DE LA THÉOLOGIE
terai, Messieurs, de l'avoir signalé à votre attention et recommandé à votre étude. Vous ne manquerez pas de remarquer combien la théologie de Pascal est originale, je veux dire à quel point elle lui appartient. Je ne prétends rien exagérer. J'ai déjà reconnu ailleurs qu'en dépit de sa vigoureuse individualité, Pascal avait subi l'influence de son temps. Sa disposition au scepticisme ne s'explique nullement par son caractère, et ne s'explique qu'à moitié par la nature de ses études de prédilection. Ses lectures et la tendance générale de l'époque y sont aussi pour quelque chose. Sa dogmatique non plus ne lui appartient pas dans un sens absolu. Il ne l'a pas construite, après coup et à lui seul, la Bible à la main. Il trouve établie une tradition générale, et dans celle-ci une tradition plus particulière. Il naît à la foi chrétienne, ou, pour mieux dire, à la vie chrétienne, dans un milieu qu'on peut appeler le catholicisme janséniste, et cette tradition lui imprime ce que la tradition imprime aux plus indépendants, la forme. Il devient, il restera chrétien sous cette forme-là. Il est né dans la secte romaine, et dans une secte de cette secte, le jansénisme : il y mourra. Nous sommes tous sectaires ; et ce qui importe le plus, ce n'est pas de ne point l'être, mais de dominer spirituellement la secte dont nous faisons partie, de faire primer le fond sur la forme. Nous n'y parvenons guère qu'au moyen de quelque inconséquence, ou, pour trancher le mot, de quelque grosse contradiction ; car toute secte renferme un élément d'erreur, et nous ne dominons l'erreur que par la vérité. Telle est
notre destinée à tous ; c'est toujours la fable de Deucalion : vous voyez des corps humains engagés dans le sol par une de leurs extrémités; ce qui importe; c*est que la tête soit dehors. Je n'ai nulle envie de faire Téloge des sectes; mais enfin, dans notre infirmité actuelle, la forme ou la secte est à la vérité ce que notre chair, pesante et corruptible, est à l'esprit qui habite avec elle, une poudre qui doit retourner dans la poudre d'où elle a été tirée, tandis que l'esprit retournera au Dieu qui l'a donné, et qui, dans une économie nouvelle et meilleure, lui prépare un corps nouveau et meilleur.
Pascal fut sectaire comme nous le sommes tous ; mais sans se séparer de la secte à laquelle on peut dire qu'il appartenait, il la surpassa; le fond, chez lui, l'emporta sur la forme ; l'esprit domina le corps. Voulez-vous que je le dise, il en fut de même à quelque degré de tous ceux qui, partageant avec lui les mêmes vues particulières, étaient unis par le cœur au principe vivant de la vérité : tous, en cela, se surpassaient eux-mêmes, et n'étaient liés à leur secte que par les parties inférieures de leur esprit. Mais pour l'indépendance, l'ingénuité de la pensée, aucun n'est comparable à Pascal, soit qu'il énonce des vues que ses amis auraient désavouées, et qu'en effet ils ont, plus d'une fois, désavouées en les supprimant, soit qu'il enrichisse leur théologie de points de vue hardis et nouveaux, soit enfin qu'il frappe une seconde fois leurs propres idées au coin profond de son génie, et plus encore à celui de son âme {propriè communia).
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Rapprocher, fondre l'utie dans Tailtrë là théologie et la religion, la spéculation et le sentiment, t^mt peut-être ce qui caractérise le plus vivement Pascal dans la partie positive de sa démonstration. Aussi cette apologie est-elle toute pleine de Tapologîstej jfe veux dire de ses impressions ; car le livre, d'ailleurs^ n'est ni égoïste ni égotiste au plus faible degré» Pas^ cal n'eût pas pu dire^ au moins n'eût-il pas dit dans le même sens que Montaigne : « Je me suis présenté t moi-même à moi pour argument et pour object;je t n'ai pas plus faict mon livre que mon livre m'a faict : « livre consubstantiel à son aucteur, membre de ma « vie. > Rien n'eût plus répugné à Pascal que ce qui lui déplaisait le plus dans Montaigne^ l'abondance des détails personnels et des confidences domestiques; soit fierté, soit humilité, Pascal he parlait, point de soi. Son livre est subjectif plutôt que jpersonneh Ce n'est point la véfil? abstraite qu'il nous déclare, mais la vérité recueillie dans un coeur d'homme^ la vérité complétée^ réalisée par ses effets moraux, la vérité dans cette incarnation dont l'incarnation du Verbe a été le gage et le fondement* C'est ici qu'on peut dire avec vérité : La voiK n'est tout entière que dans l'écho. Prétendre que toute théologie, qlte toute apologétique soit un drame ou une confession, ce serait aller beau- Coup trop loin ; mais combien ne serait-il pas regrettable qu'elle ne le fût jamais! Est-on asseK instructif, âsse2 clair quand on n'est pas touchant? Et combien une personne n'est-elle pas plus touchante qu'une idée, quelque touchante que cette idée puisse être !
DU ùik^ itàs VfeivsiEs. iâi
Ce caractère de personnalité, maïs de personnalité Uoiite spirituelle, se reconnaît, se fait sentir a toutes jles pages du livre; il l'accentue partout d'une toa* nière plus ou moins viVe ; mais quelquefois rétnolioil se tnêle & la perlsée au point d'en détourner lé cours, et de nous faire présumer que plusieurs de ces tnou* vemehts auraient été supprimés dans une rédaction définîtivtô. En voici un^ exemple assez remarquable t
«... Je trouve d'effectif que, depuis que la mémoire « des hommes dure-, il est annoncé constamment aux € hommes qu'ils sont dans une corruption univers « selle, mais qu'il viendra un réparateur.
« Que ce n'est pas un homme qui le dit, mais Une
< infinité d'hommes et un peuple entier duraht qUa^ « tre mille ans, prophétisant et fait exprès,— Ces li* « vres dispersés durant quatre cents ans.
« Ainsi je tends les bras à mon libérateur, qui, « ayant été prédît durant quatre mille ans, est venu « souffrir et mourir pour moi sur ta terre dans les
< temps et dans toutes les circonstances qui en ont été « prédites; et, par sa grâce, j'attends la mort en paix, « dans l'espérance de lui être éternellement uni; et je « vis cependant avec joie, soit dans les biens qu'il
< lui platt de me donner^ soit dans les maux qu'il « m'envoie pour mon bien, et qu'il m^a appris à souf- * frir par son exemple. (ÏI, 19T.)
« J'aime la pauvreté, parce que Jésus-Christ Ta « aimée. J'aime les biens , parce qu'ils donnent le t moyen d'en assister les misérables* Je garde fidélité t à tout le monde, le ne rends j>as le mal à ceux qui