‹ Études sur Ferdinand LassalleChapitre 11 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« FRANZ DE SICKINGEN

La date de sa publication (1859) nous engage à parler d'abord du drame héroïque de Lassalle : Fra?iz de Sickingen, qui suivit immédiatement Heraclite. Cet écrit fut pour lui comme un délassement au milieu de ses graves études.

Il nous apprend, dans l'avant-propos publié en tête de la pièce, que la biographie d'Ulrich de Hutten, par le célèbre David Strauss, lui fournit l'idée de sa pièce. Il fut frappé, pendant cette lecture, des analogies innombrables que l'époque de la Réforme présente avec les temps actuels, et, à Dusseldorf, il écrivit le scénario d'une tragédie en vers intitulée dès lors : F?-anz de Sichingen.

Il la termina à Berlin, dans l'hiver de 1857 à 1858. Un extrait abrégé en vue de la scène fut présenté, sous le voile de l'anonyme, au théâtre de Berlin, en 1858, et rejeté, le 31 janvier 1859, par l'intendance royale (1). L'auteur publia son œuvre aussitôt après cet échec.

C'est un morceau du plus grand intérêt, parce que Lassalle y parle, par la bouche de ses personnages, avec

(1) Les lettres de Lassalle à Herwegh montrent qu'il a longtemps caressé l'espoir de voir représenter sa pièce. Un M. Fluggen vient d'essayer de nouveau (1896) de l'arranger en vue de la scène, sans aucun succès, si l'on en croit les critiques les plus autorisés du parti socialiste.

sa sincérité ordinaire, et que le sujet de son étude est précisément la conduite que doit tenir un chef de parti, pendant une période révolutionnaire. On conçoit que son opinion sur ce point soit précieuse à connaître.

La pièce est aussi digne d'être lue pour elle-même. La conception ne manque pas de grandeur, et si la versification est assez faible, la noblesse des caractères, le mouvement oratoire du style, les images hardies et heureuses qui abondent, tiennent sans cesse l'intérêt en éveil.

Nous allons donner l'analyse du drame, en traduisant les passages les plus importants.

Au premier acte, une conversation entre la fille du chevalier Franz de Sickingen, Marie, et son secrétaire, Balthasar, présente au spectateur la figure imposante de ce guerrier redresseur de torts.

Pour faire rendre justice à quelques-uns de ses protégés, Sickingen a pris Worms avec une armée de dix mille hommes ; il a assiégé et fait capituler Metz, l'imprenable, avec vingt-deux mille hommes.

A la suite de ce dernier exploit, le roi François I" l'ayant appelé à Amboise, pour lui donner le bâton de maréchal de France, il a accompli ce voyage entouré de la plus haute noblesse de l'Allemagne, comme d'une garde d'honneur. Sans autre titre que celui de chevalier, de moins ancienne maison que la plupart de ses compagnons d'armes, il personnifie cette noblesse de l'Empire qui est hostile aux princes, prétend ne relever que de l'Empereur, et se donne comme gardienne des anciennes traditions d'honneur, de liberté et de justice dans l'Empire. La force de son bras, ses châteaux imprenables, sa renommée de général et la vénération qu'inspire son noble caractère, lui assurent cette situation morale prépondérante, si supérieure à sa puissance apparente. Il

« FRANZ DE SICKINGEN

Il ira jusqu'à prétendre à la couronne impériale, et nous allons voir qu'il joue déjà un rôle capital dans la politique

allemande.

Car, si François 1" a voulu le gagner, c'est afin d'obtenir l'appui du chevalier pour sa propre élection à l'Empire. « 11 savait bien, dit Balthasar, que si notre chevalier Franz n'est pas un des sept électeurs... son suffrage a autant de poids que leurs sept voix réunies. » Un envoyé français, tout soie et tout satin, tout sucre et tout miel, a perdu pourtant son éloquence à l'Ebernburg, le château des Sangliers, cette forteresse principale de Sickingen, où se passe la scène que nous racontons. Car le chevalier a repoussé avec mépris l'or de la France. 11 est resté fidèle au petit-fils de Maximilien, au roi Charles d'Espagne. Il a campé avec vingt mille hommes sous les murs de Francfort, et a décidé l'élection de Charles-Quint.

Au moment où Marie et Balthasar achèvent cette exposition, Franz rentre d'une course à cheval. Il s'emporte en menaces contre la ville de Cologne , qui ne veut pas rendre justice au savant Reuchlin, l'un de ses nombreux protégés. S'il le faut, il fera parler ses canons. Mais on annonce le chevalier Ulrich de Hutten, personnage d'un intérêt capital, car nous devons reconnaître en lui le porte-parole et le portrait-de Lassalle.

