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III. Martyr en Angleterre

lyéclatans témoignages d'affection et de respect attendirent Martyr à son arriyée en Angleterre ; mais en reyancbe, il y trouva aussi de nombreux désagrémens. Les affaires delà religion de ce pays étaient dans le plus grand désordre, par suite du bizarre et violent gouvernement du roi Henri. Les catholiques et' les partisans de la réforme se baissaient et s'attaquaient mutuellement; le protecteur du royaume etl'arcbevéque de Canterbury, malgré leurs bonnes intentions, étaient beaucoup trop faibles pour rétablir la paix. Martyr, qui ignorait ce triste état de choses, arriva en Angleterre, plein de confiance en son avenir. Pendant son séjour à Lambeth chez l'archevêque, ces deux hommes distingués se communiquèrent leurs vues d'amélioration; Martyr fut d'avis de réformer plutôt par une meilleure méthode d'enseignement, que par des décrets royaux. Dès le commencement de 1648 , il fut nommé professeur d'exégèse à Oxford. L'exercice de ces fonctions lui devint souvent pénible et dangereux } mais sa piété et sa fermeté lui firent surmonter tous les obstacles. Il donna ses premières leçons sur les épltres aux Corinthiens; ses auditeurs étaient nombreux, comme auparavant à Strasbourg et à Naples; chacune de ses paroles faisait impression sur eux, et il était tellement admiré, que des copies de ses leçons se répandirent en peu de temps dans toute l'Angleterre. Outre ses cours publics, il donnait encore des leçons particulières; il prêchait en latin dans les églises et en italien dans sa maison ; il disputait publiquement et entretenait une vaste correspondance avec ses amis de Strasbourg et de Zurich. *

Les prêtres et les moines qui, au commencement de son professorat, ne

l'avaient pas incommodé, et qui assistèrent même à ses cours en admirant

son érudition , s'irritèrent contre lui dès qu'il osa condamner plusieurs tle leurs

. dogmes. Aussitôt ils mirent tout en mouvement pour le rabaisser aux yeux

* du peuple; ils empêchèrent les étudians d'aller dans ses cours, tandis qu'ils les

suivirent eux-mêm& régulièrement , afin d'épier le moment favorable pour l'at^

taquer. Le docteur Ridiard Smitb, atnimé par une haine particulière oonire Martyr, se mit à leur tète. Excités par lui, quelques-uns de ses amis affichent un jour aux portes des églises une annonce portant que le lendemain Pierre Mart)T disputerait avec Smith sur la présence de Jésus-Christ dans la c^e'«

Le lendemain donc ils disposent tout pour la perte de Martyr; la populace est appostée dans les endroits où l'on savait que le professeur devait passer; de bonne heure la salle de l'auditoire est envahie par les conspirateurs. Martyr, ignorant toutes ces machinations, se préparait tranquillement à donner sa leçon, quand plusieurs de ses disciples, incpiiétés par ia foule d^ns les mes et les menées suspectes des partisans de Smith, se présentèrent chez lui, et Je prièrent instamment de ne pas sortir de sa maison. Martyr leur répondit sans s'émouvoir qu'il ne connaissait que son devoir , que par conséquent il irait don*ner son cours, et, sans écouter plus long-temps leurs remontrances, il alla se rendre à son auditoire. En chemin il reçut une lettre du docteur Smith, le provoquant à la cBspute; ses amis, craignant pour sa sûreté, insistèrent de nouveau, et lui représentèrent les dangers auxquels il courait s'exposer; mais sa résolution était trop ferme: rien ne put l'ébranler. Arrivé à la salle des leçons» il s'avance à travers la foule de ses ennemis, qui, tout stupéfaits de sa hardiesse, lui ouvrent un passage; il monte en diaire, et aussitôt une dameur générale s'élève contre lui ; sans j faire attention, il adresse à cette assemblée tumultueuse un discours plein de sagesse «t de modération, qui peu à peu frit taire fous les murmures; il termine en disant qu'il est prêt à disputer, mais qu'il ne le fera pas à présent, parce qu'il est venu pour donner son cours. Au milieu du phis grand silence, il donne alors sa leçon, à la grande admiration de tous ceux qui étaient présens. Gepoidant , à peine a-t-il'fini , que ses adver^ saires reviennent à ia charge et le provoquent avec de grands cris; il leur dit en vain qu'il disputera volontiers , si on veut lui laisser le temps de s'y préparer; le tumulte devenant de plus en plus fort, il dédare qu'il lui est impossible d'accepter le défi, avant d'en avoir référé au roi ; il demande que la dispute soit organisée, qu'on nomme des secrétaires et des juges; rien de tout cela n'étant préparé, il ne peut ni ne veut entrer en discussion avec qui que ce soit. Peu satis&its de ces raisons , ses adversaires l'entourent et le {^ressent;

1 y. sur cette dispute Fouvrage déjà cité de Wood, I. p. 267; et John Strype, EccUsUutical mtmorUh, Oxf. 1992 iii-8'*. VOl. II. part. i. p. 61 , etc.

