DEUXIÈME PARTIE LES CHEFS-D'OEUVRE DE GOETHE
Le roman de Werther est, avec le drame de Gœtz de Berlichingen, le monument principal de la période dite d'Orage et Assaut, caractérisée, dans Thistoire de la littérature allemande comme dans la vie de Gœthe, par le sentiment d'un désaccord pénible entre le cœur de l'homme et la réalité.
A vrai dire, ce désaccord a existé de tout temps, depuis que la félicité naïve de l'âge d'or n'est plus : car il n'est rien d'autre ni rien de moins que la condition même et l'origine de toute la littérature poétique ancienne et moderne, à partir du moment où la poésie s'est retirée des choses réelles pour devenir un idéal rêvé par l'imagination. Mais le sentiment de l'éternelle contradiction entre la réalité et l'idéal a eu, un jour, en Allemagne, au temps de la jeunesse de Gœthe, toute la violence d'une maladie aiguë; cette crise une fois passée, Gœthe a pris parmi les poètes modernes une position absolument unique en récon-
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cillant la poésie avec le monde réel et en retrouvant l'idéal, à l'exemple des poètes primitifs, jusque dans les trivialités de la vie. La sereine et heureuse idylle (ÏHcrmann et J)orolhée, expression parfaite d'une idée si originale, présente avec Werther \xn contraste complet et vient marquer, vingt-trois ans après cet ouvrage, l'apogée de l'art et du génie de son auteur.
Quelles qu'aient été d'ailleurs les souffrances du jeune Werther, on sait aujourd'hui qu'il ne faut point identifier, sans de notables réserves, l'auteur et le héros du livre.
Le parti que Gœthe a tiré d'une aventure de sa propre existence pour la transformer en roman ; l'usage simultané qu'il fit de tel ou tel événement saillant de la chronique contemporaine ; les modifications plus ou moins importantes que les personnages ont dû subir ainsi que les faits, rien de tout cela ne s'écarte de la méthode commune, en cas semblable, à tous les écrivains. S'il s'est fait un bruit extraordinaire autour des circonstances qui ont vu naître Werther, c'est grâce d'abord au soin complaisant que les personnages mômes de l'histoire, à commencer par Gœthe, ont eu de nous en entretenir ; et c'est ensuite parce que la critique, finalement refroidie pour un tragique petit récit qui passionnait nos grands-pères, a trouvé plus piquant et plus commode à la fois de raconter longuement sa naissance que d'apprécier sa valeur.
Au printemps de l'année 1772, Gœthe, n'ayant pas encore vingt-trois ans révolus, vint de Francfort à Wetzlar, dans l'intention officielle d'y achever ses études de droit, dans le réel dessein d'y poursuivre l'apprentissage savoureux de sa vie d'homme et de poète, et avec le manuscrit de Gœtz de Berlichingèn au fond de sa malle.
Notre élève en droit étudia la jurisprudence dans Homère, Pindare, Shakespeare, Ossian et autres jurisconsultes « de haulte gresse », et se divertit, comme tous les jeunes gens, avec de gais compagnons de son Age. A côté de ces divertissements, il avait ses heures de mélancolie et de rêverie. Le cœur peut-être un peu amusé encore parle souvenir voluptueusement amer de la pauvre Frédérique, il paraît qu'aucune femme ne lui avait plu, lorsqu'il rencontra, le 9 juin, M"'' Charlotte Bufï.
Charmante sans être belle, blonde avec des yeux bleus, gaie et simple, active et sereine, remplissant avec tendresse et autorité, à l'âge de dix-huit ans, le rôle de petite maman auprès de dix frères et sœurs orphelins, Charlotte Bufl" n'avait pas le genre de qualités physiques, morales, spirituelles, qui inspirent en général les passions violentes; mais elle avait de quoi plaire infiniment à un amateur délicat du sexe, et elle fit d'emblée la conquête de Gœthe.
L'engagement tacite des cœurs liait Charlotte à un
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galant homme nommé Christian Keslner, qu'on appelait déjà publiquement le fiancé^ bien que les fiançailles n'eussent pas encore été célébrées dans les formes. Cette situation particulière n'était faite ni pour décourager le sentiment de Goethe, ni pour irriter sa jalousie; au contraire, elle avait quelque chose de piquant qui en redoublait à ses yeux le charme et l'intérêt. N'ayant pas la moindre envie de se marier, trop clairvoyant aussi et trop honnête pour songer, dans un pareil milieu, au rôle de séducteur vulgaire, le jeune poète se complut à nourrir au dedans de lui une |)assion indéfinissable, composée d'amour et d'amitié, d'entraînement et de réserve, d'enthousiasme pour une jeune fille idéale et d'estime affectueuse pour son futur époux, — délicieux malaise qui affinait sa sensibilité et enrichissait le trésor de ses expériences psychologiques.
