SUR LES DEUX PROPOSITIONS PRÉCÉDENTES
Nous présentons ces faits et ces observations aux jeunes gens pour leur montrer qu’après tant de travaux faits par nos devanciers, qu’en présence de tant de difficultés à vaincre, il y aurait présomption sanségale à un artiste, quelles que soient d’ailleurs ses capacités, de croire qu’il parviendra d’un seul coup à vaincre toutes ces difficultés, à changer complètement la face des choses; de telles prétentions prouvent par dessus tout qu’on n’a pas encore étudié la matière.
Sans doute un artiste de mérite pourra faire une bonne pendule avec un échappement libre, une suspension isochrone; et ses partisans diront aussitôt qu’elle aura marché six mois. La voiià.
Mais ce même artiste accepterait-il la proposition qu’on lui ferait de mettre six pendules pareilles à côté de six autres, avec des échappements à repos, faites par un bon peiululier, et de voir ce que ce concours donnerait après trois ans d’é-
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preuves? Nous n’hésitons pas à prédire que ces dernières
l’emporteraient.
Nous ne disons pas cependant qu’un jour la pendule i\ seconde n’aura fait des progrès, mais rien dans l’échappement libre tel qu’on le possède aujourd’hui, et dans ce qui a été fait et dit de l’isochronisme des oscillations par la suspension, ne le présage pour une époque prochaine; et nous prédisons volontiers qu’il faudrait plus d’un siècle pour y arriver réellement.
Il y a vingt ans, je consacrai plusieurs années consécutives à l’étude de la pendule, et je construisis pour les différentes questions que je voulais examiner, des pendules à demi-seconde. Quoiqu’ayant, dès lors, connaissance des travaux de plusieurs artistes, et du peu de succès qu’il y avait à espérer, soit de l’isochronisme par la suspension, soit de l’échappement libre, je voulus voir, par des recherches pratiques, au juste ce qu’il en était, et ce sont ces mêmes recherches qui m’ont enseigné ce que je viens aujourd’hui communiquer aux jeunes gens. Je désire vivement leur éviter les dépenses et les travaux inutiles auxquels se sont livrés tant d’autres artistes qui ont précédé notre époque.
L’isochronisme des oscillations du pendule par la suspension ne pourrait résulter que d’une suspension diminuant une partie de l’action de la pesanteur pour lui substituer une force élastique, tandis que dans la composition et l’exécution d'une horloge astronomique, le pendule doit être construit de telle manière que tout ce qui s’appose à la libre action de la pesanteur soit réduit le plus jmsible.
Nous avons montré d’autre part que dans l’état anomal, alors seulement que l’isochronisme pourrait paraître utile (dans l’état normal il est inutile), il était encore nuisible puisque, sur les trois cas possibles, un seul lui est en partie favorable.
Bien plus, personne ne conteste que l’isochronisme et l’échappement à repos soient incompatibles (1), et puisque
(t) M. Laugier le dit formellement h la fin de son Mémoire, nonobstant ce
nous avons montré que l’échappement libre était une chimère dans l’état actuel de l’art, il en résulte encore sous ce rapport la nécessité de renoncer à l’isochronisme des oscillations parla suspension.
Be l’i«oelir*nisme de* oscillations du pendule produit par l'action de la pesanteur.
La question de l’isochronisme des oscillations du pendule m’a longtemps préoccupé. A l’époque à laquelle j’ai fait beaucoup d’études sur la pendule, un fait frappa mon attention et me suggéra l’idée énoncée ici en peu de mots, et que j’ai présentée et expliquée à plusieurs de mes confrères à l’exposition de 1844.
Ayant suspendu à une partie de la fourchette d’une pendule un petit poids à l’extrémité d'un fil de laiton, ce petit appareil devint lui-même un pendule et oscillait avec une très-grande régularité, faisant un nombre d’oscillations beaucoup plus grand que celui du pendule, sur la marche duquel il exerçait une influence par son oscillation (1).
J’en conclus qu’il ne serait pas impossible de construire une horloge de telle manière que son pendule portât deux autres petits pendules libres, c’est-à-dire sans aucune communication avec l’horloge que par le pendule principal, et de les mettre dans des conditions telles que, plus l’amplitude des arcs du pendule principal augmenterait, plus l’action des deux pendules auxiliaires ou satellites tendrait à accélérer l’oscillation, condition de toutes les constructions pour arriver à l’isochronisme.
