‹ Études sur FarelChapitre 9 sur 12 · I. Pierre Martyr en Italie · texte numérisé non relu

I. Pierre Martyr en Italie

. Piare Martyr Yermigli , que Calvin appelle quelque part miraculum Ilaliœ ^, et qui, selon l'expression de Bèze, était comme le phénix, né des cendres de Savonarole^, naquit à Florence dans la première année du seizième siècle. Son père, Etienne Yermigli , était un homme distingué, doué d'un esprit éclairé, qui faisait peu de cas des cérémonies de la religion romaine. Le jeune Pierre reçut donc une éducation libérale et soignée; sa mère, Maria Fumantini, fut la première qui l'initia dans les sciences, en cultivant avec succès les heureuses dispositions qu'il montra dès son plus bas âge. C'est elle aussi qui lui inspira cette tendre piété, cette douce modération dont il a fait preuve dans les circonstances les plus difficiles de sa vie.

Mais bientôt la mort la lui enleva; il eut alors pour maître dans les lettres • classiques, Marcel Yergilio, secrétaire de la république et célèbre par ses com- .mentaires sur Dioscoride. Dans l'école de ce professeur, il se lia avec des jeunes gens qui, comme lui, devinrent plus tard des hommes éminens, tels que Fran-

çois de Médicis, Pierre Yettori, François et Raphaël Ricci.

Les voluptés étourdissantes de la bruyante ville de Florence , firent que le jeune homme rechercha de bonne heure la solitude; l'élégante, mais fausse civilisation de ceux qui l'entouraient, était incapable de satisfaire les besoins qui

1 -Sa vie a été écrite : 1^ par Josias Simler , Oratio de vita et obUu çUHssimi viri et prastantissimi iheologi D. P, Martyris yermilii , prof, in schoia tigurina, habita ibidem, Tigf« 1563. 4>^

et 1579. fol. Elle se trouve aussi dans les Loci communes de Martyr , publiés a ^rich en 1587, et dans Gerdesius, Scrinium antiquarium, Groning. 1752. t. III. part. 1. p. 2 , etc. Melchior Adam en a inséré une copie dans ses f^itœ theolog. exter. Francf. 1706. fol. 1. 1. part. 2; — 2*" par Schlosser, Dos Leben Beza's und P. Martes, Heidelb. 1809. 8^ L'article de M. Matter , dans le Musée des protest, célèbres. 1. 111. part, i, est fkit en grande partie diaprés ce livre. On trouve aussi des détails trés-précieux dans les lettres de Martyr, igoutées

à la fin de ses Loci communes.

^ Hottinger, Behetiseke Kirchengesch, Zur. 1708. t. m. p. 860. 3 Basa, Jconej. Gen. 1580. in-4°.

s'étaient manifestés dans son âme. Il prit donc la résolution d'entrer dans un couvent, malgré la désapprobation de son père, qui blâmait toute espèce de superstition; il s'associa à l'ordre savant des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Sa soeur, qui avait aussi hérité de la piété de leur mère, imita son exemple, et se fit recevoir parmi les religieuses du même ordre. Dans le couvent de Fiésoli , près de Florence, il conunença dès-loirs une vie uniquement consacrée à l'étude; depuis son enfance, la théologie l'avait vivement attiré, et il s'y adonna maintenant avec enthousiasme. En vain son père fit, en le déshéritant, un dernier effort pour le rappeler : le jeune homme ne se laissa pas ébranler, et continua pendant trois ans ses études en faisant de rapides progrès. Ses supérieurs l'aimèrent pofiT sa modestie et la facilité avec laquelle il s'instruisait; devinant ses hautes capacités, ils l'exercèrent surtout dans l'art de la parole, pour qu'un jour ses prédications procurassent une gloire de plus à leur ordre. Ils l'envoyèrent dans ce but à Padoue, où les leçons des docteilrs Branda, Gonfaloniere et d'autres éveillèrent en lui le désir d'approfondir davantage la philosophie. Les ouvrages d'Aristote devinrent sa lecture favorite; mais comme il ne savait encore que le latin;il ne tarda pas à se méfier de l'exactitude des versions de son auteur, et résolut aussitôt d'apprendre le grec. Quoique Padoue manquât de professeurs de cette langue, il ne se rebuta point; il eut assez de force pour se mettre à l'œuvre, sans autre secours que les riches collections du couvent dé Saint-Jean de Verdara; qu'il habitait. On dit qu'il j passa des nuits entières, enfermé:dans les salles de la bibliodièque, avecsoA ami Benoit Cusano; ils s'instruisaient mutuellement, et, à force de travaux et dfe veilles,ilsparvinrent à surmonter toutes les difficultés et à lire la plupart des buteurs de la Grèce.

C'est ainsi qu'il atteignit Tâge de vin^-six ans, versé dans la connaissance des langues et de la scolastique, dont il n'avait pas ènéore reconnu tous les défauts. Ses supérieurs crurent alors que le moment était venu, où celui, dont ils attentendaient tant de lustre pour leur ordre, pouvait être envoyé dans le public pour prêcher et pour enseigner. Ils ne se doutaient pas des suites que ces calculs ambitieux devaient avoir pour leur disciple et pour eux-mêmes; ils ne demandaient de lui que de la gloire pour les chanoines de Saint-Augustin. L'Italie était encore pleine des souvenirs de Sayonarole; les échos de sa grande voix n'étaient pas encore effiaicés dans les cœurs , et quoiqu'il eût été condamné comme hérétique , on n'admirait pas moins la merveilleuse puissance de sa parole. C'était

