‹ Études sur diverses questions d'horlogerieChapitre 15 sur 64 · SUR L'HUILE EMPLOVÉE EM HORLOGERIE · texte numérisé non relu

SUR L'HUILE EMPLOVÉE EM HORLOGERIE

différents traitements par la voie humide ont plus altéré les huiles qu’elles ne les ont bonifiées.

La voie sèche n’a pas mieux réussi ; les différents corps, les sels de diverses natures, les bois, les métaux n’ont pas été plus heureux que les moyens dont nous venons de parler. Aussi, il faut bien le dire, puisque c’est un fait, et n’en déplaise aux chimistes, les plus distingués même n’ont pas résolu la question. Ils ont fait des huiles qui pendant plusieurs mois se conservaient parfaitement bien en contact avec le laiton, ne l’oxydaient pas, mais ensuite et dans l’année prenaient une consistance sirupeuse, puis passaient très-promptement à l’état d’une gomme épaisse s’opposant au mouvement des pièces.

Les chimistes ont toujours été induits en erreur par la pensée que tout le mérite de l’huile était de ne pas oxyder le laiton ou de ne pas se figer par le froid. En conséquence, tous leurs travaux ont eu ces deux points pour objet; tandis que la qualité principale de l’huile, celle que le praticien demande avant toute chose, est qu’elle conserve sa fluidité le plus longtemps possible. Nous montrerons qu’une légère coloration verte après un mois ou deux, n’est pas toujours un signe certain de mauvaise qualité et d’infériorité, comparativement à des huiles qui, par suite de préparations chimiques auxquelles elles ont été soumises, ne donneraient aucune coloration.

Selon les principes de la science, en effet, la présence des oxydes métalliques dans l’huile détermine la sponifieationde celle-ci, et par suite sa dessiccation. Mais bien que ce soit trèsvrai théoriquement, les phénomènes sont tellement variés dans le cas particulier, qu’on voit des huiles se conserver beaucoup mieux, malgré une légère coloration produite par la présence d’une petite quantité d’oxyde, que d’autres qui n’en prennent pas.

L’absence de toute coloration n’est préférable qu’à la condition d’une fluidité de longue durée.

Si, au lieu de s’en tenir à quelques semaines d’expérience, comme les chimistes le font ordinairement, on prolonge pen-

dant (les années, on voit que telle huile qu’on eût été tenté de repousser d’abord, conserve une bonne fluidité, tandis que d’autres s’épaississent à tel point que toute machine d’horlogerie serait hors d état de marcher. C’est ce fait, que nous avons reconnu souvent, qui nous a fait dire que les chimistes avaient cherché des propriétés éphémères, sans s’occuper assez du véritable but qu’il fallait atteindre. Lorsqu’on a acquis une très-grande habitude de l’expérimentation des huiles, il en est beaucoup dont on peut déterminer en très-peu de jours la mauvaise qualité, mais il en est quelques-unes qui dissimulent longtemps leur tendance à l'épaississement, qui ne se prononce qu'après huit ou dix mois, et qui augmente ensuite avec une rapidité remarquable.

Souvent aussi on a fait des expériences mal dirigées et dans des conditions qui n’avaient pas assez d'analogie avec l’emploi des huiles en horlogerie. J’en ai vu dans lesquels des fils de laiton étaient restés plongés pendant plusieurs mois sans être oxydés, et des chimistes en concluaient que cette huile était parfaite ; tandis que cette même huile s’épaississait très-promptement lorsqu’elle, était mise dans les conditions dans lesquelles on l’emploie en horlogerie.

Pour consoler les chimistes de leur non-réussite dans cette matière, nous leur dirons que celui d’entre eux qui a compté le plus de travaux utiles aux arts et à l’industrie, une des illustrations de la France, une réputation européenne, d’Arcet (1), n’a pas été plus heureux qu’eux ; il était lié avec Breguet, celui-ci réclama le secours de ses lumières, d’Arcet se mit à l'œuvre, prépara une huile parfàite... théoriquement, mais plus mauvaise que les huiles courantes de commerce pour l’usage de l'horlogerie.

Les filtrages, dans des conditions différentes, ont été employés pour séparer de l’huile, soit des matières qui s’v trouvent en suspension, soit une partie moins fluide que l’autre. Le filtrage, qui paraît l’opération la plus simple, présente

(1) Membre de l’Institut, directeur des essais de la monnaie de Paris, mort en IRil.