«es amis pFenomt sa défense» et une me allait édater, si le docteur /VlUght, vioe-diaiicelier, n'était survenu à temps. U décida qu'avant de disputer, Ifaotyr et Snith, asttstés de quelques-uns de leurs amis, devaient se rendre ohez lui, pour convenir des sujets et du jour de la omitroverse. Les bedeaux diqpers^^nt la foule, et Wright , prenant Martyr par la main, le reconduisit lui-même jusqu'à sa maison.

Qudques jours après, les deux adversairesse réunissait ebez leviee^hancdier ; ils ne parviennent qu'avec pdne à s'entendre; Martyr demande d'abord qu'on ne se serve que d'expressions usitées dans la Bible, en évitant les termes soolastiques; mais il est obligé de céder sur ce point. A la fin, l'aflEaire fut portée de^ vant le roi, qui fixa le jour de la dispute au 4 mai, et qui ord<mna qu'die eût lieu en présence de députés qu'il y enverrait.^

Tout fut prêt pour le jour fixé; Richard Coxe, chancelier de l'université, l'évéque Henri de Lincoln et plusieurs autres étaient présens, lorsque tout à coup on apprit que le docteur Smith avait diqMiru. On ignorait la cause de son départ subit II se rendit d'abord en Ecosse, et de là à Louvain , où il fut reçu comme un malheureux proscrit. Martyr s'était rendu au lieu delà dispute, et attendait vainement son adversaire; comme le parti catholique l'aurait pris pour une victoire, si la dispute n'avait pas eu lieu , Coxe invita Martyr à ap< peler d'autres champions à la lutte. U le fit, quoiqu'à regret; trois défenseurs du G&ithdlicisme se jHrésentèrent, les docteurs Tresham et Cheadsey, et le maitre-ès-arts Morgan Philipps, qui n'était connu à Oxford que sous le nom de Morgan le Sk^histe. La dispute eut lieu avec une grande solennité (28 mai 1649); die dura quatre jours; Martyr soutint trois thèses contre la transsubstantiation et la présence oorporeUe. Quoique les deux partisse fussent chacun attribué la victoire, on voit par les historiens du temps que tout l'honneur en est resté à Martyr , qui , pour imposer silence aux calomnies que l'on répandait sur son compte, publia lui-même les actes de la dispute.

Il était facile pour Martyr de sortir victorieux d'une pareille lutte, et de triompher des difficultés qu'elle pouvait offirir; mais elle ne fut pour hii que le prélude de dangers plus réels. Les violences que l'archevêque Cranmer exerçait contre les catholiques et les anabaptistes, et la faiblesse du gouvernement d'Edouard VI , donn^ent lieu à de fréquentes révoltes. Des troupes de rebelles, conduits par des moines expulsés de leurs couvens, s'avancèrent jus-

cpi'à peu de distance d'Oxford ^ Martyr craignit pour sa sûreté; cependant il resta à son poste , espérant qUe la cqpr prendrait les mesures nécessaires pour mettre fin aux troubles. Le duc de Sommersett, protecteur , envoya contre les factieux quelques régimens, commandés par le duc de Norfolk , qui était catholique, et qui par conséquent ne se donna aucune peine pour rétablir la paix. Il négocia avec les insurgés,, au lieu de les combattre , et les laissa pénétrer dans Oxford. Martyr, à qui Ton en voulait principalement, comme à un ami de Granmer , eut à peine le temps de confier sa famille à ses amis , et de prendre la Alite; il se rendit immédiatement auprès du roi, et lui représenta la gravité des troubles , que la cour avait jusqu'alors regardés comme insignifians. Lord Grey fut aussitôt chargé d'étouffer la révolte : il se mit à la tête de nouvelles troupes, dispersa les factieux et punit de mort leurs chefs. Martyr put alors retourner à Oxford; le roi , pour récompenser ses services , le nomma chanoine de l'église du Christ , et lui assigna en même temps une belle habitation (janvier 1 550 ). Cette faveur fut pour Martyr la cause de nouvelles inquiétudes. Son ennemi, le docteur Tresham, étant à présent son collègue, ameuta secrètement la populace contre lui; presque tous les soirs il y eut des rassemblemens tumultueux devant sa maison , et plus d'une fois les vitres en furent cassées^ à coups de pierre. Martyr, qui ne se doutait pas que Tresham fût l'âme de toutes ces mauvaises cabales, le pria de changer de logement avec lui , afin qu'il pût être assuré contre les émeutes. L'intrigant . et faux* docteur, qui plus tard appela Martyr, ^senex delirus, subversus^ impudens , errorum insignis magister^j se prêta, en apparence avec beaucoup d'amitié, à la prière de Martyr, et lui fit recouvrer ainsi le repos et la tranquillité^.

