴκειν ne se rapporte qu'à ceux qui obéissent. Il me semble qu’on peut lever cette diffculté en lisant ἔχειν au lieu α᾽ εἴκειν. Ceux qui sont égaux par nature se trouvent alternativement dans une situation semblable à celle où ils étaient au çommencement; ceux qui commandaient d’abord obéissent ensuite; ceux qui obéissaient d’abord commandent ensuite. Cf. III, 6. 1279 a 12 (4, 6) : Κατὰ μέρος ἀξιοῦσιν ἄρχειν ---- ἀξιοῦντες ἐν μέρει λειτουργεῖν, χαὶ σχοπεῖν τινὰ πάλιν τὸ αὑτοῦ ἀγαθόν, ὥσπερ πρότερον αὐτὸς ἄρχων ὁσχόπει τὸ ἐχείνου συμφέρον. Ensuite la proposition τὸ ---- ἀρχῆς est-elle sujet ou complément du verbe μιμεῖσθαι ? Si elle est construite comme complément, le sens n'est pas satisfaisant ; car cela revient à dire : Là où les hommes sont égaux par nature, il faut imiter ce qui ἃ lieu là où les hommes sont égaux par nature. Or on ne peut imiter que ce qui se passe ailleurs. Je crois que la proposition est sujet de μιμεῖσθαι, et que le complément de ce verbe doit être suppléé d’après la proposition précédente, opposée à ἐν οἷς δέ. Là où c’est possible, c’est-à-dire, là où ἢ y a inégalité naturelle entre ceux qui font partie de l'État, il vaut mieux que ce soit toujours les mêmes qui commandent; mais là où les membres de l'État sont naturellement égaux, l'inégalité naturelle est #mitée par l’alternative dans l’exercice du pouvoir et dans

l’obéissance. Les citoyens commandent et obéissent tour à tour, comme s'ils devenaient d’autres hommes, c’est-à-dire comme s'ils étaient inégaux. Si l'on adopte ce sens et cette construction, μιμεῖται, qui est dans la vieille traduction latine, paraît préférable à l’infinitif. Aristote constate un fait, mais ne donne pas un précepte.

Il, 3. 1261 b 29 (1, 9). To γὰρ πάντες καὶ ἀμφότερὰ καὶ περιττὰ χαὶ ἄρτια διὰ τὸ διττὸν καὶ ἐν τοῖς λόγοις ἐριστιχοὺς ποιεῖ συλλογισμούς. L'expression τοῖς λόγοις, ainsi employée, désigne la dialectique. Cf. Waitz Top. VIIT, 3. 159 ἃ t , et An. post. I, 1. 71 ἃ 5. Mais alors que signifie la particule καί ἢ Les raisonnements sophistiques ne se produisent-ils pas surtout dans la dialectique ? Kai ne peut signifier ici ni même ni aussi. Peut-être faut-il lire τὸ διττὸν καὶ (ἀμφίθολὸν), ou τοῖς (κατὰ φιλοσοφίαν) λόγοις : les raisonnements philosophiques, scientifiques, par opposition aux raisonnements dialectiques. |

I, 3. 1262 a 8 (1, 11). En exposant les inconvénients de la communauté des enfants établie par Platon dans sa République, Aristote fait observer qu’ils seront négligés par leurs parents, parce que tout ce qui est possédé en commun est mal soigné. il ajoute : ἔτι οὕτως ἕκαστος ἐμὸς λέγει τὸν εὖ πράττοντα τῶν πολιτῶν ἣ χαχῶς, ὁπόστος τυγχάνει τὸν ἀριθμὸν ὦν, οἷον ἐμὸς ἢ τοῦ δεῖνος, τοῦτον τὸν τρόπον λέγων καθ᾽ Exa-

ἄδηλον γὰρ ᾧ cuvéôn γενέσθαι τέκνον καὶ σωθῆναι γενόμενον. Si on construit οἷον ἐμός avec λέγει, c’est une répétition inutile; le sens de οἷον, par exemple, indique qu'il faut construire ce membre de phrase avec λέγων, et, par conséquent, supprimer la virgule après δεῖνος. Ensuite , je ne comprends pas ἢ τοῦ δεῖνός, puisqu'il ne s’agit ici que des rapports de parenté, comme on le voit par la proposition précédente, que οἷον ne fait qu'expliquer. Ce qu'Aristote a exprimé sous une forme générale par le relatif indéfini ὁπόστος, 1] le reproduit avec plus de force en prenant le nombre déterminé τῶν χιλίων. Aristote a voulu dire que l’intérêt avec lequel chacun dira mien d’un citoyen heureux ou malheureux sera en raison inverse du nombre dont ce citoyen est partie aliquote; ainsi, par exémple, dans la république de Platon, on dira : Il est ἃ mot, de chacun des citoyens qui la composent au nombre de mille, ou en nombre quelconque ; et le degré d'intérêt avec lequel on dira : Il est mon fils, de chacun des mille citoyens , sera représenté par la fraction =.

II, 3. 1262 a 7 (1, 12). Immédiatement après le passage qui vient d'être discuté, on lit : Καίτοι πότερον οὕτω χρεῖττον τὸ ἐμὸν λέγειν ἔχαστον, τὸ αὐτὸ μὲν προσαγορεύοντας δισχιλίων καὶ μυρίων, ἢ μᾶλλον ὡς νῦν ἐν ταῖς πόλεσι τὸ ἐμὸν λέγουσιν; le génitif δισχιλίων καὶ μυρίων ne peut se construire avec προσαγορεύοντας; il faut évidemment le faire dépendre de ἕχαστον, et suppri-

mer la virgule. Le μὲν qui suit τὸ αὐτὸ n’a rien qui lui corresponde directement ou indirectement ; il y a une ellipse, comme IT, 9. 1270 ἃ 34 (6, 12). Il faut sousentendre quelque chose comme : ὀλιγωροῦντας δὲ πάντων ὁμοίως.

II, 3. 1262 ἃ 12 (1, 12). Immédiatement après le passage précédent, on lit : Ὁ μὲν γὰρ υἱὸν αὑτοῦ ὁ δ᾽ ἀδελφὸν αὑτοῦ προσαγορεύει τὸν αὐτὸν, ὁ δ᾽ ἀνεψιόν, ἢ χατ᾽ ἄλλην τινὰ συγγένειαν, ἢ πρὸς αἵματος, ἣ κατ᾽ οἱχειότητα καὶ κηδείαν αὑτοῦ πρῶτον ἢ τῶν αὑτοῦ, πρὸς δὲ τούτοις ἕτερον φράτορα ἢ φυλέτην. 1} faut évidemment lire ἕτερος. et non ἕτερον; c’est le même individu (τὸν αὐτάν ) qui est fils pour l’un (ὁ μὲν), frère pour l’autre (ὁ δέ), etc., enfin φράτωρ ou φυλέτης pour un autre ; ἕτέρος est opposé à πρὸς τούτοις, aux parents considérés comme faisant une seule classe. Οἵ. HI, 14. 1285 a 29 (9, 5).

II, 4. 1262 b 1 (1, 15). Aristote fait observer que la communauté des femmes et des enfants convient mieux aux laboureurs qu’aux gouvernants dans la république de Platon : Ἥττον γὰρ ἔσται φιλία χοινῶν ὄντων τῶν τέχνων χαὶ τῶν γυναικῶν, δεῖ δὲ τοιούτους εἶναι τοὺς ἀρχομένους πρὸς τὸ πειθαρχεῖν καὶ μὴ νεωτερίζειν. ll est singulier qu'Aristote suppose ici ce qu'il n’a pas encore démontré, et ce qu’il va démontrer, à savoir que la communauté relâche le lien des affections de famille. D'autre part, plus bas, 5, 1264 b 1 (2,14), Aristote suppose, sans le dire, que la communauté

des femmes et des enfañts rendra les laboureurs plus obéissants. Je crois que le passage ἔοικε Sè — veurepiζειν doit être transposé après κοινωνίαν, 1264 a 40. La suite des idées est rétablie ainsi dans les deux passages.

IL, 5. 1263 ἃ 2 (2, 1). Τοῦτο δ᾽ ἄν τις καὶ χωρὶς axéψαιτο ἀπὸ τῶν περὶ τὰ τέχνα καὶ τὰς γυναῦκας νενομοθετημένων, λέγω δὲ τὰ περὶ τὴν χτῆσιν, πότερον χἂν À ἐκεῖνα χωρίς, καθ᾽ ὃν νῦν τρόπον ἔχει πᾶσι, τάς τε χτήσεις χοινὰς εἶναι βέλτιον χαὶ τὰς χρήσεις, οἷον τὰ μὲν γήπεδα χωρίς 9 τοὺς δὲ χαρποὺς εἰς τὸ χοινὸν φέροντας ἀναλίσχειν..... ἢ τοὐναντίον τὴν μὲν γῆν χοινὴν εἶναι χαὶ γεωργεῖν χοινῇ, τοὺς δὲ χαρποὺς διαιρεῖσθαι πρὸς τὰς ἰδίας χρήσεις.....) ἢ καὶ τὰ γήπεδα καὶ τοὺς χαοποὺς χοινούς. On rapporte ἐκεῖνα aux femmes et aux enfants ; mais Aristote vient de séparer la question de la propriété de celle de la famille ; il n’a donc pas à se préoccuper ici de l’hypothèse où il n’y a pas de communauté de femmes et d'enfants. D'ailleurs , si ἐκεῖνα désigne les femmes et les enfants, la proposition τάς τε χτήσεις — χρήσεις doit comprendre tout ce qui suit; et elle ne peut avoir cette valeur, car elle a exactement le même sens que la dernière hypothèse καὶ τὰ γήπεδα καὶ τοὺς χαρποὺς χοινούς. Si on lit, avec Coraï, τάς γε κτήσεις ---ἢ τὰς χρήσεις, on exclut la dernière hypothèse. Je crois qu’on peut lever ces difficultés en rapportant ἐχεῖνα à τὰ περὶ τὴν χτῆσιν, et en substituant λήψεις, revenus, ἃ κτήσεις. Ainsi ce premier membre de

phrase exprimera la première hypothèse, qui est éclaircie par υἷον τὰ μέν.

Il, 5. 1268 ἃ 18 (2, 3). Aristote fait remarquer que les sociétés de voyageurs sont un exemple des difficultés inhérentes à la vie commune : σχεδὸν γὰρ où πλεῖστοι διαφερόμενοι ἐκ τῶν ἐν ποσὶ χαὶ ἐκ μικρῶν προσχρούοντες ἀλλήλοις. ΠῚ est contraire ἃ l’usage de la langue de supprimer le verbe substantif, avec cet emploi du participe, surtout quand le participe ne désigne pas une qualité permanente, comme δυνάμεvos. Je ‘crois qu'il faut lire διαφέρονται, et construire les compléments qui suivent avec προσχρούοντες.

Il, 5. 1264 ἃ 5 (2, 11). Μάλιστα δ᾽ ἂν γένοιτο φανερόν, εἴ τις τοῖς ἔργοις ἴδοι τὴν τοιαύτην πολιτείαν χὰτασχευαζομένην" οὐ γὰρ δυνήσεται μὴ μερίζων αὐτὰ καὶ χωρίζων ποιῆσαι τὴν πόλιν, τὰ μὲν εἰς συσσίτια, τὰ δὲ εἰς φρατρίας χαὶ φυλάς. Quelle est l’idée qui est le sujet de la proposition μάλιστα δ᾽ ἂν γένοιτο φανερόν ἡ D'après l’explication qui suit, ce ne peut être que l'impossibilité de l’unité sociale, telle que la veut Platon. Mais cette idée n’est exprimée que beaucoup plus haut, 1263 Ὁ 29 sqq. (2, 9). Aristote aura négligé de la rappeler, ce qui n’est pas impossible, ou il y ἃ avant μάλιστα une lacune. Ce qui tendrait à confirmer cette dernière conjecture; c’est αὐτά qui est étrange dans notre texte, et qui pouvait se rapporter à une idée antérieurement exprimée.

I, 5. 1264 a 19 (2, 12). Aristote discute la ques-

tion de savoir si, dans la république de Platon, tout doit être commun entre les laboureurs comme entre les gardiens. Ei μὲν γὰρ τὸν αὐτὸν τρόπον κοινὰ πάντα πάντων, τί διοίσουσιν οὗτοι ἐχείνων τῶν φυλάχων; ἣ τί πλεῖον τοῖς ὑπομένουσι τὴν ἀρχὴν αὐτῶν ; ἢ τί μαθόντες ὑπομενοῦσι τὴν ἀρχήν, ἐὰν Un τι σοφίζωνται τοιοῦτον οἷον Κρῆτες; Dans le cas où il n’y aura pas de distinction entre les laboureurs et les gardiens, il ne faut pas se demander : quels avantages auront ceuæ qui sont soumis ? mais plutôt : quels avantages auront ceuæ qui exercent le pouvoir? Je crois que les mots τοῖς ὑπομένουσι τὴν ἀρχήν sont une répétition des mots voisins, répétition qui ἃ été substituée à la vraie lecon qui était quelque chose comme τοῖς ἄρχουσι τὴν ἀρχήν.

I, 5. 1264 b 3 (2, 14). [κἂν εἰ χοιναὶ αἱ χτήσεις καὶ αἱ τῶν γεωργῶν γυναῖχες]. Il ne semble pas que ce membre de phrase soit une interpolation des copistes. Aristote vient d'examiner l'hypothèse où la propriété serait divisée et les femmes communes chez les laboureurs; il est naturel qu'il examine ensuite ce qui arriverait dans le cas où les propriétés et les femmes seraient communes. Il paraît vraisemblable que cette proposition est le commencement d’un développement dont nous n'avons pas conservé la suite, et que là, comme ailleurs, il faut admettre une lacune.