« Oh! lisez ma tragédie, écrit-il dans la Lettre manuscrite. Tout ce que je pourrais vous dire , je l'ai exprimé en Hutten. C'est qu'il avait, lui, à supporter toutes les calomnies, toutes les haines, toutes les inimitiés. J'ai fait de lui le miroir de mon âme, et je le pouvais, parce que son sort et le mien sont complètement identiques et d'une ressemblance surprenante. Ce n'est que la postérité qui est juste pour des hommes comme lui. Et c'est pour cela qu'on est forcé de s'arranger un triste bonheur de la

renonciation même à chaque bonheur vrai et positif „ • hum ce que Hutten dit à Marie... C'est une triste « bien triste nécessité de rester seules pour ces existence! ■ soh taires, parce qu'elles donneraient douleur à cZ - q-les aiment et qui n'auraient pas leur propre puis- « santé organisation d'acier, y P

Hutten est un chevalier, mais surtout c'est un penseur et un écrivain . I, f ut le premier , ^ g ^

qu eve.Ha puissamment l'Allemagne. Avanf Luther, il pns la parole et jeté hardiment le gant à la puissance de Rome. Avec sa fière devise : . J e l'ai osé „ il s'est eve pour a défense de la liberté. . Éveille-toi, noble liberté I fut le en que ce vadlant jeta par la terre allemand devant la nation bà.llonnée... , ui , , e réveil d «

à la r'' H ;,K ent [ ée , d ' UlriCh ' Mari6 ' ^ ra c -- déjà a 1 our d Albreçht de Mayence, le salue-t-elle chevali r de I epee, mais plus encore chevalier de la plume. « Vous a b Pandl8 dlt elJe) pour leg fins P us

1 humamté, pour la liberté et pour la lumlre, pour t ou ce qu. est grand, pour tout ce qui est noble „

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Reforme^ Il n'a pas même été reçu. Bien plus le Pape presse 1 Empereur de s'emparer de sa personne de Z

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votre haute vocat.on doit laisser sans souci les serpents de

« FRANZ DE SICKINGEN

l'ingratitude jouer en liberté sur son sein, et se contenter de serrer plus étroitement la cuirasse qui le protège contre leur morsure venineuse. L'enthousiasme qui illumine toute chose ne trompera pas votre confiance. La vérité, que vous annoncez, ne faillit pas comme les hommes faillissent. « Si nul n'a voulu protéger Ulrich, c'est qu'il ne peut se cacher ni se taire. « Chacun, dit-il, s'enferme silencieux dans sa demeure, en présence de l'oppression. Pour moi, la puissance de l'esprit me pousse à la rencontre des dévastateurs. »

« Vous me louez, Franz, continue-t-il, et plus d'un m'a blâmé, au contraire. Pourtant, en y réfléchissant, je ne crois mériter ni louange ni blâme pour ce que je fais. Si une sensibilité m'a été donnée, qui souffre plus que les autres de la douleur commune, si le sentiment de la détresse publique pénètre plus avant dans mon cœur, je ne puis me transformer, seigneur, c'est ainsi que j'ai été

créé. »

Et pourtant : « Ces opprimés vont bientôt, sans faire un mouvement, laisser enchaîner celui qui a voulu les décharger de leurs chaînes. Cela montre encore dans ce peuple un esprit obtus. — Non, dit Franz, mais le peuple est un enfant qu'il vous faut élever. Comment les sentiments nobles pourraient-ils se développer en lui, tandis que l'on s'efforce de l'abêtir? » Et le chevalier offre à Hutten asile et protection assurée dans l'Ebernburg, sa forteresse imprenable.

Le deuxième acte se passe dans un château près de Worms, Charles-Quint y a mandé Sickingen et s'y est transporté lui-même afin d'éviter au chevalier l'obligation de pénétrer dans la ville de Worms qu'il a combattue

Tout d'abord, le ministre HansRenner annonce à Franz que l'Empereur n'est pas en mesure de lui rendre vingt mille florins d'or, empruntés jadis au chevalier par son grand-père Maximilien. II demande des délais. L'argent est déjà le roi du monde, car les Fuegger, les grands banquiers d'Augsbourg, ont assuré l'élection de Charles. « On dirait, ajoute le ministre, qu'une grande machine aspirante a été dressée à Augsbourg, qui entoure tout le pays de ses tentacules, et pompe dans une seule poche tout 1 argent liquide. »

« Fixez vous-même le terme du payement, répond Franz, la parole de l'Empereur me suffit. »

Renner demeure stupéfait d'un tel désintéressement L Empereur, continue-t-il, a l'intention de conférer à Sickingen le titre de comte de l'Empire. Celui-ci refuse II entend rester simple chevalier. Le nom qu'il s'est fait lui suffit. Sa bannière comtale n'attirerait pas plus nombreux les comtes de l'Empire, et peut-être de simples chevaliers refuseraient-ils, par envie, de la suivre désormais.

