‹ Études sur Blaise PascalChapitre 11 sur 30 · DU LIYAE DS U. COUSIN · texte numérisé non relu

DU LIYAE DS U. COUSIN

nisme en dît du mal. Quant à la seconde, si elle veut bien se faire un titre de cette coïncidence, elle feit en cela plus qu'on ne lui demande; mais en revanche elle ferait moins qu'elle ne doit si elle ne justifiait pas explicitement de cette coïncidence. Or, comme toute philosophie n'est pas en mesure ou n'est pas en humeur de faire cette preuve, et que plus d'une au contraire désavoue énergiquement cet accord, il est clair que par ce mot : la philosophie^ il faut entendre telle ou telle philosophie, et à coup sûr celle de M. Cousin : aussi ne lui demandon&-nous compte que de celle-là. Il faut qu'il constate que celle-là concorde avec le christianisme. On nous a autorisés à supposer que l'éclectisme dispose les âmes à embrasser la folie do la croix : il faudra qu'on nous dise positivement s'il en est ainsi ou si cette folie continue d'être folie aux yeux de l'éclectisme. Dans le premier cas, qui a pour lui la présomption légale, les choses ont dû se passer de la manière suivante. La philosophie (éclectique) aura prouvé à l'homme qu'il ne sait rien de ce qui peut donner un mot à l'énigme de sa vie, établir l'harmonie dans son être, enraciner la paix dans son âme. Qui n'aurait droit de s'étonner si quelque disciple de l'éclectisme, et surtout si les chefs de l'école, appelaient pyrrhonisme cette conclusion même? Car, sans ce pyrrhonisme-là, on ne devient pas chrétien, et l'on doit se moquer des chrétiens* Et en revanche, si Ton est devenu chrétien, on doit avoir une philosophie faite à peu près comme cjela, à moins pourtant qu'elle ne procède directement et ne se réclame du christia-

nisme. — Quoi qu'il en soit, il n'y a pas lieu à s*affliger de ce que Pascal a pu dire ou faire entendre de la philosophie; il ne l'a point condamnée en général ; il se peut même qu'en considérant l'ensemble des résultats, il lui voulût quelque bien; car elle a dompté, en les désespérant, les plus présomptueux; elle a, dans ses tourmentes, jeté de riches épaves sur les rives de Canaan, et bon nombre des chrétiens les plus éminents furent des naufragés de la philosophie.

Nous n'avons considéré jusqu'à présent les vérités de la religion naturelle que comme des vérités intellectuelles ou métaphysiques. Mais déjà Pascal nous a laissés loin derrière lui, il nous faut doubler le pas pour l'atteindre et pour lui arracher toute sa pensée. Vous lui demandez compte d'un dogme ou plutôt d'un philosophème : il n'en est déjà plus là. Il a quelque chose de mieux à demander au christianisme ou plutôt à Dieu. On se figure qu'on a tout quand on a la conviction intellectuelle de cette vérité : que Dieu, et même un Dieu personnel, existe. Mais c'est peu de connaître Dieu si on ne le possède, et même on ne le connaît pas à moins de le posséder; car si tout le sens du mot connaître est intellectuel dans certains cas, il ne l'est point dans tous ; et l'on pourrait dire généralement que la connaissance intellectuelle ou le savoir n'est que le préliminaire, l'enveloppe ou l'empreinte logique de la véritable connaissance. Voilà le nœud du livre des Pensées ; voilà où tendait Pascal : à la connaissance de Dieu par le cœur. Avant tout, il avait remarqué que, quelle que soit la valeur intrinsèqufi