HE, 6, 1265 a 22 (3, 4). Le législateur, en consti-

tuant un État, doit tenir compte du pays et des hommes qui l’habitent. ἔτι δὲ καλῶς ἔχει προσθεῖναι χαὶ πρὸς τοὺς γειτνιῶντας τόπους, εἰ δεῖ τὴν πόλιν ζῆν βίον πολιτικόν, Οὐ γὰρ μόνον ἀναγκαῖόν ἐστιν αὐτὴν τοιούτοις χρῆσθαι πρὸς τὸν πόλεμον ὅπλοις ἃ χρήσιμα κατὰ τὴν οἰκείαν χώραν ἐστίν, ἀλλὰ χαὶ πρὸς τοὺς ἔξω τόπους. Εἰ δέ τις μὴ τοιοῦτον ἀποδέχεται βίον, μήτε τὸν ἴδιον μήτε τὸν κοινὸν τῆς πόλεως, ὅμως οὐδὲν ἧττον δεῖ pobepobs εἶναι τοῖς πολεμίοις. Muret a compris que πολιτικόν est ici tout à fait inintelligible ; car il est question de guerre dans tout ce passage, et ailleurs IF, 7. 1267 a 17 (4, 9), VIE, 11. 1330 b 1 (11, 2), Aristote emploie πολιτιχός pour désigner ce qui tient au gouvernement intérieur d’un État par opposition à πολεμικός. D'ailleurs comment Aristote pourrait-il admettre, au point de vue de la législation, l'hypothèse qu’un État ou un individu ne vivrait pas de la vie politique ? La substitution de πολεμικόν à πολιτικόν proposée par Muret, donne un sens très-satisfaisant ; mais je pense qu'il y ἃ lieu ici plutôt de combler une lacune que de changer un mot. En effet, on lit VII, 6. 1327 b. 5 (5, 6): εἰ μὲν γὰρ ἡγεμονικὸν καὶ πολιτικὸν ζήσεται βίον (πόλις)... Schneïder lit ici avec raison : καὶ μὴ μόνον πολιτικόν. Je pense qu'il faut lire de même dans le passage qui nous occupe : βίον ἡγεμονικὸν καὶ μὴ μόνον πολιτικόν, Une existence conquérante et non pas seulement intérieure. Ce qui tend à confirmer cette conjecture, c’est que la vieille traduction latine porte :

SUR LA POLITIQUE. δ

politicam et non monoticam, ce qui me semble un débris de l’ancienne lecon.

Π, 7. 1267 a 12-17 (4, 8). Ἐπεὶ ἀδικοῦσί γε τὰ μέγιστα διὰ τὰς ὑπερδολάς, ἀλλ᾽ où διὰ τὰ ἀναγκαῖα, οἷον τυραννοῦσιν οὐχ ἵνα μὴ ῥιγῶσιν. Διὸ χαὶ αἱ τιμαὶ μεγάλαι, ἂν ἀποκτείνῃ τις οὐ χλέπτην ἀλλὰ τύραννον. “Ὥστε πρὸς τὰς μιχρὰς ἀδικίας βοηθητιχὸς μόνον ὁ τρόπος τῆς Φαλέου πολιτείας. La dernière proposition ὥστε — πολιτείας se rapporte évidemment pour le sens, non à celle qui la précède immédiatement, mais à la première ἐπεὶ ἀδικοῦσί γε. D'autre part, si on traduit ἐπεὶ par en effet, et qu'on rapporte cette proposition à ce qui précède, on a une répétition intolérable des idées exprimées un peu plus haut, |. 2 (4, 7). Toutes ces difficultés sont levées si on ponctue ainsi : ἐπεὶ ---ἀναγχαῖα (οἷον — ῥιγῶσιν᾽ διὸ — τύραννον), ὥστε — πολιτείας. La dernière proposition devient ainsi l’apodose de la première; ὥστε est très-fréquemment employé ainsi dans Aristote. Il faut ajouter οὖν après ἐπεὶ pour éviter l’asyndète. Aristote revient sur ce qu'il a dit plus haut pour amener sa conclusion sur le moyen proposé par Phaléas.

11, 9. 1270 a 37 (6, 12). Λέγουσι δ’ ὡς ἐπὶ μὲν τῶν προτέρων βασιλέων μετεδίδοσαν τῆς πολιτείας, ὥστ᾽ οὐ γίνεσθαι τότε ὀλιγανθρωπίαν πολεμούντων πολὺν χρόνον - καί φασιν εἶναί ποτε τοῖς Σπαρτιάταις καὶ μυρίους. Le corrélatif de μὲν est ici sous-entendu : mais plus tard ils agirent autrement. 11 manque peut-être quelque

chose, un substantif auquel se rapporte μυρίους, ou même davantage. Il est probable qu'il y avait une évaluation de forces militaires en cavaliers et hoplites, comme celle qu’on trouve un peu plus haut, 1. 29.

H, 11. 1278 a 6 (8, 3). Aristote, après avoir comparé les institutions de Carthage avec celles de la Crète, et en particulier avec celles de Lacédémore, ajoute : τὰ μὲν οὖν πλεῖστα τῶν ἐπιτιμηθέντων ἄν διὰ τὰς παρεχδάσεις χοινὰ τυγχάνει πάσαις ὄντα ταῖς εἰρημέναις πολιτείαις" τῶν δὲ πρὸς τὴν ὑπόθεσιν τῆς ἀριστοχρατίας καὶ τῆς πολιτείας τὰ μὲν εἰς δῆμον ἐχχλίνει μᾶλλον, τὰ δ᾽ εἰς ὀλιγαρχίαν. Τοῦ μὲν γὰρ τὸ μὲν προσάγειν τὸ δὲ μὴ προσάγειν πρὸς τὸν δῆμον οἱ βασιλεῖς χύριοι μετὰ τῶν γε-ρόντων, ἂν ὁμογνωμονῶσι πάντες " εἰ δὲ μὴ, καὶ τούτων ὁ δῆμος. Aristote ajoute 4 8.018 le peuple est maître d'accepter ou de rejeter ce qu’on lui propose, et qu’on est libre de parler contre la proposition, ce qui n’a pas lieu dans les autres (ταῖς ἑτέραις) gouvernements, c’est-à-dire dans ceux de la Crète et de Sparte. Il passe ensuite en revue ce qu’il y a d'oligarchique dans les institutions carthaginoises. Il est remarquable qu’Aristote, après une réflexion qui s'applique à tous les gouvernements dont il vient de parler, passe à celui de Carthage, sans que rien avertisse de cette transition. Je crois qu’il y a une lacune après μᾶλλον, et qu'il faut suppléer quelque chose comme τοῖς Καρχηδονίοις. Voici quelle est la suite

des idées : les trois gouvernements dont nous veñons de parler tombent tous sous le coup de la plupart des reproches qui s’adresseraient à ce qu'ils ont de trop eligarchique ou de trop démocratique, aux institutions par lesquelles ils s'écartent de l’aristoeratie ou de la république tempérée: mais, à Carthage, les institutions qui ont un caractère aristocratique et celles qui ont un caractère républicain ont les unes une tendance oligarchique, les autres une tendance démocratique, plus prononcées (μᾶλλον) qu’en Crète et à Lacédémone. C’est ce qu’Aristote développe immédiatement après. Même en refusant d'admettre la conjeeture que je propose, il me semble qu’on ne peut s’empêcher de voir une comparaison entre le gouvernement de Carthage et les deux autres dans la proposition τῶν δὲ — ὀλιγαρχίαν. Autrement, cette proposition n'est plus en opposition avee la précédente; elle n'exprime que la même idée.

1, 11. 1273 ἃ 28 (8, 5). Aristote, en exposant ce que les institutions carthaginoises ont de plus démocratique et de plus oligarchique que celles de la Crète et de Lacédémone, mentionne d’abord ce qu’elles ont de démocratique, ensuite ce qu’elles ont d'oligarchique, et même ce qu’elles ont d’aristocratique; il ajoute, comme Îla plus forte déviation du prineipe aristocratique, ce fait que les Carthaginois choisissent les magistrats, non pas seulement

d’après le mérite, mais encore d’après la richesse. Eëπερ οὖν τὸ μὲν αἱρεῖσθαι πλουτίνδην ὀλιγαρχιχόν, τὸ δὲ χατ᾽ ἀρετὴν ἀριστοχρατικόν, αὕτη τις ἄν εἴη τάξις τρίτη, καθ᾽ ἥνπερ συντέταχται χαὶ τοῖς Καρχηδονίοις τὰ περὶ τὴν πολιτείαν. Le χαί ne peut pas s'expliquer; car il s'agit précisément d’une mastitution propre aux Carthagi— nois, qui ne leur est pas commune avec les Crétois et les Lacédémoniens. Je crois qu'il faut Hire quelque chose comme χαὶ mapexbéônxe. Aristote reconnaît trois espèces d'institutions par lesquelles la constitution de Carthage s’écarte de l'aristocratie et de la république tempérée : d’abord celles qui donnent au peuple une portion du pouvoir délibératif ; ensuite ‘celles qui sont relatives aux pentarchties et aux centumotrs; enfin, en troisième lien (τάξις τρίτη) celles qui donnent à la richesse une part dans les élections. H, 12. 1274 Ὁ 26 (9, 9). Τὰ μὲν οὖν περὶ τὰς πολιτείας, τάς τε χυρίας καὶ τὰς ὑπὸ τινῶν εἰρημένας, ἔστω τε-θεωρημένα τὸν τρόπον τοῦτον. La particule μὲν, ainsi employée, a toujours un corrélatif dans Aristote ; pourtant le livre ΠῚ commence sans particule : Τῷ περὶ πολιτείας ἐπισκοποῦντι, et, pour le sens, la proposition qui commenee le livre ΠῚ ne répond en rien à celle qui termine le livre 11. Le second membre de la transition manque absolument, et l'on doit supposer ici une laeune. I, 1.1275a 11 (1, 3}. Οὐδ᾽ οἱ τῶν δικαίων με- ᾿τέχοντες οὕτως ὥστε χαὶ δίκην ὑπέχειν καὶ δικάζεσθαι (πο-

χοινωνοῦσιν" χαὶ γὰρ ταῦτα τούτοις ὑπάρχει. Πολλαχοῦ μὲν οὖν οὐδὲ τούτων τελέως οἱ 'μέτοικοι μετέχουσιν, ἀλλὰ νέμειν ἀνάγκη προστάτην. Διὸ ἀτελῶς πως μετέχουσι τῆς τοιαύτης χοινωνίας. La proposition χαὶ γὰρ ταῦτα ---ὑπάρχει est une évidente tautologie. Ellé n’est pas dans la vieille traduetion ; mais elle se rencontre dans tous les manuscrits. Il est peu probable que ce soit une interpolation; les interpolations sont fort rares dans la Politique, et d’ailleurs l’interpolation serait jei sans motif. Je crois qu'il faut transposer cette proposition après μετέχουσιν, en la mettant entre parenthèses.

II, 1. 1275 ἃ 17 (1, 4). Immédiatement après le passage précédent, on lit : Ἀλλὰ καθάπερ xai παῖδας τοὺς μήπω δι’ ἡλικίαν ἐγγεγραμμένους καὶ τοὺς γέροντας τοὺς ἀφειμένους, φατέον εἶναι “μέν πως πολίτας, οὐχ ἁπλῶς δὲ λίαν ἀλλὰ προστιθέντας τοὺς μὲν ἀτελεῖς τοὺς δὲ παρηκμαχότας À τι τοιοῦτον ὅτερον᾽ οὐδὲν γὰρ διαφέρει" δῆλον γὰρ τὸ λεγόμενον" ζητοῦμεν γὰρ τὸν ἁπλῶς πολίτην καὶ μηδὲν ἔχοντα τοιοῦτον ἔγκλημα διορθώσεως ' δεόμενον. Stahr rattache directement la proposition ἀλλὰ καθά-περ — ἕτερον à la proposition énoncée plus haut 1. 8 (1, 8) οὐδ᾽ οἱ τῶν δικαίων — δικάζεσθαι et met entre parenthèses τοῦτο γὰρ ὑπάρχει ---- χοινωνίας. C'est là, en effet, l’enchaînement des idées ; mais la proposition ἀλλὰ χαθάπερ ---- ἕτερον n'offre pas un sens satisfaisant. On ne sait où trouver l’apodose de χαθάπερ. Si avec φατέον on sous-entend αὐτοὺς désignant τοὺς κοι-

vovobvras τῆς οἰκήσεως χαὶ τῶν δικαίων, il est singulier que les qualifications ἀτελεῖς et παρηχμακότας ne s'appliquent qu'aux enfants et aux vieillards, et qu'il n’y en ait aucune pour l’autre membre de la comparaison qui est le principal. Si φατέον dépend de καθάπερ, l'apodose manque. Je crois qu'elle se trouvait après ræρηκμαχότας, el Que À τι τοιοῦτον ἕτερον en est le débris. Aristote disait sans doute : De même que les jeunes gens qui ne sont pas encore inscrits, et les vieillards exemptés, sont en quelque sorte citoyens, mais ne doivent pas porter ce titre absolument, et qu’en le leur donnant, il faut ajouter, pour les uns, qu’ils sont des citoyens incomplets , pour les autres, qu'ils sont des citoyens émérites : de même ceux qui ne participent qu'au sol ou à eertaiñs droits des citoyens ne peuvent être appelés citoyens qu'autant qu'on ajoute ceci, cela, ou telle autre qualification de ee genre; car la dénomination importe peu ; on voit clairement ce que nous voulons dire, etc.

I, 1. 1275 ἃ 23 (1, 4). Πολίτης δ᾽ ἁπλῶς οὐδενὲ τῶν ἄλλων ὁρίζεται μᾶλλον ἣ τῷ μετέχειν χρίσεως χαὶ ἀρx. Le mot χρίσις ne s'applique qu'aux fonctions judiciaires ; il ne peut s'étendre au pouvoir délibératif; car Aristote dit expressément plus bas, 1. 30: (5) : ἀνώνυμον γὰρ τὸ κοινὸν ἐπὶ δικαστοῦ καὶ ἐχκλησιαστοῦ, τί δεῖ ταῦτ᾽ ἄμφω καλεῖν. D'ailleurs, dans le développement où il explique sa définition, il considère le pouvoir judiciaire et le pouvoir délibératif comme

SUR LA POLITIQUE. | . 8 faisant partie de ce qu'il appelle ἀρχή. Ou la définition est incamplète, ou il faut supprimer κρίσεως καὶ. Au reste, on trouve plus bas, 5. 1277 b 34 (3, 1), πότερον πολίτης ἐστὶν ᾧ κοινωνεῖν ἔξεστιν ἀρχῆς.

