DE LA THÉOLOGIE
été homme dans la tKéologie ; la gloire d'avoir été hmnête lumme en polémique et en littérature n'est que le diminutif de celle-là. Ce n'était pas un docteur, mais un homme, qui pouvait apporter en théologie la doctrine des deux amtraireSy doctrine pleine de mystère et de lumière, qui se réduit à cette proposition : Que la vie, que toute vie, est la combinaison de deux éléments opposés, et même contradictoires pour notre faiblesse, et que hors de cette combinaison, la vie. pu la vérité substantielle nous échappe absolument. Cet homme, faisant de la théologie en homme, ce fut Pascal-. Le complément de sa doctrine ne se fit pas. attendre. Il comprit, il fit concevoir que cfe n'était pas. dans la tête , mais dans le cœur de l'homme, que les parties belligérantes pouvaient se donner rendez-vous l pour traiter de la paix. Et il inaugura, ou bien plutôt ! il tira de PÉvangile, pour la produire à nos yeux sous la forme qui était propre à son génie et convenable à son temps, cette belle doctrine de la connaissance et de la compréhension des vérités divines par le cœur, qui est la pensée dominante et la clef de son apologétique.
Le cœur ! l'intuition , la conscience intime de la
vérité religieuse^ immédiatement saisie comme le sont
les principes premiers ! Thèse hardie et sublime qu'un .
;' bien plus grand que Pascal avait professée avant lui,
; dans cette mémorable injonction : « Croyez à ma pa-
\ « rôle, sinon croyez aux œuvres que je fais. » La
vérité a ses titres en eUe-méme; elle est sa preuve à
elle-même; elle se démontre en se montrant : et le
DU LlVtiK t)Ë8 PÊI^CES. 221
cœur est le miroir de la vérité; mais ce miroir, mal poséy ne réfléchit pas la lumière, jusqu'à ce qu'une main divine l'ait tourné du côté du soleil ; le cœur a besoin d'être incliné; ce qui reçoit en nous la vérité, ce qui au-dedans de nous connaît, croit et aime , ce n'est pas le cœur tel qu'il est, c'est le cœur indiné^ et tout d'abord le cœur humilié , le cœur « s'ofifrant « par l'humiliation aux inspirations, > (II, 177.) comme s'exprime Pascal lui-même. Pascal ici annonce l'avénement, proclame l'autorité, mesure l'empire du Saint-Esprit : le christianisme considéré dans l'homme,
c'est le témoignage, c'est le règne du Saint-Esprit. Le divin et l'humain se rencontrent ici dans une glorieuse et ineffable unité.
En proclamant la toute - suffisance du cœur en matière de foi et de salut , Pascal est parti , je le reconnais , sinon du même point , du moins des mêmes rivages que les partisans de l'autorité. Nous l'avons vu arguer, contre les incrédules, de l'incapacité, non absolue, mais relative, de la raison humaine. Mais tandis que de cette incapacité , relative ou absolue , ceux-ci concluent à l'autorité d'un corps , Pascal conclut à celle de l'évidence intime ou de l'intuition procurée par le Saint-Esprit ; en d'autres termes, il nous renvoie , de notre raison naturelle , au témoignage de notre cœur , illuminé par le Saint-Esprit. Il y a toujours une autorité , celle de la parole écrite ou du livre de Dieu, qui est à l'Esprit de Dieu ce que la substance est à la qualité ou l'organisme à la vie; mais quelque utilité qu'il puisse y avoir, dans
S3i M hà THlioiiOMK
Ui>. intérêt féûéril^ à M que 1& ifeieneé pr«tuiire, à manièFe , TautoFité du livre , il suffit que le livre ou la parole eâH^ ; i\ suffît qu'uM reliéôiitee ait été mèfiagée eaise b vérité et le eos^f êé VYiôtùim^ HA remarqlies) qibe ce qui «si propre k Fauteuir de» P^Hêi^ y ^ n'efet pda d'avoii* dit que ostte rencdfiM'e eWit avoir lieu ; eftr gttieon<[ue ne préake pte ^ soùe le nofia de foi , un a^ilke^^ooent voloRfaire^ ou tin tiii« cide de Te^it et du cciur^ quieooquo veot feitfnjcfêf dans la foi ce • eonseûtèntent de sOi-SHéme h a^ c même ^ > doAt Paseal a fait uô âe« earaetère» dé la foi f sera « sm oo points d'accord av^c toi. Ce q(»i le distingue de ceux qui ont avoué qu'il fadt finir par là, c'est d'avoir prétendu qa'on peut commenoer par ]kf et que ce Ê^it, à lui seul, constitue la foi qui sauve. Entre Pascal ei Lamennais k différence' eet ca{Htale^ imn>ense# Nous ne (tieons poè eâeorcf (cela viendra pluv tscrd) que Pascal n'a points eomn^ lé^ medanaiS'^ enfoncé* le& racine dé sa^ démecisipatied» dans le terrai» du pyrrbonismo i eMz tui ^ k foi H% se conclut point du douti^ aJ^sok y il savait trop bien %u$ du doute absolu on ne peui rîea éoaeluïle. Il « seulement prétendu^ eonstatei^ fimpuiMernoe de la raison et de la nature en nMftièfPe^ de f eligiott } xms au Imu de sKAte adressa , e^uunei LaifoennatS' ^ h^ l'Église^ i;l nous adresse au Saint-Esprits H ; a detti manières'^ en ^E^ d6 coivc^eir le ehrislîaiKbme : od comra;e. le rh'§ske de Tantotilé viaiHe^ ou ecfmcbe le règne du Saf&t-Ësprit^ Le prunier de eeâ sysièBM» n'exclut pifê ^ il e»t vfâiy le $aint-£s|>rit^ nws le Ue^
DU UYAB D«» timaws.