Renner, pour ménager l'orgueil de son maître, supplie Franz de former au moins un vœu, afin qu'on ne puisse dire qu'il a tout refusé de Charles-Quint. Franz se décide alors à demander l'amnistie pour l'Électeur palatin, son seigneur et son ami, qui est menacé de la colère impériale. « Ce n'est pas là demander quelque chose pour vousmême, dit Renner. Peut-être ai-je plus à demander que vous ne pensez . , reprend Sickingen.

A ce moment, trois princes arrivent de Worms pour entretenir l'Empereur. Ce sont l'archevêque Richard de Trêves, ennemi personnel du luthérien Sickingen, le landgrave Philippe de Hesse, vaincu autrefois par le chevalier, et qui s'apprête cependant à contester la rançon qu'il lui a promise, enfin l'Électeur palatin, son suzerain en

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faveur duquel il vient de décider la clémence impériale.

Franz ne salue que ce dernier.

L'Empereur ne reçoit que Sickingen seul, et renvoie les princes.

A la suite de cet affront, l'Électeur de Trêves excite habilement l'orgueil blessé de ses deux compagnons contre ce suppôt de Luther, qui semble accaparer la faveur impériale.

La conversation de Charles et de Sickingen est une des scènes capitales du drame. Sickingen explique à l'Empereur qu'il l'a fait élire pour trois raisons : pour son origine allemande, car il est le petit-fils de Maximilien ; pour sa puissance personnelle vis-à-vis des princes de l'Empire, car il est le roi d'Espagne ; pour sa jeunesse enfin, car il voulait un empereur au cœur chaud et généreux, exempt de préjugés et de routine. Et, aussitôt, il indique ce qu'il espère de Charles. Ce n'est rien moins que le triomphe de Luther. Car le Pape est l'ennemi de l'Empereur depuis Canossa, depuis le meurtre des Hohenstaufen. Dominer les consciences, comme on prétend le faire à Rome, c'est dominer l'Empire. Car l'âme conduit le corps. Luther, au contraire, c'est l'âme de la nation. Il parle au nom du peuple, et Franz se sert d'une comparaison hardie.

a Oh ! ne vous abandonnez pas à l'erreur des princes, l'erreur ancienne, toujours renaissante. Vous pouvez hâter, vous ne pouvez empêcher ; vous pouvez façonner, vous ne pouvez étouffer, détourner, retarder l'inévitable, qui réclame son développement avec toute la puissance de la vie. L'habile médecin peut, avant le temps, obtenir la délivrance d'une mère par une intervention hardie, dans une naissance difficile. Opération césarienne, impériale, dit-on précisément. Et pourtant, quand sonne l'heure du neuvième mois, toute la puissance du monde

réunie dans une seule main ne peut fermer le sein maternel, empêcher la naissance de ce qui doit naître. L'effort du fruit brise son enveloppe misérable. Semant la mort, apparaît à la lumière de l'être la vie elle-même, que l'on prétendait repousser. »

« Avec la vérité, il n'y a pas de négociations » , dit-il encore dans sa conviction fanatique. Et, sur ce mot présomptueux, qui est si bien l'expression de la pensée de l'auteur, comme malgré lui, la scène tourne, et Charles- Quint, d'abord entraîné par l'éloquence de son interlocuteur, se reprend et recule. «Jedevrais donc m'abandonner aveuglément à lui? pense l'Empereur. Serons-nous comme le joueur, qui risque le tout pour le tout sur une chance inconnue? »

N'est-ce pas là un beau symbole du dialogue que les disciples de Lassalle ont engagé avec la société actuelle ?

Charles, cependant, célèbre la grandeur de l'unité catholique, sous la protection de l'Empereur. L'unité de croyance est nécessaire à son empire. L'Espagne et Naples ne s'accommoderaient pas de cette religion aride, qui ravit à l'homme les formes matérielles du surnaturel.

Avec de magnifiques images , Franz répond par un hymne à l'Allemagne. Elle peut suffire à donner à son chef l'empire du monde.

Cet enthousiasme même semble hâter le refus de Charles. « Qui ne trouve en ce monde, dit-il, ses résolutions tracées d'avance par la loi d'airain de sa situation? » Et il répond à Sickingen par une sorte de parodie des raisonnements du chevalier. Il ne peut adopter ses plans hardis pour trois raisons : parce qu'il n'est pas Allemand ; parce qu'il est roi d'Espagne ; enfin, parce que l'Empire n'est pas héréditaire, et qu'un jeu si hasardeux ne se joue que pour l'avenir de sa propre race.

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Franz, ayant repoussé nettement cette allusion à l'établissement de l'hérédité impériale, est congédié avec une nuance de sévérité.