En compensation de toutes ces peines , il eut , en 1549, la consolation de voir arriver en Angleterre son ami Bucer, qui , avec Fagius , avait été obligé de s'expatrier. Ces deux hommes courageux avaient constamment refusé de se soumettre à l'intérim, et la colère de l'empereur contre eux était si grande, que les ibagistrats de Strasbourg se virent dans la triste nécessité de les renvoyer de leurs fonctions. Us se rendirent alors en Angleterre (avril ,1549), où ils

1 Barnet, Histoire àe la réformation de V Église d* Angleterre , trad. par Rosemond. Londrea i68&w in^fol. part. 2. p. 170 , etc.

2 Strype , Annals ofthe rrformation. Oxf. 1824. in-8* vol. I. part. I. p. 431.

3 Wood, 1U>. n. p. 257.

furent nommés profeséeurs à runiversiité de Cambridge^. Martyr, joyeux de voir ses anciens amis en sûreté , entra avec eux dans la plus fraternelle oorres-* pondanoe. Mais cette joie ne dura pas long-temps; car Fagius n'était, pour ainsi dire, venu en Angleterre que pour y mourir, et Bucer ne lui survécut que d'une année. La nouvelle de cette mort fut pour Martyr un coup terrible; elle le jeta dans le plus profond abattement. La lettre qu'il écrivit à la veuve de son meilleur ami, mort loin de sa patrie moins ingrate que malheureuse, est empreinte d'une si vive douleur qu'on peut à peine retenir ses larmes en la lisant. « Que dois-je faire à présent, s'écrie-t-il , où dois-je me tourner, si moi aussi je ne suis appelé au ciel ? Je ne sais où aller ici-bas; je ne puis vivre seul et séparé de lui 1 O Christ , je te prie, dans ton ineflEible bonté, aie pitié de ma douleur, et ne permets point que je reste long-temps loin de mon ami ! Maintenant seulement je sens toute la rigueur de l'exil , maintenant je me souviens que je n^ai plus de patrie, et tout ce qui, pendant qu'il vivait encore, me semblait doux et supportable, m'apparalt, à présent que je suis seul, pénible et plein de difficultés^! *

Quel soulagement pouvaient offirir aux douleurs d'une âme comme celle de Martyr , les honneurs du monde et les faveurs des grands ? Certes, s'il n'avait eu son appui que sur la terre, il aurait succombé à ses peines, ou il aurait peut-être trouvé une consolation illusoire dans les marques de respect, dont on l'entourait de toutes parts. Tout le pays parlait avec vénération de lui; on disait hautement , sans que la vanité nationale s'en offensât , qu'il était le seul savant théologien en Angleterre; on le consultait sur toutes les affiiires difficiles; les hommes les plus éminens lui demandaient des conseils; les premiers évéques correspondaient avec lui; l'université d'Oxford fleurissait sous sa dî^

1 Y. sur tout ce <iai se rapporte aux affaires de Strasbourg , le livre de M. Rœhrich , Geschichte der Reformation im Elsass, Strasb. 1832. t. II. et III.

2 Vida» Buceri. Mars 1551. Lac. com. p. 1089. — > Il s'exprime avec la même tristesae dans sa lettre à Conrad Hubert. Oxf. 8 mars 1551. HS. de la Bibl. de Strasbourg. « Inpace

Deus illum ad se vocaçit , nefue passas est ut in manus inimicorum incideret. Félix ille guident nunc est, sednos deflendi sumus, tjui casibus gravissimis et miseriis infinitis adhuc sumus expositi,.. O me miserum , dam Bucérus in jdngUafait , aut in G/trmania simul viximus^j nunquam mihi sum visus exulare, Nanc plane mihi videor solus esse désertas, Habai hactenus Jidum comitem in hac via, ^uapariter atque conjunctissime ambulabamus,.. F'ere manus Dominitetigit me... Deum immortalem precor , ut cum iUi fuerim in vita conjunctissimus , non diu> me patiatur ab eo per mor» tem divelli , etc. — Cette lettre est insérée dans la Mistoria vera de vita Buceri, etc. p. 68,

