‹ Études sur diverses questions d'horlogerieChapitre 12 sur 64 · A INTRODUIRE · texte numérisé non relu

A INTRODUIRE

Dans l’art de perfectionner une machine en général, et en particulier une montre ou une pendule, il est de règle de commencer par le défaut le plus capital, de voir par expérience l’amélioration obtenue par des modifications apportées dans ce but, pour ne passer à l’étude de la correction d’un autre défaut que quand on est bien assuré d’avoir réussi pour le premier.

Pour travailler sérieusement et utilement au perfectionnement des pendules à secondes, il faudrait d’abord, avant d’aller chercher des éléments tels que l’échappement libre, dont la grande complication présente à chaque pas de nouvelles sources de difficultés, et une suspension isochrone qui ne peut fournir une propriété qu’en sacrifiant une partie de l’action de la pesanteur qui fait tout le mérite du pendule, avant, disons-nous, d’aller chercher aussi loin le perfectionnement des pendules, ne serait-il pas plus rationnel de les étudier au point où elles sont et de chercher s’il ne s’y trouve pas des vices que nous n’apercevons pas au premier coupd’œil, en raison de la grande habitude que nous avons de les voir?

Alors on remarquerait bientôt que ces machines réclament des perfectionnements importants qui conduiraient à une amélioration à la marche. Et si l’on considère que la marche de ces machines, déjà très-belle, peut faire encore un pas vers la perfection, par des moyens qui n’ont rien d’aventureux, on sera fort tenté de travailler au perfectionnement de la pendule par de simples modifications bien raisonnées de ce qui existe, au lieu d’entrer dans les voies incertaines que nous venons de désigner.

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Nous indiquerons à ceux qui voudraient s'en occuper quelques-uns des points qui, dans nos études personnelles et pratiques sur cette partie de l’horlogerie, nous ont semblé demander des modifications, tels sont le volume donné à ces machines, la partie nommée cadrature ou minuterie, les proportions de l’échappement, la masse du régulateur, le mode de transmission de la force de la machine ou régulateur, etc.

Du volume de la machine.

Dans une machine qui doit mesurer le temps avec précision, les frottements sont une chose si importante à considérer qu’on doit, autant que possible, réduire la masse des mobiles, afin de réduire la pression résultant de cette masse sur les pivots. Personne ne contestera ce point. Pourquoi donc donner aux mobiles d’une pendule à secondes des dimensions et des masses bien au-delà de ce qui est nécessaire? Une montre marine nécessite pour marcher pendant un jour I une force égale à celle qui fait marcher une pendulependant cinq ou six jours. Le rouage d’une montre marine est incomparablement plus petit que celui d’une pendule; de deux choses l'une, ou il est beaucoup trop petit, ou celui de la pendule est beaucoup trop grand et trop lourd. C’est ce dernier cas qui est le véritable, on gagnerait à le réduire; essayons de le démontrer.

En comparant une pendule à secondes avec une horloge de clocher dont les deux pendules seraient de même longueur et de même poids, on est frappé de voir dans l’horloge de clocher une force motrice incomparablement plus grande, et ne donnant cependant que le même résultat, puisque les deux pendules sont supposés dans des conditions identiques.

Cette surabondance de force est nécessitée en grande partie par des mobiles beaucoup plus grands et plus lourds, des pivots plus gros, d’où résultent des résistances qui absorbent une quantité considérable de force motrice d’une manière variable, et par conséquent très-préjudiciable à la précision

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du la marche. Les grandes et lourdes aiguilles de ces machines, et autres circonstances qui les entourent, concourent liiun à exiger de la force, mais enfin les causes ci-dessus y contribuent pour une bonne partie.

L’inertie que présentent des mobiles aussi grands et aussi pesants est non-seulement une grande perte de force, mais une cause de perturbation dans la marche de la pièce. Par exemple, la roue d’échappement ne peut alors partir instantanément pour donner l’impulsion au pendule, qui, pendant une partie du temps consacré à la levée, passe et se soustrait à l’action de la roue. M. Wagner l’a démontré dans son grand travail sur les échappements.

Une multitude de causes rend variable cette quantité de temps perdu pour la levée; ce qui modifie la durée de l’oscillation.