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de Tévidence intellectuelle, elle a peu de prise, même sur l'esprit, c Les preuves de Dieu métaphysiques, > nous dit-il, < sont si éloignées du raisonnement des € hommes, et si impliquées, qu'elles firappentpeu; et € quand cela servirait à quelques-uns, ce ne serait € que pendant l'instant qu'ils voient celte démon&c tration; mais une heure après, ils craignent de € s'être trompés. > Cela n'est-il pas, pour la plupart des hommes, d'une vérité frappante? Mais n'en fût-il pas ainsi, Pascal ne serait point encore débouté. Toute la clarté spéculative, non-seulement la plus vive, mais la plus permanente, ne lui était rien au prix de la connaissance par le cœur, et si on l'eût pressé, il n'eût pas refusé de dire que la connaissance est dans le salut même ou qu'elle en procède ; mais ce qui est plus sûr, c'est qu'il n'eût regardé comme désirable que celle qui sauve, c'est-à-dire celle qui unit à Dieu. C'est dans cet esprit qu'il a dit : c Quand un honmie « serait persuadé que les proportions des nombres € sont des vérités immatérielles, éternelles et dépen- € dantes d'une première vérité en qui elles subsis- € tent, et qu'on appelle Dieu, je ne le trouverais pas € beaucoup avancé pour son salut. » Il ne méprisait point la connaissance de Dieu par l'esprit ; mais il n'en faisait que l'avant -propos ou le préliminaire d'une œuvre meilleure : « La conduite de Dieu qui «i dispose toutes choses avec douceur est de mettre € la religion dans l'esprit par les raisons, et dans € le cœur par sa grâce. » — c Ceux qui n'ont pas € la foi par sentiment de cœur , nous ne pouvons

€ la leur procurer que par raisonnement, en atten- € dant que Dieu la leur imprime lui-même dans le « cœur. »

La connaissance même de l'esprit, comme telle ^ a besoin du cœur. Sans le désir de voir, on ne voit point ; dans une grande matérialisation de la vie et de la pensée, on ne croit pas aux choses de l'esprit; bien des gens ont des yeux pour ne point voir ; bien des gens, qui ont des yeux pour voir, ont besoin d'être tournés du côté de la lumière : il faut leur apprendre la langue dans laquelle on veut les instruire ; tous les raisonnements - qui se tirent de notions spirituelles sont perdus ou ridicules pour des hommes à qui ces prémisses manquent. Et c'est pourquoi Pascal a pu dire : « Je n'entreprendrai pas ici de prouver par « des raisons naturelles aucune des choses de cette < nature, parce que je ne me sentirais pas assez fort ce pour trouver dans la nature de quoi convaincre des « athées endurcis. » Pascal savait apparemment ce que c'est qu'un athée endurci.

Connaître par le cœur, voilà la grande affaire. Et il ne faut donc pas s'étonner que Pascal, non-seulement se passe d'une grande lumière, mais ne la désire pas. Voilà pourquoi, dans l'intérieur même du christianisme, il souffre des obscurités. S'il n'y en avait pas, le cœur laisserait tout faire à l'esprit, qui suffirait à tout ; et le cœur, dès lors, n'entrant pour rien dans cette recherche de la vérité qui, déjà comme recherche, est une partie de notre bien, laisserait l'homme se pavaner tristement au milieu de ces formes vides

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et de ces Dotions abstraites qu'il appelle des connais* sances.

On a coutume de croire que Pascal n'a mis en opposition que le pyrrhonisme et la révélation ; mais il fait encore une autre antithèse ; il oppose au pyrrhonisme le sentiment; à la raison, Pénélope désespérée, il oppose le cœur, et la toile ne se dé&it plus. Il revendique, il réhabilite les preuves du cœur. C'est là peut-être Toriginalité du livre des Pensées. Enoncer sommairement cette idée, c'est encourir, je ne l'ignore pas, plus d'un reproche et plus d'un soupçon, et il est certain qu'on peut la déplacer et l'exagérer ; n'importe, elle a sa place dans une saine philosophie : le cœur est un organe de connaissance aussi bien que chacun de nos sens; et dans bien des matières, la raison ne peut travailler que sur les données qu'il lui fournit. Pascal s'en est admirablement expliqué ; il a fait sentir surtout combien il était juste et digne de Dieu que la lumière ne fut prodiguée qu'à ceux qui auraient le cœur droit, et qu'à tous les autres Dieu restât caché ; et si la langue dont il disposait eût été plus précise dans ces matières , il eût appartenu au sublime auteur des Pensées de régler une fois pour toutes les comptes de cette grande faculté.