HE, 8. 1276 ἃ 15 (1, 11). Εἴπορ οὖν καὶ δημοχρατοῦνταί τινες κατὰ τὸν τρόπον τοῦτον, ὁμοίως τῆς πόλεως φατέον εἶναι ταύτης τὰς τῆς πολιτείας ταύτης πράξεις καὶ τὰς ἐκ τῆς ὀλιγαρχίας καὶ τῆς τυραννίδος. Puisque Aristote discute la question de savoir quand les obligations contractées par un gouvernement renversé engagent l’État et doivent être respeetées par le gouvernement nouveau (voir un peu plus haut, ligne 8, πόθ᾽ ἡ πόλις xai πότε οὐχ ἡ πόλις), il est évident qu'il faut supprimer le ταύτης qui se rapporte à τῆς πόλεως. Aristote oppose l’État au gouvernement, et non un État à un autre État. Coraï a lu τῆς αὐτῆς: mais ül me paraît plus probable que ταύτης ἃ été répété mal à propos.

IE, 4. 1276 b 40 (2, 3). Aristote traite dialectiquemeni la question de savoir si la vertu de J’honnête homme est la même que celle du bon citoyen dans l'État idéal. Ei γὰρ ἀδύνατον ἐξ ἁπάντων σπουδαίων ὄντῶν εἶναι πόλιν, δεῖ δ᾽ ἔχαστον τὸ καθ᾽ αὑτὸν ἔργον εὖ ποιεῖν, τοῦτο δ᾽ ἀπ᾽ ἀρετῆς ἐπεὶ δ᾽ ἀδύνατον ὁμοίους εἶναι τοὺς πολίτας, οὐχ ἂν εἴη μία ἀρετὴ πολέτον καὶ ἀνδρὸς ἀγα- 805. La substitution α᾽ ἐπειδὴ à ἐπεὶ δὲ, proposée par Sylburg, est nécessaire. De plus, il me semble que cette proposition rempt l’enchaînement des idées,

à la place où elle se trouve, et doit être transposée après πόλιν. S'il est impossible qu'un État ne soit composé que de gens vertueuæ, parce qu’il est impossible que tous les citoyens soient semblables, etc.

HE, 4. 1277 a 6 (2, 4). Le δέ qui est nécessaire pour lier les deux membres de la proposition causale serait mieux placé après ὥσπερ qu'entre τὸν αὖτὸν et τρόπον, comme le font la plupart des éditeurs. Ὥσπερ οἱ τὸν αὐτὸν τρόπον sont trop étroitement “liés par le sens et par la construction pour être séparés.

IH, 4. 1277 b4 (2, 9). Τὰ μὲν οὖν ἔργα τῶν dpyoμένων οὕτως où δεῖ τὸν ἀγαθὸν οὐδὲ τὸν πολιτικὸν οὐδὲ τὸν πολίτην τὸν ἀγαθὸν μανθάνειν. Le mot πολιτιχός ἃ ici exactement le même sens qu'il a plus bas, 5. 1278 Ὁ 3 (3, 6) ὁ πολιτικὸς χαὶ χύριος À δυνάμενος εἷναι χύριος, ἢ χαθ᾽ αὑτὸν ἢ μετ᾽ ἄλλων, τῆς τῶν χοινῶν ἐπιμελείας. Il signifie donc l’homme apte à remplir ses devoirs de citoyen. Alors je ne vois pas en quoi il diffère du bon citoyen, de l’homme qui ἃ la vertu du citoyen. Les mots οὐδὲ τὸν πολίτην τὸν ἀγαθόν me paraissent être la répétition fautive d’une expression qui revient trèssouvent dans ce chapitre, et peut-être faut-il les supprimer. | |

HE, 5. 1277 b 37 (3, 1). Aristote recherche si les gens de métier doivent être considérés comme citoyens. Εἰ μὲν οὖν καὶ τούτους θετέον (πολίτας) οἷς μὴ μέτεστιν ἀρχῶν, οὐχ οἷόν τε παντὸς εἶναι πολίτου τὴν τοιαύ-

τὴν ἀρετήν οὗτος γὰρ πολίτης. L’adjectif τοιαύτην se

rapporte, suivant l'usage d’Arisiote, à l’idée conte-" mue dans πολίτου, et est synonyme de πολιτικήν. On rapporte le démonstratif οὗτος au citoyen qui ne partieipe pas au gouvernement ; mais alors ces mots ne sont qu’une pure répétition de ce qui précède, Je crois qu'il y a une lacune après πολίτης et qu'il faut la remplir à peu près ainsi: οὗτος γὰρ πολίτης ἀγαθὸς à δυνάμενος ἄρχειν.

HI, 5. 1278 ἃ 40 (8, 6). Πότερον μὲν οὖν ἑτέραν ἢ τὴν αὐτὴν θετέον χαθ᾽ ἣν ἀνὴρ ἀγαθός ἐστι καὶ πολίτης σπουδαῖος, δῆλον ἐκ τῶν εἰρημένων, ὅτι τινὸς μὲν πόλεως ὁ αὐτὸς τινὸς δ᾽ ἕτερος, χἀχεῖνος οὐ πᾶς ἀλλ᾽ ὁ πολιτικὸς καὶ χύριος À δυνάμενος εἶναι κύριος, ἢ χαθ᾽ αὐτὸν ἢ μετ᾽ ἄλλων, τῆς τῶν χοινῶν ἐπιμελείας. La construction de cette proposition offre une difficulté : la question πότερον et la réponse ὅτι sont coordonnées et dépendent du mème mot δῆλον. La même construction se trouve Eth. Eudem. I, 35. 1197 b 3 : πότερον δ᾽ ἐστὶν à σοφία ἀρετὴ ἢ οὔ, διὰ τούτων ἂν δῆλον γένοιτο, ὅτι ἐστὶν ἀρετὴ ἐξ αὐτῆς τῆς φρονήσεως. Bonitz (Observationes ad Ethica Evudemia, p.21) ne pense pas que cette construction soit admissible ; il met un signe d'interrogation après ἀρετὴ ἣ où ; ἢ] ponctue de même Eth. Eudem. 1, 35, 1198 ἃ 22 seqq. 32. Mais cette ponctuation ne peut être appliquée aux passages suivants de la Politique, VI, 4. 1319a4(2,4): ὅτι μὲν οὖν αὕτη τῶν δημοπρατιῶν ἀρίστη, φανερόν; xai διὰ τίν᾽ αἰτίαν, ὅτι διὰ τὸ

τοῦτο ἀπορεῖται πῶς ἕξουσι τὸ ἴσον, πότερον δεῖ..... Je erois que, dans ces propositions, la réponse est construite comme une sorte d’apposition à la question ; quoiqu'elle lui soit coordonnée grammaticalement, le sens indique qu’elle lui est subordonnée. Peutêtre faut-il rapporter à la même analogie le passage suivant VIII,2. 1337 b6(2,1): Ὅτε μὲν οὖν τὰ ἀναγκαῖα δεῖ διδάσκεσθαι τῶν χρησίμων, οὐχ ἄδηλον ὅτι δὲ οὗ πάντα, ---- φανερὸν ὅτι τῶν τοιούτων δεῖ μετέχειν ὅσα τῶν χρησίμων ποιήσει τὸν μετέχοντα μὴ βάναυσον. Cf. IT, 9. 1269 b 8 (6, 4).

Mais il y ἃ une autre difficulté beaucoup plus grave dans la proposition que nous examinons. Elle sert de conclusion à un chapitre où Aristote discute une question toute différente de eelle qui est indiquée ici; car.il vient d'examiner si les gens de métier peuvent exercer les droits politiques. Il y a plus ; la question de savoir si la vertu . de l’honnête homme est la même que celle du bon citoyen a été traitée dans le chapitre précédent, et Aristote aboutit à une conclusion différente de celle qu’il énonce ici.

A la fin du chapitre 1v, 1277 b 30 (2, 11), on lit : πότερον μὲν οὖν ἡ αὐτὰ ἀρετὴ ἀνδρὸς ἀγαθοῦ καὶ πολίτου απουδαίου ἢ ἑτέρα, καὶ πῶς ἡ αὐτὴ καὶ πῶς ἑτέρα, φανερὸν ἐκ τούτων. Ainsi il admet que la vertu de l’honnête homme et celle du bon citoyen sont les mêmes sous certains rapports, différentes sous d’autres, et cela quelle que soit la forme du gouvernement, comme ik

est facile de s’en convaincre en Hsant toute la discussion précédente. Ici, à la fin du chapitre v, il con-clut que la vertu de l’honnête homme et celle du bon citoyen sont les mêmes dans certains gouvernements, différentes dans d’autres. Ainsi la diseussion de la question relative à la vertu de l’honnête homme et à celle du bon citoyen a deux conclusions, et deux conclusions différentes; et la diseussion de la question relative aux gens de métier n’a pas de conclusion du tout.

Enfin si, sans s'inquiéter de ce qui précède, on considère en elle-même la conclusion qui termine le chapitre v, on ne peut pas en tirer un sens satisfaisant. Comment s'expliquer que, dans l’État où la vertu de l’honnête homme est la même que celle du bon citoyen (κἀκεῖνος, ou, comme on lit dans le manuscrit de Paris 2023, κἀκείνης), on ne sera en même temps honnête homme et bon citoyen qu'autant qu'on pourra participer aux fonctions publiques (où πᾶς, ἀλλ᾽ ὁ πολιτιχὸς x. +. À.)? N'est-ce pas là une véritable naïveté ἢ ἢ est clair que celui qui est exclu des fonctions de citoyen ne peut être un bou ciioyen.

Je pense qu'il y a dans.la proposition que nous examinons une lacune que je suppléerais à peu près ainsi : πότερον --- σπουδαῖος, δῆλον ἐκ τῶν εἰρημένων (πῶς ἡ αὐτὴ χαὶ πῶς ἑτέρα), (καὶ) ὅτι (βάναυσος χαὶ πο-

λίτης) τινὰς μὲν πόλειυς ὁ αὐτὰς x. τ. À. Ainsi Aristote

rappellerait la conclusion du chapitre 1v, et la ferait suivre de celle du chapitre v, avant de passer à un ordre de questions tout différent de celles qu'il vient de traiter. D'ailleurs, si on laisse à part la proposition πότερον — σπουδαῖος, et qu'on rapporte à la question traitée dans le chapitre v la proposition ὅτι — ἐπιμελείας, tout s'explique. Il y a des États où le même homme peut travailler de ses mains et exercer les fonctions de citoyen, comme Aristote le dit plus haut, ligne 17 (8 3) : ἐν μέν τινι πολιτεία τὸν βάναυσον ἀναγχαῖον εἶναι καὶ τὸν θῆτα πολίτας: il y a des États où ces situations sont incompatibles, ἐν τισὶ δ᾽ ἀδύνατον (1. 18); enfin, dans les États où le même homme peut être artisan et citoyen, il faut, pour être citoyen, qu'il soit capable d'exercer des fonctions publiques, allusion à la loi de Thèbes qui exigeait qu'on n'eût pas exercé son mélier depuis dix ans pour être admissible aux charges (1. 25).

III, 7. 1279 ἃ 39 (5, 8). Συμδαίνει δ᾽ εὐλόγως ne se rapporte pas à ce qui précède, comme l’a très-bien vu Spengel, qui propose d’intercaler la négation οὐκ (Mém. de l’Ac. de Bavière, 'XXIV, 23). Mais cette locution est en quelque sorte une formule toute faite, qu'Aristote emploie toujours sans négation. De plus, le sens de la négation ne me paraît pas très-clair. Je crois que cette proposition suppose une lacune avant elle. Aristote vient d'expliquer que laristocratie est ainsi appelée διὰ τὸ τοὺς ἀρίστους ἄρχειν ; et Il

n’explique pas pourquoi PÉtat où le peuple gouverne dans l’intérêt général est appelé πολιτεία. Cependant il était peut-être plus nécessaire encore d’expliquer cette dénomination. Je crois que le membre de phrase qui contenait cette explication n'a pas été conservé ; et, d’après ce qui suit, je conjecture qu’Aristote disait à peu près: Ce genre d’État est appelé πολιτεία, parce que ceux qui exercent le pouvoir n'ont que la vertu politique, sans avoir la vertu en général, comme dans les aristocraties, διὰ τὸ τοὺς πολιτιχοὺς ἄρχειν, ἀλλὰ μὴ τοὺς ἁπλῶς ἀρίστους. Et c'est naturel; car il est possible qu'un seul où que plusieurs hommes se distinguent par la vertu ; mais il est difficile qu'une population ait la vertu complète et parfaite. On pourrait faire une objection au supplément que je propose pour combler la lacune: c’est qu'Aristote attribue à la multitude la verlu guerrière , et que cette idée. ne serait pas préparée. 1] dit en effet (1. 40) : Πλείους δ᾽ ἤδη χαλεπὸν ἠχριδῶσθαι πρὸς πᾶσαν ἀρετήν, ἀλλὰ μάλιστα τὴν πολεμιχήν. Mais Aristote introduit ici une idée toute nouvelle,

quoiqu'il ne l’exprime pas par une nouvelle propo-

sition. C'est ainsi qu'on lit, VIIL, 5. 1339 b 35 (5,3), passage où Aristote compare les jeux aux occupations qui doivent servir de but à la vie : τό τε γὰρ τέλος οὐθένος τῶν ἐσομένων χάριν αἱρετόν, καὶ αἱ τοιαῦται τῶν ἡδονῶν οὐθενός εἰσι τῶν ἐσομένων ἕνεχεν, ἀλλὰ τῶν