Admis de prime abord dans l'intimité de la famille avec le sans-façon patriarcal de la bourgeoisie allemande, Gœthe fréquenta quatre mois la société de Charlotte, où il se laissa aller à toute l'exubérance de sa nature, tour à tour immodérément joyeux et agité par de sombres pensées, tantôt se mêlant aux jeux bruyants des enfants, comme le plus enfant de la bande, tantôt entamant avec la jeune fille ou avec Kestner quelque conversation trop sérieuse, qui se terminait par une scène plus ou moins pénible d'attendrissement ou de dissentiment passager.
On se promenait ensemble aussi. Deux ou trois fois, comme il revenait de la promenade, Gœthe aperçut,
WERTHER n
errant au clair de la lune, un personnage mélancolique, la taille serrée dans un frac bleu et un gilet jaune, chaussé de bottes à revers bruns. C'était le jeune Jérusalem, attaché d'ambassade. On racontait qu'il aimait éperdument la femme d'un de ses amis, secrétaire de la légation, et Gœthe riait avec Charlotte de cet amoureux transi '. D'autres propos circulaient sur son compte. Distingué par l'esprit et parla culture, ce fils de pasteur avait eu la naïveté de se figurer que l'aristocratie du mérite pouvait valoir celle de la naissance, et il s'était imprudemment oublié dans des salons nobles où il avait été remis à sa place d'une façon cruellement sensible pour son amour-propre. Un certain soir, en particulier, Jérusalem avait essuyé un véritable atTront au thé de je ne sais quel grand personnage.
Le 11 septembre, Gœthe partit de Wetzlar brusquement. Ces fuites précipitées ont été de tout temps dans les principes et dans les habitudes du poète, dès que la sérénité de son âme ou la liberté de son cœur se trouvait trop dangereusement menacée. Cest par la fuite qu'il échappait, par exemple, à l'émotion pénible des adieux; c'est par la fuite qu'il échappa, le 11 septembre 1772, à une passion sans issue qui commençait à devenir beaucoup plus douloureuse qu'agréable.
1. '- Lorsque je revenais de la promenade et que je le rencontrais dehors au clair de la lune, je me disais : Il est amoureux. Lijttc doit se rappeler que j'en plaisantais. » (Lettre de Gœthe à Kestner.)
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Les trois amis avaient eu, la veille au soir, un entretien extraordinairement pathélicjue sur la destinée des âmes après la mort, sur la chance qu'avaient de se revoir ceux qui s'étaient aimés sur la terre. Rentré chez lui, Gœthe fit ses paquets, passa une partie de la nuit à écrire et partit dès sept heures du matin, laissant à l'adresse de Kestner un billet où se trouvaient deux incluses pour Charlotte.
Il écrivait à Kestner :
Il est parti, Kestner! Au moment où vous recevrez ces lignes, il sera parti. Donnez à Lotte le billet ci-inclus. J'étais très calme, mais votre conversation m'a bouleversé. Je ne puis, en ce moment, rien vous dire, si ce n'est adieu. Si j'étais resté un moment de plus avec vous, je n'aurais pu y tenir. Maintenant, je suis seul et je pars demain. 0 ma pauvre tête!
Il écrivait à Charlotte (premier billet) :
J'espère bien revenir, mais Dieu sait quand. Lotte, dans quel état vos paroles ont mis mon cœur! Je savais que je vous voyais pour la dernière fois. Non, ce n'est pas la dernière fois, et cependant je pars demain. Il est parti! Quel esprit vous a suggéré ce discours? Puisqu'il m'a toujours été permis do dire ce que je sentais, ah! c'était d'ici-bas que je m'occupais, de votre main que je baisais pour la dernière fois. La chambre où je ne reviendrai plus! le bon père qui, pour la dernière fois, m'a reconduit! Je suis seul maintenant, et je puis pleurer; je vous laisse heureux, et je ne sors pas de vos cœurs. Et je vous reverrai; mais c'est comme jamais, puisque ce n'est pas demain! Dites aux chers enfants qu'il est parti. Je ne puis en dire davantage.
