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appartements chauffés en hiver, la température n’étant pas égale aux diverses hauteurs, le mercure peut être à une température plus basse que celle éprouvée par la partie supérieure de la verge du pendule; de là des effets de dilatation différents. Sans doute ces deux constructions ne sont pas parfaites, mais elles sont bien supérieures à toutes celles qu’on a vues et qui, sans être plus simples, avaient le défaut de rendre les effets incertains et capricieux, par suite du grand nombre d’ajustements et de pièces qu’on y rencontrait.
Nous sommes convaincu que ce n’est qu’en partant de l’un de ces deux pendules et en le simplifiant qu’on arrivera à faire une chose utile et qui puisse vraiment entrer dans la pratique; ce sont ces considérations qui nous ont conduit à la construction du pendule laiton et sapin décrit plus loin.
Avant de croire aux merveilles de certaines constructions faites par quelques horlogers, dans la vue de remplir des conditions sans valeur, au point de vue pratique, examinez sérieusement l’ensemble de l’appareil, et vous y truoverez des défauts énormes à côté de minuties sans la moindre importance, qui ont pourtant séduit plus d’une personne n’ayant que la théorie (1).
Les lames bi-métalliques, qui se déforment sous l’influence des températures, ont été plusieurs fois proposées pour faire mouvoir le centre d’oscillation du pendule. Les dispositions dans lesquelles elles ont été placées présentaient généralement des frottements vers les points de contact, chose trèsvicieuse, surtout lorsque ces frottements ont lieu sous une certaine pression.
L’exécution de grandes et fortes lames bi-métalliques n’a pas encore été suffisamment étudiée pour qu’on les produise facilement, et surtout pour qu’on puisse compter en obtenir des effets sûrs dans des temps à venir. Ce moyen ne paraît pas présenter une ressource de nature à entrer immédiatement dans la pratique.
(t) Je n’ose citer des erreurs graves de ce genre commises à diverses époques, plusieurs contemporains qui les ont faites croiraient que c’est & leur adresse.
DES PENDULES a secondes. 75
Le bois de sapin vieux, bien choisi, ne s'allongeant pas sensiblement dans le sens de ses fibres, a été employé dans des opérations géodésiques très-précises, qui ont montré qu'on pouvait compter sur une longueur constante. Il a deux inconvénients qui peuvent aisément être combattus : il est hygrométrique; l’humidité de l’atmosphère le pénètre, augmente le poids et le volume de la verge du pendule, ce qui change la marche. En second lieu, il fait quelques mouvements, comme tous les bois, et peut faire gauchir la lentille, dont le plan, supposé d’abord dans le plan d’oscillation, n’y serait plus par suite du mouvement du bois. ,
Il n’est pas très-difficile de réduire ces deux inconvénients à une quantité assez minime pour qu’il n’y ait rien à appréhender à leur égard. Aussi, depuis une vingtaine d’années surtout, on s’est beaucoup occupé de l’introduction du bois dans la composition des pendules; le rôle qu’il y joue est plutôt de neutraliser les effets de la température que de les corriger. En effet, il vaut mieux éviter ou neutraliser un défaut que de le contre-balancer par une correction ou une compensation.
La chose à laquelle ou doit surtout s’attacher dans la construction d’un pendule compensateur est de réduire le nombre des organes dont les fonctions concourent à la compensation ; de laisser les dilatations et les contractions s’opérer le plus librement possible. Etablir les contacts indispensables dans les conditions les plus propres à leur assurer un état constant, voilà ce qu’il faut dans un bon compensateur, et ce sont précisément les points sur lesquels on a le plus souvent manqué. Plusieurs autres conditions, qui rentrent dans les règles et les usages de l’art, concourront à faire un bon pendule.
Si les changements dans la température n’agissaient que sur le pendule ou sur le balancier des montres et leur ressort réglant, un bon compensateur remédierait à cette cause d’anomalie. Mais ils agissent encore sur les huiles, changent leur degré de fluidité et deviennent alors une autre cause de
PERFECTIONNEMENT
variation dont nous ne parlerons pas ici; le pendule et le balancier sont impuissants pour la corriger.