donc une tàéie peu iictle pour Marl^rr de marcher sur ses traces , mais il étah jeune, nourri par de fortes études, et préparé à Paetîon par plusieurs années passéesdans le silenœ des monaàtèrek II alk donc hardiment' prêdber dans toute k Ifaute-ItaCe; les élises de Brema, de Rome, de Bologpie, de Pise, de Venise, deBlanloue, de Berganie, retimt»eni de ses sermons, qui fiûsaient une profonde imfHresaion sur tous ceux fpn les éeoutaiait. Nous avons cherché vftinenient à découvrir un exemple de sa j^rédicaftîon à cette époque; <:qpenduiit nous poufTons nous cônvainere de la f<M*eeet de la beauté de ses discours, par quelques sermons latins qui se trouvent insérés dans le recueil de sea œuvres» En peu de temps il s'acquit une grande pc^ularité, et la satisfaction de tous ses supérieijffs. Dans tes oouvens de son ordre à Padoue, à Ravenne, à Bologne, il donna aussi des leçons publiques de littérature latine et de philosophie; à VereeUi il exi^Squa même Homère, sur les instances de son intime ami Cusano, qui étaût natif de cette villes

Cette renommée toujours croissante ne l'ébtomt pas; il n'interrompit jamais le cours de ses études; les Pères de l'Église et l'Écriture-Sainte étaient les oh» jets de ses continuelles méditations. S'étant âqperçu que pour compfendre en» tièrement la BiUe, il faut avoir connaissance de l'hébreu, il employa les loisirs que lut laissait à Bologne sa diarge de vicaire, à prendre dbez un médecin juif des leçons de cette langue Les cheft de son ordre, orgueilleux des succès du jeune moine, résolurent alors de l'élever à des dignités phis hautes encore. Ik kn confièrent la misaion dffîcile de régénérer la confrérie des dianoines de Saint-Ax^stin , qui , bien que fixLS savante et moins corrompue que les autres as<sociations monastiques, souffrait aussi des maux qui accablaient alors le clei^é. Les cardinaux Gonzaga, Fregoso, Polus, qui, dqmis quelque traips, avait pris Martyr sous leur protection spéciale , em[^èrent leitf influasioe pour lui bisee conférer les fondions d'abbé de Spolète. Dans ce nouvel emploi, dont il comprit toute la gravité, il fit voir tout ce qu'il y avait en lui d'activité et d'énergie; il tacha de ramener la moralité dans les couvens de Spolète, où ne régnaient que la mollesse et la volupté, et sa sévérité jointe à sa modération eut les meilleurs effets. L'exactitude avec laqudle il sut ranpiir ses devoirs, lui attira l'estime et l'smioor des citoyens de Spolète; se fondant sur ces sentimens, il s'efforça de réconcilier aussi les restes des deuY grandes faeiions des Gueliçs et des Gibelins, dont les haines troublaient encore quelquefois le repos de la

ittUe; il fiit assez heureux de parvenir par son autorité et son éloquence à apaiser les esprits, et fit tant , qu'au moins pendant les trois années de son séjour à Spolète , la tranquillité n'y (ut compromise par aucun .désordre. . Les résultats de sa mission à Spolète, et les rares qualités. qu'il y déploya , engagèrant ses supérieurs à le plaça* sur une scène plus vaste; ,ils le nommèrent à cet effet prieur de Saint-Pierre aet aram à Naples. C'est. là que se décida sa vocation ultérieure, et qu'il acheva de se.convaincre du.' besoin d'une réforme dans l'Église. A Naplës il eut le repos nécessaire pour continuer ses études 'théologiques. La dépravation du clergé, dont il avait été témoin pendant ses différens voyages, avait fait une profonde impression sur son âme; la lecture assidue de la Bible le conârma dans ses doutes sur la vérité de ce qu'on lui avait enseigné dans les couvens. Il nous dit lui-même que, dès qu'il eut entrevu, à travers les nuages du papisme, la pure lu* mière.de l'Évangile , il parvint peu à peu à l'intelligence de Ja vraie religion ^ Mais tout cela était encore confus en lui, il était engagé dans cette lutte intérieure qui cause tant de souffrances , et qui précède toujours les fortes convictions. Pour en sortir, il chercha quelqu'un auquel il pût communiquer ses incertitudes, et qui pût augmenter sa lumière. Bientôt il trouva. un ami comme il le désirait. Ce fut Jean Valdez, cet illustre chevalier espagnol, qui a été un des plus beaux caractères de son temps. Charles V, qu'il ayait suivi en Àlljenoijàgne, l'envoya à Naples comme secrétaire «du vice-roi don Pedro de Tolodo. Il avait vu de près les réformateurs, s'était lié avec eux, et avait rapporté leurs doctrines dans sa nouvelle résidence. Là il les communiqua secrètement à un petit nombre de personnes distinguées tant par leur rang que par leurs connaissances , et forma une petite Église protestante , remarquable par l'esprit sage et pieux qui y r<%nait K Des chevaliers , des savans , des femmes

^ Ofatio ifuam Tiguri primum habuit , cum in locum Pellicani successisset. Loci communes. p. 4062.