rection, quokiu'il nte f&t que éimfle profeBseur, et qu'il n'eût prÎB son gr^de^ de docteur qu'à Oxford même. L'archevêque Granmer suivait son avis, dans presque toutes les questions eodésiastiques de quelque gravité, ilean Hooper, ajrant été nommé évéquede Glocester, en 1550 , avait donné lieu à des discussions sur le maintien des oi^iemens épiiscopaux dans l'Église anglicane. Il avait voulu les abolir conune rappdant le catholicisme , ce qui déplut à Granmer et à plusieurs autres hommes timides; la querelle serait dévalue violente, si le roi , après avmr ccmsulté Martyr et Bucer , n'eût interposé son autorité. Il fut beaucoup con^spondu sur cette affiiire entre Martyr ^ Bucer, Jean à Lasco, Hooper et Granmer; Martyr conseillait la modération, mais recommandait sans cesse la simplicité du culte, et l'aboUtion de toutes le^ cérémonies inutiles ^.

Quand, en 1552, le roi ordonna la réformation des lois ecclésiastiques, il .fit entrer Martyr dans la commission nommée à cet effet; cette commission d'abord composée de trente^eux membres, fut ensuite réduite à seize, et à la fin seulement à trois. Ges trois furent Walter Haddon, Rolland Taylor et Pierre Martyr. Gomme les deux premiers n'y prêtaient en quelque sorte que leurs noms, toute la charge rq|>osait sur Martyr, qui presqu'à lui seul tennina le grand ouvrage de cette révision , et s'acquit par là un nouveau titre/ à l'estime des Àng^ais^

Malgré tous ces honneurs. Martyr ne se sentait pas heureui( en Angleterre; il avait trop eu à souffirir dans les troubles qui agitaient continudlement oe pays , et en outre il était veuf et son intime ami était mort; il ne lut restait plus que «on fidèle Teremôano. Lorsque lesma^trats de Strasbourg^ sur la proposition du stettmeister Jacques &urm, écrivirent au roi Edouard^ pour demander le renvoi de leur professeur vénéré, celui-ci, ému de cette marque d'attachement de ceux qui l'avaient accueilli pauvre et fugitif, insista vivement auprès du roi pour obtenir son congé; car de cette manière il aurait été délivré de sa pénible position. Mais Edouard, qui le regardait comme le seul soutien du protestantisme anglais, lui refusa sa demande, et fit transmettre sa

1 Burnet II. p. 230 , etc. — Gerdesius, Historié reformationis. Oroning. 175S. t. IV. p. 373, etc. — M, amico cuidam. 1 jul'. 1550. — Hoppero. 4 BOY. 1550. Loc. cûm. p. 1085.

2 BarnetlI. p. 298, etc. — Strype, Eeelêsiast. memotials, vol. II. part. i. p. 530. — Bdardi yi régis edictum de reformmndo jure céutùnicv ; 11 no9, 1552, dut CrerdetiVf , JSUi. réf. t. IV. p. 230.

nÉ^ionse aux màgistrart» dé Strasboiûrg ^ p«r son agent en cette vitte, Oxristoplitt Biount K

La mort du jeune rdi (avril 1&53) amena de grmâs et de terribles cbangemens danâ TÉglise anglicane. A la farreu^ d'une guêtre chrile , la princesse Marie prit possession du trône. EHe débuta par condamner à mort les cbers de ses ennemis, et notamment la belle et infortunée leamie Gt*arf. Son ancienne haine contre les protestans édafa maintenant avec fureur; tout ce qui avait é€é fait avant elle pour la réforme, iut bouleversé; die se maria ayec le tyran é'E^a^pne, s'entoura de 'prêtres et de moines, se soumit au pape et rétablit la messe; les ennemis des protestans obtinrent les premiers emplois dans le rcr^aume, tandis que Craraner et ses partisans fiirent maltraités et persécutés. Beaucoup s'empressèrent de retourner au catholicisme, et Martyr, dont la . position devenait de jour en jour plus périlleuse, eut la douleur de voir ses Mdies disi^iples et ses collègues hypocrites accourir dans les églises où l'on célâbraH la messe; toutefois il ne serdtmta point; il crut que c'était son saint devoir de continuer ses leçons, et de se montrer ferme dans ces orages; quelcpiefois seulement, quand il entendait les clodies qui appelaient k peuple à Foifioe , il s'écriait , les larmes aux yeut : « Ce tintement a donc détruit tout ce que j'ai enseigné * I » •