Il avait compris que l'âme pure ou l'âme épurée peut seule recevoir certaines vérités, parce que le péché n'est pas seulement souillure, mais ténèbres. Ce point de vue explique bien des choses dans le livre de Pascal. Il explique en particulier le morceau qui a le plus choqué les simples penseurs, le passage

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le plus scandaleux ou du moins le plus scandalisant. J'en dirai quelque chose dans un dernier article, nécessaire en tout cas, puisque je n'ai parlé que de Youvrage de Pascal , et que mon sujet m'oblige évidemment à parler de Pascal lui-même. Après le livre, l'auteur.

La recherche de la vérité religieuse est une affaire du cœur autant que de l'esprit. Cette conviction de Pascal donne, avons-nous dit, la clef de plus d'un passage de son livre, et peut lever plus d*un scandale. Aucun n'est plus grave que celui que beaucoup de personnes ont reçu d'un morceau que le manuscrit autographe nous a donné dans toute sa nudité i € Ce sont gens guéris d'un mal dont vous voulez € guérir (l'incrédulité). Suivez la manière par où ils « ont commencé ; c'est en faisant tout comme s'ils « croyaient, en prenant de l'eau bénite, en faisant € dire des messes, etc. Naturellement même cela « vous fera croire et vous abêtira, — Mais c'est ce <r que je crains. — Et pourquoi? Qu'avez- vous à € perdre? » Quand nous avons rencontré ces lignes extraordinaires, nous avons fait comme tout le monde, nous nous sommes récriés d'effi*oi. Mais une réflexion assez simple est bientôt venue à notre secours. Il est impossible de croire que Pascal conseille sérieusement à son interlocuteur de devenir bête, et que, sans arrière-pensée, il lui représente la foi comme une bêtise. Il y a certainement là ce qu'on appelle

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en rhétorique de V accommodation. La bêtise dont il s'agit est d'une espèce particulière. On le comprendra mieux quand on connaîtra mieux Tinterlocuteur de Pascal. Ce n'est point un incrédule quelconque ; c'est bien plutôt un chrétien. C'est un homme, non-seulement frappé de l'excellence morale du christianisme, mais entraîné vers cette religion par un sentiment qui vaut l'évidence , mais encore embarrassé par des doutes d'une nature tout intellectuelle, qui troublent sa conviction sans pouvoir la détruire, et surtout sans pouvoir affaiblir dans son âme la nécessité d'être chrétien. C'est un néophyte auquel son intelligence, irritée de se voir l'objet d'une récusation aussi péremptoire qu'imprévue, livre de rudes combats sur le seuil même du sanctuaire, et, pour ainsi dire, aux marches de l'autel. On lui dit : Un élément de conviction vous échappe , et il n'est pas au pouvoir de votre raison, qui évidemment est à bout et n'y entend plus rien. Entrez, et vous verrez de dedans ce qu'on ne peut voir de dehors ; pratiquez le christianisme et vous le connaîtrez. — Mais comment, demande le candidat du christianisme, comment cela me mènerat-il au christianisme? — « Pour vous montrer que € cela y mène, lui répond Pascal, c'est que cela diminue € les passions qui sont vos grands obstacles, etc. » Voilà le fort de l'idée de Pascal, idée qu'il aurait développée, comme on le voit par cet etc., et qui aurait paru dès lors la principale, et sa véritable thèse. Le reste n'est que la forme. On en peut, je l'avoue, concevoir une meilleure. Pascal pouvait dire d'emblée : Faites