(Deuxième billet :)
Mes paquets sont faits, Lotte, et le jour paraît: dans
un quart d'heure je serai en route. Los gravures que j'ai oubliées, et que vous distribuerez aux enfants, me serviront peut être d'excuse, si j'écris. Lotte, quand je n'ai rien à écrire. Car vous savez tout; vous savez combien j'ai été heureux durant tous ces jours, et je m'en vais chez les plus excellentes gens, mais pourquoi loin de vous? C'est comme cela, et c'est ma destinée... Ayez le cœur toujours joyeux, chère Lotte; vous êtes plus heureuse que cent autres; seulement, ne soyez pas indilîérente. Pour moi, chère Lotte, je suis heureux en lisant dans vos yeux la confiance oîi vous êtes que je ne changerai jamais. Adieu pour la millième fois, adieu. — Goethe,
A Coblentz, où il s'arrêta quelques jours avant de retourner à Francfort, Gœthe, reçu dans lintimilé de la famille de La Roche, remarqua que rainée des filles, Maximilienne, avait les plus beaux yeux noirs et la plus appétissante fraîcheur qu'il fiit possible d'imaginer : cette remarque fit du bien à son cœur endolori et servit à lui rendre moins insupportable sa séparation d'avec Charlotte.
Cependant une tragique nouvelle arrivée de Wetzlar l'inipressionna bientôt péniblement : dans le mois qui avait suivi son départ, Jérusalem s'était tué. Il paraît que le vent était aux suicides en celte (in d'automne : car on annonçait à Gœthe, presque au môme instant, qu'une autre de ses connaissances de Wetzlar, Frédéric de Goué, venait de se brûler la cervelle.
Dites-moi sur-le-champ (écrivit-il à ce propos à Kestner) si cette nouvelle du suicide de Coué se confirme. Pour moi, j'honore de tels actes, je plains l'humanité et laisse les philistins débiter là-dessus leurs commentaires qui
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sentent la fumée des tabagies, et s'écrier : « Voyez-vous? » Quant à moi, j'espère ne jamais importuner mes amis d'une pareille nouvelle.
Le récit de la mort de Goué était controuvé ; mais le suicide de Jérusalem était trop vrai. Gœthe y ramena fréquement sa pensée, et, vers la fin de novembre, il pria Kestner de lui en envoyer l'exacte relation : car il avait cette curiosité du docu?nent humain, qui est propre aux écrivains épris du réel. La note demandée ne se fit pas attendre longtemps; elle arriva par retour du courrier, datée du 2 novembre : Kestner, esprit méthodique et consciencieux, l'avait de lui-même déjà rédigée, avec d'autant plus de soin qu'il avait eu le malheur de jouer, bien innocemment, un rôle dans cette triste affaire. C'est lui qui avait prêté à Jérusalem ses pistolets.
Le roman de Werther est sorti non point successivement, comme on l'a prétendu, mais à la fois, de l'aventure personnelle de Gœthe à Wetzlar et de ce lugubre et trivial fait-divers. Il est très probable que l'idée de raconter au monde les souffrances d'un cœur malade n'était pas encore venue au poète avant la sanglante tragédie d'octobre, et il est certain que l'œuvre n'a vu le jour que vingt-deux mois après (septembre 1774) : il n'y a donc rien dans la chronologie de sa composition qui puisse servir d'appui matériel à la critique d'après laquelle les derniers chapitres de Werther, aboutissant à la catastrophe
finale, seraient moins le couronnement Ip^ique des premiers qu'une sorte de superfétation*.
Quelle que soit la valeur de l'ouvrage, jamais roman intime n'a été conçu et écrit dans des conditions morales plus favorables au plein essor du talent de l'écrivain. Les événements n'étaient pas encore assez loin pour que sa mémoire fût infidèle ou son imagination refroidie. Gœthe eut soin d'ailleurs de s'entourer de tous les souvenirs propres à l'inspirer, et d'entretenir en son cœur les sentiments convenables à son dessein, comme un peintre sensible au choix des moindres objets exposés à sa vue pendant qu'il compose, ou comme lui-même devait le faire plus tard, lorsque, devenu ambitieux d'imiter la sérénité de l'art grec, il ornera son cabinet de travail des plus purs spécimens de la sculpture antique.
On trouve dans ses lettres de 1772-1773 aux fiancés
1. Alexandre Dumas 111s écrit : « Alors que Gœthe avait vingtcinq ans, qu'il était non seuloment dans toute la sève de la jeunesse hardie, mais encore sous l'émotion de sa rupture avec Charlotte Kestner, dont il comptait bien faire un livre, il portait cette émotion intérieurement, à l'état vague, pendant deux ans, sans savoir quel dénoùment lui donner dans le livre qu'il rêvait. Il fallait qu'à point nommé le jeune Jérusalem, dans des conditions analogues à celles où s'était trouvé Gœthe, se brûlât la cervelle pour le tirer d'allaire... Quand on est un poète d'invention et d'intuition et qu'on a en soi les premiers éléments de Werther, OH n'attend pas deux ans que Jérusalem se tue; on devine qu'il se tuera, et l'on demande son dénoùment à la logique de la passion et de l'art, au lieu de l'attendre des événements. » La critique du brillant écrivain, ne s'accordant pas avec les faits, pèche par la, base. Sainte-Beuve s'est également trompé lorsque, opposant la lin au commencement du roman de Gœthe, il a dit : <■ Le reste, désespoir final, coup de pistolet et suicide, a été ajouté après coup. »
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de Wetzlar, généralement pleines de gaîté et d'amour de la vie, plusieurs traits mélancoliques, presque désespérés, qui ressemblent à des accès volontaires de fièvre tvertherienne.