γεγονότων, οἷον πόνων καὶ λύπης. De même ici la der-

nière proposition ἀλλὰ — λύπης exprime. une idée aouvelle tout à fait étrangère à la comparaison. HI, 9. 1280 a 31 (5, 10). La proposition hypothétique εἰ δὲ μήτε n’a pas son apodose. Gôttling ouvre une parenthèse après τὸν πρὸς ἀλλήλους (ligne 36), et la ferme après ἀδικήσουσιν ἀλλήλους (1280 b5). Coraï supprime δέ dans περὶ δ᾽ ἀρετῆς (1280 b 5). Je ne pense pas que la proposition περὶ δ’ ἀρετῆς puisse servir d’apodase à la proposition hypothétique ; car, en supprimant toutes les propogitions incidentes, on a : Si les hommes se réunissent pour bien vivre (ce qui comprend pour Aristote le bonheur et la vertu), tous ceux qui se préoccupent d'établir une bonne législation considèrent la vertu et le vice dans leurs rapports avec la société civile. Cette proposition n’est pas la conséquence naturelle de l’autre. Je crois qu’il faut chercher l’apodose, quant au sens, dans la proposition διόπερ ὅσοι συμδάλ-λονται 1281 ἃ 4 (15). Il y ἃ anacoluthe par suite de la longueur des digressions où s’est engagé Aristote. HI, 11. 1281 ἃ 41 (6, 4). Ὅτι δὲ δεῖ χύριον εἶναι μᾶλλον τὸ πλῆθος ἢ τοὺς ἀρίστους μὲν ὀλιγοὺς δέ. δόξειεν ἂν λύεσθαι καί. τιν᾽ ἔχειν ἀπορίαν, ταχὰ δὲ κἂν ἀλήθειαν. Les éditeurs ont trouvé, avec raison, λύεσθαι embarrassant. Stahr traduit : étre ébranlé ( kônnte wankend gemacht zu sein}. Mais [6 mot, ainsi rapproché d’étopia, ne peut avoir d'autre sens que celui de solution d’un problème. 1 me semble que tonte

SUR LA POLITIQUE. 45 difficulté est levée, si l’on transpose et corrige : δόξειεν ἄν τιν᾽ ἔχειν ἀπορίαν, ταχὰ δὲ κἂν λύεσθαι κατ᾽ ἀλήθειαν. Comparez Elen. soph., 17, 175 ἃ 32 : Οὕτω καὶ AUTÉOY ποτὲ μᾶλλον ἐνδόξως ἢ κατὰ τἀληθές. |

Il, 11, 1281 b 5 (6, 4). Aristote expose l’opinion de ceux qui soutiennent que la multitude doit avoir le pouvoir : πολλῶν γὰρ ὄντων ἕκαστον μόριον ἔχειν ἀρετῆς καὶ φρονήσεως, χαὶ γίνεσθαι συνελθόντας ὥσπερ ἕνα ἄνθρωπον τὸ πλῆθος πολύποδα χαὶ πολύχειρα καὶ πολλὰς ἔχοντ᾽ αἰσθήσεις. οὕτω καὶ περὶ τὰ ἤθη καὶ τὴν διάνοιαν. IL me semble que Y'enchaînement des idées sera mieux marqué dans ce passage si on transpose ὥσπερ devant γίνεσθαι, et qu’on substitue une virgule au point après αἰσθήσεις. Les mots οὕτω — διάνοιαν sont construits comme plus bas, 1. 42 (8), ὁμοίως δὲ τοῦτο καὶ περὶ τὰς ἄλλας ἐμπειρίας καὶ τέχνας.

ΠῚ, 11. 1281 b 11 (6, 5). Ἀλλὰ τούτῳ διαφέρουσιν οἱ σπουδαῖοι τῶν ἀνὸ ρῶν ἑχάστου τῶν πολλῶν, ὥσπερ χαὶ τῶν μὴ καλῶν τοὺς καλούς φασι χαὶ τὰ γεγραμμένα διὰ τέχνης τῶν ἀληθινῶν, τῷ συνῆχθαι τὰ διεσπαρμένα χωρὶς εἰς ἕν, ἐπεὶ κεχωρισμένων γε κάλλιον ἔχειν τοῦ γεγραμμένου τουδὶ μὲν τὸν ὀφθαλμόν, ἑτέρου δέ τινος ἕτερον μόριον. La comparaison employée par Aristote indique qu’il faut lire ἕκαστοι au lieu de éxéorou. Chaque homme vertueux réunit les qualités qui sont éparses dans une multitude. La multitude prise en masse est opposée aux hommes vertueux pris individuellement. Si on conserve ἑκάστου, il faudrait admettre que dans la

multitude chacun ἃ telle qualité particulière à un degré plus éminent que l’homme vertueux, ce qui peut être vrai d’un grand nombre, mais non de tous sans exception.

IE, 11. 1282 b 8-13 (6, 13). ‘Onoious μέντοι τινὰς εἶναι δεῖ τοὺς ὀρθῶς χειμένους νόμους, οὐδέν πω δῆλον, ἄλλ᾽ ἔτι μένει τὸ πάλαι διαπορηθέν. Ἀλλὰ γὰρ καὶ ὁμοίως ταῖς πολιτείαις ἀνάγχη xai τοὺς νόμους φαύλους ἢ σπουδαίους εἶναι xai δικαίους ἢ ἀδίκους, Πλὴν τοῦτό γε φανερόν, ὅτι δεῖ πρὸς τὴν πολιτείαν χεῖσθαι τοὺς νόμους. ἀλλὰ μὴν εἰ τοῦτο, δῆλον ὅτι τοὺς μὲν κατὰ τὰς ὀρθὰς πολιτείας ἀναγκαῖον εἶναι δικαίους, τοὺς δὲ κατὰ τὰς παρεχθεθη-χυίας οὐ δικαίους. Schneider ἃ eu raison d’ôter de sa place la proposition ἀλλὰ γὰρ — ἀδίκους ; mais il ἃ eu tort de la mettre après où δικαίους. La suite des idées est évidemment : Les lois doivent être en harmonie avec la constitution de l’État ; les lois sont nécessairement semblables à la constitution de l’État; les lois d’un bon gouvernement sont justes, celles d’un mau. vais gouvernement injustes. Le texte offre done un exemple frappant des transpositions qui sont si communes dans la Politique. Je crois qu’il faut lire : … διαπορηθέν. Πλὴν τοῦτό γε φανερόν, ὅτι δεῖ — τοὺς νόμους. ἀλλὰ μὴν εἰ τοῦτο δῆλον ὅτι καὶ ὁμοίως --- ἣ ἀδίκους, τοὺς μὲν x. τ. À. Il est à remarquer que la vieille traduction, qui ne change d’ailleurs rien à l’ordre des propositions, porte : Sed si similiter, à la place de ἀλλὰ γὰρ χαὶ ὁμοίως.

ΠῚ, 12. 1282 b 26 (7, 2). Ἴσως γὰρ ἂν pain τις χατὰ παντὸς ὑπεροχὴν ἀγαθοῦ δεῖν ἀνίσως νενεμῆσθαι τὰς ἀρχάς, εἰ πάντα τὰ λοικὰ μηδὲν διαφέροιεν ἀλλ᾽ ὅμοιοι τυγχάνοιεν ὄντες Toi γὰρ διαφέρουσιν ἕτερον εἶναι τὸ δίκαιον χαὶ τὸ χατ᾽ ἀξίαν. Je ne pense pas qu'il y ait rien à changer dans la dernière proposition. Aristote dit, peut-être un peu durement : Car, suivant eux, le droit est pour ceux qui sont différents autre que pour ceux qui sont égaux, et est la proportionnalité. Kai τὸ xar ἀξίαν est coordonné avec ἕτερον, et attribut de τὸ δίκαιον.

ΠῚ, 13. 1283 b 9-13 (7, 10), et 1284 ἃ 3 (7, 18. 8, 1). Le passage εἰ δὴ τὸν ἀριθμόν — ἐξ αὐτῶν me semble être hors de sa place ; il faut probablement le transposer après τὸν κατ᾿ ἀρετήν, 1284 ἃ 3 (7, 13), où il y a une lacune qui, même ainsi, n’est pas comblée. C'est la conclusion à laquelle conduit, ce me semble, un examen attentif de la suite des idées. Aristote annonce, 1283 b 8 (7, 9), qu'il va examiner quels sont ceux qui doivent exercer le pouvoir dans une cité où il y a en même temps des hommes vertueux, des riches, des nobles, et une multitude. Immédiatement après, il discute, L. 9-13, ce qu’on doit faire dans le cas où les gens vertueux seraient en petit nombre, et il pense qu'il faudra examiner s'ils sont en nombre suffisant pour gouverner l’État ou pour faire un État à eux seuls, L. 9-13 (7, 10). Puis il oppose une même considération à chacun de ceux qui

-prétendent à la possession exclusive du pouvoir, soit comme riches, soit comme nobles, soit comme vertueux, soit comme ayant la force du nombre: c'est qu’à ce point de vue, si un seul citoyen était plus riche, ou plus noble, ou plus vertueux, ou plus fort que tous les autres, il aurait le droit de leur commander. Aristote en conclut qu'aucune de ces prétentions exclusives n'est juste, 1. 13-30 (11-12). Il ajoute que la multitude pourrait répondre à juste titre à ceux qui prétendent gouverner en raison de leur supériorité de vertu ou de richesse, qu’elle a plus de vertus et de richesse qu'eux, à la prendre en masse, 1. 30-35 (12). On peut, suivant lui, satisfaire d’une manière semblable à une difficulté qui a été soulevée. On a demandé si le législateur qui veut établir les meilleures lois (τοὺς ὀρθοτάτους νόμους) doit avoir en vue l'intérêt d’une élite de citoyens ou celui du plus grand nombre , là où il y ἃ une élite et une multitude réunies. La bonté ici, fait remarquer Aristote, c’est l'égalité (τὸ δ᾽ ὀρθὸν ληπτέον ἴσως), et elle se rapporte à l'intérêt de l'État entier et au corps des citoyens. Or, continue Aristote, le citoyen est en général (πολιτὴς δὲ xouvÿ) celui qui est tour à tour gouvernant et gouverné ; ce droit n’est pas soumis aux mêmes conditions dans tous les gouvernements ; dans l'État idéal, le citoyen est celui qui peut et qui veut commander et. obéir conformément à la vertu, 1283 b 30 — 1284 a 3 (7, 13). Immédiatement après, Aristote examine ce qu’on doit

faire, si un seul homme ou si quelques hommes qui. ne seraient pas assez nombreux pour faire un État à eux seuls étaient supérieurs en vertu à tous les autres citoyens, et hors de pair avec eux. Suivant lui, cet individu ou ces quelques individus ne peuvent, sans injustice, être réduits au niveau de l'égalité commune; ce sont des dieux, 1284 a 3:17 (8, 1-2). Puis Aristote s’engage dans une digression sur l’ostracisme, après laquelle il revient à sa première conclusion. De là il passe à la royauté, c’est-à-dire à un autre sujet. En résumé, Aristote s’est proposé d'examiner quels sont ceux qui doivent avoir Je pouvoir dans un État où toutes les espèces de supériorité sont représentées , richesse, noblesse, vertu, nombre; et voici comment il répond à la question qu'il a posée : 1° Si les gens vertueux sont en petit nombre, il faut examiner s’ils sont assez nombreux pour gouverner l’État ou pour faire un État à eux seuls. 2° Aucune supériorité ne donne un droit exclusif à exercer le pouvoir. 3° Les meilleures lois se rapportent à l'intérêt de l’État entier et au corps des citoyens. Le citoyen n’est pas le même dans tous les gouvernements ; dans le meilleur gouvernement, c’est l’homme vertueux. 4° Si un seul individu, ou si quelques individus qui ne seraient pas assez nombreux pour former un État à eux seuls, sont hors de pair pour la vertu, ils ne peuvent être réduits au niveau de l'égalité. La première proposition n’a évi- | 4

demment aucun rapport direct avec la questior qu’Aristote vient de poser; il est clair qu'avant de rechercher ce qu'on doit faire quand les gens vertueux sont en petit nombre, 11 faut établir que les gens vertueux ont droit de commander. La seconde proposition se rapporte directement à la question ; elle en est la solution négative. On trouve le germe d’une solution positive dans la troisième proposition ; mais cette solution n’est pas donnée directement; gar Aristote traite d’une difficulté relative au but de la meilleure législation. Daps la quatrième proposition, il discute un cas particulier tout à fait analogue à celui qui est l'objet de la première proposition. Cette analogie et limpossibilité de comprendre la première proposition à la place où elle se trouve me font supposer que les mpts εἰ δὴ τὸν ἀριθμόν ---- ἐξ αὐτῶν (1283 b 9-13) dojvent être transposés après x21 ἀρετήν, devant εἰ δέ τις (1284 8 3); ainsi Jes idées se suivent très-bien, et la deuxième proposition est placée immédiatement après la question à laquelle elle se rapporte directement, mais qu’elle ne résont pas directement. Aristote devait pourtant dire à qui appartient le pouvoir dans les conditions posées. Il me semble que la treisième proposition conduisait à Ja solution : si Aristate dit qu'une honne législation doit avoir en vue le carps entier des citoyens, que le citoyen n’est pas le même dans tous les États, c’était sans doute pour en conelure que. dans un État

SUR LA POLITIQUE. δὲ

OÙ il ya des gens vertueux, des riches, des nobles | οὐ une multitude, le pouvoir appartient à tous ceux qui ont la vertu propre du citoyen, vertu qui est différente de la vertu morale ailloars que dans le gouvernement idéal. Cette conclusion se trouvait probablement après mar” ἀρετήν, 1284 ἃ 3 (7, 13 ); mais elle n’a pas été conservée. On s'explique alors qu’Aristote se demande, immédiatement après, ce qu'on fera dans le cas où les gens qui ont la vertu propre du eitoyen seraient en petit nombre, et dans celui où ils seraient hors de pair.