« Cet homme est grand, dit l'Empereur resté seul, mais ce n'est pas la grandeur que je cherche, et que je puis utiliser. »

Par un habile contraste, la dernière scène de cet acte se passe dans un autre appartement du château, entre le cardinal légat du Saint-Siège et l'archevêque de Trêves Richard, l'ennemi de Sickingen. C'est une conspiration qui se trame contre Franz.

Le légat apprend que l'archevêque de Trêves, Philippe de Hesse, et l'Électeurpalatin (ce dernier habilement aigri contre son fidèle vassal) se sont liés par un traité défensif contre le chevalier. Ce traité amènera le dénouement de la pièce. — Puis l'entretien s'élève plus haut. Le légat déclare qu'il craint peu Luther.

« Vous croyez donc à l'éternité de l'Église? demande l'archevêque, avide de cette parole convaincue et ardente. — Éternité, dit le cardinal pensif, dans les plis sombres de ce mot épient des têtes de Méduse, qui pétrifient celui qui entr'ouve leurs voiles.»

« Luther, continue-t-il, est bien moins à craindre que le réveil universel des intelligences, l'esprit de discussion, les arts païens, la Renaissance en un mot, que les humanistes ont apportée après la chute de Constantinople. Érasme, Hutten sont les plus dangereux ennemis de l'Église. Mais les princes, menacés dans leurs intérêts temporels, se jetteront de nouveau dans son sein, et la feront triomphante. »

Le troisième acte débute à l'Ebernburg. — Hutten apprend que Luther est mis au ban de l'Empire, et enfermé

à la Wartburg. Sickingen, seul, est maintenant capable de sauver la nation.

A ce moment, Marie paraît. Gomment Hutten pourra-til, par ses conseils, exposer la vie du père de celle qu'il aime déjà? Pourtant, le chapelain de Sickingen lui parle de prière, de confiance dans la cause de Dieu, et sur ces paroles, l'énergie revient au jeune homme, pour repousser ces pensées pusillanimes . C'est aux armes qu'il faut en appeler, et il entonne un hymne célèbre en l'honneur du glaive.

« Homme vénérable, vous connaissez mal l'histoire. Vous dites vrai, son contenu, c'est la raison, mais sa forme demeure éternellement, la violence. — Homme vénérable, ayez meilleure opinion du glaive. Un glaive brandi pour la liberté, c'est le Verbe fait chair que vous prêchez, c'est le Dieu réellement incarné. Le christianisme fut répandu par le glaive. C'est par le glaive que Charlemagne a baptisé l'Allemagne. Le glaive a renversé les idoles, délivré le Saint-Sépulcre — Dans le passé et dans l'avenir, les grandes choses de l'histoire ont été accomplies ou le seront par le glaive, et tout ce qui s'accomplira jamais de grand devra au glaive son succès définitif. »

Franz s'approche à ce moment. 11 sait le danger que court Luther, et délibère en lui-même sur la résolution qu'il doit former, en présence delà tournure que prennent les affaires dans l'Empire. — Toutefois, il ne parle d'abord à Ulrich que d'une vengeance qu'il entend tirer de l'archevêque de Trêves. Celui-ci, en effet, a délié de leur serment deux marchands de sa ville épiscopale qui avaient promis rançon, et pris pour caution Sickingen. L'honneur du chevalier est donc en jeu.

Hutten rappelle son ami à de plus hautes pensées. Lui seul peut encore sauver l'Allemagne. La noblesse, les villes, les paysans même sont prêts à le suivre. Il faut

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inscrire sur sa bannière : Liberté de religion. — Mais Franz ne partage pas cet avis. 11 n'attend de ce programme que le morcellement de l'Empire, car il est dangereux de donner aux princes le droit de déterminer la religion de leurs sujets. Rome n'en sera pas abattue, et l'affaiblissement de l'Allemagne divisée amènera sa décadence. « Le vent de l'histoire, dit-il, ne souffle pas à travers des parcelles de territoire. » Lassalle n'a pas besoin de se mettre beaucoup en frais d'imagination pour faire de son héros un prophète après trois siècles écoulés.