Le jour de Pâques qui sera, je le présume, le jour de vos noces, la silhouette de Lotte sera enlevée de ma chambre et n'y sera de nouveau suspendue que lorsque j'apprendrai qu'elle est mère. Alors commencera une nouvelle époque, et je ne l'aimerai plus ; j'aimerai ses enfants, il est vrai, un peu à cause d'elle... Vendredi saint, je voulus faire un tombeau et enterrer la silhouette de Lotte. Mais elle est toujours suspendue au mur, et elle y restera jusqu'à ce que je meure... J'erre dans des déserts où il n'y a point d'eau; mes cheveux sont mon ombre, et mon sang est ma source... Nous avons causé (écrit-il encore à Kestner) de ce qui peut se passer au-dessus des nuages. Je l'ignore; mais ce que je sais, c'est qu'il faut que le Seigneur notre Dieu soit un homme bien froid pour vous laisser Lotte.
L'artiste ici s'échauffe, se monte l'imagination ; nous le surprenons en flagrant délit de répétition pure et simple d'un rôle de comédien dans ce curieux passage de ses Mémoires : « Dans une belle collection d'armes que je possédais se trouvait un poignard de grand prix et bien affilé. Chaque soir, en me couchant, je le posais près de mon lit, et, avant d'éteindre la lumière, j'essayais de m'en enfoncer la pointe aiguë, de quelques pouces dans la poitrine. Mais, comme je n'en venais jamais à bout, je finis par me moquer de moi-même, et, renonçant à ces extravagances d'hypocondriaque, je résolus de vivre. »
Si l'on veut savoir combien était forte chez Gœthe la volonté de vivre, combien grande aussi la joie de
vivre, il faut lire maintenant deux lettres de lui à Kestner, datées, la première, de Noël 1772, moins de quatre mois, par conséquent, après son départ de Welzlar et deux mois à peine depuis le suicide de Jérusalem; la seconde, de février 1773, c'est-à-dire du moment où, selon toute apparence, lF^r//jer commençait à prendre forme dans l'imagination du poète :
Le matin de Noël. Il fait encore nuit, clier Kestner; je me suis levé pour écrire de nouveau à la lumière, ce qui me rappelle les agréables souvenirs des .jours passés; je me suis fait faire du café en l'honneur de la fête, et je vais vous écrire jusqu'au jour. Je me suis éveillé en entendant le gardien de la tour ctianter : Gloire à Jésus-Christ! J'aime beaucoup ce moment de Tannée et les chansons qu'on y chante, et le froid qui est survenu me rend tout à fait heureux... Hier, j'ai été avec plusieui^s braves garçons à la campagne; nous nous sommes beaucoup amusés; c'étaient des cris et des éclats de rire depuis le commencement jusqu'à la fin... En revenant, je me suis arrêté sur le pont : la ville sombre des deux côtés, l'horizon brillant silencieusement, le reflet dans le fleuve, ont produit sur mon âme une impression délicieuse que j'ai retenue avec amour. Je courus chez les Gerock, je demandai un crayon et du papier, et, à ma grande joie, je pus dessiner tout ce tableau, à la fois chaud et crépusculaire, tel que je le sentais dans mon âme.
La lettre de février est plus joyeuse et plus. triomphante encore :
Nous avons une glace superbe pour patiner. J'ai exécuté hier des rondes de danse en tous sens en l'honneur du soleil. J'ai encore d'autres sujets de joie que je ne puis pas dire. Soyez contents : je suis presque aussi heureux que deux personnes qui s'aiment comme vous; il y a en moi
autant d'espérance qu'il y en a chez les amoureux; j'ai même, dans ces derniers temps, pris plaisir à quelques poésies et autres choses pareilles. Ma sœur vous salue, mes demoiselles vous saluent, mes dieux vous saluent, nommément le beau Paris à ma droite et la Vénus d'or de l'autre côté, et Mercure, le messager, qui aime les coureurs rapides, et qui attacha hier à mes pieds ses belles et divines semelles d'or, qui le portent avec le souffle du vent par-dessus la mer stérile et la terre sans limites. Et ainsi les chers habitants du ciel vous bénissent.