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plusieurs dangers. On risque fort de détériorer l’huile par cette opération.

Dans un chapitre, nous rappellerons plusieurs procédés qui ont été mis en usage pour traiter l’huile par la voie humide, par la voie sèche et par les filtrages, en montrant les dangers que présentent les uns et les autres.

§ 4. — Recherches d'une huile propre à l'horlogerie.

Lorsque nous examinerons les diverses espèces d’huiles, nous verrons qu’on a cherché partout une huile propre à l’horlogerie. Les huiles animales extraites principalement du pied de bœuf, du pied de mouton, de la graisse de plusieurs animaux, ont été successivement essayées sans avoir rempli le but désiré. Les huiles extraites de différentes graines, fruits et noyaux, ont aussi été l'objet d’une étude toute particulière. Toutes ces investigations auxquelles nous nous sommes livré, comme bien d'autres l’avaient fait avant nous, nous ont convaincu que l’huile extraite de l’olive était vraiment la meilleure. Toutefois, nous reconnaîtrons volontiers que nous avons vu des huiles animales supporter la concurrence des huiles d’olives de second ordre (1); mais nous n’en avons pas encore vu qui puissent rivaliser, pour la petite horlogerie, avec les huiles d’olives supérieures.

Dans toutes les huiles, comme en toutes choses, il y a un choix très-important. L’espèce de l’arbre, la localité où il se trouve, l’année plus ou moins propice, la maturité du fruit, l’altération qu’il peut avoir éprouvée sur l’arbre par les insectes qui l’attaquent, celle qu’il éprouve depuis la récolte jusqu'au moment de l’extraction, le mode de première extraction, celui d’épuration, etc., etc., toutes ces choses ont une grande influence sur la qualité de l’huile.

(1) ]l est des constructeurs de grandes horloges de clochers qui considèrent les huiles animales comme supérieures pour ces machines aux huiles d’olive. Quant à nous, nous avons employé dans de grandes horloges une huile d’olive préparée exprès; nous n’en avons éprouvé aucun inconvénient. (Mes nouvelles huiles, celles que je fournis dans le commerce, diffèrent de celles que préparait M. Laresche, mon prédécesseur.

§5. — Telle huile considérée comme très-bonne par certains artistes, n'est pas vue de même par d’autres.

J’avais remis divers échantillons d'huile à un de mes confrères et amis, homme très-soigneux et très-observateur. L’une de ces huiles était plus fluide que les autres, elle était trèsbonne, verdissait très-peu, ne tachait pas le laiton, ne donnait pas d’auréole; il en a mis à la roue de cylindre, où elle se tint mal, il en tira la conséquence qu’elle n’était pas aussi bonne qu'une autre qui, en réalité, ne lui était pas égale pour les pivots, mais qui était plus convenable pour la roue de cylindre, parce qu’elle y restait mieux. Ainsi, voilà un habile homme qui réputé une huile supérieure à une autre parce qu’elle est moins fluide.

D’autre part, un artiste d’un très-grand mérite pose en principe que de deux huiles la meilleure est celle qui laisse aux organes de la machine la plus grande liberté, ou, en d’autres termes, celle qui est la plus fluide. Il a construit une machine destinée à comparer la résistance des diverses huiles. Cette opinion est opposée à la précédente. Si donc on eût mis en comparaison, sur sa machine, les deux huiles dont je viens de parler, la plus fluide, qui a été condamnée par l’artiste cité plus haut, eût été réputée meilleure par celui-ci.

Le premier avait raison en bonne pratique rationnelle, et le second dans une théorie abstraite qui est souvent bien dangereuse.

§ 6. — Motifs de la publication de ce travail.

Aux expositions des produits de l’industrie nationale de 1844 et 1849, j’ai présenté, avec mes autres produits, des huiles pour divers cas d’horlogerie. Nonobstant l’avis d’un fort habile horloger, je soutiens que l’huile qui est très-bonne dans un cas ne l’est pas également dans tous, qu'ainsi vouloir que la même huile soit également propre à une petite montre et à une horloge de clocher est une erreur, qu’une huile peut être très-bonne pour l’une et moins propre à l’autre.

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Les explications que j’ai été appelé à donner à plusieurs confrères, m’ont montré la nécessité tf attaquer des préjugés fort dangereux à l’égard des huiles ; j’ai vu des artistes, placés à juste titre sur la première ligne, être dans une erreur complète sur des questions relatives à l’emploi de l’huile en horlogerie, et ces erreurs acceptées sans examen par d’autres, par cela seul que M. "* l’avait dit.