Cet effet, très-sensible dans les grosses horloges de clocher, n’en existe pas moins dans les pendules à secondes; il est d’autant plus grand que les mobiles ont plus de grandeur et de masse; il est donc on ne peut plus important de les réduire, puisque d’ailleurs cette grandeur et cette masse ne sont justifiées par rien.

l)e la eadrature ou minuterie.

Cette partie présente encore une masse énorme de matière qu’il serait bien facile de diminuer considérablement en ne mettant pas les heures, les minutes et les secondes concentriques; toute cette masse roule sur des canons d’un grand diamètre, où l’on ne peut mettre de l’huile ; bien plus, elle est menée par l’avant-dernier mobile qui a peu de force. Une ca drature, telle qu’on la fait dans les pendules ordinaires de commerce, est mieux raisonnée ; mais elle n’admet pas la seconde concentrique. Si l’aiguille des secondes est la plus importante, lorsque la pendule est destinée aux astronomes, pourquoi ne pas la mettre alors au centre seule, et les heures elles minutes par un petit cadran excentrique? Si, aueon-

PERFECTION N EM ENT

traire, ia pendule est destinée à l’usage civil, pourquoi ne pas mettre la seconde par un cadran excentrique, comme on le faisait au commencement du siècle dernier? Il y a encore d’autres moyens de diminuer les divers inconvénients qui résultent de cette concentricité d’aiguilles; nous n’entreprendrons pas de les développer en détail.

Dans nos derniers chronomètres, nous avons transformé toute la minuterie, plaçant l’aiguille de minute à frottement sur un pivot prolongé à la roue du centre, et l'aiguille d’heure sur le pivot prolongé d’une roue de renvoi mise en cage avec les autres mobiles; cette disposition nous a tellement satisfait que nous n’en emploierons pas d’autres. Ce qui serait le mieux dans une pendule à secondes serait d’avoir les trois cadrans séparés.

Iles proportion» de l’échappement.

Les proportions de l’échappement sont un des points qu’il importe le plus d’étudier, et c’est une des choses qui a le moins fixé l’attention des constructeurs. On voit des pendules à secondes dont les bras de levier de l'échappement ont jusqu’à 15 centimètres; d’autres, dans lesquels ils n’en ont que 5. Cette différence de longueur doit être considérée sous deux points de vue différents qui constituent les deux effets de l'échappement, la levée et le repos.

M. Wagner a démontré, dans un Mémoire sur les échappements, publié en 1847, que Faction de la roue d’échappement sur le plan incliné de la pièce d’échappement était la même, quelle que soit la longueur des leviers (1), ou du moins que, s’il y avait une différence, elle était tellement minime qu’on devait en tenir peu de compte. Ce principe, fort bien développé par l’auteur, semble autoriser l’emploi de leviers d’une longueur arbitraire.

(1) Je crois que ccttc question a été traitée par Alexandre Cumming, dans un ouvrage in-t* publié en Angleterre en 1766.

Mais nous avions envisagé la question sous l’autre point de vue, celui du repos, et, dans un Mémoire que nous avons présenté en 1830 à la Société d'encouragement, nous avons montré que, considérée sous le rapport des repos, la longueur des leviers avait la plus grande importance ; que plus cos bras de leviers étaient longs, plus la durée naturelle des oscillations du pendule était augmentée par la pression de la roue sur les repos; qu’ainsi le pendule s’éloignait d’autant plus des conditions du pendule libre, qui est l’état normal dont on doit se rapprocher.

Nous avons montré encore que dans les pendules à ressort, où la force motrice est inégale, la marche de la pièce est d’autant plus altérée par cette inégalité de force, que les bras de levier sont plus longs, et qu’enfin les perturbations dans la marche de la pièce, en ce qu’elles proviennent des changements dans l’intensité de la force motrice, sont proportionnelles à la longueur des leviers de l’échappement; qu’ainsi il importe de tenir les leviers de l’échappement aussi courts que possible.

Nous avons pris pour base, sur laquelle on devrait déterminer la longueur des leviers, la longueur du pendule v parce que c’est entre ces deux quantités que le rapport doit être établi, la longueur du pendule étant la seule constante dans la machine, toutes les autres pouvant varier, et, d’après nombre d’observations, nous avons dit dans ce Mémoire que la longueur des leviers de l’échappement, pour être dans les meilleures conditions possibles, devait être entre 1/20 ou 1 /25 de la longueur du pendule.