2 L'histoire ée Jean Yaldez est trës-pei» comme ; d'après tout ce que Fon sait de lui , il a été un homme d'un caractère noble et élevé. Qnelques-nng Font compté parmi les antitriaitaire». Le petit nombre d'écrits qu'il a laissé se distingue par une légère teinte mystique , qui en rend la lecture infiniment attrayante. Outre ses notes sur rËpttre aux Romains que nous citerons pl^ bas , on a de lui : Cent et dix considérations divines de San de yal d'Esso , traduites premièrement d'Espaignol en langue italienne , et de nouveau mises en

Conçois (par Glande de Kerquifinen). Lyon i563. Ce petit livre est un bijoUée piété ;

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nobles^ formaient oecte réunion; nous ne cilerons parmi eux que les noms de Jean Caserta, Antonio FlalninioS Isabdla Manrioha, GiuUa Ooniaga, Yittoria Colonna , reut^ du marquis de Peacara , qui ayait succédé au connétable de Bourbon , dans le comniândement des troupes espagnoles en Italie K C'est au milieu de cet personnes» que Benoit Cuâano introduit son ami lierre Martyr. Ce dernier se lie aussitôt avec Yaldez , qui lui communique quelques livres des protestans d'Allemagne; il étudie avec attention les commentaires sur les psaumes de Bucer, publiés sous le nom d'Arezio Felino; les traités de verà etfoUàreligione, et deprovidentià Deiy deZwingli Sous le nom d'Abydenus Corallus ; les prinoipi délia theologia, di Ippoplo de terra negra , c'est-à-dire les loci theologicide Philippe Mélanchthon K La lecture de ces ouvrages contribue singulièrement à fortifier les nouvdles idées de Martyr , et à le feire travailla avec aèle-dans sa petite Eglise. Celle^ prit de jour en jour plus d'importance et d'accroissement , tellement que bientôt le vice-roi ouvrit les yeux sur elle. En 1536 » Charles Y publia un édit rigoureux contre les luthériens de Naples ; mais ils se tenaient trop cachés , et étaient trop ho-^ norés dans la ville , pour qu'ils aient pu courir des dangers* L'édit de l'empereur n'eut donc pas de suites. Une autre circonstance vint encore s'ajouter à celles qui existaient déjà pour en amortir l'effet Bernardin Ochino , le célèbre orateur , prêcha cette année le carême à Naples ; Charles Y alla lui-même entendre un de ses sermons plein d'une ferveur si admirable , qu'il s'écria tout étonné: « Certainement, cet homme pourrait faire pleurer des pierres^! »

U fat aussi traduit ea anglais et imprimé à Oxford» en 1068. in-4* — Due dUhffki , rmno di

Mercurio e Caronte , nel ^uale^ oltre moite cose belle, gratiose e di buona dottrina , si raconta ^uei che accade rtella guerra dopo Vanno MDXXl. Valtro di Lattantio e di uno j^rchidiaeono nel tfuale puntalmente si ttattûno le cose à^enute in ttonta nelVànno MJDXXP^ÊÎ. ÏH Spagnuolo tn Italiano con molta accuratezza, e tradotti e reçisti. In yinegia in-8'. ^ Tous ses OQTrages ont été mis à Vindex par la cour de Home.

1 II mourut en 1550 à Rome comme catholique , quoique tous ses écrits soient condamnés, y. sur lui : De religione M, jintonii Flaminii , éÊKM Sehelborn» jimmmiaies, Francf. 17S8. t. II. p. 1, etc.

2 y. sur ces fommes et sur d'autres héroïnes du prolsitantiraie en ItaUa : Grerdasius ;

Spécimen Itàlim reformata, Lugd. Bat. 17S5. p. 156, #t€.

3 Gerdesius , Spécimen, p. 10, etc. ^ TiràhOSCht , Sfria délia iHtttàtmra if lima. Firense 1809. t. yil. p. 358.

4 Giannane, Ittèha dnle éM régna di dTapoH. Rapoll 17M. t. ly. p^ 80. — Bemardina

( tO

Odiin i^récba avec un ioMeose suoç^i et quoi^u'U fût déjà suëpeci d*bér4sie et quç le yice-roi eût voulu lui défeadre les chlores , U n'en eentinua p$i# moîm à ém9uvoir profo^déaieiit U populatioa napolUaiae* Trois Années après , il vînt de nouveau pour le carême » et i plus avancé ^lors dans la connaissance de la vérité évangélique, il parla plus ouvertement svr les erreurs romaines* Le peuple l'écouta avec ét^nnement, et les noi^vell^ choses qu'il lui annonça le portèrent à remuer des questions dont la solu^on était si dangereuse pour l'église existante.

Aux prédications d'Ochin se joignire«it les leçons éloquentes de Giovanni Mollio de Montalcino ^ » de Lorenzo Rom wo ^ et surtout de Pierre Blartyr , qui 9 dans son collège de Saint^Pierre ad ar^m) expliquait, aux applaudisse* mens de ses nombreux auditeurs, les épttres de Saînt-PauL La foule qui accou* rait à ses cours était si grande , qu'au dire même de l'historien de Naples , tous ceux qui n'y allaient pas , étaient regardés comme de mauvais chrétiens.

OdUnOy ou Occello, né en 1487 à Simone, ft*4«ftoci4 en 1534 à une confrérie de cig^uciiift qui Tenait d*étre éUblie ; quelques auteurs le regardent même comme le fondateur de l'ordre des capucins ; mais on sait seulement qu'en 1538 U fut élu leur général. Après sa fuite de ritalie, il habite Genéye pendant quelque temps, et s'y lie avec Calvin; il se rend iBAle et pais à Avgsbonrg, où il est nonunô prédictteur iUilten. Sn 1647, Charles V veut qu'on le lui livre, mais il s'enfuit et arrive par Constance et BAle à Strasbourg » d'où il va avec Martyr en Angleterre. L'avènement de Marie T oblige de quitter ce pays ; il retourne en Suisse, et devient pasteur de l'église italienne à Zurich (1555). Soupçonné d'avoir adopté les opinions de LMie Soein , H est chassé de cette viUe , âgé de ^xante^eize ans. U se dé^Dd «n vais ; les Bâloia lui reAuwat VenUeée dans leurs murs ; après un court se* jour à Mulhauaen , le malheureux vieillard «e meit eu route pour la Pologne , m^is repoussé partout , il se retire en Moravie , où il meurt vers la fin de 1564. Cet homme qui a été si maltraité par les catholiques , les luthériens et les calvinistes orthodoxes , compte pourtant paFmi les plus tavans théelogiens et les plus grande oratenre de toute TËglise piri»lA9Uiot» t il «xiftle pUMievts Qmt§se§ Oa W ;. les fHTMtiÂimi qu acn^t s^ Pr^qfw, Qs^n. 1543. 3 vol. et s^es XXX Vkilog^L 9à^h 1563. iu-^'' -^ V. sa vie par Struve , dan&.le$

