‹ Etudes sur GoetheChapitre 14 sur 25 · Conclusion de Faust · texte numérisé non relu

Conclusion de Faust

habile de l'évasion, vient de prescrire à la prêtresse le rôle qui lui revient dans l'entreprise.

Ils ont mis dans ma bouche des paroles prudentes; ils m'ont dicté ce que je dois répondre au roi s'il m'envoie un messager avec l'ordre impérieux de presser le sacrifice. Ah ! je vois bien qu'il faut me laisser conduire comme un enfant. Je n'ai point appris à dissimuler, ni à rien tirer de personne par la ruse. Malheur, ô malheur au mensonge! il ne délivre pas notre cœur, comme toute parole vraie que nous disons; il le serre et l'opprime, il inquiète celui qui le forge en secret; semblable aune flèche qui part et qu'un dieu détourne, il revient en arrière et frappe celui qui l'a lancé... Mon cœur bat, mon âme se trouble en voyant le visage de l'homme que je dois accueillir avec des paroles trompeuses.

Après avoir balbutié devant Arcas quelques phrases équivoques, essai timide et maladroit qui est comme un consciencieux effort de la jeune fille pour faire tout ce qu'elle peut dans un art qu'elle ignore, Iphigénie revient à elle et prend la résolution héroïque de ne pas trahir plus longtemps la vérité. « La voix de cet homme fidèle m'a réveillée; elle m'a fait souvenir que je laisserai aussi des hommes en ces lieux. »

A quelle distance de l'antiquité nous transporte un sentiment pareil! Envers un barbare, fût-il prince, un Grec ne croyait point avoir plus de devoirs qu'envers un esclave; jamais un Grec n'aurait pu comprendre l'hésitation d'Iphigénie dans l'alternative où elle est placée, et le choix où elle s'arrête lui aurait paru non seulement absurde, mais impie.

Rien de plus moderne, en effet, rien de plus délicat : un scrupule de conscience devenu assez lourd pour conlre-balancer et mettre en péril la vie de trois justes! Ce conflit tragique d'un genre nouveau n'estil pas bien extraordinaire? Si un ancien eût été incapable d'en concevoir ridée, combien y a-t-il d'hommes et de femmes de nos jours qui seraient plus incapables encore d'en sentir la réalité en eux-mêmes? Ce qui est peccadille aux yeux d'une femme de bien se change en crime aux yeux d'une sainte. Un simple mensonge pour Iphigénie, quelqu'un l'a très bien dit, « est une dérogation aux lois éternelles, autant qu'une trahison ouverte le serait pour une nature moins haute * ».

Elle déclare à Pylade doucement, sans emphase, l'impossibilité où elle se trouve de lui prêter le concours dont il a besoin pour réussir. Dans la discussion qui s'engage entre l'honnête homme et la vierge chrétienne, Pylade représente le devoir relatif aux personnes et aux circonstances, Iphigénie le devoir absolu. Pylade est invincible sur le terrain pratique où il se place; mais Iphigénie n'est pas même abordable dans le for intérieur où elle s'est retirée, le sanctuaire de la conscience. Pylade a parfaitement raison de dire : « C'est le temple qui t'a rendue si sévère; la vie nous enseigne à être moins exigeants pour nous et pour les autres. Notre pauvre nature est si compliquée, le cœur humain a tant de plis et de

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