‹ Études sur Blaise PascalChapitre 5 sur 30 · AN · texte numérisé non relu

AN

DANS LE LIVRE DES PENSEES. kd

Il développe cette vérité dans les deux paragraphes suivants :

« Ceux qui croient sans avoir examiné les preuves « de la religion, croient parce qu'ils ont une dispo- « sition intérieure toute sainte, et que ce qu'ils en- « tendent dire de notre religion y est conforme. Ils « sentent qu'un Dieu les a faits. Ils ne veulent aimer \ ^ « que lui ; ils ne veulent haïr qu'eux-mêmes. Ils sen- « tent qu'ils n'en ont pas la force ; qu'ils sont in- « capables d'aller à Dieu ; et que, si Dieu ne vient à

< eux, ils ne peuvent avoir aucune communication « avec lui. Et ils entendent dire dans notre religion c qu'il ne faut aimer que Dieu, et ne haïr que soi-

< même : mais qu'étant tous corrompus et incapa- « blés de Dieu, Dieu s'est fait homme pour s'unir à

< nous. Il n'en faut pas davantage pour persuader c des hommes qui ont cette disposition dans le cœur, € et cette connaissance de leur devoir et de leur inc capacité. » (II, vi, 7.)

« Ceux que nous voyons chrétiens sans la con- € naissance des prophéties et des preuves, ne laisc sent pas d'en juger aussi bien que ceux qui ont « cette connaissance. Ils en jugent par le cœur comc me les autres en jugent par Tespiit. C'est Dieu € lui-même qui les incline à croire ; et ainsi ils sont « très efficacement persuadés.

€ J'avoue bien qu'un de ces chrétiens qui croient € sans preuves n'aura peut-être pas de quoi convain- < cre un infidèle qui en dira autant de soi. Mais ceux c qui savent les preuves de la religion prouveront

€ sans difficulté que ce fidèle est véritablement in- « spire de Dieu, quoiqu'il ne pût le prouver lui- € même. » (II, vi, 8.)

Que si, après avoir suivi ces règles, nous voyons cependant une foule d'hommes n'arriver point au même résultat que nous, je ne vois rien en cela qui doive nous troubler. Car, dans la plupart des cas, nous verrons qu'ils n'ont point cherché ; ou bien nous verrons que dans cette recherche ils ont arbitrairement substitué le cœur à l'esprit ou l'esprit au cœur. Enfin, la conviction et le repos d'esprit se fondent sur la bonté intrinsèque des preuves que nous nous sommes administrées, non sur l'accueil qu'elles peuvent obtenir chez nos semblables. On ne croit point sur la foi d'autrui ; ou si l'on croit, c'est d'une foi morte.

Il ne suffit pas à l'auteur d'avoir donné ces directions générales sur l'emploi de l'instrument que nous sommes invinciblement obligés d'appliquer à cette recherche. Faisant lui-même usage de cet instrument, il cherche avec son secours quels sont les caractères qui ne doivent point manquer à la véritable religion, ou les marques auxquelles la reconnaîtra d'abord celui qui aura connu de quelles antithèses l'homme est composé.

Sur le point de chercher parmi les diverses religions de la terre s'il en est une que Dieu ait donnée, et dans laquelle par conséquent je puisse trouver la fin de mes doutes et de mes anxiétés, je ne puis me

dissimuler que par ce fait même je reconnais l'impuissance de ma raison; car je n'entreprends cette recherche que parce que ma raison ne m'a pas fourni la solution que je lui demandais. Toutefois cette abdication n'est pas absolue ; et de même qu'un fonctionnaire destitué reste néanmoins en place jusqu'à l'arrivée de son remplaçant, ma raison conserve ses fonctions jusqu'à ce qu'elle soit remplacée; il y a mieux encore : c'est elle qui se charge de trouver et de désigner son remplaçant. En effet, cette révélation que je cherche et qui doit suppléer mes facultés naturelles, je ne la puis chercher qu'avec mes facultés naturelles. Je puis bien m'attendre, je dois m'attendre que son contenu surpassera ces facultés, et qu'elle expliquera des mystères par des mystères ; car s'il n'en était pas ainsi, le genre humain eût déjà trouvé dans sa propre raison la solution qu'il désire ; mais ce que je puis aussi et dois attendre, c'est que les moyens de vérifier l'authenticité de cette révélation ne seront pas au-dessus des forces de la raison humaine. Ce que je puis exiger, si Dieu a parlé, c'est que je puisse m' assurer qu'il a parlé. Ce que je puis prétendre, c'est qu'il soit possible à la raison humaine de se procurer sur ce point une certitude égale à celle qu'il peut se procurer sur d'autres faits; la même certitude qui s'attache aux faits historiques les mieux constatés, la même cer.titude sur laquelle un homme engage sa vie, la même qui permet à un juge de prononcer en pleine tranquillité d'âme sur le sort d'un accusé ; une certitude enfin qui, sans avoir l'instanta-

néité de Tévidence, ne laisse dans l'esprit, après un examen consciencieux, aucun trouble, aucun nuage. Je ne puis pas équitablement exiger davantage, mais je ne saurais me contenter de' moins.