NT, 13. 1284 b 15 (8, 6). Aristote fait remarquer qu’on a tort de blâmer absolument les tyrans qui abattent autour d'eux les supériorités, que les démecraties et les oligarchies font de même, et même qu'il y a là un problème à résoudre même pour un bon gouvernement. Un paintre ne donnera pas à une figure un pied disproportionné ; celui qui instruit un chœur ne laissera pas chanter avec Îles autres un homme dont la voix serait plus forte et plus belle que celle de tous les autres choristes. ὥστε διὰ τοῦτο μὲν οὐδὲν χωλύει τοὺς μονάρχους συμφωνεῖν ταῖς πόλεσιν, εἰ τῆς οἰχείας ἀρχῆς ὠφελίμου ταῖς πόλεσιν οὔσης τοῦτο ὃ ρῶσιν. C’est pourquoi (διὸ) l'ostracisme a une certaine justice quand il est appliqué à des supériorités reconnues. Il vaut pourtant mieux que le législateur organise le gouvernement dès l’origine, de manière qu'il æ’ait pas besoin d’un pareil remède ; on se réservera

d'y avoir recours comme à un pis-aller (δεύτερος δὲ πλοῦς ἂν συμδῇ, πειρᾶσθαι τοιούτῳ τινὲ διορθώματι. διορθοῦν). ὅπερ οὐχ ἐγίγνετο περὶ τὰς πόλεις "οὐ γὰρ ἔδλεπον πρὸς τὸ τῆς πολιτείας τῆς οἰχείας συμφέρον, ἀλλὰ στασιασ-τιχῶς ἐχρῶντο τοῖς ὀστραχισμοῖς,

Il me semble que dans la proposition ὥστε ---- δρῶσυν il faut lire : εἰ τῇ οἰκείᾳ ἀρχῇ ὠφέλιμον τοῦτο δρῶσιν, Le sens est évidemment : à ce point de vue, la politique des monarques peut très-bien être en harmonie avee celle des républiques, si en agissant ainsi (en détruisant les supériorités} 118 n’ont en vue que l'intérêt de leur pouvoir. Aristote soutient toujours cette . thèse que cette politique des tyrans et des souverains ne leur est pas particulière, que les républiques la pratiquent aussi. Je crois que ταῖς πόλεσιν ἃ été répété indûment et a amené ὠφελίμου οὔσης ; car la lecon vulgaire n'offre pas le sens qui est conforme à l’enchatnement des idées. Ce qui justifie la conduite du monarque, ce n’est pas le fait que son pouvoir est utile à ses sujets: c’est d'agir ainsi, non pas par passion, .mais dans l'intérêt de son pouvoir. Il est d’ailleurs à remarquer que le mot μόναρχος est général, s’applique aussi bien aux rois de Perse qu'aux tyrans grecs, et que le pouvoir des rois de Perse s’exerçait autant sur des nations (ἔθνη) que sur des cités, des républiques (πόλεις) ; voir plus haut, 1284 a 38 (4).

En outre, il me semble que la proposition ὥστε ---δρῶσιν doit être transposée devant ὅπερ οὐκ ἐγίγνετο περὶ

τὰς πόλεις. L’enchaînement des idées sera ainsi plus régulier; car la réflexion relative aux monarques coupe, interrompt les considérations générales.

T1, 16. 1287 b4 (11,6). Aristote expose l'opinion de ceux qui soutiennent que le gouvernement de la loi vaut mieux ‘que celui d'un homme. Entre autres raisons, il cite ce fait, que les médecins ne se soignent pas eux-mêmes dans une maladie, parce qu’ils ne peuvent juger convenablement de ce qui les touche personnellement: ὥστε δῆλον ὅτι τὸ δίκαιον ζητοῦντες τὸ μέσον ζητοῦσιν " ὁ γὰρ νόμος τὸ μέσον. Je crois qu'il faut lire ὁ δὲ νόμος; car il s’agit de prouver que ceux qui cherchent la justice cherchent la loi.

ΠῚ, 16. 1287 b 33 (11, 9). Comme le monarque associe à son pouvoir les amis de sa personne et de son gouvernement, la monarchie est au fond un gouvernement républicain. Νὴ φίλοι μὲν οὖν ὄντες où ποιήσουσι χατὰ τὴν τοῦ μονάρχου προαίρεσιν εἰ δὲ φίλοι κἀχείνου χαὶ τῆς ἀρχῆς, ὅ γε φίλος ἴσος χαὶ ὅμοιος. “Ὥστ᾽ εἰ τούτους οἴεται δεῖν ἄρχειν, τοὺς ἴσους χαὶ ὁμοίους ἄρχειν οἴεται δεῖν ὁμοίως. Bekker ἃ substitué γέ à τέ, qui se [18811 autrefois. D’autres ont lu δέ, et mettent un point après ἀρχῆς ; mais alors on n’a pas un sens satisfaisant. Je crois qu’il faut lire et ponctuer : εἰ δὲ φίλοι — ἀρχῆς, ὁ δὲ φίλος --- ὅμοιος. ὥστ᾽ ei, — ὁμοίως. S'ils sont amis de sa personne et de son pouvoir, et s’il est vrai que l'ami est égal et semblable à son ami, le monarque, en Pensant que ses amis doivent commander, pense que

k pouvoir appartient à ceux qui sont semblables et. égaux. Ὥστε marque l’apodose, comme I, 8. 1256 .a 16 (3, 2), où Gôttling propose à tort de lire γνωστέαν au lieu de ὥστε. Bonitz a rassemblé un grand nombre d'exemples de cette construction, Observationes cri ticæ in Ethica Eudemia, p. 60. Voir encore Métaph. IX, 4. 1055 a 23, et le commentaire de Bonitz. On peut ajouter, Anal. post. I, 24. 86 à 10, où il faut lire, avee Waitz, ἔτι εἰ αἱρετωτέρα, mais ne pas voir, comme lui, un anacoluthe; car l’apodose se trouve ligns. 13, ὥστε χἂν οὕτως αἱρετωτέρα: εἴη ( sous entendu : ἡ χαθόλου ἀπόδειξις). Je remarquerai, ici, en passant, que Waitz me paraît citer à tort comme exemples. d’anacoluthe la proposition εἰ γὰρ (Anal. post. FE, 24. 85 ἃ: 21), qui est reprise par εἰ δὴ (ligne 29), et la proposition ἔτι εἰ (85 ἃ 31) qui est reprise par εἰ οὖν (85 b1). Il x 8 un exemple remarquable de reprise, Polit. L, 8. 1256 ὃ (3, 6-9). Le. μὲν. de la.propositian ἡ. μὲν. οὖν τοιαύτη κτῆσις, 1. 7 (6). a pour corrélatif, quant au sens, 16. δέ de. la, proposition ἔστε δὲ γένος ἄλλο xrnτικῆς,.1. 40 (10); mais 1]. est repris deux fois, L 26 (8) et L 37 (9).

IV, 1, 1288 b 16, 19. (1. 1}, Ἔτε δ᾽ ἐάν mç μὴ τῆς ἱχνουμένης ἐπιθυμῇ μήθ᾽ ἕξεως μήτ᾽ ἐπιστήμης τῶν περὶ τὴν ἀγωνίαν, μηδὲν ἦττον τοῦ παιδοτρίδου xai rai γυμναστικοῦ παρασχευάσαι τε καὶ ταύτην ἐστὶ τὴν δύναμιν. Te est évidemment incorrect; Coraï ἃ conjecturé γε. Je crois qu'on peut lire avec plus de vraisemblance

SUR LA POLITIQUE. "δ

ἔσται au lieu de τε χαὶ, et mettre ἔτι au lieu d’éoxi, avec la vieille traduction latine. On sait qué l’emploi du futur à l’apodose est habituel après une proposition hypothétique où ἐάν est employé avec le subjonctif. — Si l'on construit μὴ avec ἐπιθυμῇ, le démonstratif ταύτην. ne se rapporte à rien. Je crois que μὴ’ τῆς ἱκνουμένης est pour τὴς μὴ ixvouuévns, Ce qui, comme on sait, est fréquent. Seulement, la place de μὴ a entraîné par assimilation l'emploi dé la négation avec les deux substantifs suivants. Alors ταύτην désignera le degré de force qui ne permet pas de: prendre part aux: luttés des jeux publics ; ἱχκνουμένης ἃ pour complément τῶν περὶ τὴν ἀγωνίαν.

IV, 2, 1289 b'2 (2,2). Aristéte affirme qu'il est facile d'assigner des rangs aux mauvais gouvernements. Ἀνάγχη γὰρ τὴν μὲν τῆς πρώτης καὶ θειοτάτης παρέχθασιν' εἶναι χειρίστην τὴν dE βασιλείαν ἀναγκαῖον ἢ τοὔνομα μόνον ἔχειν οὐκ οὖσαν, ἢ διὰ πολλὴν ὑπεροχὴν εἶναι τὴν τοῦ βασιλεύοντος, ὥστε τὴν τυραννίδα χειρίστήν οὖσαν πλεῖστον ἀπέχειν πολιτείας-, δεύτερον δὲ τὴν ὀλιγαρχίαν (ἡ' γὰρ ἀριστοχρατία διέστηκεν ἀπὸ ταύτης πολὺ τῆς πολιτείας), μετριωτάτην. δὲ τὴν δημοχρατίαν. ΠῚ me semble que l’article est indispensable devant πολι-τείας après ἀπέχειν; car ce substantif désigne évidemment le gouvernement dont on vient de parler, c’està-dire la royauté; il faut’ τὴς πρώτης πολιτείας où τῆς βασιλείας. Il y a' une autre difficulté, c’est qu'au lieu de conclure que la tyrannie est le plus mauvais des

gouvernements, parce qu'elle est très-éloignée du meilleur, qui est la royauté, Aristote conclut que la tyrannie est très-éloignée du meilleur gouvernement parce qu’elle est le plus mauvais. Cette conclusion ne s'accorde pas avec la manière dont Aristote a posé la question ; elle ne s'accorde pas uon plus avec la manière dont il la traite en parlant de l’oligarchie et de. la démocratie ; car il faut sous-entendre εἶναι avec δεύτερον (ou plutôt δευτέραν, comme lit Schneider), et avec μετριωτάτην. On pourrait lire χειρίστην εἶναι πλεῖστον ἀπέχουσαν. Mais, quand il s’agit de corriger le texte d’Aristote, on ne sait souvent si ce qui choque provient de la négligence des copistes ou de la négligence de l’écrivain ; et ce passage me paraït être un de ceux où il est permis d'hésiter entre ces deux hypothèses.

IV, 3. 1289 ἢ 32 (3, 1). Καὶ τὸν μὲν γεωργικὸν δῇmov, ὁρῶμεν ὄντα, τὸν δ᾽ dyopaiov.. L’adjectif γεωργικὸν est placé contrairement à l'usage. La même construction est employée, VI, 1. 1317 ἃ 23 : γίνεται yap τὸ μὲν γεωργικὸν πλῆθος, τὸ δὲ βάναυσον χαὶ θητικόν. Ι, 18. 1220 ἃ 28 : ἡ μὲν ἀρχικὴ ἀνδρία, ἡ δ᾽ ὑπηρετική. ΠῚ, ὃ. 1276 ἃ 88 : τοῦ μὲν ἐπιγιγνομένου νάματος τοῦ δ΄ ὑπεξιόντος. |

IV, 3. 1290 a 8-11 (3, 3). Aristote dit, en parlant

du gouvernement et des fonctions publiques : Ταυτὴν.

ἀπόρων ἢ τῶν εὐπόρων, ἢ κοινήν τιν᾽ ἀμφοῖν. Schneider,

et Coraï changent le texte; Güttling et Stahr rapportent τῶν ----εὐπόρων à δύναμιν, et χοινήν--- ἀμφοῖν ἃ ἰσότητα. Mais cette interprétation me semble contraire à la construction. Je crois qu’on peut interpréter le texte ainsi : Les fonctions publiques sont ou conférées d’après le principe de la proportionnalité (comme dans les aristocraties), ou partagées également entre les pauvres (si les pauvres ont le dessus comme dans la démocratie excessive), entre les riches (s'ils sont seuls citoyens, comme dans l’oligarchie), entre les uns et les autres (comme dans la république tempérée).

IV, 4. 1290 b 25-38 (3, 9-11). Qc οὖν ἃ ÉVIdemment pour apodose τὸν αὐτὸν δὲ τρόπον χαὶ τῶν εἰρβημένων πολιτειῶν. La construction sera d'accord avec la logique, si l’on substitue δὲ à δὴ dans ei δὴ τοσαῦτα εἴδη μόνον, qui répond ainsi à πρῶτον, et, avec Coraï, δὴ à δὲ dans τὸν αὐτὸν δὲ. τρόπον. Le génitif πολιτειῶν peut s'expliquer par l’ellipse de λάδωμεν εἴδη, qui est exprimé au commencement du premier membre de la comparaison.

IV, 4. 1291 ἃ 19 (3, 12). Aristote reproche à Platon de ne compter comme éléments essentiels d'un État naissant que les laboureurs et les artisans, ὡς τῶν ἀναγχαίων γε χάριν πᾶσαν πόλιν συνεστηκυῖαν, ἀλλ᾽ οὐ τοῦ χαλοῦ μᾶλλον, ἴσον. τε δεομένην σχυτέων TE χαὶ γεωργῶν. Si l’on traduit, comme on doit traduire, le dernier membre de phrase par : comme si un État

avait autant besoin de cordonners οἱ de laboureurs, on wa pas-un sens satisfaisant ; ἢ n’y a. pas égabsté entre le nécessaire et l’hounête dans la composition de l'État naissant, puisqu'il n’est formé, d’après Platon, que par ceux qui pourvoient aux besoins de première nécessité. Il faudrait : comme si un État avait besoin: avant: tout de cordonniers et de laboureurs. Je erois qu’il manque, après δεομένην, l’expression de la.classe qui: est opposée aux gens de métier, et qu'il faut combler la lacune à peu près ainsi. : ἴσον τε δεομένην (ὁπλιτῶν ὥσπερ) σχντέων τε καὶ γεωργῶν. En subordonnant cette proposition à la négation οὐ, owa: eb comme si un État n'avait pas autant besoin de querriers: que de cordonniers et de laboureurs. IV, 41291 b 39-(4, 2).et 1292 a. 3:(3). Dans tout: ce passage, Aristote distingue cinq espèces de démocraties : la première, où tous participent également au pouvoir; la seconde, où l’exeréice du pouvoir est soumis: à des-conditions de cens; la: troisième, où l’on admet au pouvoir tous ceux qui ne-sont ni étrane gers ni affranchis, et où la loi règne; la quatrième; où tous sont admis au pouvoir pourvu qu'ils soient citoyens, mais où la loi règne encore; enfin la cinquième, où, tout restant de même, la multitude règne à la place de la loi. On s'est demandé en quoi la première espèce de démocratie se distingue de la quatrième et de la cinquième, puisque, dans ces deux espèces, tous participent également au pou-