Le but de Sickingen est tout autre. C'est l'anéantissement des princes, l'Allemagne une et entière sous un empereur évangélique, et la renaissance de l'héroïsme et du génie germanique. — Son plan, c'est de prendre tout d'abord Trêves, avec quelques troupes et quelques seigneurs seulement. Ses ennemis ne verront dans cette campagne que le résultat d'une de ces disputes entre voisins, si fréquentes à cette époque. Ils le laisseront agir 'contre l'Électeur isolé. Remarquons bien cet espoir; il est le nœud de la pièce. Sickingen ignore, en effet, le traité défensif dont on nous a fait confidence. Une fois vainqueur de ce premier adversaire, il s'emparera du chapeau électoral, sécularisé pour lui. Ce sera le prologue de sa campagne. Aussitôt après, il appellera tous ses amis aux armes, et, avec leur aide, il se fera empereur. — Ce n'est pas l'ambition qui le pousse, c'est le sentiment du devoir. Charles ou lui-même! Eux seuls peuvent agir. Il a donné la couronne au roi d'Espagne, il doit l'arracher maintenant à son possesseur indigne. — Hutten l'aidera de sa plume et se rendra tout d'abord près d'Albert de Brandebourg, Électeur de Mayence et ami de Sickingen, pour le gagner entièrement à leur cause, car celui-là aussi désire secrètement séculariser son électorat.

La scène suivante entre Hutten et Marie, fille de Sickingen, n'est pas moins importante, puisque Lassalle pria Mlle de Solutzew de la lire, afin de connaître son opinion sur le mariage.

Le début de l'entretien est un aveu d'amour réciproque amené d'une manière un peu banale. L'annonce du départ du chevalier cause l'évanouissement de la jeune fille.

Mais Ulrich ne peut épouser Marie, l'enchaînera son existence d'incertitude et de dangers. Et il n'ose se confier à la protection du ciel. L'ensemble du genre humain peut bien s'abandonner aux décrets de la Providence, qui fait à la fin triompher la vertu, mais « l'individu se tient debout sur le terrain miné du hasard. A tout instant, l'explosion peut le lancer dans les airs. »

Et Hutten fait un long récit de toute sa vie, pour en montrer les terribles vicissitudes. — Enfermé à onze ans dans un cloître par la volonté paternelle, il en a fui à seize ans. Il a étudié à Erfurt, et la peste l'en a chassé. — A Cologne, il a trouvé des inquisiteurs qui l'ont menacé du bûcher. A Francfort-sur-1'Oder, une maladie terrible l'a terrassé. Il s'est rendu à Greifswald ; les ennemis de la pensée libre ont tenté de l'assassiner, et l'ont laissé mourant sur la grande route.

La condamnation des écrits de Reuchlin lui révèle enfin sa vocation. Il comprend pour quel destin il est né. Il prend la plume, et ses pamphlets vont défendre au loin la cause de la vérité.

« Je m'élançai, l'œil étincelant de flammes, tremblant de passion, ivre de volupté, tête en avant, dans cecombat surhumain. Mais je m'attirai tout un monde de haines, qui m'enserrent et contre lesquelles je lutte sans merci, poitrine contre poitrine. »

Il se rend en Italie, en mendiant sur le chemin. A

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Pavie, il est assiégé par les ennemis que lui ont créé ses écrits. On s'empare de lui, et on l'emprisonne. Il s'échappe, mourant de fièvre et de misère, et s'engage dans l'armée impériale.

Marie arrête cet affreux récit. «Oh! poursuit Ulrich, elle demeure éternellement vraie, l'antique légende. — Lorsqu'un abîme s'ouvrit dans Rome, menaçant la ville de la peste et de la mort, les oracles parlèrent. « Ce que vous «avez de plus précieux, jeté dans le gouffre, peut seul apainser les dieux. » ... Et voyez! sur son cheval de guerre, dans sa plus belle armure d'apparat, Curtius s'élança dans le précipice, se vouant' aux sombres dieux infernaux. . . Les meilleurs doivent s'élancer dans l'abîme du temps. Il ne se referme que sur leurs corps. Leurs corps seuls sont la rare semence d'où s'échappe, verdoyante, la plante superbe de la liberté, qui féconde le monde. »

Telle est. continue Hutten, la malédiction qui pèse sur les meilleurs. Il le sait, mais, ce qui l'a soutenu jusquelà dans la lutte, c'est le sentiment de son indépendance. Il ne mettait en jeu que son propre sort. Une femme, des enfants paralyseraient ses efforts. Sa tendresse pour eux, ses inquiétudes pour leur avenir enchaîneraient son bras et sa plume. Il doit se sacrifier jusqu'au bout.

La réponse de Marie est fort belle. Cette heure l'a mûrie. Elle croyait au bonheur; elle comprend que les passions des hommes le rendent impossible, tant que la liberté n'aura pas triomphé. Mais, quand la lutte sera terminée, ils pourront être heureux après la victoire.

Cet acte s'achève dans l'hôtel de ville de Landau, où Sickingen a convoqué la noblesse du Rhin. Il expose son plan grandiose pour assurer la liberté de l'Allemagne. Tous les assistants s'unissent entre eux par serment et le choisissent pour chef.

