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admire. Qui ne reconnaîtrait, au ton comme à la pensée, le Pascal de l'Apologie dans les passages suivants :
« Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis. Mais c'est une ignorance savante qui se connaît. Ceux d'entre deux qui sont sortis de l'ignorance naturelle et n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science suffisante et font les entendus. Ceux-là troublent le monde et jugent mal de tout. » (I, 180.)
€ Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête , et en voilà pour jamais. » (I, 214.) Vous vous rappelez le commentaire de M. de Chateaubriand : « Comme ce dernier mot est effrayant ! « On voit d'abord la comédie^ et puis la terre, et puis c f éternité. La négligence avec laquelle la phrase est € jetée, montre tout le peu de valeur de la vie. Quelle € amère indifférence dans cette courte et fi'oide his- € toire de l'homme ! »
€ Peu de chose nous console, parce que peu de
< chose nous afflige. » (I, 215.)
Que de fois n'a-t-on pas cité les pensées que voici:
« Cromwell allait ravager toute la chrétienté : la
€ famille royale était perdue , et la sienne à jamais
€ puissante , sans un petit grain de sable qui se mit « dans son uretère ; Rome même allait trembler sous € lui. Mais ce petit gravier s'étant mis là, il est mort, c sa famille abaissée, tout en paix et le roi rétabli, i (I,.185.)
€ Qui voudra connaître à plein la vanité de € l'homme , n'a qu'à considérer les causes et les « effets de l'amour.... Le nez de Cléopâtre, s'il eût € été plus court, toute la face de la terre aurait « changé. » (I, 207.)
Nous voici sur le terrain de Voltaire , dont on connaît le goût pour ce rapprochement des petites causes et des grands effets. Le point de vue religieux peut seul élever au-dessus d'elle-même cette antithèse frivole. Pour Voltaire , en deçà ni au delà du fait qu'il aime à relever, il n'y a rien. Pascal, en le relevant, obéit peut-être à un secret besoin d'humilier l'homme ; mais sans doute que sa pensée intime se résume dans ce mot d'un prophète : « Éternel , « j'ai connu que la voie de l'homme ne dépend pas € de lui. »
L'homme est certainement plus maltraité , et de main de maître , dans ces maximes , où Pascal semble anticiper sur La Rochefoucauld et sur La Bruyère :
« Nous ne nous soutenons pas dans la vertu par « notre propre force, mais parle contre-poids de deux « vices opposés, comme nous demeurons debout entre € deux vents contraires : ôtez un de ces vices , nous « tombons dans l'autre. > (I, 209.)
La vertu serait donc l'équilibre des vices. La Rochefoucauld n'a jamais été plus amer, et sans doute il ne Test nulle part autant que Test Pascal dans cette pensée, où l'emportement se fait sentir :
« Tous les hommes se haïssent naturellement l'un € l'autre. On s'est servi comme on a pu de la con- « cupiscence ( de l'égoïsme ) pour la faire servir au « bien public ; mais ce n'est que feinte et une fausse « image de la charité. Car au fond ce n'est que € haine. » (I, 225.)
« L'homme est ainsi fait , dit encore Pascal , qu'à « force de lui dire qu'il est un sot , il le croit ; et à € force de se le dire à soi-même, on se le fait croire. » (I, 218.)
« La raison nous commande bien plus impérieuse- « ment qu'un maître : car en désobéissant à l'un on € est malheureux, et en désobéissant à l'autre on est € un sot. » (I. 212.)
Rien n'empêche de croire que Pascal a beaucoup redouté la dernière de ces deux infortunes.
Au total , on ne peut disconvenir que Pascal n'ait , dans cette partie de son livre comme dans les autres ,
Poussé jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole.
J'aime mieux, je l'avoue, arrêter vos regards sur des pensées où la passion a moins de part , et la philosophie beaucoup plus. C'est bien la philosophie en effet qui réclame les aperçus lumineux et vastes ^ue Pas^lii B- déposés dans les passages suivants :
c Tout notre raisonnement se réduit à céder au € sentiment, j^ (I, 224.)
« Rien n'est simple de ce qui s'offre à l'âme , et € l'âme ne s'offre jamais simple à aucun sujet. i>
« Je sais un peu ce que c'est (que l'ordre), et com-
€ bien peu de gens l'entendent. La mathématique
« le garde , mais elle est inutile en sa profondeur. »