comme si vous croyiez ; c'est-à-dire mortifiez votre chair et ses convoitises ; essayez, quoi qu'il vous en coûte, de vivre dans la pureté et dans l'innocence ; humiliez-vous devant vos inférieurs ; soumettez-vous à tout le monde ; pratiquez loyalement la morale chrétienne ; éteignez le feu de vos passions, faites taire la tempête de vos pensées mondaines, et soyez sûrs que dans ce silence la voix de Dieu se fera entendre* Eh bien ! c'était dire en d'autres termes ce qu'avait dit Jésus-Christ lui-même : « Celui qui voudra faire la « volonté de mon père qui est au ciel connaîtra si ma « doctrine vient de Dieu ou si je parle de mon chef. » Il est vrai que Jésus-Christ n'aurait pas dit : Prenez de l'eau bénite, écoutez la messe, quand bien même il V aurait eu alors des messes et de l'eau Bénite ; il n'aurait même pas dit : Faites- vous baptiser, allez au temple, accomplissez la loi des rites. Jésus-Christ est ici plus sage que Pascal, le Dieu plus sage que l'homme ; il ne conseille comme épreuve que ce qui, en soi-même, est bon, obligatoire, ce qu'il faudrait faire alors même que le christianisme ne serait pas vrai. Pascal n'a pas si bien dit ; mais, au fond, que voulait-il? Régler la vie pour régler l'esprit. On ne peut en douter quand on lit le paragraphe final : « Or, quel « mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti î Vous « serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bien- « faisant, ami sincère, véritable, etc. » Ceci fait voir que ce qui tient au cœur de Pascal, comme moyen de devenir chrétien, c'est moins la pratique rituelle que la pratique morale du christianisme. Son idée est

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toujours celle-ci : Essayez de la vie du christianisme, vous serez bientôt convaincu de sa vérité; veuillez être chrétien d'action, et vous serez dans peu chrétien de conviction : la piété conduit à la vérité, comme la vérité conduit à la piété.

Dans la disposition où est le catéchumène de Pascal, il ne lui en coûtera guère peut-être d'embrasser toutes les parties, tous les détails de cette pratique; il est déjà néophyte par le désir ; il portera dans Taccomplissement des rites un respect involontaire, une prévention si favorable, qu'il prendra l'eau bénite et entendra la messe sans hypocrisie et sans imbéciUité. Fallait-il pourtant le lui conseiller? Non; et nous n'hésitons pas à juger que Pascal ici va trop loin. Nous tenons seulement à constater que son erreur n'est que l'abus d'une idée vraie, d'une idée philosophique. Au fait, il ne faut pas condamner trop sévèrement les cercles vicieux; la vie des sages en est pleine ; et personne, je crois, ne haussera les épaules à la vue d'un pyrrhonien à genoux, suppliant l'Etre des êtres de lui prouver son existence.

(Quant à ce terrible mot d'abétira, n'y voit-on pas une allusion au mot fameux de l'apôtre, à ce mot de folie {stuUitia) que Pascal traduit hardiment par sotim? Et il en a le droit; car, aux yeux de bien des contempteurs du christianisme, folk est trop noble encore, et $otlise vaut mieux. L'adjectif sublime peut s'attacher au mot de /bite, ^.u mot de sottise jamais. Plusieurs donc n'accorderont pas au christianisme l'honneur de la folie, et s'en tiendront à la sottise.

suit LBS PBNSSBS DB fASCAL* 111

Pascal parie selon leur cœur, en se servant du njot à'abéiir pour désigner cette démission demandée à la raison abstraite, ou, si l'on veut, son abdication momentanée dans les questions qui ne sont pas de son ressort, et où elle ne serait, selon toute apparence, qu'une discoureuse importune et un guide sans autorité.)

Pascal, dans son livre, ou dans les rudiments dô son livre, démontre le christianisme, cela est vrai } mais on dirait quelquefois qu'il enseigne Y art de de^ venir chrétîmy et qu'il ne veut, avec les moyens réu* nis de la science et du raisonnement, que prêter un dernier secours, donner un dernier coup de mairi h des hommes dans te cœur desquels il a vu s'éveiller^ avec le besoin d'être justes, le besoin d'être chré** tiens. La correspondance étroite, l'identité, pourraiton dire, de ces deux besoins, si elle n'est pas une preuve du christianisme, est du moins un indice bien fort en feveur de sa vérité. Pascal n'a pourtant pas reconnu en fait la suffisance de cette preuve. Hle suffit, il est vrai, au plus grand nombre des vrais chrétiens ; elle est pleine et déterminante pour eux ; et même quiconque n0 ' finit pas par être chrétien de cette manière, a beau croire, il n'a pas la foi ; maïs personne n'est obhgé de se contenter de cette preuve, et c'est pourquoi, en général, il faut procéder comme si elle ne suffisait point ; il faut la compléter pour les uns, la suppléer pour les autres par des preuves d'un autre genre. C^est à quoi Pascal, dans ce qui nous est resté de son livre, s'emploie avec une rare vi-

