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232 LES CHEFS-D'CEUVRE DE GœTHE

Les images et les formes antiques, objets des contemplations intérieures de Werther dans ses heures de rêverie près de la fontaine, me remettent en mémoire huit vers célèbres de Leconte de Lisle, où l'on peut admirer un bel et rare exemple de morceau descriptif d'une clarté parfaite, bien qu'il se compose d'un certain nombre de traits offrant à l'imagination non un panorama déroulé peu à peu, mais un seul et unique tableau :

Et les femmes marchaient, géantes, d'un pas lent, Sous les vases d'aii'ain qu'emplit l'eau des citernes. Graves et les bras nus, et les mains sur le flanc.

Elles allaient, dardant leurs prunelles superbes. Les seins droits, le col haut, dans la sérénité Terrible de la force et de la liberté, Et posant tour à tour dans la ronce et les herbes Leurs pieds fermes et blancs avec tranquillité *.

Voilà un bas-relief solide comme du marbre, et ce n'est pas tout à fait ainsi que nous apparaît Dorothée lorsqu'elle se dirige à travers les blés vers la fontaine. Elle marche vite, et elle porte dans chaque main une cruche à anse, ce qui est assurément moins sculptural; les deux cruches ne sont même pas d'égale grandeur : mais la succession rapide des images que la poésie a coutume de faire passer devant l'œil de l'esprit offre précisément cet avantage à l'écrivain de rendre acceptables beaucoup de traits que les arts plastiques ne sauraient admettre.

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