< Il y a deux manières , dit Pascal , de persuader € les vérités de notre religion ; Tune par la force de c la raison , l'autre par l'autorité de celui qui parle. € On ne se sert pas de la dernière , mais de la pre- € mière. On ne dit pas : Il faut croire cela; car l'É- « criture , qui le dit , est divine ; mais on dit : Qu'il « faut le croire par telle et telle raison , qui sont de € faibles arguments , la raison étant flexible à tout. >

(n, XVII, 8.)

Je ne suis pas appelé à asseoir ma conviction immédiatement sur le contenu de cette révélation ; toutefois si, en jetant les yeux sur ce contenu, j'y trouvais des choses qui fussent contre ma raison, rien ne pourrait m'obliger à l'adopter; car, pour moi, des choses contre ma raison sont nécessairement des choses contre la raison ; la raison de chacun est pour lui la raison, à son état général et absolu. Mais à quoi je suis obligé c'est de m'assurer que je ne mets pas mes préjugés à la place de la raison ; je dois écarter soigneusement tout ce qui n'est pas raison primitive , mais notion acquise ; je dois remonter aux éléments originaux de la raison, à ses bases, à ce qui tient à ma qualité non d'individu, mais d'homme, en un mot aux données fondamentales auxquelles je i^ttache mes raisonnements en toute espèce de matières, et, si je puis m'exprimer ainsi, à ma raison abstraite.

DANS LS LIYRB DES PENS^BS. 5S

Il y a une critique naturelle sur les principes de laquelle tous les hommes de bon sens se sont rencontrés sans peine. Ces règles sont en petit nombre et à la portée de tous les hommes, et vraiment populaires. Ces règles , j'en conviens , appliquées sans attention , ou avec prévention , ne semblent pas toujours donner le résultat qu'on attendait de leur emploi; mais c'est la faute de l'ouvrier et non de l'outil ; et la raison rejette à bon droit au cœur les reproches qu'on serait tenté de lui adresser.

Ici se présente une question souvent posée : La raison a-t-elle partagé la condition des autres facultés que notre chute a si gravement compromises? La raison est-ellealtéréfi î Médiatement, oui; immédiatement , non ; du mohis c'est mon sentiment. Notre raison est le rapporteur de nos sensations ; si nos sensations déposent mal, notre raison jugera mal aussi; et c'est ce qui arrive par l'obscurcissement de notre sens moral et le tumulte de nos passions ; le juge est incorrompu, mais il est mal informé. Et remarquez bien que là où les passions n'ont rien à faire , là où l'intérêt ne s'interpose pas, si d'ailleurs l'objet de notre jugement est à notre portée, nous jugeons bien; et. dans une grande variété d'individus, à travers une variété presque égale dans les degrés de l'intelligence , la raison conserve , sur les points essentiels , un caractère frappant d'identité. Développons la chose par un exemple que, pour le moment, nous présenterons comme une pure supposition. Rassemblons par la pensée un auditoire composé d'individus

ÇA- BU 9l.à» ATTRIBUÉ A PA3GAI.

de toute culture ^ mais sains d'esprit et suffisamment attentifs » et proposons-leur le fait suivant.

Douze hommes se présentent à un peuple , et lui disent : Nous avons un ami , qui est mort , et qui est ressuscité. Une grande rumeur s'élève. La résurrection d'un homme est un fait sans exemple , un fait qui sort d'une manière éclatante de l'ordre accoutumé des choses. Le premier mouvement est de nier. Cependant , le fait en lui-même n'est pas de ceux qu'on peut hardiment qualifier d'impossibles; car il ne renferme en lui aucune contradiction ; il ne contient pas à la fois négation et affirmation, et cela suffit; pour croire le fait possible , il suffit de croire en Dieu ; cela lève toute contradiction ; ceux donc qui croient en Dieu admettront la possibilité du fait. Toutefois il demeure hautement invraisemblable.

Cet homme qu'on dit ressuscité ne se présente point ; on n'a , sur la question , que le témoignage de douze hommes. Il est vrai que, dans bien des cas, le témoignage peut fonder une pleine certitude, mais à deux conditions : c'est que les témoins n'aient pas pu se tromper et n'aient pas voulu tromper. Voilà les deux questions à examiner dans le cas présent. Si une de ces -questions se résout par l'affirmative, ou toutes les deux, le fait demeure incertain. Si, au contraire, l'erreur ni la tromperie n'ont été possibles, il faut accepter le fait comme si on le voyait.