Nous ajouterons ici, pour répondre à un passage de M. Wagner, que si l’on tient à ce qu’il y ait un certain rapport dans l’écartement des dents entre elles, ainsi qu’il le dit, on peut facilement suivre son principe en même temps que celui que j’ai posé, puisqu’il est toujours facile de faire varier le diamètre de la roue lorsqu’on trace le calibre de la pièce, mais qu’on ne peut changer la longueur du pendule.

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Ile Im ninsse du pendule.

H n examinant les différentes phases sous lesquelles le pendule s'est présenté depuis son application à l’horloge, on sera peut-être conduit à le modifier encore.

Les premiers échappements à recul obligeaient à le faire très-léger; un pendule à secondes pesait quelquefois moins de 100 grammes. Lorsque l’invention des échappements à repos se fut répandue au milieu du siècle dernier, on donna au pendule une niasse énorme, lui faisant décrire de trèspetits arcs. De Rivaz introduisit ce système, ou tout au moins contribua beaucoup à le répandre. Peu de temps après, les publications de Ferd. Berthoud contribuèrent à l’accréditer. Un ne fit que des pendules excessivement lourds (du poids de 23 kilog., et même plus), avec des suspensions à couteau. De telles machines se détruisirent de toutes parts, et, bien qu’elles donnassent des résultats satisfaisants pour l’usage civil, elles n’avaient pas la précision que la science était en droit de leur demander. Les horlogers capables comprirent bientôt que la masse énorme du pendule n'était pas utile; que la suspension à couteau était un organe trop facilement altérable, qui ne présentait aucune sécurité. Ils diminuèrent de moitié au moins la masse du pendule et le suspendirent par des ressorts.

Ferd. Berthoud, qui avait contribué à répandre la suspension à couteau par les erreurs qu’il avait publiées, comme des principes immuables, dans son Essai sur l'horlogerie, ne tarda pas à l’abandonner comme vicieuse et bien inférieure à celle à ressort, et, chose remarquable! c’est qu’il y a plus de soixante ans qu’il a reconnu son erreur, et des horlogers petissiers (en petit nombre, il est vrai), qui devaient être bien informés à cet égard, veulent aujourd’hui la suspension à couteau, s’appuyant sur l’opinion de ce même Ferd. Berthoud et sur ses expériences rapportées dans V Essai sur l horlogerie et condamnées par lui.

Des pcnduliers fort habiles n’excèdent pas aujourd’hui le

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poids de 7 ou 8 kilog. ; nous ne doutons pas qu'on puisse encore le réduire considérablement. Des expériences, concluantes pour nous, nous ont montré qu’une lentille de 2 kilog., tout étant bien disposé, pouvait être employée et donner tout autant de régularité qu’en aurait la machine avec une masse plus grande.

En effet, la puissance du régulateur n'est pas une quantité absolue, mais bien une quantité relative aux obstacles qu’il a à vaincre. Ainsi, on augmentera réellement la puissance du régulateur lorsqu’on diminuera les résistances, et d’une manière plus avantageuse que si, laissant les résistances les mêmes, on augmentait la masse du régulateur.

Nous nous sommes convaincu par expérience que la mise en pratique de ce principe présentait des avantages réels dans les deux genres d’horlogeries, montres et pendules, pourvu que l’application en fût faite dans les conditions convenables à chacun, c’est-à-dire selon les bons principes qui lui sont propres.

Ferd. Berthoud dit dans son Supplément au Traité des montres à longitudes, publié en 1807, page 77 : « J’ai observé par expérience que la suspension à couteau, dans les courts pendules, est sujette à plusieurs défauts qui influent sur la justesse de l’horloge; car, en réglant l’horloge, le couteau se dérange dans sa rainure et n’a pas une position fixe, il vaut donc mieux se servir de celle à ressort, et c’est ce que j’ai fait depuis. »

Dans le volume que je possède, en marge de cet article se trouve une note manuscrite de Janvier, qui reproche à l’auteur d’avoir induit en erreur par ce qu’il a écrit à ce sujet. En effet, dans son Essai sur l’horlogerie, imprimé il y a près d’un siècle, Ferd. Berthoud avait vanté la suspension à couteau. Pour éviter toute erreur, nous avertissons le lecteur qu’il y a bon nombre d’exemplaires de l 'Essai sur l’horlogerie dont le titre a été refait et porte la date de 1786, tandis qu’il n’y a que le titre qui soit réellement imprimé dans cette année, tout le reste étant ancien. C’est une manœuvre trèsconnue en librairie.