Dans ce but, je construisis un pendule, sur la verge duquel, et très-près du crochet de suspension, je plaçai un coulant,
qui est (lit à la page 3 ; il n’y a dans ces deux points que l’apparence d’une contradiction. C’est la fin du Mémoire qu’il faut examiner.
(1) A l’exposition de 1819, M. Calaud aîné a présenté une pendule dans laquelle il a introduit u n petit pendule auxiliaire. Nous en parlerons plus loin.
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portant en avant et en arrière une potence qui pouvait s’élever plus haut que la suspension du pendule principal; chacune de ces potences portant également une suspension à laquelle s’accrochait un des deux satellites. De cette construction il résulte trois pendules, pouvant osciller dans trois plans parallèles.
Le coulant qui porte les suspensions des deux satellites peut monter et descendre £ volonté, de manière que l’axe de rotation des deux satellites soit placé plus haut que Taxe de rotation du pendule principal; en le descendant, on peut l’amener à la hauteur de celui-ci ; enfin, en le descendant encore, on le placera à une hauteur moindre.
Fig. I. 1 er cas. — Plus l’amplitude des arcs augmentera et plus leur durée augmentera, car C étant l’axe de rotation du pendule, C’ est le point de suspension du satellite, dont la masse agit par le levier C C’ pour soutenir en l’air et empêcher de descendre la lentille L, sollicitée à descendre par l’action de la pesanteur. Ainsi, dans ce cas, l’action de la pesanteur sur le pendule principal est diminuée par l’action que la pesanteur elle-même exerce sur le satellite.
Fig. 11. 2' cas. — Si l’on suppose une coïncidence parfaite entre les deux centres de rotation, celui des satellites et celui du pendule principal, et que ce mouvement de rotation s’opère, comme on peut le concevoir, par la pensée, mais ce qui serait impossible dans la pratique, autour d’un axe idéal, le pendule principal oscillera, mais les satellites seront sans mouvement.
Fig. 111. 3 e cas. — En faisant descendre le coulant et plaçant ainsi la suspension des satellites au-dessous de la suspension du pendule principal, comme dans la figure 3, plus l’amplitude des arcs augmentera et plus l’action de la pesanteur sur le satellite augmentera et accélérera l’oscillation du pendule principal, qui réagit dans le même sens sur les satellites.
Ceci n’a lieu qu’en mettant toutes choses dans le rapport convenable de longueur, de masse et de position.
le m’occupais de ce travail lorsque Paris fut frappé du
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choléra, en 1832; atteint d'une longue maladie qui me priva de tout travail pendant deux ans, je fus forcé de l’abandonner. Par les travaux auxquels je me suis livré, j’ai la pensée qu’on pourrait trouver dans cette idée première un moyen d’améliorer la marche des pendules, moins peut-être sous le rapport de l’isochronisme des oscillations que sous celui de la puissance du pendule, dont la masse, étant ainsi divisée, n’aurait pas l’inconvénient des affaissements qui ont lieu dans bien des cas; la correction des effets de la température serait plus parfaite, car elle serait la moyenne de trois pendules. Sous ce rapport, cette construction présenterait plus d’avantages que celle des pendules doubles qu’on a construits et qui avaient l’inconvénient de ne pouvoir marcher qu’à l’aide d’une suspension vicieuse.
Qu’il me soit permis de dire que de même qu’on n’est parvenu à bien corriger les effets des changements de température que par les effets de la température eux-mêmes réduits à leur action en sens invers, et sans mécanisme, dans tous les bons compensateurs, de même il est probable qu’on ne parviendra à produire l’isochronisme des oscillations du pendule qu’en augmentant les effets de la pesanteur par un moyen puisé dans la pesanteur elle-même.
Je ne présente point ceci comme une chose faite, positive, donnant des avantages que j’aie déterminés par expérience, mais comme une idée neuve, dans laquelle je crois qu’il y a quelque chose à puiser, surtout si l’on pense devoir rendre les grands et les petits arcs isochrones, quoique je ne considère point cet isochronisme comme utile en pendule dans l’état actuel de l’art.
Ce fut à l’exposition de 1844 que je présentai un pendule avec deux satellites oscillant par le seul effet du pendule principal. Je le fis comme simple communication à mes confrères, n’ayant pas le temps de m’occuper de cette matière,
DES PERFECTIONNEMENTS