« J'ai encore d'autres sujets de joie que je ne puis pas dire » : allusion très probable à Werther, et preuve décisive que ce roman, — comme c'est d'ailleurs la règle pour toute œuvre née forte et viable, quelle qu'en soit la nature, — a été conçu non dans la tristesse, mais dans la joie.
Le cœur de Gœthe est si léger et son esprit si libre, durant l'année de la composition de Werther^ qu'on le voit collaborer aux Nouvelles littéraires de Francfort par une série d'articles fort gais, railler agréablement Wieland dans une farce intitulée les Dieux, les Héros et Wieland, publier son drame de Gœtz, faire enfin les commissions de Kestner et de Charlotte et acheter lui-môme pour les heureux fiancés, qui s'unissent solennellement à Pâques, l'anneau d'or nuptial!
Que l'excellent Kestner ait éprouvé un vif désagrément du roman de Gœthe, particulièrement du per-
sonnai^e dont il avait fourni le modèle; que Charlotte Buff, flattée dans son amour-propre, blessée dans sa modestie et sa pudeur de femme, n'en ait été contente qu'à moitié, c'est chose trop naturelle; mais ce n'est pas une raison pour que nous épousions leur mauvaise humeur. S'il avait plu à Gœthe d'altérer la réalité encore bien plus qu'il ne l'a jugé utile, qu'est-ce que cela pourrait nous faire? Nous n'aurions jamais à nous demander qu'une chose : si le roman est bon. ^ Mais on s'est tellement accoutumé à prendre Werther pour une confession, qu'on imite volontiers dans leur façon d'apprécier ce livre les deux personnes intéressées, et que la critique se place d'instinct au point de vue de la vérité plutôt biographique que poétique. Il est clair qu'à ce point de vue terre à terre on peut ergoter sans fin sur les faits ; mais la vérité est qu'à voir les choses de haut le poète a remarquablement peu changé l'histoire, et que son œuvre a beau, dans un certain sens, pousser à l'excès l'idéalisme, il y montre déjà la qualité essentielle qui devait caractériser plus tard son talent, et le premier efTort heureux d'un art intelligemment réaliste.
Libre à Kestner de s'écrier dans l'indignation de sa généreuse nature : « Etait-il nécessaire de faire de votre Albert un être aussi apathique?... Ce misérable Albert!... Non, je souffre trop d'y penser. » Albert n'est rien moins qu'un misérable^ et il est mieux qu'un être « froid, flegmatique et médiocre* », comme l'a
1. C'est ainsi (juc le définit Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XI.
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répété une critique trop prompte à se faire l'écho de cette première et naturelle plainte, ou à se figurer que les procédés de Gœthe, dans l'imitation poétique de la nature, sont semblables à ceux de la plupart des romanciers. Au contraire, l'élégant artiste a dédaigné la tentation vulgaire de faire d'Albert un simple repoussoir de son héros, une sorte de pendant systématique de Werther par ses qualités comme par ses défauts. Il a du sang-froid, non de l'indifférence; son flegme n'est point de l'apathie. Tête solide mais cœur généreux, il pousse la noble confiance en celle qu'il aime et la délicatesse de l'amitié jusqu'à s'éloigner discrètement lorsque Werther vient voir Charlotte, afin d'épargner à celui-ci une présence odieuse et d'importuns discours, dont la parfaite mesure et la parfaite sagesse ne servent qu'à mettre hors des gonds cet exalté qui les traite de lieux communs. Bien loin d'être un individu méprisable, Albert est un vrai homme d'honneur.
Quant à Charlotte, il paraît que, dans cette scène de l'orage où elle improvise avec tant de présence d'esprit un jeu de société pour faire oublier le tonnerre aux peureux, la vraie Charlotte ne se serait point permis de distribuer aussi lestement de légers soufflets en guise de pénitence à toute personne qui faisait une faute; il paraît encore que, dans celle même scène, au souvenir d'une ode de Klopstock, M"" Buff n'était pas femme à prononcer le nom de ce poète avec un attendrissement si déclamatoire; il paraît enfin (et cela est fort vraisemblable) qu'elle
n'eût jamais souffert qu'un jeune homme qui la voyait pour la première fois couvrît sa main de baisers et de larmes, et que ce même jeune homme osât bientôt s'autoriser des imprudences de sa coquetterie pour se croire l'objet d'une secrète inclination. Mais ce dernier changement était nécessaire pour passionner le récit, et les deux autres sont aussi insignifiants que l'est, par exemple, la coloration en noir des yeux bleus de la Charlotte réelle. Celle du roman est, en somme, à peine moins charmante, et n'est pas moins vraie que celle de l'histoire. Son originalité consiste dans l'équilibre gracieux avec lequel elle maintient en harmonie les deux moitiés de son existence, consacrées la première aux soins du ménage, la seconde aux choses de l'esprit, sans que l'idée lui vienne seulement que l'une puisse faire tort à l'autre, que les comptes de la lessive et la confection des confitures la rendent moins digne de sentir la belle poésie, ou que son enthousiasme pour les beaux-arts la laisse moins capable de tenir le livre de la blanchisseuse, de tailler et de distribuer des tartines aux enfants.
