sua iE PTRRHomsuE de pa^al
communes sur cet important sujet? Si nous pouvions nous-mêmes nous séparer un instant des impressions que nous ayons reçues du christianisme^ et nous interdire, sur ce sujet, toutes autres informations que celles de la nature et de la raison pure, à quoi se réduiraient nos certitudes, quelle serait la fermeté ou la netteté de nos convictions en matière de religion naturelle? En saurions-nous, sur ces matières, plus que n'en savaient les philosophes de l'antiquité? Et que savaient^ilsf?
Troisième observation. Les vérités de cet ordre ont été, selon M. Cousin, admirablement prouvées. Par qui ? par des hommes élevés à l'école du christianisme. Mais, quoiqu'il en soit, ils ont dû les prouver. Si leurs démonstrations sont admirables, cela signifie sans doute qu'ils y ont déployé une grande puissance, qui suppose nécessairement une grande résistance. Il a donc fallu les prouver, ces vérités, et les prouver à grands renforts d'arguments. Quelle humiliation! Il a fallu prouver à l'homme, je dis à l'homme le plus érudit, le mieux organisé, qu'il ne s'était pas créé lui-même, et que la volonté, l'intelligence, la faculté d'aimer qu'il trouve en lui, attestent l'existence d'une intelligence, d'une volonté, d'un^amour suprêmes! Quand ces choses ont besoin d'être prouvées, les prouve-t*on jamais bien ? Je veux dire : les rend-on évidentes, actuelles? Et quelque forte que soit cette preuve, produit-elle jamais l'effet de nous rendre l'objet présent, prochain et sensible? Et s'il ne l'est pas, je veux dire, si elle ne nous met pas Dieu dans le
oœur, ne troaveron^nou» p&s trop awémeot dans les fascinations d'une dialectique abatraite (car la dialec-» tique a mm ses fascinatioûs), mille moyens de nous soustraire à cette vérité, ou, si vous le vouleis, de nous la dérober à nous-mêmes? La logique n'est-eUe jamais aux prises avec la logique, et peut^^on sûremmt prévoir un terme à cette lutte, si le bon sens du eceur n'intervient pas comme arbitre? Et le coeur a-t-il toujours du bon sens? Le cœur souvent ne fait-*il pas défaut?
Pese^ bien tout ceci, vous qui parler de l'athéisme de Pascal. Il n'était point ce que vous pensez. Cet athéisme n'était autre chose que le sentiment profond de l'insuffisance oii est la raison, sans le secours du CGBur, de se procurer è ellormême, je ne dis pas la certitude abstraite de Texistenoa d'un Dieu, mais la connaissance de ce Dieu, la possession de ce Dieu» Je dis la possession, parce que, selon Paseal, on ne connaît pas Dieu si on ne le possède ; que, du moins, la connaissance de Dieu sans la possession de Dieu est inutile et stérile. Quand vous auriez réussi à convaincre Pascal que l'homme est capable d'une certaine connaissance de Dieu, il aurait ajouté : « Qu'iniporte? « Hors de Jésus-Christ, cette connaissance est illur- 4 soire et vaine ! Paul disait aux Êphésiens, à là vue « du temple de Diane et des statues 4^ railla divi- « nités : Vous êtes sans Dieu! Je le dis à l'humanitié, ff je le dis aux sectateurs de la religion naturelle ; car « aussi bien leur Dieu n'est qu'une idole ! » Que cette exclamation révolte ceux qui croient à la suffisance de
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la religion naturelle, rien de plus simple; la seule chose qui étonne, c'est qu'ils croient à cette suffisance; mais qu'elle indigne ceux qui, comme M. Cousin, font profession de croire au christianisme, c'est ce qui me passe. Qu'est-ce que le christianisme, à ce compte-làî Voudrait-on bien nous le dire? Voudraiton nous rendre raison de ce qu'il renferme de tragique et, j'ose dire, de violent?