Première question : Ont-ils pu se tromper? Généralement parlant , on peut se tromper sur l'identité d'un personnage; mille expériences le prouvent. S'ils

DAMS LE LIVRE DES FEMSÉSS. £5

n'ont vu ce ressuscité que fugitivement, s'il n'a point parlé , s'ils le connaissaient peu auparavant , Terreur est concevable. Mais ce n'est point ici le cas. Avant sa mort , ils ont vécu familièrement avec lui , ils ont conversé avec lui des jours entiers, ils l'ont suivi comme son ombre ; ils connaissent les moindres détails de sa démarche, de son geste et de sa voix; nulle connaissance personnelle n'a jamais été plus intime. Ils l'ont vu mourir, ils l'ont vu mettre en terre , ils ont vu sceller son sépulcre , ils ont pleuré sur son tombeau, ils ne se préparaient point à le voir reparaître ; aucune prévision de ce genre n'a envahi ni même abordé leur esprit. C'est lorsqu'ils s'affligent de sa mort que le mort leur apparaît plein de vie. Dans la préoccupation de leur douleur, ils ne le reconnaissent point aussitôt; une telle pensée est trop .^ loin de leur esprit; l'un d'eux, n'en voulant pas y croire ses yeux , a recours à ses mains et les pose '^ dans les plaies du crucifié. Dès lors , le nouveau-né de la tombe converse , il vit avec eiix et avec d'autres amis , il reprend avec eux toutes les habitudes de sa vie antérieure; le jour, la nuit, il est avec eux; il renoue le fil interrompu de ses précédents discours ; il fait voir avec éclat l'identité de la personne dans l'identité de l'âme, et c'est après quarante jours passés dans ce commerce de tous les instants qu'il les quitte une seconde fois et pour toujours.

J'en atteste tous jnes auditeurs : ces douze hommes ont-ils pu se tromper ? Non ; mais ils ont pu nous tromper.

Ici deux principes demandent à être reconnus :

1** On ne trompe pas sans intérêt, encore moins contre son intérêt. — 2® Un imposteur est un caractère vil.

Si ces deux principes sont vrais , les témoins dont nous parlons ne peuvent être des imposteurs; s'ils ont été imposteurs , ces deux principes sont faux ; et comme il n'est point au monde de principes plus évidents, il s'ensuivrait qu'on ne peut , sur un sujet quelconque, se procurer la moindre certitude.

En effet, voici des imposteurs (pour nous placer un moment dans la supposition), voici des imposteurs qui trompent non-seulement sans intérêt, mais contre leur intérêt le plus évident. Il n'y a ni gloire ni profit à se déclarer pour cet homme ; eux-mêmes l'avaient si bien senti, qu'ils l'avaient renié captif, l'avaient fui crucifié, et avaient déserté en gémissant une cause trop dangereuse. On ne comprendrait pas même comment leur zèle et leur enthousiasme , si complètement éteints dans les ombres de son trépas, auraient pu se rallumer soudainement , si dans l'intervalle rien n'élait survenu. Qu'est-il survenu? Des réflexions? Mais des réflexions augmentent la peur ; des réflexions les eussent ramenés vers la fin ignominieuse de leur maître, vers le dénoûment lugubre de ses travaux, que dis-je? vers la conviction de son impuissance; car toute sa force est descendue dans le tombeau , et quant à la leur, qu'ils puisaient tout entière dans sa parole et dans ses regards, la source en est pour jamais tarie. Qui donc inspire à ces fugitifs de la veille, à ces amis

faibles , à ces cœurs timides , ce dévouement plein d'allégresse, cette ardeur triomphante? Est-ce le présent , est-ce l'avenir î Le présent , plein dé mépris et de dangers? L'avenir? Pierre, Paul et Jacques vont avec une imposture remuer leur nation , remuer le monde? Hélas! leur perspective la plus prochaine est un cachot, et un cachot sans gloire ! Et, si leur maître n'est pas ressuscité, qu'ont-ils à dire, que prétendentils? Régénérer le monde ! Le régénérer par une imposture ! Partir d'une imposture pour enseigner au genre humain la vérité, la candeur, le dévouement ! Chargés du poids d'un mensonge infâme, ils vont enseigner au monde la morale la- plus délicate et la plus pure ! Morale si pure que le cœur naturel de l'homme ne pourra la contempler sans frémir ! Morale si pure qu'elle sera contre eux un nouveau grief, et le plus fort de tous ! Il y a plus : ils l'observeront, cette morale ; ils vivront au monde comme n'y vivant point; ils se refuseront toute espèce de loyer, et même la gloire ; ils se refuseront les avantages que l'apparition d'une doctrine nouvelle pourrait leur procurer parmi les peuples ; bien loin de relâcher Tautorité des lois, ils vont sanctionner un pouvoir politique que ses abus semblent condamner ; bien loin de gagner pour eux les esclaves, ils renforcent, j'ose le dire , leurs chaînes ; ils ne soulèvent que les consciences , ils ne conspirent que contre le prince des ténèbres; ils font tout cela, méconnus, persécutés par ceux mêmes dont ils consacrent et affermissent l'autorité; en un mot, leur conduite, à la juger du

S8 DU thàK AinUCK A PASCAL

point de vue de Tintérét, est tellement absurde, qu'on ne peut l'expliquer que par le sentiment le plus élevé et le plus pur qui ait jamais feit agir des créatures humaines, sentiment dont la persévérance et le calme mettent la pureté au-dessus de tous les doutes ; et ces modèles d'une vertu sans exemple jusqu'alors, ne sont que de vils imposteurs !