Observât, selectœ Hier. Halenses. t. lY. p. 409 , etc.

i Jean Mollio , le principal propagateur de la réforme à Bologne, a été professeur dans pluaieurs villas d'Italie. Après sa dispnte avec un m. tapfa^sioien sur la- justifioatioa par la foi, cal«l'<ei l'aecwa d'hérésie. Quoique iBlerdit » U continue ses letons ; il est arrêté à lUvenne , oon^nit à Borne el eondunné à mort tn 1553. -^ iriauMOM , iY , p. 82. -^

Maccrie , Hist. de U réforme en Italie , trad, de l'angl. Paris 1831. p. 88 et 31 e.

2 JLoreaïoEooMiio, Sicilien» revint en ^549 de l'Allemagne ; U enseigne de nouveau à Naples ; il est forcé de fuir , mais se rétracte en 1552 à Rome. Giânuoue p. 89.

Le fondement de la dôctitne de oes hommes éuît la justffication par la foi. Partout , en MIemagne , en France, en Suisse , en Italie , et même en Espagne , les premiers protestans se sont attachés surtout à cette gmnde question; car c'est en' elle que se résume toute l'opposition entre le catholicisme et la réformation ; c'est la question du mérite humain ou de la grâce , de la propre justice de l'homme , ou de l'influence divine. Partout |es réformateurs s'élèrant au nom de cette doctrine , à Wittenberg , à Genève , comme maintenant aussi à Naples. Luther l'enseigne en Allemagne, Calvin en Suisse; Odiin emploie toutes les forces de sa puissante éloquence pour la faire adopter au peuple napolitain; Vermigli le seconde par ses savantes leçons; Valdez lui-même l'expose , avec plus de piété que d'érudition , dans son curieux commentaire sur Tépttre aux Romains ^. Ochin parle en même temps contre le pui^totre et les indulgences ; l'abbé de Saint-Pierre 4id aram s'efforce d'instruire le peuple sur ces mêmes sujets. Ses cours sur la première épitre aux Corinthiens lui attirent plus d'auditeurs que jamais ; des évêques même sont dans leur nombre. C'est un de ses discours sur cette épttre, «qui détermina le marquis del Yico Galeazzo Caraccioli , à s'appliquer à la recherche de la vérité ^. Mais c'est en même temps un de ces discours qui devint pour Martyr la cause de son interdiction. Car, étant arrivé au passage , 1 Cor. III , 13 - 16 : « L'ouvrage de chacun sera manifesté, car le jour le fera connaître, parce qu'il sera découvert par le feu , et le feu éprouvera l'ouvrage de chacun; si l'ouvrage de quelqu'un qui aura bâti sur le fondement subsiste, il en recevra la récompensé; si l'ouvrage de quelqu'un brûle, il perdra le fruit de son travail; mais pour lui , il échappera toutefois comme au travers du feu ; * passage , sur lequel l'Église romaine avait construit le dogme du purgatoire, il l'expliqua d'après son sens clair et simple, sans toutefois attaquer directement la doctrine reçue. Les agens du parti catholique qui l'observaient dq>uis long-temps, furent contens de trouver enfin un côté par où ils pussent l'attaquer; ils coururent

1 Comentario , o declaracion hrepejr compendiosa sobre la epûtoUfâe S. Ptado a los Romanos , muy sàUdahU para todo Cristiano ; por Juan Yâldesio. Veneciâ 1556. in-8® Valdei A eacore écrit ées commentaires sar plusieurs autres épltres et sur les psâuines; ils sont extrémemeùt rares. * .

2 yie de Galéiu Caracioi j marquis de yico (par Balbano) , mue en français par le sieur de Lestan. Amst. 1681. p. 16. iii«ia«.

diez le vice^roi, et àoeusirent Martyr d*avoîr nié le purgatoire. Don Pedro deToledo saisit cette occasion pour éloigner le dangereux abbé , et céda à la demande des moines , qui avaient exigé son interdiction. Martjr, pensant qu'il n'était pas de sa dignité de se disputer avec ses ennemis , aima mieux en âppelerau pape; les cardinaux Bembo , Fregoso , Gontarini , Polus , auxquels il s'était adressé, et qui alors étaient ses amis et semblaient désirer une réforme de llSglise , parlèrent en sa faveur auprès de Paul III , et parvinrent à le faire rentrer dans ses fonctions. Il reprit alors ses cours et ses prédications; mais ce ne fut que pour peu de temps , car il était sans cesse molesté par les menées de ses adversaires; il n'avait plus ni la liberté, ni le repos qu'auraient réclamé ses occupations ; il eut le chagrin de voir mourir son ami Cusano , et lui-même fut attaqué d'une grave maladie. Il demanda donc à «es supérieurs la permission de quitter ce pays , dont le climat ne lui convenait plus. Ils y consentirent d'autant plus volontiers, qu'en usant de rigueur envers lui, ils auraient craint- d'offenser ses puissans protecteurs; et comme du reste ses opinions hérétiques n'étaient pas encore très-prononcées,* ils'préférèrent conserver à l'Église un homme aussi capable de l'illustrer. Dans un convent de leur ordre, ils le nommèrent donc visiteur général des Augustins en Italie. . .^ - .