Werther, pour son malheur, est loin de posséder cet heureux et sain tempérament de Charlotte. Sa fougueuse aspiration vers l'idéal a violemment rompu l'équilibre de sa vie intérieure; il souffre trop cruellement du désaccord entre ce qu'il rêve et ce qu'il voit. Si seulement il pouvait supporter les déboires inséparables du commerce des hommes et de l'exercice d'un métier, les injustices du sort, l'égoïsmedu monde, le mensonge des compliments, l'écœurante
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banalité des conversations, Tarrog'ance d'un supérieur imbécile et les vexations de l'amour-propre; s'il pouvait supporter ces choses aussi aisément que Charlotte supporte les mille petits dégoûts de la vie domestique, Werther ne trouverait pas si difficile de vivre! Mais, n'ayant point la force morale de soutenir le poids de toutes ces misères, il n'a pas l'esprit d'en comprendre la nécessité. Il s'emporte en indignations puériles contre l'homme et la société. II se consume en stériles rêveries. Tous les contacts qu'il a avec le monde exaspèrent de plus en plus son cœur ulcéré. Un amour sans espoir achève de mettre au vif cette plaie saignante et de désemparer sa raison perdue : nulle autre issue pour le pauvre affolé que le suicide.
Nicolaï, dont le rationalisme plat s'amusait à coudre au roman de Werther un dénouement comique ; Sainte- Beuve, qui, avec plus de sérieux, eût voulu que le héros se guérît lui-même par raison et par volonté, ne semblent, ni l'un ni l'autre, avoir bien compris à quel point la maladie du jeune idéaliste était profonde et incurable. « Le pauvre homme ne se doute pas, disait Gœthe de Nicolaï, que le mal est sans remède, et qu'un insecte mortel a piqué dans sa fleur la jeunesse de Werther. »
Il n'y a point, quoi qu'en ait prétendu la critique, défaut d'harmonie entre le début et la fin; Goethe n'a pas changé de modèle, s'inspirant d'abord de son propre cœur et de ses souvenirs, puis ajoulant après coup, pour finir l'idylle en tragédie, l'épilogue du
désespoir et du suicide de Jérusalem. La conclusion est logiquement contenue dans les prémisses : il fallait que Werther mourût et qu'il hàlàt sa mort, excessive susceptibilité de sa nature de sensitivc le rendant impropre à porter les conditions de la vie.
Le héros de Gœthe était selon le cœur des hommes àp sa génération.
On le vit bien au succès prodigieux du livre, aux torrents de larmes qu'il fit couler, aux suicides mêmes qu'il provoqua par un de ces dangereux vertiges où la fiction poétique, puisée dans l'imitation des choses contemporaines, devient à son tour le modèle et l'inspiratrice des mœurs qu'elle ne voulait que peindre. Le frac bleu et le gilet jaune de Werther furent longtemps à la mode, ainsi que la robe blanche et les nœuds rose pâle avec lesquels Charlotte apparaît pour la première fois au lecteur dans la scène délicieuse du goûter des enfants.
Nous avons quelque peine aujourd'hui à comprendre un tel enthousiasme. Le roman de Werther nous semble un peu vieilli ; les défauts trop sensibles dont l'ouvrage est semé font date et sentent le xvur siècle finissant. Il reste toutefois dans ce petit livre assez de passion sincère et d'éloquence pour que, si sa lecture ne nous cause plus d'émotion profonde, on puisse encore y prendre plaisir. Pour qu'un roman d'amour ne meure pas tout à fait avec les circonstances qui lui ont donné la vogue, il faut qu'après avoir parlé très haut à l'imagination des contempo-
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rains, il continue à parler tout bas au cœur de Thomme : Werther remplit assez bien cette condition. En outre, quand on a lu dans l'histoire à quels excès ridicules se portait la sentimentalité de l'époque, on trouve que l'auteur, loin d'avoir exagéré le romanesque et le déclamatoire, s'est presque montré plus sobre et plus raisonnable que la réalité.
La composition de Werlhei' décèle la main d'un vrai poète, comme celle d'un philosophe attentif aux secrètes influences qu'exercent sur le moral de l'homme les objets environnants dont ses sens sont immédiatement affectés.