Ajoutons une dernière observation. Plusieurs personnes peuvent se liguer pour un mensonge. Mais que ces personnes vivent une longue vie, dans des lieux très divers , dans des situations également diverses , et quelquefois en collision les unes avec les autres , sans que , dans une seule circonstance , une seule de ces personnes rétracte le mensonge dont elle est complice ; sans que ni la fatigue du plus pénible rôle , ni les menaces , ni la mort présente , les fassent varier sur ce point , cela est sans exemple , cela est moralement impossible ; ou bien il faut avouer que la certitude morale , l'un des gonds sur lesquels tourne toute la vie humaine, n'est qu'un mot vide de sens.

J'ose m'assurer que cette seconde supposition pa*raît à tout le monde aussi inadmissible que la première; et je crois que la question, sincèrement et mûrement examinée, appelle cette réponse : Ce que les Apôtres ont dit est la vérité (1).

Mais si leur maître est véritablement ressuscité ,

(1) On a cité la complaisance de Socrate pour des rictions religieuses. Cette complaisance reste encore k prouver; mais eiU-il en effet sacrifié quelque chose de sa pensée, s'il mentait c'était pour plaire; et si les Apôtres ont menti, il se trouve qu'ils ont menti pour déplaire.

BANS LB UVRB DB$ PESTSÉBS. 59

leur maître est Dieu. S'il est Dieu, il a pu faire pour eux des choses divines, et il a dû les faire. S'il les a envoyés dans le monde pour une œuvre , il leur a donné les moyens de l'accomplir. S'ils ont une parole à porter, cette parole est une parole divine. Cela seul m'engage à accorder aux enseignements de ces témoins une confiance religieuse. Mais voici un motif de plus : leur maître leur a promis que son Esprit les conduirait en toute vérité; ils ont rapporté cette promesse ; et vrais sur le' reste , ils ont dû être vrais sur ce point. Je les reconnais donc, dans leurs enseignements , comme les organes fidèles et autorisés de leur maître ; et sans discuter le mode de l'inspiration qu'ils en reçoivent , sans déterminer la part laissée à l'individualité et à l'humanité , je reconnais dans leur pensée la pensée même du Christ, et je soumets mes ténèbres à la lumière qu'ils empruntent du ciel. C'est ainsi que du fait de la résurrection, dûment constaté , se déduit l'autorité des Écritures du Nouveau Testament ; et cela par une série de déductions fort simples , qui ne le cèdent en liaison et en clarté à aucune de celles sur lesquelles reposent nos convictions les plus fermes , et auxquelles nous rattachons avec le plus de confiance les déterminations de notre volonté.

Nous avons cru qu'un seul exemple, présenté. avec quelque développement, rendrait plus sensible qu'aucun raisonnement la vérité que nous voulions établir, c'est que, pour constater l'authenticité d'une révélation , la raison humaine est compétente, et que si la

tâche qu'on lui impose à cet égard parait au-dessus de ses forces , ce n'est pas à elle qu'il faut s'en prendre.

Pascal n'attribue pas aux preuves de la religion l'évidence des vérités mathématiques, c Les prophé- € ties, les miracles mêmes et les autres preuves de € notre religion ne sont pas de telle sorte, qu'on € puisse dire qu'elles sont géométriquement convain- € cantes. » (II, xvii, 20.)

Pascal , en attribuant à la raison le droit et la ca* pacité que nous venons de reconnaître , n'a pas prétendu que tous reçussent la religion par la voie du raisonnement. Quelle est donc l'autre voie qu'il ad- \ met? Pensez-vous que ce soit la tradition? Non; la ! tradition n'est qu'un fait favorable à la religion , une circonstance qui la porte sous les yeux de l'homme , et provoque l'examen. On n'est pas croyant par tradition ; mais la tradition peut conduire à le devenir, soit qu'on examine la religion avec sa raison, soit qu'on la sonde ou qu'on la goule avec son cœur. Cette seconde voie , bien loin de lui paraître inférieure à la première , lui paraît au contraire la meilleure. Et il l'exprime en plusieurs endroits avec tant de force qu'on voit que c'était une de ses pensées de prédilection (1). Selon lui, ceux qui croient par le cœur croient aussi bien que ceux que la raison a convaincus. On doit même avouer qu'ils croient mieux. Une liqueur précieuse peut être désignée par la forme et l'étiquette cki vase qui la contient; et l'on peut s'en

(0 Voirn, VI, 6, 7,8.