Après avoir indiqué ici une partie des perfectionnements les plus faciles et les plus urgents peut-être à introduire dans les pendules à secondes faites de nos jours, nous devons dire pourquoi les perfectionnements réels arrivent si lentement dans cette partie de l’horlogerie : c’est ce que nous ferons dans le chapitre suivant.
t’iaifR de la lenteur de* progrès dan* la pendule à seconde*.
En général , et plus particulièrement peut-être en horlogerie, dès qu’une machine est parvenue à un degré de précision suffisant pour satisfaire l’observateur qui s’en sert, celui-ci s’en contente; les constructeurs, fatigués de recherches et se voyant exposés à garder pour leur compte des produits plus parfaits que ceux employés, se livrent peu à des travaux très-pénibles, très-dispendieux et dans lesquels ils sont rarement couverts de leurs simples déboursés.
Rien ne paraît si facile que de perfectionner une machine ou seulement de la simplifier réellement et utilement, et cependant rien n’est plus long et difficile, quand elle est déjà parvenue à ce degré de perfection où elle rend presque tous les services que l’on peut en attendre : la pendule à secondes étant dans ces deux cas depuis assez longtemps, telle est une des premières causes de son peu d’avancement. Donnons un exemple, et pour rendre palpable ce qui est dit plus haut, vovons tout ce qu’il a fallu de temps et de travaux et quel nombre d’artistes ont concouru à prendre la montre telle que l’a disposée Lépine, il y a près de 70 ans, pour l’amener au point de bon ordre et d’arrangement parfait où elle est parvenue aujourd’hui, ce qui parait bien peu de chose à faire.
La montre, telle que Lépine l’a faite, ne diffère pas essentiellement de la montre actuelle; voici les seules modifications : Breguet a retourné le support du barillet en le fixant
:i un pont et non à la platine, il a profité de l’épaisseur de la Pl atine pour avantager le moteur. Quoique ce perfectionnement soit peu de chose pour un nom aussi célèbre, c’est néanmoins un très-grand service que l'artiste a rendu à l’horlogerie de commerce.
Lépine employait l’échappement à virgule, on a substitué à cet échappement si beau , si parfait en théorie , l’échappement à cylindre plus sùr et d’un meilleur usage, et très-répandu aujourd’hui. Cet échappement existait, il n’a fallu aucun frais de génie pour le placer dans une forme de montre autre que celle dans laquelle il avait été employé. Tout le reste a consisté simplement à faire un bon arrêt de remontoir , à bien ranger fous les éléments de la machine pour éviter la gêne et économiser la hauteur. C’est peu de chose, sans doute, et cependant il a fallu soixante ans et le concours de milliers (1) d’artistes français et étrangers, parce que ces perfectionnements n’étaient pas urgents et que la montre servait sans cela. Le premier qui a été apporté est l’emploi de l’échappement à cylindre; car les patriciens les plus capables reconnurent bientôt que les merveilles théoriques de l’échappement à virgule ne pouvaient l’emporter sur ses inconvénients pratiques.
D’après cet exemple, si l’on considère qu’il se fabrique, tant en France qu’en Suisse, des centaines de mille de montres, tandis qu’à Paris, où se font les seules pendules à secondes (2), il ne s’en vend pas vingt par an, quel stimulant les artistes pourraient-ils trouver là où il n’y a ni écoulement des produits qu’ils feraient, ni encouragement moral?
L’écoulement d’un produit de ce genre est encore néces-
(1) La ville de Paris compte à elle seule plusieurs milliers d’horlogers ou du moins de personnes travaillant & l’horlogerie. Le reste de la France en compte autant dans les provinces. Les départements limitrophes de la Suisse en produisent à eux seuls plus que tout le reste de la France. Genève, les cantons de Neuchâtel, de Vaud et de Berne, en Suisse, en ont encore des nombres bien plus considérables.
