‹ Études sur Blaise PascalChapitre 22 sur 30 · ET SUR SA RELIGION PERSONNELLE. Q · texte numérisé non relu

ET SUR SA RELIGION PERSONNELLE. Q

Au fait , que j*aie commencé ou non par le désespoir, est-ce que cela vous regarde ? est-ce que je vous en dois compte î Je ne vous devais, ou plutôt je ne me devais à moi-même que d'examiner. L*ai-je fait? voilà la question. Et pour revenir à Pascal , Pascal a-t-il examiné? Pascal a-t-il été convaincu? Pascal a-t-il été un chrétien de conviction? Ou Pascal s'est-îl jeté dans la foi comme dans un ténébreux abîme ? Sa conversion n'a-t-elle été autre chose que le suicide de sa raison?

Je m'en rapporte sur ce point à tous ceux qui ont lu les Pensées , à tous ceux qui connaissent la vie de Pascal. Us nous diront si Pascal fut convaincu. Us nous le diront encore mieux peut-être ceux qui lui doivent d'avoir une conviction ; qu'ils soient, comme lui, partis du désespoir, ou qu'une curiosité sérieuse, mais calme, les ait attachés à la lecture de son Apologie.

Mais j'aurais tort de m'en tenir là. J'ai supposé Pascal athée , je l'ai supposé désespéré ; et j'ai fait entendre que ce n'était pas seulement sa pensée, mais son cœur qui souffrait dans ces régions polaires du monde moral* Il faut m'arrêter sur ce point, puisque amis et ennemis ne s'y sont point assez arrêtés.

On ne veut voir dans Pascal que le désespoir de la pensée, les détresses d'une intelligence affamée de vérité, avide de connaître.

On se trompe si l'on croit que Pascal ne chercha dans le christianisme qu'un oreiller pour reposer sa tête fatiguée. Sa vie et ses écrits nous suggèrent un

autre jugement. Pascal , écrivant une apologie » ou ^ si l'on veut « une démonstration du christianisme , a donné tant de place à la peinture des troubles de rintelligence , qu'on a pu croire qu'il ne faisait que raconter son histoire , et que c'était là son histoire tout éîitière. Mais autre chose pouHaût eàt son livre. Ai plein qu'il puisse être de lui, et autre Chose sa vie. Qu'il ait haleté plus péniblement qu'un autre sous l'oppression du doute ; que l'incertitude^ comme telle , lui ait été plus insupportable qu'à beaucoup d'autres, et que le désir de connaître ait eu che» lui à peu pt'ës autant d'intensité que peut en avoir ohet la plupart des hotames l'aiiiour dit bonheur, — je le Veut. Mais Pascal connaissait de plus nobles besoins; son âme avait soif de justice plus encore que Son esprit n'avait soif de connaisi^ance : cela ouvre les yeux oU plutôt cela donne des yeux. U eut , dès loi^ , pour s'assurer de la vérité de l'Évangile , un sens qui peut manquer aux plus habileô , aux mieux doués ; il sut dès lors que la vérité et la vie ne sont pas deux choses > qu'il y a une vérité substantielle, et que celle-là seule est la vérité. Et c'est ainsi que lui furent enseignées < ces choses qui ne sont jâmbis montées au € cœur de l'homme , et que Dieu révèle à ceux cjui c l'aiment. > U eut part à la bénédiction promise à tous ceux qui ont &im et soif de la justice* Si Pascal s'est jeté dans un àbime , c'est dans celui \ de la sainteté ; le néant qu'il a fiii, c'est le péché ; les ténèbres qui l'ont épouvanté , ce sont ces ténèbres de dehors, qui ne sont noires que de l'absence de

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Dieu. Il a vu la lumière là où il a vu la charité^ et c'est dans la charité proprement qu'il a donné tête baissée. On le représente entraîné par le désespoir dans la foi comme dans un trou noir ; je le yois irrésistiblement entraîné vers la beauté de Dieu.

Il ne suffît pas à bn illustre écrivain que Pascal ^ h son avis , soit devenu chrétien pour en finir, et en quelque sorte par pis-aller ; il rie veut pas même qu'il ait trouvé le repos dans sa foi. On nous parle couranunent de c la foi inquiète et malheureuse qu'il c entreprend de communiquer à ses semblables. ^ Souhâite2-la ^ cette foi inquiète et malheureuse ^ à vous-mêmes et à tous ceux que vous aimez. C'est tout ce que je devrais dire ; car , d'ailleurs , que répondre à une telle assertion î On attend les preuves ; on attend de connaître les passages , les faits , où la foi de Pascal se montre inquiète et malheureuse ; on n'a pas encore su les découvrir ; on se tait jusiju'à ce que M. Cousin ait parlé. Il a parlé , Messieurs ; il nous apprend qu'il échappe k l'auteur des Pensées au milieu des accès dé sa déooiion eoMuhive , des cris de misère et de désespoir. Cette dévotion convulsive, ce sont apparemment ces retours sur le passé , ces regrets , ces élans , ces tressaillements ^ ces prières peu^rétre , que nous avions pris pour les caractères accoutumés de cette sublime réaction de l'homme nouveau contre l'homme ancien : convulsions que tout cela'. Quant à ces eri$^ vous êtes peut-être plus embarrassés , et vous demandez de quel endroit du livré on a pu les entendre sortir î Oh ! quelle in-

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