PERFECTIONNEMENT

Trantmiifiioii de la foree de la machine, au ré gulateur, au pendule.

A chaque oscillation du pendule, le moteur transmet, par l'intermédiaire du rouage et de l’échappement, à ce pendule une petite somme de force motrice nécessaire à remplacer celle qu’il a perdue dans l’oscillation qui vient de s’effectuer. Cette impulsion se donne par l’intermédiaire de la pièce nommée fourchette qui touche au pendule. La fourchette est en réalité un petit pendule communiquant avec le pendule.

Pour que le contact ait lieu dans les meilleures conditions possibles, il faut principalement qu’il soit constant, sans frottement; que le centre de rotation de la fourchette et du pendule soit dans une même droite; qu’il ne puisse pas se faire de destruction ni d’affaissement dans les deux parties en contact.

Ces conditions ne sont pas remplies, même dans les pendules de prix. La difficulté de les réunir rigoureusement et de porter en ce point une perfection idéale est telle que presque tous les horlogers ont cherché à supprimer la fourchette et à placer l’échappement sur le pendule. Parlons un instant des tentatives faites pour supprimer la fourchette, nous reviendrons ensuite à cette partie essentielle de la machine.

Ferd.Berthoud,Breguet, qui dans ses pendules dites à trois roues avait disposé les choses dans des conditions parfaites sous ce rapport , Laresche (connu seulement pour ses réveils) avaient fait des essais en ce genre, et nombre d’autres petissiers et penduliers se sont trop inquiétés d’une source d’anomalie, qui peut, sans trop de peine, être réduite à l’impuissance de nuire sensiblement. On eût fait un plus grand pas vers la perfection en consacrant une moitié du travail entrepris pour tout changer, si l’on eût fait quelques efforts pour réduire les inconvénients qui résident en ce point.

Il y a surtout à ce sujet une erreur capitale commise, et que nous devons signaler : Les personnes peu expérimentées en pendules ont cru qu’en supprimant la tige d’ancre et ses

deux pivots on simplifiait la machine. A ces deux pivots de tige d’ancre, on a substitué une difficulté considérable d’exécution pour placer l’échappement sur le pendule. La simplification réelle, judicieuse, réside non dans la suppression d’une tige, d’une roue, de deux pivots, ce sont des bagatelles d’exécution ; la simplification doit porter avant tout sur les fonctions que les organes de la machine ont à remplir pour les rendre faciles. Placer l'échappement sur le pendule n’est certes pas faciliter ou simplifier l’exécution ou la fonction, c’est, au contraire, créer une difficulté considérable ; aussi ce prétendu perfectionnement, nombre de fois proposé, est toujours tombé de lui-méme lorsque les artistes qui le reproduisaient, après tant d’autres, ont eu mieux étudié les choses et ont reconnu, comme on l’avait fait avant eux, qu’une tige d’ancre valait beaucoup mieux. L’un des motifs quiavaientété donnés à l’appui de la suppression de la tige d'ancre était que par l’épaississement de l’huile aux pivots il devait y avoir altération de la marche de la pièce. C’est encore là un de ces cas où la théorie fait une bien grande erreur. Sans doute cela est vrai mathématiquement, mais pour une quantité bien minime comme on va le voir.

U en a été de ce cas comme de tous les autres dans lesquels on a cru apercevoir la perfection idéale : pour éviter un inconvénient connu on est tombé dans d’autres à découvrir; on a surtout eu le tort de beaucoup exagérer les causes d’anomalie qui peuvent résider en ce point. Nous pouvons dire que lorsqu’on aura rempli les conditions de principe, sinon mathématiquement, au moins autant que les moyens d’exécution employés ordinairement dans l'horlogerie de précision le permettent, la marche des pièces n’en souffrira pas.