Martyr fut à peine honoré de ce nouveau titre, qu'il se mit à remplir sévèrement les devoirs qu'il lui imposait. Comme auparavant à Spolète, il entreprit les réformes .dont son ordre^ avait besoin.. Dans ses vues d'amélioration, il était assisté par le cardinal deMantoue, Hercule Gonzaga, protecteur des Augustins. Mais quoiqu'il se montrât sévère jusqu^à la rigueur, en punissant plusieurs des premiers prélats et surtout le recteur général de l'ordre., il ne put réussir à ramener à sa simplicité primitive une société qui avait pris une trop grande part à la cor^ption de son époque. Il n^aboutit qu'à se faire des ennemis , et lui , qui auparavant avait été la gloire de ses confrères , devint maintenant l'objet de toute leur haine. €omme on ne pouvait pas l'attaquer en face, on tint un convent à Mantoue, dans lequel, pour se débarrasser de l'importun visiteur , on le nomma prieur de San>Fridiano à Lucques. L'espoir secret de ses ennemis , en lui accordant cette placo à laquelle étaient^ attachés des droits ^piscopaux , était d'aocélérer sa chute. Car ils s'imaginaient que le prieur , natif de Florence , ne pourrait pas se soutenir k Lucques , à cause

4e la ¥û^|f haim qui divisât q9» 4ma ^Him* IMi ila aTf4eiit in»! lait kvr comptes p^ SA acieme et la vertu, Miatpr i^éuMît è ae oaQeJUer restive et l'affection des habitana , et à déjouer aîoai les plMis insidievoc de aea «iMmii» lie boa accueil qu'il reçut à liUcques Tencouragea forbçment dana aea pro<jets de réforme; eq^endant il ne voulut liin bruaquer^ dans la coiii^eUon qu'avant d'introduire une nouvelle idée , il faut y préparer les eaprita par rinatru/çtion et la moralité* U établit donc dana aon prievré un eolU^ pour lea novicea, afin de leur inapirca* l'amour de la théologie t et de lea amener par des études classiques à une connaissance (Jus parfaite de la Iktérature sacrée* Il s'a(^oignit à cet effet plusieurs hommes, dont le mérite est prouvé par l'em*pressement avec lequel on les rech^cha dans preaque toutes les académies de l'Europe 9 après leur départ de l'Italie. Celso, comte de Miur|iiie«|^ , en* seignait le grec dans ce nouveau collège ^ ; Paolo Lacisio , de Vérone » le latî» h Emmanuel Tremellio , de Ferrare , l'hélnreu h Uar^ hiin^éme prêchait, et expliquait les psaumes et les épitres de saint Paul. Vu grand nombre de ses auditeurs furent convertis par lui i une doetrine plus piwre; les trois profiMseurs de son école devinrent ses premia^ proa^lytes, et parmi les autres membres de la petite Église qu'il fonda , noufi citerons encore Jérôme 2aneki , qui , dans la suite , s'est rendu si célèbre dans son exil \

1 Celso Martinengho , homme riche et grave , natif de Bregcis , s^enfuit plus tard de MUaB , et se retira dans le pays des Grisons. Les Italiens , réfugiés à Genéye , le nomqiésent leur pasteur; Calvin Pavait en grande Ténération. n mourvt en 1967. Gerdesias , Spécimen, p. 2^8.

2 Chanoine de la congrégation du Lateran , célèbre par ses eomiaîasancea dans les langues anciennes ; on a de lui une f^ersio chiliadum Joh. Tzetzœ, Bêle 1546. ---Gerdesius, p. 280. — Tiraboschi, /. c. p. 960.

3 n était juif de naissance et avsH été oonTarti par le cardinal Peina ; sous Édonard VI il fut appelé en Angleterre ; de U il retonrna en AUemagae» enseigna pend^aM^neUfae tempa dans récole du duc de Deux-Ponts à Hornbach , et puis à Heidelberg ; il se rendit ensaite à Metz, d'où il fut appelé à Sedan pour y donner des levons d*hébreu ; il mourut en 1580. * Gerdes. p. S41. — Tirab. p. 1075.

^ J4rÔHis 9wMhi > d'Alxano dans le pays 'de Bef gaoM , naqail nn iSlS. H s'enfoM nvne Celso Martinengho , en Suisse. An moment où U se disposait à snWre Pierre Wnx^» en Angleterre , il fut appelé à Strasbourg pour succéder àHédion. Pendant dix ans, il enseigna dans ceUe ylUe la théologie et la philosophie ; mais comme il refusa long-temps de sottsorire la confession d'Angsbowrg , Mari»ach le tonrmenla tellement , qu*à la fin il se décida à aooepler la plaee de paslonr à Chmonns » qnn ses e«BpaliîDt(n réfugiés lui