m ne lui |)«rniet pmkt di souffler oii il teui;;7Iâ second le rm^ei en ycm^smn de sa liberté souTeraine et toute divine^ Le- premî^ le monopolise en ^diqne ftorte^ le aoeond fait à% ^é divines infiuenees Théri** tâge ^t le bien de ton»* Le pfeimsr dit : L'Église e^t enseignée de Dieu , (Isoyes ce qu'elto croit ; te second dit ; Yoils êtes tous emeignés de ûieu^ Dans le premier système^ l'Ëglisé esl une aut<irité; dam lâ second, c'est un secours^ Au jugement de quelquen personnels, touieed esl
/ du rationaJiisnié ; pour d'stutrés, «s'est ch mjatàcismô
\ pur : à nos yeux , o'^it tout sir»p4einent l'Évân^île ;
t ïsms pour nous plae^ dans le pomt de vu^ et pârléi' le lâi^gage de l'aceusàtion , boqs dirons , stns eri^ê abuser deis mots» qné eette doetrine eit du ^rkm**
i Itam». L'ÉYSffigile île peut être que spirîtusiterte^ et it * ne l'est qu'à cette condition t t^^e autre le dépoaillé de te caractère ; car to^ antre nie en prindpe 6ê que Jésus-Christ a constbtié à si gnrtàê if9k , lêê rapporte imniédiâts de l'homnie atee Vm^ h liM*té glorieuse des enfaûtil dé Bde»^ on^ potn* parl#r m langage moin» élevé ,. FindiviGhBriité relig^eiis#«'
U en esk de l'àme engagée dana la nie d^lar^ gion ou dans ceUe de la pensée ^ êommé dil- hie^ê lancé sur led flûte ^ ei cherchant^ àr Mrfèfs V(kéÊfi^ les rivages d'an nouveau mondes Cet Océan ,^ o'ésft la société, religieuse ou emk.^ Wie mm f)dfte mÊAmé l'Océan ^ masse fluide sui* laquelle le^jftavîre tfhde des aillons à son gré et ne prend pied nulle part. L'Oeéan porte le navire ^ mais TOcéan peut l'engloutir , et
221 OB LA THiOLOGlB
l'engloutit quelquefois. La société nous engloutit plus souvent encore , mais enfin elle nous porte et nous ne pouvons arriver sans être portés par elle ; car elle est semblable à TOcéan , qui , moins fluide que Tair et moins dense que la terre, nous cède justement assez et nous résiste justement assez pour soutenir, sans l'entraver, notre marche vers la vérité. Notre but n'est pas au fond de l'abime , il est aux limites de l'Océan. En sillonnant ces eaux profondes, gardons-nous de disparaître dans leurs profondeurs. C'est assez de céder à l'élément qui nous soutient la carène de notre navire. On peut sombrer sur l'Océan de la société comme sur l'Océan de notre globe , et il n'est pas besoin de dire sur lequel des deux les naufrages sont plus fréquents. Le navire que chacun de nous est chargé de gouverner et de sauver , c'est l'individualité , ou la liberté morale. Elle ne se sauve, au point de vue religieux, que dans le système du pur Évangile.
La doctrine de Pascal sur la foi du cœur , ou pour mieux dire sur la foi par le Saint-Esprit, a une portée et des conséquences que Pascal lui-même peut n'avoir pas mesurées. Pour nous en faire une idée , plaçonsnous un moment au point de vue du système de l'autorité visible , ou de TÉglise-autorité.
Avant de s'imposer, il faut que cette autorité se légitime. Il faut, avant déjuger, qu'elle se soumette à être jugée. Plus tard , elle nous dira ce que nous devons croire : elle ne saurait débuter par nous enjoindre de croire en elle. Elle sera tout ; mais avant
d'être tout , elle n'est rien. Il faut d*abord la reconnaître. Elle produit ses titres, on les examine; ses pouvoirs, on les vérifie. Qui est-ce qui examine ? qui est-ce qui vérifie ? Sans aucun doute , les individus ; car le corps ou la communauté qu'ils doivent constituer n'existe pas encore, et les individus, dans cette enquête préliminaire, ne sauraient déléguer ; l'individualité n'a pas encore le droit d'abdiquer. L'acceptation d'une autorité quelconque est nécessairement un fait de liberté.