« Ménagez, leur dit-il, les villes et les artisans, qui sont nos plus fermes soutiens. Ménagez le paysan, qui hait les princes et les prêtres. »

Furstenberg insiste encore une fois près de Franz, pour qu'il entraine sous les murs de Trêves tous ses amis réunis et non pas seulement quelques troupes. Mais Sickingen persiste à vouloir tromper les princes par l'apparence d'une simple dispute entre voisins.

Cependant, Balthazar, son secrétaire, qui arrive de Strasbourg, le prévient que son armée, réunie près de cette ville, est encore incomplète. II l'engage à attendre des circonstances plus favorables. Sickingen refuse, caria rapidité des mouvements est pour lui le premier principe de l'art de la guerre.

Nous pouvons passer plus rapidement sur le quatrième acte, qui offre moins d'intérêt que les précédents pour l'étude des idées de l'auteur.

C'est le récit, très dramatique d'ailleurs, de l'échec de Sickingen devant Trêves. L'électeur Richard est un vailland homme de guerre. La population de la ville, travaillée par les idées de la Réforme, murmure bien contre son archevêque, mais l'énergie de ce dernier entraîne les plus hésitants.

D'autre part, tout se tourne contre les assiégeants. A Saint-Wendel, Franz, enivré par la joie que lui cause sa marche facile à travers les États de son ennemi, a trahi ses vues ambitieuses. Il a parlé de la dignité électorale qu'il espère conquérir.

A cette nouvelle, son seigneur et son ami l'Électeur palatin se déclare décidément contre lui, car sa jalousie et son orgueil lui rendent insupportable cette prétention de son vassal, qui veut s'égaler à lui. Il marche

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au secours de Trêves, avec Philippe de Hesse, obéissant au traité conclu entre eux et l'archevêque Richard.

Un convoi de poudre, indispensable à l'armée de Sickingen, est perdu par la faute d'un de ses lieutenants.

Un assaut général est repoussé. Et toutes ces mauvaises nouvelles réunies décident Franz à remettre au printemps la suite de la campagne. Il licencie son armée.

Au cinquième acte, nous le retrouvons dans une situation plus critique encore. Il n'a pas su regagner à temps son imprenable forteresse de l'Ebernburg, et il s'est laissé enfermer dans le petit château de Landstuhl. Le motif de cette faute de tactique est des plus nobles, d'ailleurs. Il n'a pas voulu abandonner la garnison au sort qui la menaçait, s'il la quittait.

Ses ennemis l'assiègent tous ensemble et bombardent sans relâche les remparts qui le protègent encore. Nul ami ne vient à son appel. Tout le trahit, car les ouvriers qui ont bâti le château sont dans les rangs de ses adversaires pour leur en signaler les points faibles.

Le fidèle secrétaire Balthazar expose alors la morale du drame dans une dernière conversation avec son maître. Il ne lui reprochera pas , comme le font ses jeunes compagnons d'armes, la dernière faute qu'il a commise en se laissant cerner. C'est la conséquence insignifiante d'une erreur bien plus grave, d'une faute de principe.

« Tout être, dit-il, sent instinctivement la présence d'un ennemi mortel... Vous croyiez tromper les princes par votre marche sur Trêves. Ils devaient n'y voir qu'une petite dispute, une affaire entre vous et l'archevêque Richard. Vous n'avez pas trompé les princes. Leur haine, par un sur instinct, a senti en vous l'ennemi mortel de leur classe... Vous n'avez trompé avec succès que vos

amis. La nation, qui vous aime, ne s'est pas intéressée à un misérable différend. C'est pourquoi elle reste immobile en présence de votre danger, les citadins comme les paysans. »

Ainsi, cette erreur de tactique commise au début entraîne inévitablement le désastre final.

Tous les lecteurs de la pièce ont été frappés du rapprochement qui s'impose à l'esprit entre le destin de Sickingen et celui de Lassalle à la fin de sa vie. Lui aussi fût entraîné, comme nous le verrons, à dérober son but à ses ennemis. Lui aussi ne trompa que ses amis et périt peut-être victime de sa propre ruse. Encore mourut-il à temps pour que la conséquence de son erreur ne se fit pas sentir pour son parti, ni pour sa mémoire, car il n'eut pas le temps de la consommer.

« Oh! vous n'êtes pas le premier, dit Balthazar, vous ne serez pas le dernier qui payera de sa tête l'emploi de la ruse dans les grandes choses. La dissimulation n'a pas cours sur le marché de l'histoire.... Enveloppez -vous hardiment, des pieds à la tête, dans votre propre bannière. Alors vous marcherez ou vous succomberez avec toutes vos forces déployées. »

Cependant, un espoir de salut reste encore. Obtenir passage pour Sickingen, au prix de toutes ses forteresses livrées à l'ennemi, puis soulever en sa faveur les paysans qui s'agitent déjà.