Ces suoote de Martyr ne ^uviâetit pas matiqaèr d^iititér étteorè diPtiaiiiiagé eem qui toyaieAt avee tant de jalousfe là sémirilé dont J<^Uiadàit éet hérétique. Ils n'attendaient qu'une occasion pmir fttire ëolate^ I^ur hâkine ; die né Urda pas à se prësenier. En 1&41 ^ Chartes Y eUt à Éuteto » (irèâ de Luoqués, une entrevue avéo Paul Ul pour dâibërci' avée lui sur le compilée Le cardinal Gontarini, légBii en Ml^nagne, avait effeetué cette entrevue* Le pape, qui le soupçonnait de hithér anisme » lui avtiit permis dé venir à Lucqués afin de se JusiUier, en même temps qu'il lui rendrait compte de sa mission. Lé pape ne se trompait pas dans ses soupçons sur Gontarini ; car celui-ci avait entendu les réformateurs allemands, et était leur partisan secret. Dès son at^rivée à Lucques, il se rendit chez son anoien aiâi Martyr, et le visita tous les jours ; ses dtsoours ^ins d'admiration pour Luther et ses amis ^eillèt^nt dans l'âme du prieur un vif endiouSiasme pour leur cause. Gontarini diercha vainement à le détourner du projet que ces entretiens mûrirait en lui , d'aller en Suisse et en Allemagne » pour voir lui-m^ne les réformateurs. Ge iîit dès-lors son unique désir; et quand mène il eût abandonné cette idée pour un moment, il y aurait bientôt été ramené par les éBd[>âches que lui dressaient ses ennemis. Un de ses disciples ayant prêché à Lucques, devant des prélats de la suite du pape, contre quelques abus de l'Église romaine, fut jeté en prison, et lui-même iut menaeé d'une accusation. Mais les habitans de Lucques , qui aimèrent Martyr, délivrèrent le prisonnier et se montrèrent prêts à défendre la liberté et la vie de leur prédicateur. Voyant alors qu'à Lucques ils ne pouvaient l'attaquer impunément , tes chefs de son ordre se réunirent à Gênes , et le citèrent devant leur chapitre. Informé par ses amis du piège qu'on lui tendait, il n'hésita plus, et se prépara à. quitter un pays où il ne prévoyait que de continuelles petisécutions« À Lucques même, il n'était plus en sûreté; ses ennemis répandaient toutes sortes de (aux bruits pour exciter le peuple contre lui, et les moines de son ordre se plaignaient de l'esprit dans lequel il les dirigent. Il mit donc ses affaires en ordre ,

avaient offerte (1563). Cinq ans pim tard , il fat appelé àHeidelberg; mais cette aaiveriité étant devenue luthérienne , après la mort de Télecteur Frédéric, il se retira iNeûstadt, où le comte Jean Casimir Tenait de fonder une école ; il en fat le premier recteur et y mourut aveugle, en 1590. — T. m vie par Giambatti^ta GaUisoU. Bergamo 1785. — ZanohU J^fùtolm, 2 P. HanovilB 1609. is 8*" -^ Ses «uyres foreBilmprimée» en 8 vol. à Genève 16191.

confia une partie de sa bibHothèque. à Christophe Rrenta , riche patricien de Lucques, qui plus, tard la lui envoya à Strasl^urg, et en l^a le reste à son couYent« Quand tout lut arrangé , il sortit secrètement de la. ville (1542)» accompagné de ses, amis Pa(rio Lacisio, ThéodosiorTrebellia et Giulio Terenziano. En apprenant son départ, dix-huit de ses disciples Je suivirent dans l'exil. En passant par Pise, il s'y déclara ouvertement poiir la rdigion protestante, et célébra, avec ses compagnons et quelques réformés de la ville, la cène sous les deux espèces; il renvoya au cardinal Polus son an^ neau pastoral » accompagné d'une lettre, dans laquelle il lui exposa les motife de sa fuite. .

Il dirigea son voyage vers la Suisse; mais avant de franchir les Alpes, il voulut aieore voir, pour la dernière fois peut-être, Florence, sa ville natale. Quels ne durent pas être ses sentimens , quand il la revit, cette ville de ses premières années, où sa pieuse mère avait planté les premiers germes de la vérité dans soa coeur I Pendant prèfrde vingt ans il avait parcouru toute l'Italie , aimé et honoré de ses compatriotes , et recueillant assez de gloire pour que sa patrie pût aussi y participer un jour; et maintenant il rentre à Flor^ce , fugitif et persécuté, pour lui dire un étemel adieu! S'il avait voulu céder et se rétracter, il aurait pu jouir d'une vie tranquille et heureuse; mais l'idée d'une pareille lâcheté était loin de son âme^ noble et sincère , et la conviction de ne pouvoir jamais servir sa came y s'il restait en Italie» l'emporta chez lui sur tous le» autres sentimens».

• Plein de cette conviction, il détourna .Ochin, qu'il rencontra à Florence, de l'audacieux projet d'aller à Rome, où il avait été appelé pour se justifier de l'accusation d'hérésie. Odiin suivit ses conseils , et partit pour Genève» Peu de jours. après. Martyr et ses- trois amis le suivirent.

'. Avant de quitter à jamais l'Italie,. Martyr y publia encore une profession de foi, sous la forme d'une explication du symbole apostolique^. Ses opinions y sont exposées avec clarté et modération ; quoiqu'il s'y prononce contre le pape et les superstitions de son Eglise , il n'engage pourtant aucune polémique trop véhémente, et fait surtout ressortir le coté pratique et moral de la religion

1 Cateehismus , oççero esposifione del sjrmholo apnst'olico. BasH. f &46. L'éditeuc des Zor» communes le traduisit en latin et r inséra dans son recueil, p. 421, etc.