Considérons un instant l’épaississement de l’huile comme résultant uniquement du temps de marche de la pièce. Cet épaississement serait alors le même aux pivots et à l’ancre après un temps donné. Mais la résistance sur les pivots ayant lieu incomparablement plus près du centre de mouvement que celle produite aux points de contact de la roue et de l’ancre, cette dernière influerait d’autant plus sur la marche

PERFECTIONNEMENT

que cette distance seraitplus grande que la première, et cela en raison composée et de cette différence et de plusieurs autres circonstances. Ainsi, quand on aurait des pivots de 0,001 de diamètre, ce qui serait beaucoup pour une pendule à secondes, et quand les leviers de l’échappement n’auraient que 0,050, la résistance par l’épaississement de l’huile serait cent fois plus grande sur l’échappement au point de contact de la roue et de l’ancre qu’au pivot, en ne considérant que les rayons (1). Lorsqu'on remarque d’abord que nous supposons les pivots bien plus gros qu’ils ne doivent être, ensuite que l’huile s’altère plus promptement à l’échappement qu'aux pivots de tige d’ancre par plusieurs causes, on trouve que la pendule fera des différences notables et même s’arrêtera par l’épaississement des huiles à l’échappement, avant que l’épaississement de l’huile aux pivots puisse concourir à la différence de marche pour une quantité appréciable.

Au surplus, si l’on veut consulter une chose toute pratique, simple et concluante, qu’on observe ce qui se passe dans les pendules à l’usage civil. Lorsqu'une pendule s’arrête par le seul fait de l’épaississement général des huiles, en mettant de l’huile à l’échappement, laissant les pivots de tige d’ancre tels et sans y rien faire le plus ordinairement, la pendule reprendra sa marche encore quelque temps, tandis que si l’on changeait les huiles au pivot de tige d’ancre, sans en mettre à l’échappement, on ne ferait pas marcher la pièce. Ainsi cet épaississement à l’échappement en est venu au point de faire arrêter la pièce, tandis que celui de l’huile aux pivots ne laisserait pas des traces appréciables de sa présence.

Si maintenant on examine qu’une pendule à secondes ne fera qu’une différence de deux ou trois secondes après un assez long temps démarché (2); qu’on fasse entrer dans cette quantité le rôle des pivots de tige d’ancre pour un centième, par le fait seul de l’épaississement des huiles, ou, si on le

(t) A la rigueur, il faudrait tenir compte de plusieurs autres circonstances qui modifieraient ce rapport, mais nous ne devons nous occuper ici que delà chose principale.

(2) La pendule, dans ce cas, aurait besoin de réparation.

veut, pour un vingtième môme. Il est à croire que les artistes raisonnables suivront l’exemple des Breguet, des Lepautc, des Kessels et de tous les hommes les plus capables qui ont considéré cela comme ne méritant pas leur attention, ou du moins comme ne devant pas être combattu par l'emploi de moyens présentant autant de difficultés que le placementde l’échappement sur le pendule.

Si la résistance qu’oppose l’huile aux pivots de tige d’ancre avait autant de valeur que lui en attribuent quelques personnes, une pendule marcherait fort peu de temps. En effet, la vitesse angulaire de la roue d’échappement dans une pendule à secondes est de six degrés pendant la levée qui est d’une seconde moins l’arc de supplément, tandis que la vitesse angulaire de la tige d’ancre ne doit pas s’élever à plus de 2 ou 3 degrés dans une seconde entière. Les pivots de la roue d’échappement ont donc beaucoup plus de vitesse que ceux de la tige d’ancre.

Dès lors l’épaississement de l’huile a plus d’empire sur eux et absorbe une portion notable de la force motrice; il serait donc bien plus urgent de corriger cet effet sur la roue d’échappement que sur l’ancre, et cependant on s’en est moins préoccupé.