Et Lassalle introduit assez tardivement et inutilement dans son drame des hommes du peuple prêts à soutenir la cause de Sickingen. Une conversation mystérieuse a heu, dans une auberge écartée, entre Hutten et les représentants des paysans, fatigués du joug de leurs seigneurs, ecclésiastiques et laïques. Nous apprenons au moins qu'ils ont un programme très net, bien qu'ils n'en

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fassent pas connaître encore les articles. Si Franz accepte leurs conditions, il aura bientôt quatre-vingt mille hommes derrière lui. Leur chef et Hutten se rendent à Landstuhl, pour essayer d'y pénétrer ensemble.

Là, les princes ont refusé toute négociation et préparent l'assaut général. Franz est décidé à s'ouvrir un passage à tout prix :

« toi, fer, s'écrie-t-il , dieu de l'homme, baguette magique qui remplit ses vœux, dernier refuge qui luit à ses yeux dans la nuit du désespoir, gage suprême de sa liberté, je me confie à toi aujourd'hui. »

11 se voit, en effet, sur le point de percer les rangs ennemis, mais il est blessé mortellement en combattant. Cependant, l'assaut est encore une fois repoussé, et Sickmgen est rapporté mourant par les siens dans le château . Toutefois ses ennemis ignorent sa blessure. Il leur demande alors libre passage pour tous ses compagnons, offrant de se livrer lui-même en retour, et la proposition est acceptée avec joie, car on le croit encore plus redoutable qu'une armée.

Les trois princes sont introduits près de son lit de mort et respectent malgré eux les derniers moments du héros. Hutten arrive à pénétrer auprès de son ami, déguisé en moine, sous prétexte d'entendre sa confession catholique, et il console Sickingen à son heure suprême.

Mais la révolte des paysans, privés de leur chef naturel, sera étouffée dans le sang.

Un jeune écrivain sur lequel le parti socialiste avait fondé de grandes espérances, Gérard Hauptmann, l'auteur des Tisserands, a choisi tout récemment pour héros d'un drame historique un contemporain de Sickingen, le chevalier Florian Geyer, qui prit le commandement des paysans révoltés. Mais, malgré de fort belles scènes et quel-

ques caractères admirablement tracés, sa pièce a bien moins d'unité et de véritable grandeur que Franz de Sickingen.

11 nous faut maintenant marquer encore davantage l'intérêt de cette tragédie pour l'histoire de la pensée de Lassalle. Nous avons, pour nous aider, dans cette tâche, deux sources excellentes : son avant-propos au public et une lettre à Marx, fort précieuse, que M. Bernstein a publiée en partie, promettant de la donner tout entière plus tard avec la correspondance des deux écrivains.

Nous ne reprocherons pas à Lassalle de s'être éloigné de la vérité historique, mais seulement d'avoir prétendu à tort qu'il la respectait. Avec son goût très allemand pour les vastes programmes et les intentions philosophiques, il annonce tout d'abord à ses lecteurs qu'il prétend compléter l'œuvre de Schiller. Celui-ci a pris les grandes luttes de l'histoire pour toile de fond dans la représentation des caractères et des destins particuliers. Lassalle veut prendre pour sujet même de la tragédies ces luttes historiques, en les personnifiant dans quelques hommes.

Pour une pareille tâche, l'esprit historique lui faisait défaut, bien qu'il prétendit le posséder à un très haut degré. Hegel, pénétré dans sa jeunesse de l'esprit classique du dix-huitième siècle français, si bien analysé par Taine, a toujours façonné l'histoire à sa fantaisie, tout en croyant de bonne foi profiter de ses leçons. Ses élèves, dont Lassalle fut un des plus dociles, ont trop aperçu, comme lui, l'Idée, c'est-à-dire leurs idées, dans l'histoire. Mais rien n'est plus excusable que cette tendance dans un drame qui prétend agir sur le public et le persuader. Il ne s'agit pas alors de présenter aux spectateurs une reconstitution historique, toujours si incertaine et qui, même parfaite, n'intéresserait que des dilettantes et des archéologues.

« FRANZ DE SICKINGEN

Nul ne peut reprocher à un auteur qui veut agir sur les esprits de placer des idées modernes dans un cadre ancien, quand elles ne nuisent pas à la vraisemblance scé-

nique.

Pardonnons donc à Lassalle les sentiments humanitaires et libéraux de son Sickingen. Tout au plus, sourions un instant lorsqu'il fait dire au rude chevalier : » Je veux n vous procurer l'arme que Gutenberg a inventée, il y a h cent ans à peine, je veux vous monter ici une presse. . . « Dans l'Ebernburg, Luther n'eût pas trouvé seulement « un asile, il eût trouvé de plus la liberté de la presse. » Étonnons-nous de lire cette phrase dans le rôle du légat du Saint-Siège : « Les belles déesses du paganisme revi- « vent dans les madones de Raphaël, et les chairs de « Titien prêchent de nouvelles doctrines. » Ces sentences de manuel ont leur source dans le désir d'instruire les spectateurs. Il est permis à un écrivain philosophe d'enseigner sa doctrine à ses auditeurs par la voix de ses personnages. Nous en ferons d'autant moins un reproche à Lassalle, qu'il l'a fait avec émotion et avec talent.

