‹ Études sur AristoteChapitre 8 sur 21 · DU CHAPITRE IV (2) DU LIVRE HI · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE IV (2) DU LIVRE HI

espèces de gouvernement, la vertu du bon citoyen ne peut pas être la même dans tous ces différents gouvernements ; 2° on peut argumenter dans le même sens, à un autre point de vue, en discutant le pour et le contre relativement au meilleur gouvernement. Dans le meilleur gouvernement, tous doivent avoir la vertu du bon citoyen ; mais il est impossible que tous les citoyens d’un État soient gens de bien ; donc tous les citoyens de l’État idéal n'auront pas la vertu de l’honnête homme. 3° Un État n’est pas composé d'éléments homogènes. Il y a des hommes et des femmes, des maîtres et des esclaves, et d’autres diversités de condition; la vertu de tous les citoyens ne peut donc être la même, non plus que dans un chœur celle du coryphée et celle d’un choriste.

Aristote établit la seconde partie de sa thèse de la manière suivante : la vertu de celui qui saït commander est la même que celle de l’homme de bien. Or le bon citoyen doit savoir obéir et commander. Il doit donc avoir la vertu de celui qui sait commander ; et, à cet égard, la vertu du bon citoyen est la même que celle de l’honnête homme. Aristote dit même que l'honnête homme doit unir les vertus de ceux qui obéissent à la vertu propre de celui qui commande, à la sagesse (φρόνησις).

L’argumentation par laquelle Aristote établit la seconde partie de sa thèse est peu’satisfaisante. Il pose d’abord en principe que la vertu de celui qui

sait commander est la même que celle de l’homme de bien. Mais la vertu du commandement doit varier suivant les gouvernements; celui qui sait commander dans une démocratie ne doit pas avoir les mêmes vertus que celui qui sait commander dans une oligarchie, comme Aristote le dit lui-même, V, 9. 1309 a 36 (7,14). Or la vertu de l’honnête homme est une. On ne conçoit donc plus qu’Aristote la. considère sans restriction comme identique à la vertu d’un bon chef. Mais ce n’est pas tout. Si l’honnête homme doit unir la vertu de celui qui commande aux vertus de celui qui obéit, et si le bon citoyen doit savoir obéir et commander, peut-on conclure que la vertu de l’honnête homme est la même que celle du bon citoyen, seulement à certains égards ? N’est-elle pas la même absolument ?

Quant à la première proposition, le second et le troisième argument ne sont pas exempts de difficultés. Pour commencer par le dernier, on ne s’explique pas qu'Aristote, après avoir établi, au commencement du troisième livre, qu’on ne peut donner le nom de citoyen qu'à celui qui exerce les droits politiques, comprenne ici sous ce nom les femmes, les esclaves, et probablement encore les enfants, les métèques, et tous ceux qui ne participent pas au gouvernement. Si on adopte la définition qu'Aristote a donnée lui-même du citoyen, on conclura que la vertu de tous les citoyens d’un État doit être la même.

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