C'est par une chaude journée de printemps que Werther rencontre Charlotte. L'ivresse de la vie l'inonde en cette saison où la nature ressuscitée resplendit dans sa gloire; la célèbre lettre du 10 mai est un hymne triomphal à l'Amour tout-puissant qui a créé et qui soutient cet univers. En ce même renouveau, Werther est un lecteur fervent d'Homère ; sa plume et soncrayons'éprennent de tableaux primitifs, tels, par exemple, que celui-ci, qui ressemble à un premier croquis de la plus charmante scène à' Hermann et Dorothée :
Dernièrement, étant arrivé à la fontaine, j'y trouvai une jeune servante qui avail posé sa cruclie sur la dernière marctic de l'escalier et attendait la venue d'une compagne pour l'aider à se la mettre sur la tête. Je descendis : « Voulez-vous que je vous aide, mon enfant? » dis-je en la regardant. l'^lle devint toute rouce. <( Oh! non, mon-
WERTHER 9i
sieur, dit-elle. — Sans façon. » Elle arrangea son coussinet et je l'aidai; elle me remercia, et remonta les
degrés.
Les yeux du jeune artiste cherchent alors partout les images de « l'aimable simplicité du monde naissant », et son cœur disposé à la bienveillance en rencontre partout. Il aime Fombre des tilleuls qui couvrent de leurs vastes rameaux la petite place devant Tcglise. Assis sur une charrue, il crayonne un bout de haie, un groupe d'enfants, une porte de grange. Il reçoit les confidences du jeune garçon de ferme amoureux de la fermière devenue veuve, et il est ravi de l'accent naturel et sincère que ce paysan met dans l'expression de son amour.
L'été avance, et bientôt les nuages s'amoncellent dans son àme troublée. La nature, qui l'avait d'abord bercé dans ses bras comme une bonne mère, se présente maintenant à lui sous l'image d'un monstre destructeur et dévorant. (Lettre du 18 août.)
Werther, comme Gœthe, s'éloigne de Charlotte le 10 septembre. L'hiver se passe pour lui dans le vain apprentissage d'une fonction publique à laquelle répugne sa nature indépendante, et dans les mortifications qu'il essuie au sein d'une société aristocratique.
Incapable de demeurer en place, il retourne en juillet auprès de Charlotte, désormais mariée et perdue pour lui, mais toujours aimée sans remède, et dès lors il s'agite dans une atmosphère de plus en plus lourde et chargée d'orages.
Le mois de septembre apporte Findignation et le deuil dans l'âme de cet amant de la nature : la femme du pasteur a fait abattre des noyers séculaires sous lesquels il s'était assis avec Charlotte ! La mort frappe, sous ses yeux, d'innocentes créatures. L'amour du garçon de ferme pour la fermière, dégénéré en passion violente, a entraîné celui-ci à une tentative brutale qu'un honteux renvoi a punie.
Octobre arrive, les soleils deviennent courts; le crépuscule, précurseur delà nuit, épaissit ses ombres dans Fume de Werther, et c'est alors que le radieux Homère est supplanté dans sa prédilection par Ossian, le barde du Nord, le poète des bruyères fouettées par le venL et la pluie et des spectres errants à la pale clarté de la lune.
Le 12 décembre, un débordement subit de la rivière inonde la vallée chérie de Werther. L'amour a fini par pousser au crime le garçon de ferme déjà coupable d'égarement : il a tué un rival dans un accès de jalousie, et W erther apprend avec épouvante qu'on songe à invoquer son témoignage dans cette horrible affaire. Ces mots lugubres : « Il ne peut être sauvé », que quelqu'un prononce à propos du criminel, font tressaillir lamant de Charlotte comme son propre arrêt de mort. « Enfin, sur le bord de la rivière, il rencontre un homme, vêtu d'un costume étrange, qui cherche des fleurs au cœur de l'hiver, et il découvre dans ce malheureux un ancien commis du père de Charlotte, auquel la beauté de celleci a inspiré une passion insensée, qui a osé le lui
dire, et qui a perdu, du même coup, sa place et sa raison ' . »
Werther se tue, le jour le plus sombre de Tannée, à une époque que Gœthe, ami de la lumière, détestait, et qu'il passait dans une sorte de torpeur, attendant avec impatience le moment où le soleil reconquiert, minute à minute, le terrain envahi par l'ombre.
Telle est, dans le tableau romanesque où le peintre a mis au premier plan l'histoire d'un pauvre cœur malade, la beauté symbolique de ce qu'on peut appeler le paysage.
L'art de la composition, le style, l'éloquence, la vérité du sentiment, se rencontrent dans d'autres romans d'amour. Leur présence dans Werlher ne suffit donc point pour expliquer une vogue unique, prodigieuse, dont l'étendue et la durée dépassent singulièrement les proportions du succès promis à toute œuvre bien faite. L'histoire entière du roman ne compte pas un seul chef-d'œuvre dont l'importance historique prime celle du petit volume de Gœthe : c'est que ce mince récit d'une aventure assez vulgaire en somme est au fond un de ces ouvrages rares, comme il en paraît deux ou trois par siècle, qui enrichissent réellement le trésor de l'esprit humain.