tenir à ces marques extérieures ; mais celui qui , sans examiner ces marques Ta goûtée et en a éprouvé les effets qu'elle est destinée à produire, celui-là sans doute en sait tout ce qu'il en faut savoir. La vraie religion doit être en état de se prouver au cœur ; et c'est même là que tout croyant en doit venir (1) : jusqu'à ce qu'il ait essayé ce genre de preuve, il n'est pas croyant dans le sens qu'une religion exige. On peut donc admettre en principe que la vraie religion a pour le cœur une évidence qui est au-dessus de toute certitude différemment acquise ; seulement c'est un genre de conviction qui, n'ayant point été obtenue par le raisonnement , n'est pas susceptible de se communiquer par le raisonnement. Celui qui croit de cette manière ne saurait rien exiger de l'incrédule; mais il peut exiger de celui que la raison a rendu croyant, qu'il reconnaisse et respecte la légitimité de la croyance acquise par le cœur.

. " « Ceux à qui Dieu a donné la religion par senti- . < ment de cœur sont bienheureux et bien persuadés. c Mais pour ceux qui ne l'ont pas, nous ne pouvons c la leur procurer que par raisonnement, en attenc dant que Dieu la leur imprime lui-même dans le € cœur ; sans quoi la foi est inutile pour le salut. >

; (n, XVII, 17.)

(1) M La raison agil avec lenteur, et avec tant de vues et de principes différents qu'elle doit avoir toujours présents, qu'à toute heure elle s'assoupit ou elle s'égare, faute de les voir tous à la fois. 11 n'en est pas ainsi du sentiment; il agit en un instant, et toujours est prêt à agir. Il faut donc, après avoir connu la vérité par la raison^ tâcher de la sentir, et de mettre notre foi dans le sentiment du cœur; autrement elle sera toujours incertaine et chancelante. » (II, xvii, 62.)

Voilà d'après quels principes Pascal procédera à rexamen des diverses religions et à la recherche de la vraie. Mais vous ne croyez pas sans doute qu'il j

accordera indistinctement à toutes le même degré I

d'attention. Avant d'examiner une religion sous le rapport de l'authenticité de ses documents, il jettera un coup d'oeil dans son intérieur. Si elle ne promet pas, ou si après avoir promis elle n'offre pas la solution des grands problèmes qui l'ont déterminé à entreprendre cet examen ; si même elle ne paraît pas avoir connu les principales de ces difficultés, on peut, sans scrutation ultérieure, prononcer hardiment qu'elle n'est pas divine ; car ce qui est inutile ne saurait être divin, et ce qui est divin ne saurait être inutile. Si Dieu a parlé, ce ne peut être en vain ; s'il a parlé, c'est pour dissiper nos doutes et terminer nos angoisses ; s'il a parlé, c'est pour nous faire trouver en lui ce que nous ne pouvions trouver en nous. Une religion qui ne répond pas aux pressantes questions de la nature humaine, est déjà jugée.

Ce n'est pas que nous pensions qu'il y ait une religion qui soit dépourvue de toute vérité* Nous avons déjà dit, en commençant ce cours, qu'il n'est pas au pouvoir de l'humanité de créer une erreur pure. Toute religion est vraie en quelque point. Vraie sinon comme pensée divine, du moins comme pensée humaine. Et sous ce rapport, toute religion est une révélation. Mais celle-là seule est la vraie qui, d'un côté, a posé toutes les questions, et de l'autre, a répondu à toutes.

Si, dans le cours de mes recherches, je rencontre une religion qui ait connu toutes mes angoisses et les ait toutes exprimées, entendu tous mes cris et les ait tous répétés, je serai vivement attiré, mais non encore convaincu. Si elle offre une solution de tous les problèmes de ma nature, je ne puis savoir que cette solution est vraie, que de deux manières : ou par le témoignage de mon cœur, par l'expérience, démonstration victorieuse, mais incommunicable ; ou par une suite de recherches qui me prouvent l'origine divine des documents où cette solution est présentée.

Pascal a énuméré, dans l'article IV de sa seconde partie, ces marques de la véritable religion, ou, pour parler plus proprement, ces conditions dont l'absence condamne d'avance toute religion qui ne les renferme pas; mais il ne les passe en revue qu'au moment même où il examine directement la religion chrétienne : nous suivrons la même marche, et nous ne les indiquerons que lorsque, avec lui, nous serons arrivés à ce même point.