voir, seul caractère distinctif de la première espèce. En outre, plus bas, dans un passage exactement parallèle, 6. 1292 b 33 sqq. (5, ὃ sqq.), Aristote ne parle plus de cette prerière: espèce: de démocratfe, et ne traite que des quiire: autres, précisé: ment dans. le même ordre. Cf. VI, 4. 131 b. 6 (2, 1} Enfin, dans le chapitre V (5, 1-2), ἢ n’examine que quatre espèces d'oligarchies, qi correspondent évidemment aux quatre espèces de démocraties émumérées. dans: le chapitre VI; il ne parle pas d’une espèce d'oligarchie: qui corresponde à la première espèce de démocratie qu’il établit dans le chapitre IV. I semble qu’on puisse remédier à cette difficulté en transposant après ἕν pv obv:sfdoç δημοχρατίας τοῦτο, 1291 Ὁ 39, les mots qui se lisent après ἕτερον δὲ εἶδος δημοχρατίας, 1292 ἃ 3, à savoir: τὸ πᾶσι μετεῖναι τῶν ἀρχῶν, ἐὰν μόνον à πολίτης, ἄρχειν δὺ τὸν: νόμαν. On réunirait: ἔτερον δὲ: εἶδος δημοχρατίας à τἄλλα μὲν εἶναι: ταὐτά,. | ὅ... et. on: supprimerait devant 668. derniers mots ἕτερον εἶδος δημοχρατίας. Mais cette: transposition soulève une autre difficulté ;. outre: que l'ordre-dans lequel les quatre démocraties seront rangées ne correspond plus à l’ordre dans lequel Aristote énumère les quatre oligarchies. au chapitre V, et les: quatre démocraties au chapitre VI, les mots τἄλλα μὲν εἶναι ταὐτά,.1292 ἃ 4: (4,3), ne peuvent se rapporter grammaticalement qu’à la démocratie, qui exclut du pouvoir ceux dont l’origine

n'est pas irréprochable; et cette restriction est coôntraire au génie de la démocratie où la multitude règne à la place des lois ; voir plus bas, 6. 1293 a8 (5, 5): μετέχουσι μὲν πάντες τῆς πολιτείας. On reste donc en présence de trois hypothèses entre lesquelles le choix est embarrassant ; si l’on ne change rien, il faut admettre une irréflexion d’Aristote, qui ἃ établi d’abord une division défectueuse; si l’on transpose, il faut admettre une négligence de rédaction par suite de laquelle les mots τἄλλα μὲν εἶναι ταὐτά ne se rapporteraient pas à la proposition qui précède immé-

diatement, ou bien il faudrait supposer qu'il man-

que, après ταὐτά, quelque chose comme τῇ πρώτη

IV, 6. 1292 b 80 (5, 3). Dans une démocratie de laboureurs, la loi gouverne parce qu'ils n’ont pas le temps de passer toutes leurs journées sur la place publique. Τοῖς δὲ ἄλλοις μετέχειν ἔξεστιν, ὅταν χτήσωνται τὸ τίμημα τὸ διωρισμένον ὑπὸ τῶν νόμων ( ceux qui sont en dehors du gouvernement y participent quand ils ont acquis le cens fixé par la loi). [Διὸ πᾶσι τοῖς χτωμένοις ἔξεστι: μετέχειν. Ὅλως μὲν γὰρ τὸ μὲν μὴ ἐξεῖναι πᾶσιν ὀλιγαρχικόν, τὸ δὲ δὴ ἐξεῖναι σχολάζειν ἀδύνατον μὴ προσόδων οὐσῶν. Bekker et d’autres éditeurs considèrent la proposition mise entre crochets comme une répétition inutile de la précédente, et comme une interpolation. D'ailleurs διό est inexplicable. Je crois qu'il faut transposer cette proposition après οὐσῶν.

Le mot διό pourra ainsi s'expliquer. Il restera .une certaine diffusion dans l'expression des pensées ; mais Aristote ne craint pas de répéter. Voir par exemple III, 4. 1277 ἃ 37 —b 5 (2, 3), Il, 7. 1266 b 38 et 1267 ἃ 39 (4, 7. 11), V,11,1314a 15 et 25 (9, 8. 9), VHI, 8. 1338 a 1-4 (2, 5). Jeremarqueraien outre que ἐξεῖναι devant σχολάζειν est inutile, et d’ailleurs suspect; car dans tout ce développementil esttoujours employé avec μετέχειν exprimé ou sous-entendu. IV, 6. 1292 b 36-58 (5, 4). Après avoir distingué une première espèce de démocratie, où la partieipation aux fonctions publiques est établie sur un cens modéré, Aristote en énumère trois autres : ἔστι γὰρ rai πᾶσιν ἐξεῖναι τοῖς ἀνυπευθύνοις χατὰ τὸ γένος, μετέχεέιν μέντοι δυναμένοις σχολάζειν. Διόπερ ἐν τῇ τοιαύτη δὴημοχρατίᾳ οἱ νόμοι ἄρχουσι, διὰ τὸ μὴ εἶναι πρόσοδον. Τρίτον δ᾽ εἶδος τὸ πᾶσιν ἐξεῖναι, ὅσοι ἂν ἐλεύθεροι Got, μετέχειν τῆς πολιτείας, μὴ μέντοι μετέχειν διὰ τὴν προδιρημένην αἰτίαν, ὥστ᾽ ἀναγκαῖον καὶ ἐν ταύτῃ ἄρχϑβιν τὸν νόμον. Il est évident que μετέχειν μέντοι δυναμένοις σχολάζειν est gâûté ; οἱ Stahr, qui conserve le texte, est obligé de traduire comme si μέντοι était transposé après δυναμένοις. Je crois que le parallélisme exact de la seconde et de la troisième espèce de démocratie conduit sûrement au rétablissement du texte. Ces deux espèces de démocratie sont identiques, sauf en un point : c’est que l’une n’admet aux fonctions publiques que ceux qui sont nés en mariage légitime de

parents eitoyens, landis que l'autre admet tous les hommes libres. Cette dernière espèce de démocratie exclut ceux qui ne peuvent pas exercer les fonctions ‘publiques pour la cause indiquée ci-dessus. Quelle est cette cause ? C’est qu'ils n’ont pas de loisir, faute de revenu. On voit par là que, dans la phrase où il s’agit de la démoeratie parallèle, il faut lire : ἔστι γὰρ καὶ πᾶσιν ἐξεῖναι τοῖς ἀνυπευθύνοις κατὰ τὸ γένος μετέχειν, (μὴ) μέντοι μετέχειν (μὴ) δυναμένοις σχολάζειν διὰ τὸ μὴ εἶναι πρόσοδον. Διόπερ ἐν τῇ τοιαύτη δημοχρατίᾳ οἱ νόμοι ἄρχουσι. Τρίτον δ᾽ εἶδος x. τ. À. Non-seulement la symétrie des idées exige qu'on transpose διὰ ---- πρόσοδον, mais encore il n'offre pas un sens satisfaisant là où il est placé. En quoi le défaut de revenus favorise-t-il le règne des lois? Si Aristote avait voulu dire que les lois règnent parce que les pauvres ne sont pas indemnisés sur les revenus de l’État, d’abord il aurait mis διὰ τὸ μὴ ὑπάρχειν προσόδων εὐπορίας eomme plus bas, ensuite il aurait reproduit cette condition essentielle à propos de la troisième espèce de démocratie.

IV, 7. 1293 b 8. 10. 11 (5, 10-11). Où μὴν ἀλλ᾽ εἰσί τινες αἱ πρός τε τὰς δλιγαρχουμένας ἔχουσι διαφοράς, καὶ καλοῦνται ἀριστοχρατίαι, χαὶ πρὸς τὴν καλουμένην πολιτείαν, ὅπου γε μὴ μόνον πλουτίνδην ἀλλὰ καὶ ἀριστίνδην αἱροῦνται τὰς ἀοχάς. Αὕτη ἡ πολιτεία διαφέρει τε ἀμφοῖν χαὶ ἀριστοκρατικὴ καλεῖται. Καὶ γὰρ ἐν ταῖς μὴ ποιουμέναις χοινὴν ἐπιμέλειαν ἀρετῆς εἰσὶν ὅμως τινὲς οἱ εὐδοκιμοῦντες καὶ δοχοῦντες εἶναι ἐπιειχεῖς, Ce passage

donne lieu à trois observations : 1° les mots καὶ xeλοῦνται ἀριστοκρατίαι sont évidemment hors de Jour place et doivent être irausposés. après Tokraisy: 20 il manque après πλουτίχδον une détermination, En effet, Aristote dit plus bas, 8, 1294 à 10 (6, 4), en parlant de la base de chaque gouvernement : ἄριστος χρατίας μὲν γὰρ ὅρος ἀρετή, ὀλιγαρχίας δὲ πλοῦτος, δήμου δ᾽ ἐλευθερία. Un État où le pouvoir serait donné à la richesse et à la vertu peut être comparé à une oligarchie pure, mais non à une démocratie tempérée. Il faut donc ajouter après πλουτίνδην quelque ebase comme À δημοτιχῶς ς ce qu’'Aristote dit immédiatement après, 1. 14 sqq. (11) de Carthage et de Lacédémone confirme cette addition ; 3° avec la ponetuation adoptée généralement, la proposition αὕτη ἡ πολιτεία — καλεῖται est une véritable tautologie qui reproduit exactement Ja proposition où μὴν ἀλλ᾽ sisi τινες x. τ. À, De plus, l’idée exprimée dans la proposition χαὶ γὰρ — ἐπιεικεῖς se rapporte directement à ἀριστίνδην αἱροῦνται τὰς ἀρχάς, On choisit certains magistrats d’après la vertu, parce qu'il y à d2sgens qui ont une réputation de vertu même dans les États où la vertu n’est pas le but des institutions. La taytologie disparaîtra, et la liaison des idées sera rétablie , si l’on change la ponctuation et qu’on substitue Ἰὰρ à yet... πολιτείαν. Ὅπου γὰρ ----τὰς ἀρχάς, αὕτη ἡ πολιτεία ---- καλεῖται. Kai γὰρ x. τ. À.

IV, 8. 1298 b 26 (6, 1). Λοιπὸν δ᾽ ἐστὶν ἡμῖν περί

τε τῆς νομιζομένης πολιτείας εἰπεῖν χαὶ περὶ τυραννίδος" ἐτάξαμεν δ᾽ οὕτως οὐχ οὖσαν οὔτε ταύτην παρέχδασιν οὔτε τὰς ἄρτι ῥηθείσας ἀριστοχρατίας, ὅτι τὸ μὲν ἀληθὲς πᾶσαι διημαρτήκασι τῆς ὀρθοτάτης πολιτείας, ἔπειτα χαταριθμοῦνται μετὰ τούτων, εἰσί τ᾽ αὐτῶν αὗται παρεχθάσεις, ὥσπερ ἐν τοῖς χατ᾽ ἀρχὴν εἴπομεν. Je crois que toutes les difficultés que présente ce texte sont levées, si, après μετὰ τούτων, l'on intercale ἡ δημοχρατία καὶ ὀχιγαρχία. On ἃ ainsi : Si nous avons placé ici (avec les mauvais gouvernements) la république (πολιτεία) quoiqu’elle ne soit pas une déviation non plus que les aristocraties dont nous venons de parler, c’est que d'abord tous les gouvernements sont en réalité des déviations de la constitution idéale, et qu’ensuite on a coutume de compter avec la république et l'aristocratie, la démocratie et l’oligarchie qui en sont des déviations, comme nous l’avons dit plus haut. Le renvoi par lequel termine Aristote ne peut s'appliquer qu'à III, 7. 1279 ἢ 4 (5, 4), et IV, 2. 1289 a 26 (2, 1). La comparaison de ces passages me paraît justifier la conjecture que je propose. Nickes (de Aristotelis Politicorum libris, p.111) me paraît avoir raison dans ses observations contre Spengel, qui semble d’ailleurs avoir lu aussi ἡ δὴμοχρατία καὶ ὀλιγαρχία, Sans en avertir et en les opposant uniquement à la république. D'autre part, je ne puis croire avec Nickes que αὐτῶν désigne la constitution idéale.

IV, 8. 1294 a 1 (6, 3). Δοκεῖ δ᾽ εἶναι τῶν ἀδυνάτων τὸ μὴ εὐνομεῖσθαι τὴν ἀριστοχρατουμένην πόλιν, ἀλλὰ πογηροχρατουμένην, ὁμοίως δὲ καὶ ἀριστοχρατεῖσθαι τὴν μὴ εὐνομλουμένην. La correspondance-entre les idées semble indiquer que la transposition de la négation τὸ εὐνομεῖσθαι τὴν μὴ ἀριστοκρατουμένην est le moyen le plus simple de lever les difficultés que ce passage a offertes aux éditeurs. | |

IV, 8 1294 ἃ 15. 16 (6, 4). Aristote considère la république tempérée comme un mélange d'oligarehie et de démocratie; l’oligarchie confère le pouvoir d’après la richesse, la démocratie d'après l’ingénuité, l'aristocratie d’après le mérite. ἣν μὲν οὖν ταῖς πλείσταις πόλεσι τὸ τῆς πολιτείας εἷ-. δος χαλεῖται - μόνον γὰρ ἡ μίξις στοχάζεται τῶν εὐπόθων χαὶ τῶν ἀπόρων πλούτου xai ἐλευθερίας " σχεδὸν γὰρ παρὰ τοῖς πλείστοις οἱ εὔποροι τῶν καλῶν χἀγαθῶν δοχοῦσι χατέχειν χώραν. Schneider fait observer avec raison que la première proposition est mutilée et incomplète; je crois qu’il faut quelque chose comme : ἐν μὲν οὖν ταῖς πλείσταις πόλεσι ταῖς ἀριστοχρατεῖσθαι δοχούσαις τὸ τῆς πολιτείας εἶδας πολιτιχὸν ὑπάρχει εἰ xai μὴ χαλεῖται. Dans la plupart des États qui passent pour aristocratiques la forme du gouvernement est en réalité celle de la république tempérée, quoiqu’elle n’en ait pas le nom; car le mélange n’est opéré qu'entre la richesse et l’in- . génuité. Cf. V, 7. 1307 a 11 (6, 8). Je ferai remarquer que les mots τῶν εὐπόρων καὶ τῶν ἀπόρων font dou-

ble emploi avec πλούτου καὶ ἐλευθερίας. Il faut supprimer l'un ou l’autre. Il y a là une de ces répétitions de formules voisines qui sont si fréquentes dans les manuscrits de la Politique.