Bientôt cependant il s'aperçut qu'il ne pouvait se soutenir plus long-temps à Oxford; pour se soustraire aux injures dont le poursdi¥aient les étudians excités par Treshara, il partit et se rendît à Lambeth dies Crannter, qui était en complète disgrâce. On avait répandu le bruit que le noble archevêque avait consenti à chanter la messe à Canterbury, lorS des funérailles du roi. Indigné de on calomnies, et encouragé par son ami Martyr^ il protesta dans Un écrit lu k Londres le 5 septembre, et s'oflËrit à défendre publiquement les principes de la reformations. Il déolsura que Martyr, que leurs ennemis décriaient comme ignorant, ^assisterait dans cette défense, si b reine voulait y donner son auio^ risation. Cette courageuse démarche de Cranmer fat la cailse de sa perte; qpioi-

1 Ôratio M. ad Aemd, Argent, post suum ex Angiia reditum. Lôc, cotn. f. iùb%. -^ Strj]^ , Eccles mem. Yol. II. part. 2. p. 18.

^ Wood, p. 276. uSoc iintinrtabùittm omnerM ntffam doctrinam epertit /*

3 ThomœCranmeripurgatio adversus rumores vànûsd&missa restitutaCanitiarùe , aM»d f 553.

Dans GerdesiiUy-iTtV/. rrf, t. IV. p. 234.

que absous par h Star Chamber, il fut emprisonné comme hiérétique. On «ait comment le réformateur de l'Angleterre termina sa vie dans les flammes. Jl ne fut pas la seule victime du fanatisme de la reine; Téréque' Hooper, et plus de trois cents martjrs périrent ainsi en moins de trois ans; et comme s'il n'avait pas suffi de brûler les vivans, on déterra les cadavres deBucer et de Fagius, pour leur faire subir le même supplice.

Martjr, au milieu de ces dangers, pensait trop noblement , pour prendre la fuite; il demanda son renvoi formel , disant qu'il n'était pas venu en Angleterre de son propre gré, mais d'après le voeu exprès du roi, et qu'il n'avait jamais enfreint les lois du pajs^ On dit qu'on délibéra alors si on ne devait' pas l'emprisonner ^; mais la reine, dans un accès d'humanité dont il est ^permis de s'étonner, voulut bien respecter en lui les droits d'un étranger lui accorda sa démission, et lui permit de quitter l'Angleterre* Le peu d'amis qui lui restaient encore, oraignant, non sans raison peut<étre, que cette favieur ne cachât une trahison, lui recommandèrent de se méfier de la reine. On savait que des protestans, qui, avec des passe-ports du chancelier Gardiner, s'étaient réfugiés dans les Pays-Bas, y avaient été arrêtés et livrés à l'inquisition* Martyr, pour échapper à cette perfidie, resta caché pendant quinze jours dans la maison d'un fidèle capitaine de vaisseau, qui s'estimait heureux de pouvoir lui sauver la vie, et qui le transporta secrètement à Anvers. De là il partit la nuit suivante, déguisé et dans une voiture; à travers beaucoup de pâ'ils, il arriva, par Cologne, à Strasbourg, où ses anciens et dévoués frères lui ouvrirent de nouveau leurs bras'.

Les réformés anglais ne se montrèrent jamais ingrats envers leur maître Martyr ils traduisirent plusieurs de ses livres dans leur langue, et, dans une foule de cas, ils citèrent son opinion comme autorité. Sa mémoire a constam-' ment été en honneur chez eux, et malgré les taches, dont quelques ennemis* essayèrent de souiller son nom, ce nom est resté glorieux et vénéré dans toute l'Angleterre. Ceux que 'la tyrannie de Marie obligeait de chercher la liberté et le repos dans l'exil, s'adressèrent plus d'une fois à lui pour le prier d'être leur pasteur. Il ranimait par ses lettres les Anglais réfugiés à Zurich et

1 Sleidani Comment, de statu relig. , etc. Arg. 1612, in-S^". p. 808.

2 Wood , p. 275.

3 Oratio ad Acaà, Arg, Loc. com. p. 1058,

à Francfort^; ceux qui venaient à Strasbourg furent reçus par lui avec la plus touchante hospitalité; les évéques MorisOn , Cheek Gook trou Yèrent dans sa maison le même accueil qu'auparavant ils lui avaient fait dans leur patrie^. John Fox pouvait donc dire avec raison, au nom des réfugiés anglais de Francfort, que Martjr était un honmie grand et incomparable, et ^'il était comme un nouvel apôtre des Anglais^. Et Walter Haddon pouvait s'écrier, en parlant de lui et de Bucer : « Je ne veux citer que ces deux illustres professeurs,, qui, par un inappréciable bienfait de Dieu, ont été amenés vers notre llel Que tous leurs ennemis se concertent ensemble pour trouver quelque chose à blâmer dans la vie de ces hommes! quel précieux couple de vieillards d'heureuse mémoire, dont les ouvrages attestent la science et dont tous ceux qui les ont connus ont admiré les vertus ^I * Cependant, l'envie et la calomnie qui suivent toujours les grands caractères, ne les ont point épargnés; un certain Feknam écrivait que ce n'était que pour plaire à Edouard YI que Martjr avait abandonné la fo» catholique; un autre prétendait qu'il avait reçu et observé l'ordre d'enseigner une religion quelle qu'elle soit^; Richard Smith publiait des libelles contre lui^, ainsi que l'indigne Gardiner^, et un certain White de Winchester ^ Ces hommes et leurs écrits sont oubliés, ou on ne s'en souvient plus que pour les mépriser, tandis que le nom et les travaux de Martyr sont glorieux et immortels.