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gueur* Mais 3 ne laisse pas de reconnsûtre et de mettre en lumière la valeur intrinsèque de la preuve morale ou spirituelle* Le christianisme est l'aliment naturel, la subsistance de ceux qui sont affamés et altérés de justice : Pascal le leur présente et leur dit : Voyez si c'est là ce que vous cherchez ; ou, comme s'il ôtait un voile de devant la &ce adorable de Jésus, il dit à tous les hommes : Voyez si ce n'est point là celui que vous cherchez. A ceux qui disent : c Si je ne mets c mon doigt dans la marque des clous et si je ne mets € ma main dans son côté, je ne le croirai point, » il leur donne à toucher ces divines cicatrices ; à ceux qui se sont écriés dès l'abord : t Mon Seigneur et € mon Dieu !» il ne dit point de mettre leurs doigts dans ces stigmates sacrés ou de se convaincre lorsqu'ils sont déjà convaincus; il n'est pas en peine d'eux, ils en savent autant que lui ; il les laisse aller : il a tout fait pour eux en leur ouvrant l'Évangile. Nous avons lu dans un livre assez moderne qu'un jeune incrédule, saisi de l'horreur du mal, touché ou plutôt tourmenté du désir de la sainteté , après avoir promené dans le monde et dans la solitude ce malaise spirituel, un jour enfin tomba sur ses genoux , et dans un élan d'impérieuse ferveur , cria à Dieu : Seigneur , fais-moi juste ! Il voulait qu^un Dieu le fit juste : un prêtre vint, et le fit catholique. On lui prouva l'impuissance de sa raison , la nécessité d^une autorité visible , et au lieu de la religion qu'il cherchait, il eut celle-là. Il peut en avoir trouvé plus tard une meilleure. Pascal, qui n'est pas prêtre , mais homme , introduit son prosélyte

affamé de justice auprès de Jésus-Christ lui-même, les présente l'un à l'autre , si j'ose parler ainsi , et laisse le catéchumène entre les mains et sous la garde de son sublime catéchiste. Jésus-Christ parle seul au disciple, et le disciple écoute seul ; nul homme , nulle doctrine ne s'interpose ; c'est l'âme qui croit à l'âme , c'est l'esprit qui se plonge aux sources de la vérité ; le Dieu et Phomme se comprennent sans interprète et s'unissent sans entremise ; Jésus-Christ se fait son propre apologiste, et quel apologiste, quel avocat du christianisme , que le fondateur même et l'auteur du christianisme !

L'histoire que je suppose avoir été celle de plusieurs des prosélytes de Pascal fut, en partie, celle de Pascal lui-même. On se trompe si l'on croit que ce grand homme ne chercha dans le christianisme qu'un oreiller pour reposer sa tête fatiguée. Sa vie, ses écrits nous suggèrent un autre jugement. Pascal écrivant une apologie ou, si l'on veut, une démonstration du christianisme, a donné tant de place à la peinture des troubles de l'intelligence, qu'on a pu croire qu'il ne faisait que raconter son histoire, et que c'était là son histoire tout entière. Mais autre chose pourtant est son livre, si plein qu'il puisse être de lui, et autre chose sa vie. Je n'ai garde de nier qu'il n'ait haleté plus péniblement qu'un autre sous l'oppression du doute ; que l'incertitude, comme telle, ne lui ait été plus insupportable qu'à bien des esprits, et que le désir de connaître n'ait eu chez lui à peu près autant d'intensité que peut en avoir chez la plupart des

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