Paul Adam, Stéphanie
Ce goût de vivre qui est en lui se remarque avec une claire évidence. Solidement en possession de la vie, il la répand sur tout ce dont il s'occupe.
Dans le domaine des réalités il ne peut s'intéressera rien qui ne prenne corps et qui ne reçoive l'existence par ses soins. S'amuse-t-il à dix-huit ans, comme tous les jeunes gens de lettres, ;à publier une petite revue, il le fait de telle sorte que, vingt ans plus tard, la petite revue est devenue sinon grande, du moins singulièrement importante et vivace.
Au hasard d'une flânerie de voyageur, remarque-t-il qu'on s'apprête à manquer d'égards à quelque monument, sa protestation ne se borne pas à un vain geste, comme le sont si souvent les mouvements d'un artiste, elle se manifeste, s'enfle, devient rumeur publique et campagne de presse — pénètre dans le Parlement — s'y ferait interpellation s'il en était besoin, si bien qu'au bout du compte le monument auquel s'intéressa ce dilettante impétueux se trouve sauvegardé.
Dans le domaine de ses] travaux [littéraires on imagine comme se manifestera le tempérament que nous avons sommairement indiqué. On sent que les idées vont être maniées par lui avec hardiesse, que s'il se mêle de critique il le fera avec véhémence et que la vie abondera dans ses inventions quand il fera de la littérature pure.
Telle est la personnalité littéraire de M. Montfort, et si nous nous détachons ici de l'homme pour n'examiner plus que ses œuvres nous reconnaîtrons bientôt qu'elles révèlent un esprit audacieux, un sens critique aiguisé, une forte imagination qu'étaie une pénétrante observation .
L'essentiel de la pensée de M.Montfort se trouve exprimé dans les Marges, la revue qu'il a fondée, et spécialement dans les numéros qui parurent depuis l'origine jusqu'en 1908 alors qu'il assumait à lui seul, selon le dessein qu'en ce temps il avait conçu, tout le poids de la rédaction. -
La plupart des idées qu'il devait émettre se tiouve résumée dans le petit volume que forme cette douzaine de fascicules.Son contenu se rapporte essentiellement aux choses de l'art et de la littérature — aussi bien la vie et l'activité de l'auteur leur sont-elles entièrement dévouée. En outre quelque intérêt qu'il puisse porter à ceux des problèmes étrangers à l'art qui passionnent au plus juste titre l'homme moderne — ces problèmes dont est dramatiquement tissue l'existence quotidienne — il n'admet point que l'œuvre d'art en puisse présenter le moindre reflet. M. Montfort ne saurait se rattacher à aucune école dont la devise soit : politique d'abord, quel que soit d'ailleurs le sens de la politique ainsi mise en avant.
Le petit recueil des Marges a des caractéristiques extrêmement nettes. Tous les problèmes qui se sont posés a la conscience littéraire dans le temps qu'il s'élaborait y furent abordés avec franchise et résolus avec décision. Souvent même.c'est par lui que furent indiqués les solutions qu'il fallait adopter et qui ne le furent cependant que bien plus tard.
Que déduire de cela sinon que M. Montfort a l'esprit particulièrement juste et que le fait d'être mêlé au mouvement
littéraire ne l'empêche pas d'apercevoir nettement dans quel sens il se produitet comment il s'oriente. Il en est bien ainsi et cette justesse d'esprit le conduit à adopter des idées dont on reconnaît toujours, en dernière analyse, la parenté avec tout ce qui fait la structure traditionnelle de la pensée française — par conséquent qu'elles ne sont jamais extrêmes ni révolutionnaires, mais au contraire modérées, conséquentes, suivies, sensiblement conservatrices dirionsnous, si ce mot était acceptable, et puisqu'il ne l'est pas, étroitement unies, dirons-nous, à ce qui est établi, stable et respectable.
Or son esprit n'est pas respectueux et jamais les disciplines ne trouvèrent un champion qui parut moins disciplinable. Sa verve est rude et pamphlétaire, sa fougue l'emporte violemment, il assène des coups plutôt qu'il ne décoche des traits, en sorte qu'il faut une certaine réflexion pour reconnaître que la substance des pages violentes et frémissantes qu'il nous livre est en vérité sereine' et tempérée.
A vrai dire il est des temps et nous en avons connus, dans lesquels il fallut delà hardiesse pour soutenir des idées simplement justes, et nous nous souvenons d'époques de désordre où les signes de modération semblaient ceuxlà même de la révolte. 11 fallut, par exemple, voici quelque quinze ans, une véritable originalité d'esprit pour dire qu'en art il n'y a rien qui vaille que le sincère (1), ou bien pour défendre la cause dangereusement menacée des études latines, dont on sent bien cependant qu'elles sontla moelle de la culture française. Prise en main par M. Montfort qui mit à son service cette énergie d'impulsion que nous avons signalée, la défense devient campagne, puis- ligue: un mou-