IV, 9. 1294 b 37 (7, 6). La république tempérée . (πολιτεία) doit σώζεσθαι δι᾿ αὑτῆς καὶ μὴ ἔξωθεν, χαὶ δι᾽ αὑτῆς μὴ τῷ πλείους ἔξωθεν εἶναι τοὺς βουλομένους (εἴη γὰρ ἂν καὶ πονηρᾷ πολιτείᾳ τοῦθ᾽ ὑπάρχον) ἀλλὰ τῷ μηδ᾽ ἂν βούλεσθαι πολιτείαν ἑτέραν μηθὲν τῶν τῆς πόλεως μορίων ὅλως. [ἔξωθεν qui est après πλείους est une naïveté. Dès que l’on dit que la république doit se maintenir par elle-même, il est inutile d'expliquer qu’on n’entend pas par là que ce sera les étrangers qui la maintiendront. Ensuite, pourquoi πλείους ? Est-ce qu’un seul État puissant, comme Sparte et Athènes, ne suffisait pas pour maintenir une forme de gouvernement dans un autre État? 1] est évident que ἔξωθεν doit être retranché comme répétition inintelligente et iaintelligible du précédent. Alors on a un sens trèsnaturel : La république doit se maintenir par ellemême et non par un appui étranger, et, quand je dis par elle-même, je n'entends pas que son maintien soit voulu par une simple majorité (c’est ce qui peut arriver même à un mauvais gouvernement, à la démocratie par exemple); mais il faut que toutes les classes de la population soient unanimes à ne pas vouloir d’un autre gouvernement.

IV, 10. 1295 a 11 (8,2). Τυραννίδας δ’ εἴδη io

μὲν διείλομεν ἐν οἷς περὶ βασιλείας ἐπεσχοποῦμεν, διὰ τὸ τὴν δύναμιν ἐπαλλάττειν πως αὐτῶν χαὶ πρὸς τὴν βασιλείαν, διὰ τὸ χατὰ νόμον εἶναι ἀμφοτέρας ταύτας τὰς ἀρχάς" ἕν τε γὰρ τῶν βαρδάρων τισὶν αἱροῦνται αὐτοχράτορας μονάρχους, χαὶ τὸ παλαιὸν ἐν τοῖς ἀρχαίοις “Ἕλλησιν ἐγίγγοντό τινες μόναρχοι τὸν τρόπον τοῦτον, οὗὃς ἐχάλουν αἰσυμνήτας. "Ἔχουσι δέ τινας πρὸς ἀλλήλας αὗται διαφοράς. Ἦσαν δὲ διὰ μὲν τὸ κατὰ νόμον βασιλικαὶ χαὶ διὰ τὸ μοναρχεῖν ἑκόντων, τυραννικαὶ δὲ διὰ τὸ δεσποτιχῶς ἄρχειν κατὰ τὴν αὑτῶν γνώμην. D'après la suite des idées, les deux monarchies despotiques, mais légales, dont parle Aristote, seraient la monarchie élective de quelques peuples barbares, et l’zsymnétie également élective des anciens Grecs. Mais la chose paraît inadmissible quand on la eonsidère en elle-même, et surtout quand on se reporte au passage auquel renvoie Aristote lui-même, ΠῚ, 14. 1285 ἃ 15 sqq. (9, 3 sqq.). 1° Il est impossible de découvrir la moindre différence entre cette monarchie barhare et l'zsymnétie greeque ; elles sont toutes deux des monarchies despotiques, toutes deux des monarchies légales, toutes deux des monarchies électives. Aristote ne peut pas dire de ces deux monarchies qu’il y a entre elles certaines différences. 2° Mais ce qui est plus grave encore, c'est que dans le passage auquel renvoie Aristote, il parle beaucoup d’une monarchie despotique et légale qui prévaut chez les barbares, qu’il appelle même la monarchie barbare par excel-

lence; c’est la monarchie despotique et légale héréditaire, monarchie qui est voisine de la tyrannie, ἔχουσι δ᾽ αὗται τὴν δύναμιν πᾶσαι παραπλησίαν τυραννιχῇ, εἰσὶ δ᾽ ὅμως κατὰ νόμον καὶ πατρικαί, III, 14. 1285 a 18 (9, 8). IL est étrange qu'ici Aristote ne dise plus un seul mot de cette monarchie despotique légale héréditaire qui est, suivant lui, voisine de la tyrannie. Pour ces deux raisons, il faut bien admettre une lacune après τὰς ἀρχάς, lacune qui doit être comblée par quelque chose comme : εἰσὶ δ᾽ ἡ μὲν πατρικὴ, ἡ δ᾽ αἱρετή. Alors la proposition ἔν τε γὰρ — αἰσυμνήτας est une digression explicative qui se rapporte au mot αἱρετή, et qui doit être placée entre parenthèses. Ensuite Aristote revient à la monarchie héréditaire et à la monarchie élective pour dire qu'il y ἃ entre elles quelques différences. En outre, il me semble qu'il faut un point en haut après διαφοράς ; la proposition suivante est étroitement liée à celle qui la précède.

IV, 11. 1295 ἃ 31 (9, 1-2). Τίς δ᾽ ἀρίστη morale χαὶ. τίς ἄριστος βίος. ταῖς πλείσταις πόλεσι καὶ τοῖς The ὅτοῖς τῶν ἀνθρώπων, μήτε πρὸς ἀρετὴν συγχρίνουσι Tv ὑπὲρ τοὺς ἰδιώτας, μήτε πρὸς παιδείαν ἣ φύσεως δεῖται: καὶ χορηγίας τυχηρᾶς, μήτε πρὸς πολιτείαν τὴν κατ᾽ εὖ-᾿ χὴν γινομένην, ἀλλὰ βίον τε. τὸν τοῖς πλείστοις: χοινωνῆδαι δυνατὸν χαὶ πολιτείαν ἧς τὰς πλείστας πόλεις ἐνδέχεται μετασχεῖν.. Καὶ γὰρ. ἃς καλοῦσιν. ἀριστοχρατίας, περὶ ὧν’

πόλεων, τὰ δὲ γειτγιῶσι τῇ καλουμένη πολιτείᾳ " διὸ περὶ ἀμφοῖν ὡς μιᾶς λεχτέον. Si on adopte le texte tel qu'il est, il faut un point d'interrogation après μετασχεῖν, quoique Bekker n’en ait mis ni dans sa première ni dans sa dernière édition, quoique Stahr n’en ait mis non plus ni dans son texte, ni même dans sa traduction. Mais il est probable qu’il y a, comme l’a vu Conring, une lacune après μετασχεῖν. D'abord, il est contraire à l’usage d’Aristote de commencer un sujet par une interrogation directe aussi longue. Ensuite, la proposition suivante ne se lie pas à celle qui la précède. Quelle liaison peut-il y avoir entre ces deux propositions : Quel est le meilleur gouvernement relativement απὸ conditions où sont placés la plupart des hommes? Et, en effet, les différentes espèces d’aristocratie sont ou en dehors de ces conditions ou voisines de la république. Enfin ἀμφοῖν ne peut désigner l’aristocratie et la république; car il distingue expressément plusieurs espèces d’aristocratie, et il ne se servirait pas d’un terme qui signifie qu'on ne parle que de deux objets. Cette dernière proposition ne peut done avoir d’autre sens que : I! faut donc parler du meilleur gouvernement relalif et de la république comme d'un seul et même gouvernement. Mais cette proposition a besoin d’être préparée. Je crois donc qu'il ÿ a une lacune

après μετασχεῖν, et qu'il y avait une proposition d’où ᾿ dépendait. l'interrogation par laquelle commence Aristote, et une autre proposition où la république

me ge ee

et le meilleur gouvernement relatif étaient identifiés. D'ailleurs, il est étrange que dans tout ce chapitre Aristote ne dise nulle part expressément que la république est le meilleur gouvernement relatif ; 11 faut avoir recours au livre Il, 6. 1265 Ὁ 29 (3, 9) pour trouver un texte formel. C'est pourtant une ‘chose assez importante, et qui n'était pas tellement évidente qu’Aristote dût la laisser à deviner à l’intelligence du lecteur.

IV, 11. 1295 ἃ 37-39 (9, 2). Εἰ γὰρ καλῶς ἐν τοῖς ἠθιχοῖς εἴρηται τὸ τὸν εὐδαίμονα βίον εἶναι τὸν χατ᾽ ἀρετὴν ἀνεμπόδιστον, μεσότητα δὲ τὴν ἀρετήν, τὸν μέσον ἀναγκαῖον βίον εἶναι βέλτιστον, τῆς ἑχάστοις ἐνδεχομένης τυχεῖν (Le σότητος. Τοὺς δὲ αὐτοὺς τούτους ὅρους ἀναγχαῖον εἶναι χαὶ πόλεως ἀρετῆς χαὶ χαχίας καὶ πολιτείας " ἡ γὰρ πολιτεία βίος τίς ἐστι πόλεως. Le dernier membre de phrase τὸν μέσον --- μεσότητος Offre une double difficulté : 1° τῆς ἑχάστοις---- μεσότητος ne peut pas se construire avec ce qui précède, et il pourrait se construire, qu'on aurait une évidente tautologie : la vie moyenne consiste à garder le milieu en chaque chose. D'ailleurs, l’idée de vie moyenne n'est pas elaire. Je pense qu'il faut

supprimer μέσον et transposer à sa place βέλτιστον ;

on ἃ ainsi : la vie la plus heureuse consiste à garder le milieu en toutes choses. C’est la conclusion directe des deux propositions précédentes; 2° mais si cette conclusion est l’apodose d’ai γὰρ καλῶς ἐν τοῖς ἠθικοῖς — ἀρετήν, il est étrange que les prémisses de ce rai-

sonnement fassent partie de l'éthique, et que la conclusion n’en soit pas. La vieille traduction porte : medietatis autem contingentis. Le traducteur a évidemment lu τῆς δὲ ἑκάστοις. En adoptant cette leçon, en transposant, en mettant une virgule devant τοὺς δὲ αὐτοὺς, et en substituant dans ces mots δὴ à δὲ, on a: εἶ γὰρ καλῶς ἐν τοῖς ἠθικοῖς εἴρηται τὸ — τὴν ἀρετήν, τῆς δὲ ἑχάστοις ἐνδεχομένης τυχεῖν μεσότητος τὸν βέλτιστον ἀναγκαῖον βίον εἶναι, τοὺς δὴ αὐτοὺς τούτους ὅρους ἀναγχαῖον εἶναι x. τ. À. On a ainsi un raisonnement dont les prémisses appartiennent à l'éthique, et la conclusion à la politique. — On construit généralement les derniers mots χαὶ πόλεως --- πολιτείας, comme traduit Lambin : civitatis et reipublicæ administrationis virtutem et vitium. Mais cette construction est non-seulement forcée, mais encore contraire à la pensée d’Aristote ; de même qu’en morale il distingue les idées d'éperé et de Bios, de même en politique il distingue bes idées de πόλεως ἀρετή et de πολιτεία qui est synonyme de βίος πόλεως.

IV, 11. 1295 b 27 (9, 6). Βούλεται dé γε ἡ πόλις ἐξ ἴσων εἶναι καὶ ὁμοίων ὅτι μάλιστα, τοῦτο δ᾽ ὑπάρχει μάλιστα τοῖς μέσοις ὥστ᾽ ἀναγχαῖον ἄριστα πολιτεύεσθαι ταύτην τὴν πόλιν ἐστὶν ἐξ ὧν φάμεν φύσει τὴν σύστασιν εἶναι τὴς πόλεως. Quelques éditeurs ont senti que Île démonstratif ταύτην devait avoir un conséquent. Il est indiqué par la proposition parallèle qu’on trouve un peu plus bas, 1. 36 (8): Καὶ τὰς τοιαύτας ἐνδέχεται εὖ

πολιτεύεσθαι πόλεις ἐν αἷς δὴ πολὺ τὸ μέσον. En conséquence, je crois qu'il faut admettre une lacune de-

. vant ἐξ ὧν, et suppléer quelque chose comme : ἐν ἡ

πλεῖστοί εἰσιν. Peut-être ἐστιν doit-il être supprimé, comme il l’est dans la vieille traduction; car Aristote emploie généralement ἀναγκαῖον sans le verbe substantif, ce qui est d’ailleurs conforme à l'usage des auteurs.

IV, 14. 1298 a 21 (11, 4). Ἄλλος δὲ τρόπος τὸ πάντας ἀθρόους, συνιέναι δὲ μόνον πρός τε τὰς ἀρχαιρεσίας αἱρησομένους χαὶ πρὸς τὰς νημοθεσίας χαὶ περὶ πολέμου χαὶ εἰρήνης καὶ ποὺς εὐθύνας. Le mot αἱρησομένους est une véritable tautologie après celui qui précède. D'autre part, la construction συνιέναι περὶ πολέμου est insolite. Je pense que αἱρησομένους est le mot βουλευσομένους, qui se lisait après πολέμου ou εἰρήνης, et qui, une fois transposé, a été changé par les copistes. Cf. IV, 14. 1298 ἃ 25 (11, 4.)

IV, 14. 1298 Ὁ 13 (11, 8). Συμφέρει δὲ δημοκχραξ τίᾳ — πρὸς τὸ βουλεύεσθαι βέλτιον τὸ αὐτὸ ποιεῖν ὅπερ ἐπὶ τῶν δικαστηρίων ἐν ταῖς ὀλιγαρχίαις (τάττουσι γὰφ ζγμίαν τούτοις οὺὃς βούλονται δικάζειν, ἵνα δικάζωσιν. οἱ δὲ δημοτιχοὶ μισθὸν τοῖς ἀπόροις), τοῦτο δὲ καὶ περὶ τὰς ἐκκλησίας ποιεῖν. Le dernier membre de phrase τοῦτο di— ποιεῖν, se construit mal avec ce qui précède. Je crois que la construction sera plus régulière, 81 l'on met un point en haut après ὀλιγαρχίαις, un point en haut après ἀπόροις, et que τοῦτο δὲ — ποιεῖν forme une

proposition indépendante régie par συμφέρει sous-entendu comme plus bas ἐν δὲ ταῖς ὀλιγαρχίαις ? προαιρεῖσθαι (]. 26). Ensuite οἱ δὲ δημοτικοὶ μισθόν offre une difficulté. Ces mots expriment une idée essentielle. Aristote conseille d'établir une peine pour les riches qui s’absenteront, et en mème temps'une paye pour les pauvres qui seront présents; cependant, il a dit qu’on devrait imiter ce qui se pratique pour les tribunaux dans les oligarchies; il n'a pas parlé des démocraties ; ainsi les mots οἱ δὲ — μισθὸν ne sont pas préparés. Mais ce n’est pas tout : on ne comprend pas qu'il ne parle que des tribunaux; ces pratiques de l’oligarchie et de la démocratie s’appliquaient également aux assemblées délibérantes, comme on le voit plus haut. il y a là négligence de rédaction.