Ces règles posées, Pascal était appelé à nous entretenir des principales religions dont les débris jonchent la route des siècles ou qui sont encore aujourd'hui répandues sur la face de la terre. Ici, nouvelle et profonde lacune dans le travail de notre auteur. Quelques passages, semés ça et là dans des morceaux relatifs à d'autres sujets , marquent le vide plutôt qu'ils ne le remplissent. Si Pascal eût traité cette partie de son sujet, peut-être son esprit philosophique eût aisément ramené à quelques idées élémentaires

6k DU PLAN ATTRIBUÉ A PASCAL

ces diverses religions; peut-être eût-il fait ressortir dans chacune d'elles cette portion de vérité dont aucune n'est absolument privée ; peut-être, à côté du besoin qu'elles révèlent d'une direction pour la vie, eût-il remarqué une tendance contemplative qui fait de quelques-unes de ces religions des systèmes de philosophie ou de poétiques allégories. Pascal s'est borné à remarquer (II, iv, 3), que, parmi ces religions, les unes, donnant tout à l'extérieur, ne sont pas pour les gens habiles; que d'autres, purement intellectuelles, seraient plus proportionnées aux habiles, mais ne serviraient pas au peuple ; et ailleurs (D, VII, 1, alinéa 3), que les religions du monde n'ont ni morale qui puisse lui plaire, ni preuves qui puissent l'arrêter. C'est à peu près tout ce que présente, sur le sujet des religions, l'ouvrage que nous analysons. On sent que ce peu de paroles supposent, résument peut-être la discussion, mais ne sauraient la remplacer.

Quoi qu'il en soit, l'auteur se suppose parcourant les diverses religions de la terre, les rejetant les unes après les autres, et arrêté enfin dans cette revue rapide par la religion des Juifs ou plutôt par le livre de cette religion. Des caractères propres à ce livre attirent et fixent son attention. C'est dans le hvre même de Pascal qu'il faut chercher l'indication de ces différente caractères. Bornons-nous à signaler celui dont l'auteur est le plus frappé. L'humanité, dans ce livre, naît glorieuse ; mais sa déchéance suit de près sa gloire. Les traces de son ancienne gloire, le sillon brûlant de

la foudre qui Ta précipitée, se montrent sur toute sa race. Les contrastes de la nature humaine s'expliquent par cette déplorable histoire. Sa déchéance et sa misère sont incessamment constatées dans ce livre par les promesses qui lui sont faites de la part de Dieu de le relever de cette déchéance et de le tirer de cette misère. Tout, dans la lumière de cette révélation, rayonne en arrière vers une chute, en avant vers une restauration. C'est de cette donnée que part toute l'ancienne économie, c'est vers ce but aussi qu'elle se dirige tout entière. Ces promesses sans cesse répétées, toujours plus distinctes, m'entraînent de l'une à l'autre jusque vers un autre livre, où doit se trouver leur accomplissement. Là se trouve développé un système (car je ne l'appelle encore que système) où s'opère enfin la conciliation, la fusion des éléments discordants qui m'affligeaient dans la nature et la destinée humaines. Rapportons ici quelques-unes des pensées de notre auteur :

€ Il faut, pour faire qu'une religion soit vraie, qu'elle

€ ait connu notre nature ; car la vraie nature de

€ l'homme, son vrai bien, la vraie vertu et la vraie

€ religion, sont choses dont la connaissance est insé-

I € parable. Elle doit avoir connu la grandeur et la

\ € bassesse de l'homme^ et la raison de l'une et de

€ Tautre. Quelle autre religion que la chrétienne a

t^ € connu toutes ces choses? » (II, iv, 2.)

€ La vraie religion doit avoir pour marque d'oblic ger à aimer Dieu. Cela est bien juste. Et cependant € aucune autre que la nôtre ne l'a ordonné. Elle doit

66 DU PLAX ATTKIBIK A PASCAL

€ encore avoir connu la concupiscence de l'homme, € et Timpuissance où il est par lui-même d'acquérir € la vertu. Elle doit y avoir apporté les remèdes, € dont la prière est le principal. Notre religion a Êiit c tout cela ; et nulle autre n'a jamais demandé à € Dieu de l'aimer et de le suivre. » (H, iv, 1.)

€ Les autres religions, comme les païennes, sont € plus populaires, car elles consistent toutes en ex- € térieur : mais elles ne sont pas pour les gens ha- € biles. Une religion purement intellectuelle serait € plus proportionnée aux habiles ; mais elle ne ser- € virait pas au peuple. La seule religion chrétienne € est proportionnée à tous, étant mêlée d'extérieur et € d'intérieur. Elle élève le peuple à l'intérieur , et € abaisse les superbes à l'extérieur ; et n*est pas par- € faite sans les deux : car il faut que le peuple entende « l'esprit de la lettre , et que les habiles soumettent € leur esprit à la lettre, en pratiquant ce qu'il y a € d'extérieur. > (II, iv, 3.)