évangélique. Long-temps il croyait avoir besoin de se justifier d'avoir quitté Lucques; son àme droite était tourmentée de l'idée qu'il avait manqué à ses devoirs de pasteur, et qu'il aurait dû attendre des calamités plus graves, avant que de se décider à fuire. A peine arrivé à Strasbourg , il écrivit donc à ses anciens amis une lettre touchante , pour les prier de ne pas condamner sa fuite , et pour leur exposer les causes qui l'y engagèrent*. Lorsqu'après son départ de Lucques, où il fut remplacé pendant quelque temps par Gelio Secundo Curio ^, les vexations eurent commencé en cette ville , et surtout lorsqu'il eut appris que, dans la persécution de 1666, beaucoup de réformés renièrent leur foi, il leur adressa, dans son affliction, une seconde épitre pleine de paroles éloquentes; elle leur témoigne sa profonde douleur en apprenant la défection d'une commune qu'il chérissait avant toutes, et qu'il regardait comme son plus beau triomphe. Cette lettre est l'expression d'une âme vivement attristée de voir des personnes aimées, détournées du chemin de la foi et de la vertu. Martyr n'a jamais rien écrit de plus beau ni de plus touchant^.

IL Martyr en Suisse et à Strasbourg.

Le 28 octobre 1642 , Martin Bucer écrivit à Calvin : « Il nous est arrivé un homme fort savant en grec, en hébreu et en latin, et très-versé dans la connaissance de l'Écriture-Sainte; il est âgé d'environ quarante-quatre ans^ ses mœurs sont graves , son esprit judicieux ; il s'appelle Pierre Martyr. Il a amené

- 1 Uniçersis eccUsia Lucensisjidelihus. Arg. 25 dec. 1542. Loe, eom. p. 1072.

2 Curiô est né en 1 503 dans le Piémont ; il étudiait le droit , lorsque la lecture de quelques ouvrages de Zwingli et de Luther le convertit à la réforme. La duchesse de Ferrare lui ofiTrit alors un asile ; et lui donna des lettres pour Zurich et Berne. Les magistrats bernois le nommèrent professeur à Lausanne , où il resta quatre ans. En 1547, il vint à Bâle, et y enseigna, pendant près de vingt-trois ans , la philosophie' et T éloquence. H mourut en 1569, pleuré de toute la Suisse. Il a écrit plusieurs traités, entre autres : De ampUtudine heati regni Dei dialogi. Sasil. 1554 ; et uu livre satyrique fort curieux et fort rare : Pasijuillus ecstaticus , cui accedit Pastfuillus theologaster , tractatus utilissimus et fucundissimus. Gen. 1544. in-8» et 1667. in-12. — V. Schemorn, Amœnit. Hter. t. XFV. p. 325, etc: — Id. Amœnit. hist. eccles. 1. 1. p. 759 , etc. — Gerdesius , spécimen, p. 234»

3 Epist. ad fratres Lucenses , itàlice édita , in lat. ling. translata ^ a Thad, Duna Zocamense. Loc, corn. p. 1100.

( >8 ) trois amU , dont Tud est un grand heliéniste , et dont les deux autres sont des jeunes gens aimables et studieux ^. *

Strasbourg 9 l'ancienne yiUe libre , si célèbre par son hospitalité, arait ouvert ses portes aux réfugiés italiens qui , après avoir vainement cherché un refuge honorable an Suisse» furent reçus à bras ouverts par les magistrats et les théologiens strasbpurgeois. Cn quittant leur patrie» ils passèrent les Alpes, et se rendirent à Zurich, où fleurissaient une Église et une école dignes de leur réputation. BuUinger les accueillit comme des frères ; pendant les deux jours qu'ils restèrent avec lui, Us reçurent tant de témoignages debienveUlance, que plus tard Martyr dit aux Zurichois que jamais il n'a pu oublier ces deux jours passés en leur ville, où, pour la première fois, il a vu une Eglise instituée selon le vœu des apôtres^. BuUinger aurait vivement désiré de le garder à Zurich, et de l'employer dans son académie; mais il ne se trouvait dans ce moment aucune place qui eût été digne de lui. Il se rendit donc avec ses V compagnons à Bâle, où ils reçurent le vaême aoeueU fraternel; Us y res^ tèrent même pendant un mois entier. Martyr ne supportait qu'avec peine cet état incertain; il était réduit à la pauvreté, et cependant il était trop fier pour être plus long-temps à la charge des autres , sans mériter par son travail les bontés qu'on lui prodiguait II fut arraché de cette généreuse inquiétude par une lettre de Bucer, qui, informé de l'indigence dans laquelle Martyr et ses amis vivaient à Bâle, leur écrivit pour les appeler à Strasbourg. Des réfugiée, de toutes les nations se réunissaient alors dans cette ville, et venaient s'asseoir aux tables hospitalières de Bucer et de ses collègues; les maisons de ces derniers étaient autant de lieux d'asile, ouverts à tous ceux qui, pour la cause de l'Évangile, étaient proscrits de leurs patries. Pleins de joie, et « tm* menses Deo Optimo Maxime gratias agentes, * Martyr et ses amis acceptèrent les offres du réformateur alsacien; car il leur promettait en même temps, de les placer selon leurs connaissances^. C'est alors que Bucer écrivit à Calvin les lignes par lesquèUes nous avons commencé ce chapitre. Il reçut les

1 GaWini Epistolœ et responsa, Gen. 1575. p. 42. in-fol. — Ces trois amis étaient Paal Xaciaio , Jérôme Massario deVinceiiza et EmmanaelTremelIio. C9s deujL derniers Pavaient rejoint en route.

2 Oratio quam Tiguri habuit. Zoc. eom, p. 10Ci$.

9 Uniçersis eccUsiœ LucensisfideUbus. £oc. corn. p. 1071.

réfugiés dans sa propre maison , et ils la partagèrent ayee lui pendant dix-sept jours. Martyr, ému de cette bonté, en garda le souvenir pendant toute sa vie, et contracta arec Bucer une amitié qui, après la mort de ce dernier, s'est encore étendue à sa yeuye et à sa famille.

