‹ Études sur Blaise PascalChapitre 12 sur 30 · DU LIVRE DE M. CODSIN · texte numérisé non relu

DU LIVRE DE M. CODSIN

hommes l'amour du bonheur. Mais Pascal connaissait de plus nobles besoins ; d'autres peuvent savoir ce que signifient les mots de faute, de tort et même de crime : il savait, lui, ce que signifie le mot de péché; cela ouvre les yeux, ou plutôt cela donne des yeux. Il eut, dès lors^ pour s'assurer de la vérité de l'Évangile, un iens qui peut manquer aux plus habiles, aux mieux doués; il sentit que, sous deux noms différents, la vérité et la vie, voir et vivre ne sont qu'une même chose; que la vérité n'est pas une forme, mais une substance, et qu'il n'y a qu'une manière de connaître la vérité, c'est d'être dans la vérité (1). Et c'est ainsi que lui furent enseignées ces choses « qui ne sont € jamais montées au cœur de l'homme, et que Dieu < révèle à ceux qui l'aiment. »

Si donc Pascal s'est jeté dans un abîme, c'est dans celui de la sainteté ; le niant qu'il a fiii, c'est le péché ; les ténèbres qui l'ont épouvanté, ce sont ces « ténèt bres de dehors j> qui ne sont noires que de l'absence de Dieu. Il a vu la lumière là où il a vu la charité, et c'est dans la charité proprement qu'il a donné tête baissée. Et qu'on ne dise point que si ce n'est pas la clarté qu'il cherche avant tout, c'est la félicité ou le salut, et que cette recherche vaut moins que l'autre. Il n'y a rien dans le livre de Pascal à l'appui de cette assertion, si on ne lui donne qu'un sens vulgaire, et dans l'autre sens nous l'acceptons volontiers. Le désir du bonheur n'avilit personne, autrement il avilirait tout le monde. 11 est parfkitement

(0 Jean ni, lO.

égal d'un individu à l'autre , parce qu*il est infini chez tous. Si quelque circonstance paraît en diminuer rintensité chez l'un et l'augmenter chez l'autre, le niveau se rétablit à l'instant, ou plutôt il n'a point cessé, mais il reparaît à l'œil attentif. L'homme le plus généreux n'a pas un sentiment du bonheur moins vif, moins sûr que l'homme le plus égoïste : seulement son bonheur, à lui, est de se sacrifier, d'être conforme à Dieu, de vivre de la vie de l'esprit. Le désir du salut et la peur de l'enfer sont deux choses différentes. Il n'v a rien de noble dans le dernier de ces sentiments : toute la noblesse de l'âme humaine peut se déployer dans le premier ; car le désir du salut peut souvent se traduire par ces paroles : « Mon € âme a soif du Dieu fort et vivant; quand entrerai-^e, € et me présenterai-je devant la face de mon Dieu î » Ce n'est pas là un bonheur seulement, ni le plus grand des bonheurs, c'est le bonheur même. Tâchez de vous représenter un homme à qui la crainte de Tenfer est devenue étrangère, et qu'on est parvenu à convaincre qu'il jouira, dans une autre vie, de tous les biens qu'il a le plus convoités ; mettez-le en possession de ces biens; et supposez en même temps qu'une délivrance si inespérée et de si vastes bienfaits n'ont point ouvert son cœur à l'amour ; supposez-le sans Dieu dans ce monde et dans l'autre, et gravissant les siècles, entassant l'infini sur l'infini sans arriver à Dieu ; — je crois que la félicité de cet homme serait une épouvantable ironie, son salut une damnation, et son ciel un enfer.

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