Sans doute, le véritable Sickingen pensa bien moins aux intérêts du peuple qu'à ceux de sa classe, de la chevalerie de l'Empire. Mais ici, nous devons considérer son nom comme un symbole; il suffit qu'il nous représente la force, l'intelligence, l'honnêteté, la puissance morale mises au service d'une œuvre de fraternité. Le Cid de Corneille et VAndromaque de Racine ne sont pas historiques non plus que YHamlel de Shakespeare ou le Marina Faliero de Byron. Les drames dont ces personnages sont les héros n'en sont pas moins vrais d'une vérité supérieure, et c'est un bonheur qu'ils expriment plutôt les sentiments de leur époque que ceux d'un lointain passé. Ils ne sont sincères et humains qu'à ce prix.

Lassalle n'a donc qu'un tort, c'est de prétendre à l'exactitude historique. Là comme ailleurs, il s'est trompé sur ce point, et la leçon qu'il prétend donner à Schiller au sujet de Guillaume Tell, dans son avant-propos, est fort déplacée. L'idée générale qui a inspiré son œuvre peut cependant être défendue par des arguments sérieux. Il pensait que la Réforme n'a été en quelque sorte qu'un avortement, que le résultat incomplet d'un effort dont l'inspiration fut plus haute. Une certaine conscience réformatrice, préexistante à Luther, fut plus grande, plus large, plus libre, plus humaine que son œuvre. Ulrich de Hutten le dépasse, et ces nobles conceptions, ces aspirations sublimes qui ne furent pas réalisées à cette époque, Lassalle a voulu les mettre à la portée du peuple.

Aux savants seuls est destinée pourtant la discussion hégélienne qu'il adressa à Marx afin d'éclaircir ses intentions pour le cercle de leurs amis les plus intimes. A l'aide de raisonnements abstraits sur l'enthousiasme, dont le principe est l'infini de l'idée, et qui, dans l'exécution, croit pourtant devoir se subordonner au fini, qu'il ajustement pour but de détruire, Lassalle établit que I'écueil de toutes les révolutions fut l'habileté et la diplomatie. La Révolution française n'a triomphé qu'en les méprisant. Le peuple et les partis extrêmes voient toujours plus juste que les sages dans ces périodes de trouble, et leur supériorité, s'imposant à juste titre, les amène au pouvoir dans les moments difficiles.

On peut tromper les individus quelquefois, les classes jamais. D'ailleurs, Hegel l'a établi après Aristote : un moyen ne conduit au but que s'il est comme pénétré de ce but, s'il le renferme déjà en puissance. C'est pourquoi des moyens diplomatiques ne sauraient conduire à un but révolutionnaire.

«FRANZ DE SICKINGEN

Lassalle parlait alors en théoricien, en conseiller détaché et irresponsable. Il devait s'apercevoir un jour, lorsqu'il prit effectivement la direction d'un parti bien vivant, lorsque la responsabilité du succès pesa sur ses épaules, qu'on n'est pas toujours révolutionnaire quand on le veut, que la diplomatie s'impose parfois comme la dernière chance de salut, et qu'on s'y attache désespérément alors même qu'on a presque perdu l'espoir, plutôt que de hasarder une action violente qui serait la mort certaine.

Il semble même l'avoir compris dès lors, malgré la tendance de sa pièce, car la lettre explicative à Marx renferme cette phrase bien intéressante et qui témoigne de la clarté de son regard.

« Cette faute de Sickingen, par cela même qu'elle nait >. d'un conflit de pensées qui revient éternellement à toutes « les époques d'évolution, cesse d'être la faute d'un carac- « tère individuel et particulier, pour devenir comme une ,. tendance inévitable et immortelle. La grande excuse, u relative mais indéniable, d'une pareille conduite, et, « d'autre part, ce qu'elle renferme d'inexcusable, en- « traînent l'issue tragique et l'échec logique de la tenta- « tive. Mulato nomine, de nos fabula narratur, qu'on « change les noms, et cette histoire est la nôtre. » Il dit encore ailleurs :

b La logique de la raison offensée se venge d'une a manière plus cruelle et plus inexorable encore que « tous les dieux de la Grèce. La vie et l'histoire sont une « cruelle expérience de la logique, ah ! combien cruelle ! » Lassalle a fait cette cruelle expérience en politique et en amour à la fin de sa vie.

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