CHAPITRE II
Dea divers procédés indiqués pour la préparation des huiles propres à l'horlogerie.
On verra dans ces divers procédés combien les opinions de leurs auteurs étaient différentes, et par conséquent combien il y a eu d’erreurs sur cette matière. En ne signalant ici qu’une très-faible partie des recettes qui sont parvenues à notre connaissance, il sera facile de concevoir le grand nombre qui a nécessairement été tenté sans résultat positif.
g 1 . — Des filtrages.
La présence de corps étrangers étant supposée par un
grand nombre la cause de l'altération de l’huile, on a eu recours à des filtrages à travers diverses, substances ; les papiers, les bois plus ou moins durs, les étoffes, chacun arrangeant dans sa pensée les causes de l’altération, trouvait dans le corps qu’il employait le remède au mal, et l’huile, quelle qu'elle fût sortant de son filtre, était parfaite, ou du moins devait l’être au gré de son imagination.
F.,es filtrages ne remédient nullement aux fruits verts, pourris ou verreux qui ont été introduits dans l’extraction de l'huile; sous ce rapport, ils sont impuissants. Ceux qui ont eu recours à cc moyen n’ont évidemment pas compris que l’huile pouvait être de mauvaise nature ou altérée autrement que par des corps en suspension. C’est une bien grande erreur que la moindre étude eût fait reconnaître.
Parmi les filtreurs, les opinions ont encore beaucoup varié. Les plus raffinés ont employé les bois tendres, d’autres les bois durs, le buis môme, et plus l’huile passait lentement, plus ils attribuaient de mérite à leur filtre. Ainsi, j’en ai connu qui choisissaient les papiers les plus imperméables, qui remplissaient le filtre de plomb de chasse, puis laissaient filtrer, voulant imiter en quelque sorte les substances à travers lesquelles on a fait passer l’eau pour la rendre limpide.
Plus ils ont cru approcher de la perfection par des filtrages lents, plus ils s'en éloignaient, parce que dans un filtrage lent on met une grande surface d’huile en contact avec l’air atmosphérique, ce qui est un inconvénient grave (voir ciaprès, De Faction de l’air sur l'huile ), l’oxydation du plomb pouvait bien amener un commencement de décomposition de l'huile qui, par ces deux causes, était en réalité moins bonne après qu’avant. Toute bonne huile ainsi traitée devient médiocre ou mauvaise. Non-seulement le plomb, mais le zinc, le laiton réduit en limaille, ont été essayés pour s’emparer du principe de l’huile, auquel on supposait seul la propriété d’oxyder, ces tentatives ont été sans succès.
Le raisonnement qui a conduit à cette erreur est celui-ci : Il existe dans l’huile une partie, un principe qui oxyde le métal ; si l’on met l’huile dans le cas de produire cette oxy-
SUR l'huile employée en horlogerie. 101
dation, on aura diminué d'autant le principe destructeur, et l’huile, purgée d’une partie de cet élément, sera meilleure.
Les chimistes ont procédé par d’autres voies et, tout en faisant mieux, n’ont cependant pas réussi.
Ce raisonnement satisfait jusqu’à un certain point l'imagination complaisante; mais l’homme pratique regarde plus loin et demande compte de tous les faits, de tous les changements qui ont lieu dans une modification à l’état d’un corps, et lorsque rien ne lui garantit la perfection, il lui faut une expérimentation pour conclure.
Dans tous les cas, il reste bien constant que la mise en contact avec l’air atmosphérique de toutes les molécules d’huile l’a nécessairementaltérée. Aussi, venant àl’expérience, comparant l'huile traitée par ces divers moyens avec celle qui ne l’était pas, l’avantage est du côté de celle-ci.
Un horloger, dont personne ne respecte plus que moi la mémoire et n’apprécie plus le mérite, avait, dit-on, cru trouver un moyen merveilleux. Il construisait de petits cornets d’ivoire bien minces, et s’en servait pour filtrer son huile. Quant à nous, nous n’hésitons pas à dire que le papier eût été bien préférable. Il paraît que cet artiste n’avait pas examiné l’action de l’air sur l’huile, puisqu'il multipliait cette action par le filtrage le plus lent possible.
D’autres, qui avaient bien compris cette importance, ont eu recours à l’expédient suivant pour obtenir un filtrage prompt. Ils ont coupé des feuilles de papier gris toutes égales, puis on a déposé l’huile avec un pinceau sur les feuilles, laissant un assez large rebord sans huile; les feuilles, bien superposées, ont été placées sous une forte presse, et l’huile a été forcée de traverser en peu de temps une couche assez épaisse de papier. Ce moyen est bien plus rationnel que l’emploi des bois durs et autres corps dont la porosité est très-petite.
S 2. — Des agents chimiques : Lavages. — Résines. — Ether . — Charbon, etc.
Un horloger, pour s’emparer de la petite quantité d’acide
dont il admettait la présence dans l'huile, voulut procéder en traitant l'huile à chaud par la craie, cherchant à imiter en cela le moyen qui avait été employé dans la fabrication de certains sirops pour les débarrasser des acides qu’ils contenaient.
Mais il n’avait pas réfléchi que les sirops ne sont pas saponifiables, tandis que les huiles le sont, et tels moyens, bons pour les sirops, ne le sont point pour les huiles.
des lavages. — On a prétendu que la présence d’un mucilage dans l’huile était la cause qui amenait sa siccité ; pour l’en débarrasser on a eu recours à l’eau tiède en battant fortement ensemble l’huile et l'eau ; l’huile, ainsi traitée, a été plus mauvaise qu’avant; on a pensé que cela tenait à ce qu'une petite quantité d’eau restait dans l’huile en globules si petits qu’ils ne pouvaient pas se précipiter au fond du vase. Pour extraire cette eau, on a placé l’huile sous le récipient de la machine pneumatique faisant le vide; l’eau, s’il en restait, a pu s’évaporer. Mais l’action que l’eau avait produite sur l’huile, l’altération qu’elle lui avait fait éprouver restait, et plus on manipulait cette huile, plus elle était mauvaise. L’alcool, employé dans les mêmes conditions, n’a rien produit. Ce procédé, tout ingénieux et simple qu’il était, n’a rien donné qui fût utile pour l’horlogerie; toute huile, traitée ainsi par l’eau chaude surtout, perd de sa qualité..; (Voir ci-après : De l’action de teau sur l’huile.')
des résines. — Un pharmacien reconnut, il y a quelques années, que les corps gras dans lesquels on avait dissous une petite quantité de résine ne se rancissaient pas, ou bien que cela n’arrivait qu’après un temps beaucoup plus long que pour le même corps ne contenant pas de résine. Un chimiste insistait beaucoup auprès de nous pour l’application de ce moyen à l’horlogerie. Pour les huiles animales, s'il était possible, et qu’il fût appliqué et bien dirigé dans l’opération d’extraction, peut-être cela aurait-il quelque avantage. Mais les résines ne peuvent être dissoutes dans les corps gras qu'à une température élevée, et les huiles d’olive, les seules propres à la petite horlogerie, ne peuvent pas supporter une