Je veux maintenant qu'on ne tienne aucun compte deç observations qui précèdent, et qu'on s'obstine à voir dans Pascal un athée? Que prétend-on conclure de là?
Que c'est le désespoir qui l'a jeté dans le christianisme? Croit-on nous effrayer beaucoup par cette conclusion? Que signifie ce mot de désespoir? Rien autre que le sentiment profond de l'insuffisance de l'athéisme. Vraiment, à la manière "dont on nous parle de l'athéisme, ce désespoir n'a rien d'étonnant. Mais veut-on en conclure que, s'étant mal trouvé de l'athéisme, Pascal n'a pas eu le droit de devenir chrétiein et qu'un christianisme qui a pris racine dans la douleur d'être athée n'est pas un christianisme de bon aloi ? La conclusion serait étrange. Tout passage d'une doctrine à l'autre, en matière de religion ou même de philosophie, serait par là même îrrégulier, nul et non avenu aux yeux de la raison.
Car veuillez considérer que ce n'est guère que dans les sciences mathématiques ou d'observation, que le passage d'une doctrine à l'autre serait légitime à ce
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compte-là, et encore ne le serait-il pas toujours. M. Schœnbein ne se trouvait pas malheureux, je pense, de croire, jusqu'à l'an dernier, que l'azote était un élément; cette conviction ne le mettait pas au désespoir ; il. ne soupirait pas après le moment de s'en voir dehors ; sou cœur et ses besoins intérieurs ne le poussaient pas vers la doctrine selon laquelle l'azote lui-même est susceptible de décomposition. Si Ton peut supposer le cas où une doctrine de ce genre est désirée avant d'être prouvée, cela tient à des circonstances étrangères au sujet, et c'est une exception. Mais cette exception est la règle, le fait constant, en religion, en politique et, plus ou moins, en philosophie. Toutes ces choses atteignent l'homme au fond et le touchent au vif. Ce n'est pas par son esprit seulement, mais par son cœur qu'il aspire, en ces matières, à la vérité, à la certitude. Des opinions de ce genre peuvent le rendre heureux ou malheureux. S'il s'y trouve malheureux, il vise ailleurs. Ocu-
lis errantibus quœsivU lucetiiy et trop souvent il faut
ajouter : ingemuhque repertâ. L'athéisme, vous le dites comme nous, est une doctrine infortunée, et l'impression qu'en reçoivent certaines âmes peut aisément s'exalter jusqu'au désespoir. Elles désirent que la vérité soit ailleurs, et c'est de ce côté que leurs regards et leurs études se portent. Mais vous arrivez, vous, inflexible défenseur de la loyauté scientifique, et vous dites : Halte-là! Un résultat désiré est un résultat nul. Point de recherche, puisque le cœur est de la partie. C'est avec la raison seule qu'il faut chercher. Un par-
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fait désintéressement, une indifférence suprême, fiônt des conditions de rigueur. Êtes-vous bien indifférent, bien sec, bien mort, vous pouvez examiner. Le bois vert donne de la fumée.
La conséquence est assez claire. Quiconque a commencé par le désespoir, ou du moins par la douleur, est incapable d'examiner, et nten a pas même le droit. N'ayez point de désir, ou restez où vous êtes. Jésus- Christ en savait moins que ces philosophes , lui qui convoqua ses disciples autour de lui au nom du bonheur. Le mot de bonheur est le premier qui sortit de sa bouche : ce devait être le dernier. Que faire, puisqu'enfin il est impossible d'aborder des questions de religion sans y mettre son cœur? Que faire, si nous ne pouvons pas prouver qu'un examen loyal peut suivre un vif désir?