< Nous sommes haïssables : la raison nous en € convainc. Or, nulle autre religion que la chrétienne € ne propose de se haïr. Nulle autre religion ne peut « donc être reçue de ceux qui savent qu'ils ne sont « dignes que de haine. Nulle autre religion que la < chrétienne n'a connu que l'homme est la plus exj « cellente créature, et en même temps la plus misé- * « rable. Les uns^ qui ont bien connu la réalité de « son excellence, ont pris pour lâcheté et pour ingra- « titude les sentiments bas que les hommes ont nature rellement d'eux-mêmes ; et les autres, qui ont bien

€ connu combien cette bassesse est effective, ont « traité d'une superbe (1) ridicule ces sentiments de € grandeur, qui sont aussi naturels à l'homme. Nulle « religion que la nôtre n'a enseigné que l'homme « naît en péché; nulle secte de philosophes ne l'a « dit : nulle n'a donc dit vrai. » (II, iv, 4.)

« Les philosophes ne prescrivaient point des sen- « timents proportionnés aux deux états. Ils inspi- « raient des mouvements de grandeur pure, et ce « n'est pas l'état de l'homme. Ils inspiraient des mou- « vements de bassesse pure, et c'est aussi peu l'état <r de l'homme. Il faut des mouvements de bassesse, « non d'une bassesse de nature, mais de pénitence ; « non pour y demeurer, mais pour aller à la gran- « deur. Il faut des mouvements de grandeur, mais « d'une grandeur qui vienne de la grâce, et non du « mérite, et après avoir passé par la bassesse. » (II, V, 10.)

< Nul n'est heureux comme un vrai chrétien, ni « raisonnable, ni vertueux, ni aimable. Avec com- « bien peu d'orgueil un chrétien se croit-il uni à « Dieu? Avec combien peu d'abjection s'égale -t-il « aux vers de la terre? — Qui peut donc refuser à « ces célestes lumières de les croire et de les adorer? « Car n'est-il pas plus clair que le jour que nous sen- « tons en nous-mêmes des caractères ineffaçables « d'excellence? Et n'est -il pas aussi véritable que « nous éprouvons à toute heure les effets de notre « déplorable condition? Que nous crie donc ce chaos

(0 Orgueil.

€ et cette confusion monstrueuse, sinon la vérité de € ces deux états, avec une voix si puissante, qu'il est € impossible d'y résister? i (II, v, 11.)

L'auteur n'a pas prétendu donner à ces différentes considérations plus d'autorité que n'en peuvent avoir, en justice, des présomptions très fortes. Peiit-étre est-il demeuré en deçà de ce qu'en bonne philosophie il lui était permis de prétendre. Peut-être la seule religion qui ait donné sur l'état de l'homme un système complet et parfaitement lié, est-elle nécessairement la vraie religion. Peut-être l'observation que ce cercle, impossible à fermer par tous les systèmes, est définitivement fermé par le dogme de la croix, et par ce dogme exclusivement, devrait suffire aussi à fermer la discussion. Peut-être l'étude des effets moraux de l'application de ce dogme par le cœur humain, doit conduire notre raison à l'adopter. Peut-être la vue de l'harmonie rétablie dans une âme, je dis dans une seule, par le dogme de la rédemption, est-elle la preuve que le christianisme est bien le remède inventé de Dieu pour mettre fin à nos discordances intérieures. Peut-être, en un mot, que dans ces observations réside une démonstration suffisante, une apologie entière. Pascal néanmoins ne répute pas commencée la démonstration qu'il a en vue, parce que cette démonstration est calculée pour les besoins de la raison pure. Il croit seulement que ce qu'il a dit est bien propre à disposer ses auditeurs à écouter avec bienveillance, et même avec un vif intérêt, ce qui lui reste à dire; il croit même que, par-

venus à ce point, ils doivent désirer que la religion chrétienne, examinée comme fait historique, se trouve aussi vraie qu'elle est belle.

Ici donc et seulement ici commence, chez Pascal, ce qui chez d'autres écrivains réclame exclusivement le titre d'apologie. Il ne peut pas entrer dans notre plan d'analyser cette partie; elle est peu susceptible d'extraits. Nous nous contenterons de dire que, dans cet examen esquissé des preuves historiques du christianisme, les idées originales, les aperçus lumineux abondent. Malheureusement le travail est bien loin d'être complet. On pourra juger de ce qu'il devait embrasser, par le résumé suivant qui est de l'auteur lui-même :

« Il est impossible d'envisager toutes les preuves € de la religion chrétienne ramassées ensemble, sans € en ressentir la force, à laquelle nul homme raison- « nable ne peut résister.

€ Que l'on considère son établissement ; qu'une € religion, si contraire à la nature, se soit établie € par elle-même si doucement, sans aucune force, € ni contrainte, et si fortement néanmoins qu'aucuns € tourments n'ont pu empêcher les martyrs de la « confesser; et que tout cela se soit fait, non-seule- € ment sans l'assistance d'aucun prince, mais malgré « tous les princes de la terre, qui l'ont combattue.

€ Que l'on considère la sainteté, la hauteur et € l'humilité d'une âme chrétienne. Les philosophes « païens se sont quelquefois élevés au-dessus du reste « des hommes par une manière de vivre phis réglée.