Le sénat lui accorda la chaire d'exégèse , devenue vacante par la fnort de Capi*ton , et un traitement convenable. Lacisio fut nommé professeur de grec; Tremellio enseigna l'hébreu , et Massario la médecine. Martyr commença par l'explication des petits prophètes; il tâcha de soulager Bucer,. qui jusque-là avait été chargé de travaux trop nombreux; toujours avide de nouvelles connaissances , il assista même aux cours et aux sermons de son bknfaiteur , qui lui inspira la plus sincère vénération. Sur sa représentation, le traitement de Martyr fut augmenté, et '/^ comme jusqu'alors il avait vécu avec ses amis dans la même maison, Bucer leur procura à chacun une habitation plus commode^.

Le désir de se procurer du repos , et le besoin de donner lui-même l'exemple des vertus qu'il recommandait aux autres , l'engagèrent , dans la quatrième année de son séjour à Strasbourg, à se marier. Ce désir fut encore augmenté par le spectade du bonheur si intime, qui régnait dans les familles de ses amis, et dont il avait fait une si belle description, dans la lettre qu'il écrivit peu de semaines après son arrivée à Strasbourg, aux réformés de Lucques. Il épousa donc Catherine Dammartin, ancienne religieuse de Metz, et protestante réfugiée. Cette femme douce et charitable, que plus tard les pauvres d'Oxford nommèrent leur mère, donna des preuves de tant de vertus, qu'on la regardait partout comme un prodige de son siècle, et que toute la honte des cruautés que le cardinal Polus fit exercer sur son cadavre , ne tombe que sur cet indigne prélat \

1 Martyr à Bncer, A ^ire, 12 avr. 1544. MS. de la BlMioth. de Strasb.

2 GaUierine Bammartiii monrat en 1553 à Oiford. La reine Marie nomma des commissaires chargés de faire une enqaête sur les hérétiques morts et vivans. Ils s'informèrent donc aussi des mœurs de la femme de Martyr y mais ne trouvèrent rien à lui reprocher. Le cardinal Polus , Tancien ami de Martyr , écrivit alors au fanatique docteur MarshaU , doyen du collège du Christ , de faire déterrer le cadavre de cette^èmme , « abominandœ memoriœ j * parce qu'il souillait les restes de Saiute-Frideswyda , à côté desquels il avait été enseveli. MarshaU exécuta cette sentence ; il fit jeter le corps de Catherine Dammartin dans une étable, où il resta cinq ans. Elisabeth réhabilita sa mémoire ; le 11 janvier 1561, ses ossemens furent mêlés avec ceux de la Sainte et solennellement en-

Ce tranquille bonheur dont Martyr jouit à Strasbourg , dura six ans. Il était aimé et honoré de toute la ville , et son nom devenait de jour en jour plus célèbre. Beaucoup de ses compatriotes vinrent chercher asile auprès de lui, et assister à ses cours, notamment le marquis Galeazzo Caraccioli^. Ses leçons sur plusieurs livres de l'Ancien-Testament étaient fréquentées par des laïques et des théo* logiens, car sa manière claire et judicieuse d'interpréter la Bible pouvait être comprise de tout le monde.

Martyr n'aurait pas demandé mieux que de jouir plus long-temps encore du bonheur qu'il trouvait dans sa famille et dans son amitié pour ses collègues. Mais de graves circonstances survinrent, et l'obligèrent à entreprendre de nouveau un long voyage. En Allemagne, la fortune venait de tourner contre les protestans; les essais qu'on avait tentés pour rétablir l'union, étaient daneurés sans résultat, et la ligue deSmalcalde avait été dissoute par les victoires de l'empereur. La nouvelle diète d'Âugsbourg devait mettre fin à toutes les dissensions ; l'intérim que Charles V y proposa, fut adopté après d'opiniâtres résistances. Les villes qui refusèrent de s'y soumettre furent punies sévèrement; Strasboui^ qui avait protesté avec énergie contre l'humiliant traité , s'attendit au même sort, malgré la paix que, peu de temps auparavant, le magistrat avait acheté de l'empereur. Pendant toutes ces agjitations, Martyr se croyait encore en sûreté; mais quand il vit un jour arriver son ami Ochii^, qui venait de s'échapper d'Augsbourg, la première ville qui avait ressenti la vengeance impériale, quand il l'entendit raconter les violences exercées sur les ministres protestans de cette ville, et surtout sur les réfugiés , il songea sérieusement à se soustraire au sort qui semblait le menacer. Charles Y avait envoyé des troupes napolitaines en Alsace, pour faire peur aux habitans; les réfugiés italiens apprirent avec effroi l'arrivée de leurs compatriotes, qui ne se distinguaient, dans les guerres d'Allemagne, que par leiu* fanatisme et leur cruauté. Martyr et ses compagnons pansèrent alors que le moment était venu où ils pourraient accepter les offres de l'archevêque Cranmer, qui , au nom du roi Edouard VI, les avait appelés en An-

terrés devant ane nombrease assemblée. — BistoHa de exhumatione Catharinm nuper uxoris P, MarPyris, ac ejusdem ad honestam sepulturam restitutions. Jac. Galflûllns Edmundo Grindailo, ^iscopo Londin, ; in Bistoria vera de cita, ete,,' Sticeri; éd. CoJOr. Habertus. Àrg. 1582. iOrS'* p. 196 , etc. — Ant. a Wood, Historia et anti^uU, mniçersitaiis Oxoniensis. Oxonii, 1674. in-fol. Ub. I. p. 279.

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