Remarquez-le bien : ce ne sont pas les souffrances de l'intelligence qui font qu'on se trouve si mal dans l'athéisme : le seul mécontentement de l'esprit ne suffirait pas à nous en faire sortir : un peu d'incertitude ou d'obscurité sur une question purement spéculative ne rendrait pas si impatients les esprits d'une portée ordinaire. Et pourquoi s'ennuie-t-on des horizons plats de la religion naturelle? Ce n'est pas parce qu'ils sont plats, mais parce qu'ils sont stériles; le besoin de nourriture est plus impérieux que le besoin de pittoresque. Un grand nombre d'hommes se sont mis en route vers le christianisme, parce qu'ils étaient à jeun et comme affamés dans le déisjne , et qu'après l'avoir brouté jusqu'à la racine , la
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faim les a fait crier après une autre pâture. Us n*ont pas , dites-vôus, le droit de chercher une autre nourriture parce qu'ils Font désirée. C'est-à-dire que , parce qu'ils ont faim, c'est une raison de mourir de faim. Ce raisonnement est au-dessus de notre portée. Nous comprenons mieux celui-ci : Mangez, puisque vous avez faim, mais ne mangez pas de poison. En d'autres termes : Nous ne pouvons pas vous empêcher de désirer, mais nous vous conjurons d'examiner. Le désespoir tout seul ne fait pas des chrétiens , mais le désespoir peut ouvrir des Voies vers la vérité. Le désir n'est pas un argument , mais il n'y a pas de mal que Dieu ait donné à la vérité la figure du bonheur. Il a enduit de miel les bords de la coupe salutaire : trouvez -vous par hasard qu'il eût dû y mettre du fielî Vous l'auriez fait peut-être , âmes stoïques ; mais Dieu n'est pas stoïcien. Non , ditesvous, ni fiel, ni miel; rien du tout. Philosophes, vous connaissez tout , excepté l'humanité ; mais Dieu la connaît : laissez-le faire.
Est-ce que peut-être (car c'est quelquefois à ce qui ne se dit pas qu'il faut surtout répondre), est-ce que peut-être on aurait voulu que Pascal eût f^it une halte dans la religion naturelle , au lieu de passer brusquement de l'athéisme, au christianisme, ou, en quelque sorte, d'un extrême dans l'autre? Il est possible que quelques-uns, d'athées qu'ils étaient, soient devenus déistes , et même qu'ils en soient restés là. Il en est d'autres pour lesquels , entre les deux extrêmes , il n'y a rien , et que le christianisme , dans
ce qu'il a de spécial , a eu seul la force d'arracher aux étreintes de Tathéisme. La pause que vous leur demandez , ils n'ont pas été libres de la faire. Et après tout, pourquoi Tauraient-ils faite, s'ils n'ont pas trouvé dans les arguments et dans les principes du déisme de quoi satisfaire les besoins de leur esprit et de leur cœur , et si le christianisme , en revanche , y répondait pleinement? Si vous, qui leur faites cette objection , vous n'êtes pas chrétiens, vous pouvez les plaindre de s'être laissé emporter trop loin ; mais , en les plaignant , vous pouvez les comprendre. Que si , au contraire , vous êtes chrétiens , comment se peut-il que vous leur fassiez cette objection î Car , si vous êtes devenus chrétiens, c'est que vous-mêmes vous n'avez pu vous contenter du théisme ; c'est que cette position ne vous a point paru ou ne vous parait point tenable , et que vous n'avez trouvé le véritable théisme , avec sa réalité , sa substance et sa vie , que dans le sein et sous la forme du christianisme. De quoi donc vous étonnez-vous? Ou quelle espèce de christianisme professez-vous , si vous pouvez vous étonner ?
Au fond , Pascal l'a faite , cette pause qu'on lui demande. Il l'a faite par la pensée. Il a essayé de la religion naturelle , et a trouvé cette frêle embarcation incapable de porter l'humanité. La voyant sombrer sous ses pieds , il s'est hâté de passer sur un autre bord. C'est-à-dire que le théisme , comme l'athéisme, l'a désespéré. Toujours le désespoir, ditesvous. Mais finissons-en avec ce singulier reproche.