Je suis loin d’avoir l’espoir de détruire les préjugés existant sur cette matière; les préjugés sont presque toujours inextirpables. Si je puis seulement soulever un doute dans l’esprit d’un petit nombre de lecteurs, si leur attention est fixée par les communications qu’ils trouveront ici, il en résultera pour eux un avantage réel dont je me trouverai heureux.

Dans le travail suivant, je n’ai point eu la prétention de traiter à fond les questions qui y sont énoncées, il y aurait eu la matière de plusieurs volumes. Mon seul objet a été d’éveiller l’attention de mes confrères sur divers points relatifs à la question des huiles. Le lecteur ne devra point s’étonner s’il trouve des lacunes, des contradictions apparentes, résultant de l’insuffisance des détails, que le cadre étroit d’un Mémoire comme celui-ci n’admettait pas.

Pour donner une idée de l’étendue de la matière, et montrer ce que j’ai eu l’occasion de dire souvent de vive voix, que la vie d’un homme ne suffirait pas à bien procéder à fond tout ce qui a trait à l’huile, dans ses rapports avec l’horlogerie, qu’il me soit permis de poser quelques-unes des questions qui s’y rattachent.

Parmi toutes les variétés d’olives, déterminer la plus convenable. — Si une espèce supérieure à une autre dans un climat ne serait pas inférieure dans un autre climat. — L’influence qu’exerce une saison plus ou moins sèche dans différentes localités et sur les diverses variétés. Comparer entre eux tous les moyens proposés pour extraire et purifier l’huile. — Déterminer la différence que produit un même mode sur les différentes espèces et sur celles provenant de même espèce de fruit. — Comparer les divers modes d’expérimentation qui ont été proposés et ceux qui pourraient l’être. —

Etablir par expérience et expliquer par la théorie l'action qu’exercent sur l’huile les gaz et les émanations de diverses natures auxquels elle est exposée. — Chercher les moyens de neutraliser ces actions. Déterminer les causes de l’altération qu’elle éprouve dans l’usage soit par les frottements, soit par les courants électriques qui peuvent exister, et par quels moyens on pourrait les diminuer. — Examiner si de même que des vins de différents crus gagnent à être combinés ensemble, des huiles différentes ne gagneraient pas aussi à être combinées dans de certaines proportions, etc., etc.

On conçoit que je pourrais poser encore très-facilement des pages de questions, et ceux qui savent tout ce qu’il faut de temps et de peines pour en résoudre une seule ne s’étonneront pas qu’un horloger n’ait pas la pensée de les résoudre, ils comprendront même tout ce qu’il a fallu d’études et d’observations pour arriver au travail suivant, quelque peu important qu’il soit.

§7. — Pourquoi ce Mémoire ne contient pas certains détails.

On me demandera pourquoi après avoir signalé les vices et l’insuffisance de nombre de procédés je n’ai pas décrit ceux que j’emploie tant pour l’extraction que pour l’épuration. Voici. La description d’un procédé ne suffit pas pour qu’on puisse toujours le répéter avec le même succès que celui qui en a l’habitude. Ce qu’on nomme le modus faciendi, ou le tour de main, entre pour beaucoup dans une infinité d’opérations; l’expérience et l’intelligence de celui qui fait sont presque tout; c’est ce qui ne peut se donner dans un Mémoire. Ce que je pourrais dire aux gens ayant la capacité nécessaire pour se livrer à une telle étude ils le trouveront en eux, et dans le travail d’étude et de recherches auquel ils se livreront. Je crois leur avoir épargné bien des peines en leur indiquant ce qu’il fallait éviter. Si j’avais décrit les diverses opérations et qu’on les eût mal répétées, on m’aurait accusé d’avoir induit en erreur tandis que la faute eût été à l’opérateur seul ; et comme je ne réussis pas toujours à ohto-

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nir ce que je désire, il ne serait pas étonnant que des personnes qui n’auraient pas l’expérience que j’en ai acquise ne parvinssent pas la première fois, ni même la seconde, et la confiance qu’on a généralement en soi leur ferait imputer au procédé ce qui ne serait que leur fait personnel.