1 Omnihus Jtngîis qui Tiguri deguni in sancta societ^e. 30 sept. 1554. ^ Strype, Eccles. mem. vol. IH. part. 1. p. 8.

2 M. Galyino. 8 mai 1554. Loc. com. p. 1092.

3 12 oct. 1555. Strype, Eccles, mem, Yol. m. part. 2. p. 311 ; n* 38 da Catalogue oforiginals,

^ Waher Haddon, Pro reformat, anglicana, ad Osorium Lusitanum, 1562 ; dans Gerdesias , Scrinium antiq. Oron. 1754. t. lY. part. 1. p. 500.

5 Strype , Eccles. mem. VOl. II. part. 1. p. 190.

6 Defensio sacri episcoporum et sacerdotum cœlïbatus contra impias et indoctas P. Mariyris nugas et calumnias , etc. — Confutatio quorundam articulorum P. Martyris de votîs monasticis. Paria 1550. in 8*^ ^ Strype, /. c. p. 64, etc. Nioeron, Mémoires, t. XXm. p. 235. .

7 Confutatio caçillationum quibus sacrosanctum eucharistiœ sacramentum ab impiis capemaîtis impeti solet ; d- abord sons le pseudonyme d*jàntonius Constantius et plus tard sons le nom mdme de Gardiner.

8 Diacosio-Martyrion , mauvais liyre en vers qu'on ne voulait pas imprimer k I^oovain , et qui parut alors à Londres , sous Marie. Strype , /. c p. 423, ^

( 3o) ly. Setônd séjour de Martyr à Simiàourg.

Sqitttf SA pfimîèr^ arrivëé à Strasbourg, les babitans de oetie rille atanent ii oaae i ' f é à Martyr le phis ^noère attacbcment; plusieurs fois ils se repeniiFeiyt (ffffoir consentt à sofi départi au lieu de l'avoir défendu contre ks dangers dont 9 semblait menaeé. Lorsqu'en 1&51 la diète d'AugsboUrg permit que les députés protestant parussent au concile de Trente, les prédicateurs strasbour* geoîs désiraient que Martjn^ les y représentât*; et quand on demandai dans le sénat quel serait te théologien le plus capable de rempfir cette mission, le stettmeister Jacques Stnrra dit, arec un soupir de regret : « Plût à Dieu que Aous eussions encore Pierre Martyr car il est le seul que nous pourrions oppo^ ser aux prêtres romainsl^ ^

Qudie fut donc la joie de ces dignes soutiens de l'ancienne bospitalitë strasbourgeoise quand ils revirent leur ami de nouveau ft^itif I Mais malheureu* sèment cette joie ne devait pas être de kmgue durée; déjà le jour de sa rentrée à Strasbourg avait été pour Martyr d'im funeste augure; ee jour4à mourut eekri qui Pantait aimé le frius, le noM^ et vertueux laoques Sturm (30 octobre 1663)'. Avechii disparut det e^It de paût et de concorde, qui avait fait la gloire d€ l'Église et de la république strasbourgeoises, et ks quereUes théologiques que sa* seule autorité avait encore contenues s'éveillèrent avec une âpre violence. La confessioB des quatre villes^ qui avait essayé de concilier ensemble la confession d'Augsbourg et celle des Églises helvétiques, avait été abandonnée; les doctrines luthériennes déplaisaient moins. à l'empereur que celles des Suisses, qu'il haïssait presque autant que les anabaptistes. Bucer et Fagius avaient déjà' été les viietimes de cette réaction. Les nouveaux prédicateurs qui les renttplacèrent, étaient de fougueux luthériens, et après la mort de Zell, de Rédion et de Jacques Sturm, leur zèle ne connut plus de bornes. Jean Marbach, et pluisieurs autres hommes ambitieux et remuan^, se mirent à la tête d'un parti aveuglément adonné au luthéranisme, et eondarnn^rent sans ménagement tovtê ceux qui ne pensaient pas comme eux. Non contens de ce que disait la confes-

1 Rohiich. t. m. p. 19.

* roh; StunifK, recforis arginitin., Aittîfmppi très, 1579. in 4''. p. 116. 3 H. Galvino. 8 nov. 155». toc, com. p. 1091.

