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Relation de Falk. Traduction do Blaze de Bury

68 GœiHE ET LA LITTÉRATURE DE SON TEMPS

mais qui en comprime l'apparence. Il a presque toujours été un surveillant attentif en môme temps qu'un observateur curieux de sa propre personne. Les passions de son cœur, au moment même où il s'y livrait, étaient pour lui matière à d'intéressantes expériences psychologiques. Au milieu de la diversité de ses innombrables poèmes, il en est un dont il ne s'est jamais détaché, dont la composition l'a occupé toute sa vie, et ce poème c'est lui, c'est la structure et l'édification de son être intellectuel et moral. Si haute était son ambition de toujours élever, selon son expression, « la pyramide de son existence », qu'il en a quelquefois délaissé l'art lui-môme, soit pour s'adonner tout entier à des recherches scientifiques, soit pour remplir, avec le plus grand sérieux, des fonctions administratives dans le duché de Saxe-Weimar comme ministre des finances, des travaux publics et de la guerre.

« Quand je reçus mes lettres de noblesse, disait-il vers la fin de sa vie, bien des gens crurent que je me sentirais élevé par elles. Elles n'étaient rien pour moi. J'eus simplement dans les mains ce que depuis longtemps je possédais en esprit. Je me sentais moimême si noble que, si l'on m'avait fait prince, je n'y eusse rien trouvé d'étonnant. »

Goethe était trop grand pour avoir de la vanité. Il avait de l'orgueil, ce qui vaut beaucoup mieux et ne laisse pas d'avoir son ordre de grandeur. Mais il y a quelque chose d'infiniment plus beau : c'est de s'oublier soi-même dans une grande œuvre ou dans une

grande cause. Gœthe ne s'est point élevé jusqu'à ce désintéressement sublime. Au sein de son objectivité il reste subjectif, puisqu'il ne nous laisse jamais perdre de vue l'artiste souriant et jouissant de sa toute-puissance d'abstraction.

La naïveté lui manque; il sait trop bien ce qu'il fait. L'intelligence critique fait contrepoids chez lui au génie créateur : équilibre fâcheux, car il est dans la nature du génie de prendre la part du hon et de ne point admettre ces distributions équitables et ces justes tempéraments. Schiller doit à son enthousiasme naïf, à ses passions jeunes, ardentes et généreuses, d'avoir conquis et gardé une popularité que Gœthe dédaignait trop. Ne plaire qu'aux déhcats est le fait des talents exquis auxquels manque l'alliage un peu grossier, mais vigoureux, qui sert à l'universelle propagation de la gloire.

Quand je considère, dans la longue carrière de Gœthe, le petit nombre des véritables chefs-d'œuvre et le grand nombre des essais, des fragments, des études, des entreprises commencées à la fois, poursuivies à bâtons rompus ou restées inachevées, je me demande si cet amateur sans pareil est vraiment un des grands poètes de l'humanité, comme Shakespeare ou comme Molière, et s'il ne serait pas plus justement nommé le plus grand des Alexandrins.

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