(2) Nous ne donnons pas ce nom à un genre de pendule qui se fait dans le Jura. C’est un objet de commerce qui n’a aucune prétention à entrer dans ce qu'on nomme horlogerie de précision.
l'ERl'ECTION.NEMENT
saire au perfectionnement, sans autre point de vue. Lorsqu’un artiste est appelé à reproduire plusieurs fois un même genre de machine, chaque fois qu’il en a terminé une, il doit se censurer et chercher à mieux faire ensuite. C’est ainsi qu’après avoir travaillé pendant des années il arrive à des connaissances qu’il n’aurait jamais acquises si tout d’abord, content de son œuvre première, ou copiant servilement quelques devanciers, il eût, pour ainsi dire, creusé un moule dans lequel tous ses travaux futurs devaient être coulés.
Le défaut d’écoulement est l’obstacle capital qui s’oppose au perfectionnement de la pendule. A défaut de cette ressource, si l’artiste français voyait ailleurs un encouragement quelconque, il ne reculerait pas contre les sacrifices de temps et d’argent! mais il ne trouve rien, absolument rien.
Privé comme tout autre d’un assez grand écoulement de pendules à secondes, et voulant cependant savoir à quoi nous en tenir sur plusieurs questions que la pratique seule pouvait résoudre, lorsque nous nous livrâmes pendant plusieurs années à l’étude de la pendule, nous eûmes recours à l’expédient que voici. Nous construisîmes beaucoup de pendules à demi-secondes, pouvant se placer sur les cheminées ; les vendant à un prix très-modique, nous en trouvâmes un écoulement facile; notre goût pour notre art fut satisfait, sans nous encombrer d’un grand nombre de pendules à secondes qui eussent été fort difficiles à vendre. Nous nous faisons un devoir de communiquer aux jeunes gens un moyen qui nous a rendu les plus grands services pour l’instruction que nous cherchions à acquérir dans cette partie. Avertissons-les, toutefois, qu’il n’y a pas identité parfaite en tous points entre les pendules à demi-secondes et celles à secondes; mais les nuances sont légères et faciles à saisir pour l’artiste qui a l’aptitude nécessaire, sans laquelle il serait inutile de vouloir se livrer à l’étude de l’horlogerie de précision.
DES i'ENÜULES A SECONDES.
Erreurn dnm les tentatives de perfectionnement s .
Après avoir parlé de quelques points faibles sur lesquels la pendule à secondes attend des perfectionnements, nous serait-il permis de montrer, par un exemple, combien est grande l’erreur des jeunes artistes de vouloir tout puiser dans leurs raisonnements, dédaigneux de demander à l’expérience s’ils ne se trompent pas.
De nombreux exemples pris dans les remontoirs, dans les échappements nouveaux, dans les pendules compensateurs (1) pourraient montrer que ce qui a le plus égaré les esprits est la manie de vouloir inventer ou perfectionner avant de connaître suffisamment ce qui a été fait précédemment. En outre, c’est qu’en horlogerie il ne suffit pas que la pensée puisse concevoir et appréhender une cause d’anomalie pour devoir chercher de suite à la corriger par l’introduction d’un mécanisme ou d’un moyen compliqué; il faut d’abord demander à l’expérience quelle est la véritable somme d’action de cette cause d’anomalie, et ne chercher à la combattre que par des moyens proportionnés à ses effets, très-simples si les anomalies sont faibles, imperceptibles, énergiques si les anomalies sont positives et bien marquées. 11 faut surtout être assuré, par une connaissance suffisante de la matière, que les moyens qu’on emploiera n’auront pas plus d’inconvénients que d’avantages, et c’est toujours l’écueil contre lequel viennent échouer les personnes peu expérimentées et celles qui veulent à tout prix faire des nouveautés qui ne sont, le plus souvent, que des choses déjà connues et condamnées.
(I) Art de connaître les Pendules et les montres. 2* édition, |uigc 135,