«ioii d'Augsbourgy ils enseignaient le singulier dogme de l'ubiquité absolue du corps de Jésus -Christ dans la cène, et attaquaient » avec un încooceYable acharnement, les pasteuro et les professeurs qui tenaient encore à i'ancieane doctrine helvétique.

D'après tout cela, la position de Martyr à Strasbourg, a dû être pleine de difficultés. Quoique son retour eût été un sujet de joie pour le sénat, pour le recteur Jean Sturm, et pour tous les professeurs de l'école, il s'aperçut au prunier coup d'ceil que les prédicateurs étaient loin de partager cette joie*. U eut même un instant l'idée d'aller à Genève; mais d'une part il ftit retenu par la mauvaise saison, et de l'autre le sénat lui rendit son ancienne place, malgré les efforts que ses ennemis avaient faits en seoret pour l'empéchar^.

Les querelles sur la cène occupaient alors tous les esprits; le magistrat de Strasbourg, composé d'hommes paisibles et concilians, pria donc Martyr de s'abstenir de tout ce qui pourrait animer la haine, et de maintenir, autant que possible, la paix avec ses collègues. A leur répondit qu'il serait toujours le premier à éviter les troubles, et que jamais il n'agirait contre les v<£ux de ses bienfaiteurs; seulement il demanda qu'il lui fût permis d'exposer dans ses cours sa manière de voir avec franchise et modération. Marbach, peu satisfait de ce6 explications, le pressa de signer la formule de concorde qui avait été faite à Wittenberg. U adressa donc aux scholarques une lettre, dans laquelle il déclara qu'il était prêt à accepter la confession d'Augsbourg, et toutes celles qui ne s'en éloigneraient pas, si toutefois elles étalait bien expliquées; que la charité chrétienne lui défendait de condamner les Églises de la Suisse et de l'Angleterre, et les frères dispersés en France et en Italie, dont il partageait les sentimens, et que du reste il ne révérait pas moins les protestans d'Allanagne, vu que cette question ne lui paraissait pas assez grave pour justifier les discordes ^

Le sénat et les professeurs l'aimaient beaucoup trop pour ne pas être satisfaits de cette déclaration si franche et si loyale. Protégé par eux, il reprit alors

1 Oratio quant Tiguri habuit. Loc, corn. p. 1062. Il raconte daiu ce discours , avec beaucoup de détails, ce qui lui arrivai Strasbourg. Y. aussi Rœhrich. t. III. p. 80 , etc.

2 M. GaWino. 3 nov. 1553. — Lud. Lavatero. 80 déc. 1553. Loc. corn. p. 1091 et 92.

3 Epistola ad scholarchos Argentinensis gymnmii 27 déc. 15^3. IêOc, com, p. 10S8.

ses fonctions, et enseigna l'exégèse et la philosophie, conjointement avec son ancien ami, Jérôme Zanchi.

Malgré la peine que Martjr se donnait pour ne pas troubler la paix, Marb^cb et son parti n'étaient pas tranquilles; ils s'imaginaient que l'orthodoxie luthérienne était sans cesse compromise par la présence du professeur calviniste en leur yille. Ils trayaillaient contre liû en secret et en public, et excitaient le peuple contre les Sacrameniarii, qu'ils accablaient de toute leur haine. Cependant Martyr demeura cahne et modéré; son noble cœur croyait toujours que les querelles étaient sur le point de s'apaiser^; ses amis éloignés l'encouragèrent dans ses résolutions^, et il leur déclaH*a plusieurs fois que la paix était le plus yif désir de son âme, mais que néanmoins il ne souffirirait jamais qu'on lui imposât silence; car, disait-il, vcela serait indigne d'un esprit religieux et d'un homme qui enseigné publiquement les lettres sacrées'. Calvin, qui savait tout ce que sa position à Strasbourg avait de fôcheux, lui annonça (janvier 1556), au nom de l'Église italienne de Genève, que, sur sa propre propo-. sition, et sur celle de Celso Martinengho, cette Église l'avait choisi pour être son pasteur. Touché de cette preuve de l'amour de ses compatriotes pour lui, il répondit à Calvin, que son vœu le pluS' ardent était de faire enfin qudque chose pour ses Italiens, mais que le sénat de Strasbourg, auquel il avait tant d'obligations, ne le verrait partir qu'avec regret^. Une conduite aussi généreuse, qui aurait mérité d'être appréciée par les adversaires de Martyr, ne fi t aucune impression sur eux ; ces hommes fanatiques n'avaient pas de repos , aussi long-temps qu'ils le voyaient à Strasboui^. Mais comme ils l'attaquaient et le calomniaient en allemand, il s'en inquiéta peu, et les laissai faire. Cela dura jusqu'au commencement de 155&, quand un jour un étudiant lut en chaire une violente invective, composée par les orthodoxes, contre les Sacranientariù Tous les hommes bons et pieux en furent profondément affligés; car ils comprirent que ce devait être le signal d'une guerre plus acharnée encore.