En évaluant la résistance des pivots de tige d’ancre comparée à la résistance qu’éprouve le pendule parles frottements de la roue d’échappement sur l’ancre, il est évident que nous n’avons employé ces chiffres que pour faciliter l’explication de la chose et montrer qu’il est inutile de s’occuper d’une résistance variable aussi minime lorsqu’elle est entourée d’autres résistances incomparablement plus grandes qu’on ne peut maîtriser, et qui, cependant, ne s’opposent nullement à une bonne marche. Nous n’avons pas eu la pensée d’établir rigoureusement le rapport entre ces deux résistances : ce serait chose longue et difficile, sans utilité dans la question qui nous occupe, et d’ailleurs, autant de pendules différentes autant de rapports seraient différents. C’est pourquoi nous nous sommes borné ici à comparer le rayon du pivot à la longueur du levier d’échappement.

PERFECTIONN ESI EX T

La suppression de la tige d’ancre et l’application de l’échappement sur le pendule même offrait encore à l'imagination un autre grand avantage. C’était de faire disparaître la fourchette et son contact avec le pendule qui effraie tant certains esprits. Le raisonnement promet encore des merveilles sur ce point, et l’expérience vient en montrer le peu de fondement. Les tentatives dirigées vers ce but ont toujours échoué et ramené à l’emploi de la fourchette qui, bien appliquée, a donné les résultats les plus satisfaisants. 11 en existe un trop grand nombre d’exemples pour qu’on puisse attribuer le succès de ces machines à des circonstances particulières qui auraient masqué ce défaut.

La fourchette appartient à la tige d’ancre; ainsi, tous les points de ces deux pièces tournent autour de leur axe commun avec une vitesse angulaire égale. Pendant que la roue d’échappement agit sur le plan incliné de l’ancre (l’horlogerie en gros volume nomme fuyant ce plan incliné), la fourchette qui est en contact avec le pendule agit sur lui et le pousse d’une petite quantité nécessaire à l’entretien de son mouvement.

Pour que cette action ait lieu dans les conditions les plus favorables, il faut que la fourchette puisse agir sur le pendule en lui transmettant exactement la quantité de force qu’elle reçoit du mouvement, et pour cela, que cette transmission ait lieu sans frottement au point de contact de la fourchette et du pendule. L’axe de rotation de l’un et de l'autre doit être dans une même ligne droite. Ce principe, l’un des plus élémentaires, est un de ceux les moins observés. 11 faut encore que l’impulsion se fasse dans le plan d’oscillation. (C’est un plan vertical qui passe par le centre de gravité du pendule et qui est perpendiculaire à son axe de rotation.)

Généralement, la fourchette a deux branches semblables à une fourche, c’est ce qui lui a donné son nom. Ces deux branches ou fourchons embrassent une partie et quelquefois la totalité du pendule. Les choses doivent être disposées de manière à ce que la partie du pendule pénétrant dans la fourchette soit libre dans celle-ci, sans ébat, de telle sorte que la

dilatation et la contraction des deux parties du haut en bas et du bas en haut puissent s'opérer librement et sans la moindre gêne. Là se trouve une difficulté qui n’est pas toujours heureusement vaincue, et la crainte d’un défaut conduit souvent dans l’autre.

Si le pendule a de l’ébat dans la fourchette, les adhérences dont nous avons parlé au sujet de l’échappement libre (voir page 45), se font sentir et peuvent avoir une influence sur la marche de la pièce , en ce que cette adhérence n’aurait pas constamment la même intensité.

Si le pendule ne peut se mouvoir librement dans la fourchette sous l’influence des diverses températures qui ne permettent pas que les points de contact soient constamment en un même lieu sur le pendule, il en résultera une gêne nuisible à la liberté des fonctions. Cette partie de l’exécution exige donc tous les soins possibles.

Pour lever cette difficulté, on a eu recours à l’expédient que voici ; il n’est pas entièrement irréprochable, mais il est bon et très-simple : Au Jieu de mettre deux fourchons on n’en emploie qu’un seul , formé d’un cylindre monté sur la fourchette perpendiculairement au plan d’oscillation. Ce cylindre touche d'un côté seulement l’une des branches cylindriques du pendule ou contre un point de la verge de ce pendule disposée convenablement pour en recevoir le contact. Un contre-poids porté par la fourchette est disposé de telle manière , que pendant toute l’oscillation , le cylindre ou fourchon cylindrique s'appuie contre le pendule.

De cette construction il résulte que le fourchon est constamment en contact avec le pendule. Ainsi , il n’y a pas à craindre les effets variables des adhérences dont on a parlé plus haut, résultant de l'ébat du pendule entre les fourchons.