Sur cela , je prie qu'on cherche à se faire une idée de la tâche imposée à l'individu. On peut distinguer deux cas. Ou l'individu croit d'avance, et d'une manière générale, à la vérité du christianisme, ou il n'y croit point encore , et n'aborde la question qu'avec le simple besoin et peut-être le désir de croire. Dans le premier cas, il ira du christianisme à l'Église, dans le second , de l'Église au christianisme ; mais dans les deux cas , il faut arriver jusqu'à l'Église , jusqu'à l'autorité visible : il faut se prouver à soimême cette autorité. Dans l'un et l'autre cas, la tâche est immense. Exégèse , histoire , métaphysique , il faut tout remuer , tout approfondir. Il faut le faire avec les instruments d'une dialectique savante et d'une critique rigoureuse. Combien de gens en sont capables , je l'ignore ; mais ce que je sais, et ce dont tout le monde conviendra, c'est que c'est une très faible, une imperceptible minorité. Mais enfin, la tâche dont cette minorité seule est capable , est imposée à tous^ et nul ne peut déléguer. Si jamais lau-
torité fut nécessaire , dësir^^ble , c'est à ce moment même » où rautorité n'existe pas encore. Par quoi donc , dans cette recherche , ô vous tous , simples et ignorants, remplacerez-yous )a science que vous n'ayea pp, le temps même qui vous manque, et l'autorité qui, forcément, se récuse et vous refuse son appui Y Par le cœur , direz-vous sans doute ; mais ooQime le coeur n'est pas une autorité à poins que le Saint-Esprit pe l'incline , ce sera le cœur incliné par le Saint-Esprit, ce sera le Saint-Esprit lui-même , ou , ce qui est la même chose « la Vérité parlant directement au eœur ; et vous ne voulez ^ vous ne fiouv^ pas croire que le Saint-Esprit se refuse à vos besœns aidés de vos supplications. Vous voil^ hors de peine , et je vous en félicite , car vou^ n'ep pouviez sortir autrement.
Mais si le Saint-Esprit, ou là Vérité même, a pu parler dir^tement k votre cœur , si du moins vous reoonaais&ez qu'il le peut , la conséquence est assez cUûre. Ge qu'il peut une fois, il le pourra toujours. Ce qu'il peut sur un points il le pourra sur d'autres. Son pouvoir n'est pas limité , pourquoi le serait son vouloir ? Ceci frappera surtout ceux qui , avant de cocwtitre s'il y a une autorité , et où est cette autorité , ont été tellen^nt enseignés de Dieu, qu'ils o&t d^à cette loi vivante, qui est proprement une vue intérieure des vérités du salut, une communion du cœur avec la vérité, une vie encore-plus qu'une vue. Â ceux-li) qu'importent les intermédiaires ? Et comment doute^nt-ils , après avoir vu , si je puis m'ex-
DU UVM fiU fiM»KES.
primer ainsi, la vérité faire admirablemetit â^s affaires elle*>xnéme, qu'elle ne puisse les &ire euQore h l'ayeniç et toujours 1
Les divergences , non^seulement entre les hoHimes en général, mais entre les personnes qu'ils ont lieu de croire placées eomme euic-mêmes sous la disci* pline de l'Esprit de Dieu, ne leur seront pas un sujet de doute, et ne les dégoûteront pas de la liberté évangélique. Ces divergencesi qu'expliquent la faiblesse humaine et les ciroonstances extérieures, ne peuvent leur enlever la conscience de l'unité essentielle et profonde qui règne entre tous ceux qui sont sous la conduite du même Esprit de Dieu, et ils se rappellent ces paroles prêteuses d'un apôtre : « Si 4 vous pensez autrement que nous, Dieu vous fera c connaître ce qui en est. En attendant, suivons^ la f iBéme règle dans les choses à la connaissance desf quelles nous sommes parvenus, et soyons unis enf semble. > (PhiU III, 15, 16.) Et du même œil qui leur fait découvrir tant d'unité dans ces diversités, ils découvrent la diversité dans l'unité dont on voudrait leur faire envie ; ils savent à quel prix a été ob* tenu ce fantôme d'unité, et jugent que, si rien ne doit coûter pour avoir la vie, 1^ fn^rt se paye toujours trop cher*
Nous n'en sommes encore qu'aux préliminaires de la théologie de Pascal. Il serait bien intéressant de cherchier dans cette théologie ce même caractère d'humaaité^qui nou$]a frappé dès l'abord* |# me copten-