1 M. GalYiiio.^4 sept. 1554. Galv. Epist. p. 147.

2 Calyinas Martyri. 27 août 1554. Galy., Epùt. p. 135.

3 M. amico cuidam. 26 juin 1554. Loc. com. p. 1093.

4 18 GalYinas Martyri. jany. 1555. US. de la Biblioth. de Genève. ^ M. Galvino. 8 mart. 1555. Loc. com. p. 1094. — Au même. 23 sept.. 1555. Ib II loi recommande rtfl^lise italienne y ^ quanta pcssum vehementià.*

Maintenant q[ue la paix était rompue ouyertement, et que Martyr était poussé à bout, il crut qu'il ne devait pas attendre plus long-temps pour prendre la défense des doctrines attaquées. C'est en ce moment qu'il reçut des lettres de Zurich, où l'on exprimait le désir qu'il succédât à Pellican qui venait de mourir.

Quoiqu'il aimât Strasbourg, et qu'il fût attaché à cette ville par les liens de la reconnaissance, il saisit avee empressement cette occasion de se soustraire à une si malheureuse querelle. Ses collègues à l'académie et les magistrats essayèrent encore de le retenir; mais il leur représenta que, dans la circonstance actuelle, où il lui était impossible de s'accorder avec les prédicateurs, il aimait mieux se rendre dans une ville où il pût enseigner librement, selon sa consdenoe. Cette déclaration afiOigea le sénat, qui voulait le garder à tout prix; il le pria donc de différer encore son départ d'un mois; on devait employer ce temps avoir si l'on pouvait accepter ses conditions , ou si on devait le laisser partir. Martyr ne refusa pas ce délai ^ Dans le courant de ce mois, ses anciens amis, les deux Sturm, les professeurs, les membres de l'Église française le pressèrent de changer sa résolution, et de ne pas les abandonner^. Les magistrats hésitèrent long-temps, et le mois se passa avant qu'ils eurent pris une' décision. Las enfin de cette incertitude, et voyant que toute réconciliation entre les Allemands et lui était désormais impossible, il insista pour avoir une réponse; le sénat, pour gagner du temps, le pria de lui remettre par écrit son opinion sur la cène; il le fit, et termina sa confession par ces paroles : « Voilà ce que j'avais à. dire; voilà sur quoi je ne puis me taire plus long-temps sans manquer à ma conscience. Je demande donc qu'on me laisse parler et écrire sur tous ces sujets selon mon opinion. Si l'on trouve qu'on ne peut pas m'accorder cette liberté, je prie que, par votre bonne grâce et lapermission de vos illustres seigneuries, je sois renvoyé de ma place ^. »

Cet homme si paisible avait été contraint de parler si énergiquement par les menées déloyales de ses ennemis, qui lui reprochaient une conduite trop timide et qui l'accusaient même d'impiété, puisqu'il s'était tu si long-temps dans cette importante discussion. Enfin (24 juin), le sénat lui accorda son congé,

1 M. BnUingero. 7 mai 1556. Îmc eom. p. 1115.

2 M. BuUingero. 22 mai 1556. Ib. p. 1116.

3 Confessio seu sententia P, MurtyrU de cana Domim j exhihiia amplùsimo senatui j^rgentor. Loe, eom, p. 1068.

en l'assurant, avec des paroles pleines d'amitié, qu'il ne le faisait qu'avec de grands regrets ^ Avant de quitter Strasbourg, il fit ses adieux à son auditoire, dans un discours qui émut profondément la nombreuse assemblée. « H me semble , écrit un ami à Zanchi , il me semble encore voir ces larmes que les étu* dians et beaucoup d'autres personnes pieuses répandirent après le discours de Martyr. On disait que c'était d'un triste augure pour l'école, d'être abandonnée d'une pareille lumière. Et certes, pour vous dire toute mon opinion , j'ai toujours pensé que ceux qui ont causé le départ d'un bomme qui aujourd'hui n'a pas d'égal dans toute l'Allemagne, ont commis une mauvaise action , et ont dû désirer que les sciences théologiques fussent éteintes complètement dans leur ville ^. *

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