IV, 14. 1298 b 29 (11,9). Év δὲ ταῖς ὀλιγαρχίαις ἢ προαιρεῖσθαί τινας ἐκ τοῦ πλήθους, ἢ κατασχευάσαντας ἀρχεῖον οἷον ἐν ἐνίαις πολιτείαις ἐστὶν οὕς καλοῦσι προδούλους καὶ νομοφύλακας. καὶ περὶ τούτων χρηματίζειν περὶ ὧν ἂν οὗτοι προδουλεύσωσιν. Schneider ἃ conjecturé χατασχευάσαι. Je crois, avec Coraï, qu'on peut conserver le participe aoriste en supprimant χαί, qui a pu être introduit par la dernière syllabe de νομοφύλαχας.

IV, 15. 1299 b 6 (12, 5). Δέονται δ᾽ ἐνίοτε τῶν αὐτῶν ἀρχῶν καὶ νόμων αἱ μιχραὶ ταῖς μεγάλαις . πλὴν αἱ μὲν δέονται πολλάχις τῶν αὐτῶν, ταῖς δ᾽ ἐν πολλῷ χρόνῳ τοῦτο συμθαίνει. Il ne semble pas qu'on puisse conserver τῶν αὐτῶν après πολλάκις, puisque les grands

États sont considérés à part des petits. Je crois qu'il faut supprimer τῶν et lire αὐτῶν, comme a traduit F. Thurot. Voici comment j'interprète le passage : ΠΥ a des affaires qui réclament l'intervention des lois et des magistrats (ce qu'Aristote exprime par δεῖσθαι ἀρχῶν καὶ νόμων) ; comme ces affaires reviennent souvent pour les grands États, rarement pout les petits, on peut en confier un grand nombre à un seul magistrat dans un petit État, parce qu'il n’a à s’en occuper qu’à de longs intervalles.

IV, 15. 1299 b 14. 15 (12, 6). Après avoir exposé d’après quels principes il faut juger ποίας &pμόττει συνάγειν ἀρχὰς εἰς μίαν ἀρχήν, Aristote passe à d’autres questions : ἁρμόττει δὲ χαὶ τοῦτο μὴ λεληθέναι, ποῖα δεῖ χατὰ τόπον ἀρχεῖα πολλῶν ἐπιμελεῖσθαι χαὶ ποίων πανταχοῦ μίαν ἀρχὴν εἶναι χυρίαν, οἷον εὐχοσμίας πότερον ἐν ἀγορᾷ μὲν ἀγορανόμον. ἄλλον δὲ xar ἄλλον τόπον, À πανταχοῦ τὸν αὐτόν. Stahr a raison de conserver &puérra contre Schneider, Coraï et Gôttling ; mais le parallélisme des propositions et l'exemple cité par Aristote exigent qu'on substitue ποίων --- πολλὰ à ποῖα — πολλῶν. ἢ ne s’agit plus de savoir si plusieurs services publics seront confiés à une seule magistrature ; la question a été traitée plus haut. Le sens indique qu'il s’agit de savoir si un service public sera confié à plusieurs magistratures locales ou à une seule magistrature centrale. Μίαν ἀρχὴν ne peut avoir pour corrélatif qu'épyeis πόλλά,

IV, 15. 1299 b 28 (12, 7). Καὶ χατὰ τὰς πολιτείας dé, πότερον διαφέρει καθ᾽ ἑκάστην καὶ τὰ τῶν ἀρχῶν γένος οὐθέν, οἷον ἐν δημοχρατίᾳ καὶ ὀλιγαρχίᾳ καὶ ἀριστοχρατίᾳ καὶ μοναρχίᾳ πότερον αἱ αὐταὶ μέν εἰσιν ἀρχαὶ χύριαι---, à τυγχάνουσι μόν τινὲς οὖσαι καὶ κατ᾽ αὐτὰς τὰς διαφορὰς | τῶν ἀρχῶν, ἔστι δ᾽ ὅπου x. τ. À. Il est probable qu'il faut lire κατ᾽ αὐτὰς τὰς(πολιτείας) διαφοραί. On peut, avec quelques éditeurs, considérer τὰς comme répétant par erreur la dernière syllabe de αὐτάς. Cependant, en général, pour le texte de la Politique, la supposition d’une lacune est ce qu'il y ἃ de plus probable.

IV, 35. 1300 a 24 (12, 11). Καὶ ἢ ἐξ ἁπάντων à ὡς ἀνὰ pépoc — , à ἀεὶ ἐξ ἁπάντων. Dans à ἐξ ἁπάντων, à est évidemment fautif. La correction εἰ qui se trouve déjà dans le manuscrit de Paris 2023, et qui est adoptée par Coraï, Gôttling, Stahr, me paraît contraire à l'usage d’Aristote. Il faut supprimer à purement et simplement, si l'on compare καὶ κληρωτοί IV, 14. 1298 ἢ 9 (11, 7), καὶ du αὐτῆς IV, 9. 1294 b 36 (1, 6) et tous les passages où Aristote reprend une idée pour y introduire une distine“ tion.

IV, 15. 1300a 26 (12, 11). Quand tous les citoyens choisissent les magistrats parmi tous les citoyens, ils peuvent les prendre successivement dans chaque division de l’État, οἷον κατὰ φυλὰς καὶ δήμους καὶ φρατρίας, ἕως ἂν διέλθῃ διὰ πάντων τῶν πολιτῶν. Bekker ἃ substitué πολιτῶν à πολιτικῶν qui se trouve dans tous les

manuseriis. La lecon des manuscrits peut se défendre si on entend par là: ceuæ qui sont aptes à exercer les fonctions de citoyen. Je crois que c’est ainsi qu’il faut entendre ce mot dans IV, 14. 1298 b 24 (11, 9), κἂν ὑπερδάλλωσι πολὺ χατὰ τὸ πλῆθος οἱ δημοτιχοὶ τῶν πολιτικῶν, St parmi ceux qui jouissent de leurs droits de: citoyens les pauvres sont beaucoup plus nombreux que les riches. Δημοτιχοί est ainsi opposé à εὔποροι dans V, 4. 1808 b 36 (3,2). Le mot πολιτικός semble encore avoir le même sens dans IV,4. 1291 δ 1 (3,14): ἀναγκαῖον καὶ μετέχοντας εἶναΐ τινας ἀρετῆς τῶν πολιτιχῶν.

IV. 15. 1300 a 33 (12, 12). Τούτων δ᾽ αἱ μὲν δύο χατάστασεις δημοτιχαί, τὸ πάντας ἐχ πάντων αἱρέσει ἢ χλήρῳ γίνεσθαι ἢ ἀμφοῖν ---- " τὸ δὲ μὴ πάντας ἅμα μὲν καθιστάναι, ἐξ ἁπάντων δ᾽ ἢ ἐκ τινῶν x. τ. À. Il faut supprimer γίνεσθαι, et substituer ou sous-entendre καθιστάναι, ou bien lire ὑπὸ πάντων ἐκ πάντων --- γίνεσθαι, en sous-entendant τὴν κατάστασιν. Il est évident, d’après la proposition suivante, que πάντας ne se rapporte pas aux magistrats, mais à ceux qui les nomment, comme l’a traduit F. Thurot, plutôt d’après le sens que d’après les mots. Dans tout ce chapitre, les mots πάντες τινές, πάντας τινάς, 86 rapportent à ceux qui nomment les magistrats ; ἐκ τινῶν désigne ceux qui .sont aptes à être nommés; ἀρχαί, et non ἄρχοντες, désigne les magistrats ; nommer, soit à l'élection, soit au sort, est. toujours exprimé par καθιστάναι. Qu’on voie plus haut, 1300 a 12 (12, 10) : ἔστι δὲ τῶν τριῶν

SUR LA POLITIQUE. τ τούτων ἕν μὲν τίνες οἱ καθιστάντες τὰς ἀρχάς, δεύτέρον δ᾽ ἐχ' τίνων, λοιπὸν δὲ τίνα τρόπον. Si Aristote avait voulu dire que tous les magistrats sont pris dans le corps entier des citoyens, il aurait dit πάσας ἐκ πάντων καθίστασθαι, "et non πάντας Ex πάντων γίνεσθαι.

IV, 15. 1800 ἃ 38 (12, 12-13). Καὶ τὸ τινὰς ἐκ πάντων τὰς μὲν αἱρέσει καθιστάναι τὰς δὲ χλήρῳ ἢ ἀμφοῖν, τὰς μὲν χλήρῳ τὰς δ᾽ αἱρέσει., ὀλιγαρχικόν " ὀλιγαρχικώτέρον δὲ καὶ τὸ ἐξ ἀμφοῖν. Τὸ δὲ τὰς μὲν ἐχ πάντων τὰς δ᾽ ἐχ τινῶν πολιτιχὸν ἀριστοχρατιχῶς, À τὰς μὲν αἱρέσει τὰς δὲ χλήρῳ. Toute cette partie du texte fourmille de fautes. On a déjà remarqué que ἢ ἀμφοῖν est la répétition de ce qu'il vient de dire, et que la composition du corps électoral n’est pas indiquée das le passage où il est question du mélange de république et d’aristocratie; mais il est une autre faute qui, je crois, n'a pas été aperçue. Est-il vraisem- | blable qu’Aristote puisse parler ici du système électoral propre à l'oligarchie, lorsqu'il doit y revenir plus bas? Sans compter que la proposition ne devrait pas commencer par καὶ τὸ, mais par τὸ δὲ. Si la lecon ὀλιγαρχικόν est exacte, voici dans quel ordre il traite des différents systèmes électoraux : Démocratie, république, oligarchie, république aristocratique, oligarchie, aristocratie. Cet ordre est peu régulier. Mais ce n’est pas tout. Peut-on regarder comme oligarchique une combinaison où quelques électeurs choisissent où'tirent au sort les magistratures entre

tous, même sans condition de cons? Le caractère essentiel de l’oligarchie, comme Aristote le dit plus bas, c’est qu'un corps privilégié d'électeurs prend les magistrats dans un corps privilégié d’éligibles (τὸ τινὰς ἐκ τινῶν). Les restrictions peuvent être plus ou moins sévères ; mais il y en a toujours dans l’oligarchie. Enfin la vieille traduetion ne rend pas ὁλιγαρχυιόν. Je crois qu'il faut lire ainsi le passage : Καὶ τὸ τινὰς ἐκ πάντων τὰς μὲν αἱρέσει χαθιστάναι τὰς δὲ χλήρῳ πολιτικὸν ἀριατοχρατιχῶς " καὶ τὸ ἐξ ἀμφοῖν τὰς μὲν ἐκ πάντων τὰς δ᾽ Ex τινῶν, τὰς μὲν κλήρῳ τὰς δ᾽ aiρέσει, πολιτικόν, ὀλιγαρχικώτερον δέ. La combinaison τινὰς ἐκ πάντων n’est pas républicaine ni démocratique, parce que le corps électoral est privilégié ; elle n’est pas oligarchique, parce que les éligibles ne sont pas soumis à des restrictions. Elle est donc aristocratique. D'ailleurs elle est républicaine, parce que le choix est combiné avec le sort. Cf. IV, 14. 1298 b 8 (11, 7). L'emploi exclusif du choix est le caractère essentiel de l’élection aristocratique; je ne m'appuierali pas sur ce qu'Aristote dit un peu plus bas, parce qu'on peut contester l'intégrité du texte. Mais il suffit de comparer, IV, 8. 1294 a 10 (6, 4). 9, 1294 b 10:12 (7, 3). et surtout IT, 11. 1273 a 18 (8, 4) : Τὸ δ᾽ ἀμίσθους χαὶ μὴ χληρωτὰς ἀριστοχρατιχὸν θετέον, JE, 12. 1273 b 40 (9, 2) : Τὸ δὲ τὰς ἀρχὰς αἱρετὰς ἀριστοχρατιχόν, POUr 8e Convaincre que toutes les magistratures doivent être au choix dans les

aristocraties; et je crois que Brandis ( Aristoteles, p. 1633 ) ἃ raison de suspecter à xAnpwroi dans IV, 14. 1298 b 7 (11,7). Enfin la combinaison où un corps privilégié d’électeurs choisit certains magistrats dans un corps privilégié d’éligibles a un caractère plutôt oligarchique (ὀλιγαρχικώτερον).

IV, 15. 1300 b 3. 4 (12, 13). Τὸ δὲ τινὰς ἐχ τινῶν δλιγαρχικόν, καὶ τὸ τινὰς ἐκ τινῶν χλήρῳ, [μὴ γενόμενον δ᾽ ὁμοίωςΪ, χαὶ τὸ τινὰς ἐκ τινῶν ἀμφοῖν, τὸ δὲ τινὰς ἐξ ἁπάντων. Τὸ δὲ ἐκ τινῶν αἱρέσει πάντας ἀριστοχρατιχόν. Il est probable que μὴ γενόμενον δ᾽ ὁμοίως à été inter. calé pour combler une lacune et qu’il y avait χαὶ τὸ τινὰς dx τινῶν αἱρέσει, On ἃ vu depuis longtemps que τὸ δὲ τινὰς ἐχ ἁπάντων devait être réuni à la proposition suivante : il suffit d'écrire τὸ δὲ τινὰς ἐξ ἁπάντων χαὶ τὸ ἐκ τινῶν αἱρέσει x. τ. À. La vieille traduction latine donne : τὸ δὲ τινὰς ἐξ ἁπάντων οὐχ ὀλιγαρχικόν, Cette proposition offre un sens satisfaisant; mais 1l serait singulier que la combinaison où quelques-uns choisissent parmi tous ne fût pas attribuée directement à l'aristocratie. Ce qui est remarquable , c'est que depuis Victorius tous les éditeurs, excepté Bekker, aient adopté cette leçon de la vieille traduction, en même temps qu’ils conservaient plus haut la proposition τὸ τινὰς ἐχ πάντων... ὀλιγαρχικόν, qui est en contradiction flagrante et directe avec τὸ δὲ τινὰς ἐξ ἁπάντων οὐκ ὀλιγαρχικόν. Il suffit de lire les différentes traductions, même celle de Stahr, pour se convaincre

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