On peut faire à cette disposition ce reproche : la fourchette se trouve en contact constant avec le pendule sous l'influence du contre-poids nécessaire à maintenir ce contact; les deux parties doivent éprouver quelques difficultés à se séparer lorsque les changements de température font nécessairement varier le point du pendule sur lequel l’action a lieu.

PERFECTIONNEMENT

A cette objection, on peut répondre qu’il n’y a ici qu’un plissement sous la seule pression qu’exerce le contre-poids, ce qui est bien différent des contacts dont on a parlé page 45.

Ce genre de fourchette a été employé par des artistes observateurs qui lui ont donné la préférence. Les fourchettes ordinaires fonctionnent souvent comme si elles n’avaient qu’une seule branche , en raison de leur défaut d’équilibre.

Depuis plus de quinze ans nous avons constamment employé ce système dans nos pendules à secondes , et nous en avons été très-satisfait. Au lieu d’établir un chariot mû par une vis de rappel, nous avons placé le fourchon hors du centre de mouvement d’un cercle mobile sur son axe. Ce mouvement excentrique nous donne la facilité de faire les petites quantités nécessaires pour mettre la pièce d’échappement. (Voir la description de cette fourchette vers la fin de ce volume.)

La partie supérieure du pendule que nous décrivons plus loin, a beaucoup de mouvement parles changements de température, et la fourchette que nous faisons également en laiton en a aussi beaucoup en sens contraire, alors le déplacement des points de contact est très-fréquent et s’opère par un glissement sans que le contact cesse d’avoir lieu, ce que je considère comme un avantage. L’examen de la question de savoir quelle pouvait être la somme d’inconvénients de ce glissement, ne nous a rien montré qui dût le faire considérer comme dangereux dans les conditions où nous l’avons exécuté.

Dans une partie aussi délicate que celle-ci, on ne peut pas tout constater par des expériences , on est obligé d’évaluer certains faits insaisissables, d’après l'analogie qu’ils ont avec des faits connus; là, le jugement sain de l’artiste, la grande habitude qu’il acquerra de voir des causes et leurs effets, lui seront plus utiles pour le conduire au résultat que des études purement théoriques. C’est pourquoi nous avons dit souvent que Y expérimentation raisonnée est, en horlogerie, la seule route qui donne les connaissances indispensables pour bien exécuter et bien juger les œuvres de cet art.

De* effet» de In température.

Les influences de la température sur rallongement et le raccourcissement du pendule, lorsqu’il est formé d’une simple verge d’un métal quelconque, terminée par une masse nommée lentille, sont si connues, qu’il n’est presque pas d’horloger qui n’ait fait son pendule compensateur pour remédier aux anomalies résultant de ces influences. Aussi, il faut bien le dire, on a vu dans cette partie de l’horloge les conceptions les plus ridicules et attestant l’ignorance la plus complète. Nous ne parlerons ici que des deux pendules employés généralement, sans nous arrêter à aucune des bizarreries qui ont été produites.

La plus grande liberté possible dans les points de contact des parties qui se meuvent sous l’influence des températures étant la condition première d’un bon compensateur, la conséquence naturelle est qu'on doit chercher la réduction de ces points de contact, et disposer les choses pour qu’ils aient lieu sous de faibles pressions et sans frottement.

Les compensateurs à leviers sont, par suite de ce principe, condamnés depuis longtemps; les employer aujourd’hui est une faute. Le pendule à grille, à neuf branches, est remplacé par le pendule à cinq branches, trois d’acier, deux de zinc. Ce pendule et celui à mercure sont aujourd’hui les deux qu’on admet généralement. Ils doivent ce succès à ce qu'ils remplissent bien la condition de laisser s’opérer les effets de la température avec la plus grande liberté possible. Toutefois, ils sont compliqués d’une exécution difficile, et, par cela même, dispendieux.

Les retouches que nécessite le pendule à cinq branches pour arriver à la correction exacte ne sont pas sans quelques difficultés. 11 exige bien des ajustements, une exécution irréprochable et des métaux très-homogènes. Le pendule à mercure présente plus de facilité dans cette partie du réglage; mais il ne peut être transporté emballé sans transvaser le métal liquide. On objecte encore' à son égard que, dans les

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