Je dirai, en outre, que je désire conserver dans ma famille ce petit article pour qu’il soit fait après moi comme de mon vivant; je compte quitter prochainement le commerce de l’horlogerie, mais je me réserverai la préparation de l’huile. Si j’en vois la nécessité plus tard, je n’hésiterai pas à compléter ce travail par un second Mémoire, contenant tout ce que je croirai utile d'ajouter à celui-ci.

§ 8. — Imperfection à ce travail.

J’ai, sans doute, laissé beaucoup à désirer. Dans une matière neuve, comme celle-ci, sur laquelle il n’existe aucun travail antérieur qui ait ouvert la marche et fait le premier pas, il était impossible qu’il en fût autrement. La question des huiles est posée depuis longtemps et n’a été abordée par personne^), quoique beaucoup s’en soient occupés. Cela tient uniquement à la difficulté de la matière. Je sens, peut-être mieux que personne, l’insuffisance de ce travail. Mais de ce que je ne pouvais tout faire en pareille circonstance, ce n’était pas, selon moi, une raison pour ne rien faire du tout ; je commence, laissant à d’autres le soin de finir.

Il est des horlogers de premier ordre que j’ai entendus professer des erreurs capitales signalées ici. Qui me dit qu’ils ne réfléchiront point sur ce que j’ai développé, qu’ils ne feront pas les expériences que j’indique et qu’ils ne changeront pas d’opinion ? Tandis que si le doute n’eût point été éveillé dans leur esprit, il est probable qu’ils seraient restés dans la voie où ils étaient. Dans un art tel que l’horlogerie, celui qui le professe doit toujours être sur le qui vive, toujours exami-

(I) Je ne puis considérer comme un travail sérieux le mémoire de Larcsclic, nonobstant l’approbation qu’il a reçue d’une société savante du Nord. Dans |o Midi il eut été considéré différemment ,

ner s’il n’y a pas moyen de faire mieux que ce qu’il faisait précédemment.

Si j’ai eu la preuve que des hommes supérieurs étaient dans l’erreur sur quelques points traités ici, je suis autorisé à croire que beaucoup d’autres venant en seconde et troisième ligne nesont pas plus favorisés, et que c’est surtout à eux que ce travail pourra être de quelque utilité, nonobstant toutes les lacunes et les imperfections qui s’y trouvent. Si le bon vouloir, la conscience et la sincérité ont quelque valeurdans une œuvre de cette nature, je suis sûr de l’approbation des hommes sérieux, les seuls dont je m’occupe.

§ 9. — Des huiles annoncées comme merveilleuses.

Chaque année voit paraître deux ou trois producteurs d’huile pour l’horlogerie, l’annonçant, dans un prospectus pompeux, comme parfaite, incorruptible, n’oxydant point, ne se séchant jamais, etc., etc. Une expérience, souvent même très-courte, vient prouver le contraire. Des hommes fort instruits d’ailleurs, mais n’ayant ni étude, ni pratique de l’emploi des huiles en horlogerie, ont voulu quelquefois juger des huiles d’après ce qu’ils avaient entendu dire et ce qu’ils pensaient devoir être, ils se sont gravement trompés. Je pourrais citer l’une des plus mauvaises huiles du commerce qui a été réputée excellente par le rapport d’un savant chimiste, etc.

Lorsque j’ai présenté mes huiles à mes confrères, j’ai procédé bien différemment; je leur ai dit que ce n’était pas la perfection idéale que je leur offrais; mais que les ayant expérimentées comparativement avec celles qui sont répandues dans le commerce, elles m’ont paru supérieures à celles qui, depuis de longues années, sont préférées.

Je leur dirai encore que je suis bien loin d’avoir la pensée qu’elles soient parfaites dans toute la force du terme; mais que j’ai chaque jour des preuves qu’elles ont les qualités dési râbles pour assurer une bonne marche pendant plusieurs années.

Le long travail que j’ai entrepris sur cette matière, remon-

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tant à l’année 1820, me fournira les moyens d’améliorer encore chaque année les produits que j’obtiens aujourd’hui.

Si, dans la pratique de l’horlogerie, je donne une huile lion pas phénoménale, du moins supérieure à celle du commerce, et que par des soins continus je parvienne à l’améliorer successivement; si, en même temps, j’offre aux jeunes horlogers les moyens d’étudier dans ce Mémoire plusieurs questions qui ne s’étaient pas présentées à leur imagination, je croirai avoir fait une chose quelque peu utile à l’art et aux artistes ; tel est mon seul but.

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