^% DU FLAN ArmiBOE A PASCAL

et par des sentiments qui avaient quelque conformité avec ceux du christianisme. Mais ils n'ont jamais reconnu pour vertu ce que les chrétiens appellent humilité, et ils l'auraient même crue incompatible avec les autres dont ils disaient profession. Il n'y a que la religion chrétienne qui ait su joindre ensemble dès choses qui avaient paru jusque-là si opposées, et qui ait appris aux hommes que, bien loin que l'humilité soit incompatible avec les autres vertus, sans elle toutes les autres vertus ne sont que des vices et des défauts.

€ Que l'on considère les merveilles de l'Écriture sainte, qui sont infinies, la grandeur et la sublimité plus qu'humaine des choses qu'elle contient, et la simplicité admirable de son style , qui n'a rien d'affecté, rien de recherché, et qui porte un caractère de vérité qu'on ne saurait désavouer.

€ Que Ton considère la personne de Jésus-Christ en particulier. Quelque sentiment qu'on ait de lui, on ne peut pas disconvenir qu'il n'eût un esprit très grand et très relevé, dont il avait donné des marques dès son enfance, devant les docteurs de la loi : et cependant, au lieu de s'appliquer à cul- « tiver ses talents par l'étude et la fréquentation des € savants, il passe trente ans de sa vie dans le travail « des mains et dans une retraite entière du monde ; « et pendant les trois années de sa prédication, il « appelle à sa compagnie et choisit pour ses apôtres <r des gens sans science, sans étude, sans crédit; et « il s'attire pour ennemis ceux qui passaient pour

« les plus savants et les plus sages de son temps, € C'est une étrange conduite pour un homme qui a « dessein d'établir une nouvelle religion,

« Que l'on considère en particulier ces apôtres « choisis par Jésus-Christ, ces gens sans lettres, sans « étude, et qui se trouvent tout d'un coup assez sa- € vants pour confondre les plus habiles philosophes, « et assez forts pour résister aux rois et aux tyrans € qui s'opposaient à l'établissement de la religion « chrétienne qu'ils annonçaient.

« Que Ton considère cette suite merveilleuse de € prophètes qui se sont succédés les uns aux autres « pendant deux mille ans, et qui ont tous prédit en « tant de manières différentes jusques aux moindres « circonstances de la vie de Jésus-Christ, de sa mort, € de sa résurrection, de la mission des apôtres, de « la prédication de l'Évangile, de la conversion des € nations, et de plusieurs autres choses qui concer- « nent l'établissement de la religion chrétienne çt € l'abolition du judaïsme.

« Que l'on considère T accomplissement admirable

€ de ces prophéties , qui conviennent si parfaitement

^ « à la personne de Jésus-Christ , qu'il est impossible

. « de ne pas le reconnaître^ à moins de vouloir s'aveu-

€ gler soi-même.

« Que l'on considère l'état du peuple juif, et de- « vant et après la venue de Jésus-Christ, son état € florissant avant la venue du Sauveur et son état t plein de misères depuis qu'ils l'ont rejeté : car ils € sont encore aujourd'hui sans aucune marque de

« religion , sans temple , sans sacrifices , dispersés € par toute la terre , le mépris et le rebut de toutes < les nations.

€ Que Ton considère la perpétuité de la religion « chrétienne , qui a toujours subsisté depuis le com- € menceraent du monde , soit dans les saints de € TAncien Testament , qui ont vécu dans l'attente de € Jésus-Christ avant sa venue; soit dans ceux qui € l'ont reçu , et qui ont cru en lui depuis sa venue : « au lieu que nulle autre religion n'a la perpétuité , « qui est la principale marque de la véritable.

€ Enfin , que Ton considère la sainteté de cette reli- « gion, sa doctrine, qui rend raison de tout jusques € aux contrariétés qui se rencontrent dans Thomme , « et toutes les autres choses singulières , surnaturelles € et divines qui y éclatent de toutes parts.

« Et qu'on juge après tout cela s'il est possible de € douter que la religion chrétienne soit la seule vé- « ritable , et si jamais aucune autre a rien eu qui en € approchât. » (II, iv, 12.)

Notre analyse a laissé en dehors de son enceinte quelques morceaux qui sans doute entraient dans le plan de l'ouvrage , sans que nous puissions bien déterminer la place qu'ils auraient occupée. Les plus remarquables sont les suivants : De Jésus-Christ (c'est le morceau si connu sur les trois ordres de grandeur). — Dessein de Dieu de se cacher aux uns et de se découvrir aux autres. (II, xm, 1.) — On ne connaît Dieu utilement que par Jésus-Christ. (Il , xv, 2.)

C'est aussi un passage digne d'être médité que

celui où Pascal établit que la conversion, bien loin d'être un échange des joies du monde contre des tristesses , est au contraire le passage de la tristesse ou d'une fausse joie à la joie véritable , et que l'attrait de cette joie est ce qui porte le converti vers l'Évangile et l'y retient. (II, xvii, 28. Voir aussi n, xvn,72.)

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