La Nouvelle ^e'/oïse, publiée treize ans avant Werther,
1. Mézières, les Œuvres de Gœthe expliquées par sa vie, t. I, p. 129.
avait clé déjà un événenienL dans la littérature européenne, et Rousseau avait fait école en Allemagne plus tôt qu'en France, où son influence fut d'abord moins littéraire que politique.
Entre l'âme allemande et l'âme rêveuse du philosophe de Genève il existait des affinités presque nationales. C'est Rousseau qui mit à la mode les deux grands sentiments destinés à révolutionner la poésie : le culte enthousiaste de la nature dans les acceptions diverses de ce mot, et la revendication passionnée de l'égalité des hommes entre eux, avec les bonnes et les mauvaises conséquences que ce principe renferme. C'est lui aussi dont l'influence, quelquefois pernicieuse, inocula aux hommes de sa génération certaines maladies morales, comme la manie du suicide, que le moraliste condamne bien en dernière analyse, mais non sans avoir fait son apologie dans une page éloquente qui donne, disait Voltaire, « appétit de mourir ».
L'inconvénient du roman français était sa longueur et l'ennui pesant d'un style constamment tendu et déclamatoire qui le rend illisible aujourd'hui. Werther nous a donné la monnaie de ce lingot, ou, — si l'on préfère une autre image du même genre, — nous avons dans Werther une pièce d'or, portative et commode, qui représente avantageusement le lourd sac d'écus de La Nouvelle Héloise.
Le héros de Gœthe est une miniature perfectionnée de celui de Rousseau. Il adore comme lui la nature; elle est pour son âme une divinité, une maîtresse sur
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le sein de laquelle il se console des rigueurs de l'autre, et il s écrie quand il va mourir : « Prends le deuil, ô nature! ton fils, ton ami, ton amant approche de sa fin ! » Il aime dans l'humanité tout ce qui se rapproche de la nature; voilà pourquoi il chérit les enfants et se sent attiré vers les paysans, vers le peuple, victime innocente des usurpations sociales. Il aime dans les arts tout ce qui se rapproche de la nature; voilà pourquoi il hait les règles pédantesques, tient les livres en défiance et borne ses lectures aux grands poêles primitifs, antérieurs à la civilisation.
Comme le héros de Rousseau, celui de Gœthe a soif d'égalité ; mais ce n'est pas en abaissant à son niveau les supériorités anciennement établies, à l'exemple des pires disciples de Jean-Jacques, qu'il pourra jamais se satisfaire; c'est en conquérant, à côté des heureux de la naissance, la place où son mérite a droit. Il n'aspire qu'à monter et n'a point de basse jalousie. Tout ce qui est beau, tout ce qui est noble dans l'ancien ordre de choses, il veut l'introduire dans le nouveau, et d'abord la pureté, la délicatesse, la ferveur dans l'expression de la passion, réservées jusqu'aloi's aux amants d'illustre origine comme un privilège de l'aristocratie.
Werther, l'étudiant bourgeois, voue à Charlotte un culte semblable à celui que les chevaliers vouaient à leurs belles. Sa maîtresse est pour lui une sainte^ et son cœur devient vraiment un sanctuaire où rien de grossier ne peut être reçu depuis qu'une flamme si Dure rayonne sur Tautel. « Elle m'aime! s'écrie-t-il
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un jour qu'elle l'a regardé avec intérêt. Oh ! combien je me deviens cher à moi-môme! combien je m'adore depuis qu'elle m'aime! » L'amour de la femme ainsi compris et senti est, plus encore que celui de la nature, une religion. Le vocabulaire exalté de l'amant de Charlotte n'avait rien d'absolument nouveau, mais son application à un fils et à une fille de la bourgeoisie était chose toute nouvelle.
Dans un article enthousiaste ou, comme on l'a spirituellement appelé, dans une sorte d'hymne entonné à la louange de Werther, Emile Montégut a dit avec tendresse : « ^'idéalité dans la passion et dans le sentiment, la délicatesse d'âme dans l'amour, la perception fine et subtile de la beauté morale, cette chose enviable qui éclate dans l'amour de Tristan et d'Yseult, de Roméo et de Juliette, et qui était le privilège bien réel des classes élevées par la féodalité, celte idéalité de sentiment, plus précieuse que la grandeur et les couronnes, ce cher Werther l'a conquise pour nous. »
Il faut aimer Werther pour ce don précieux, il faut admirer Gœthe qui a écrit Werther] mais il ne faut pas oublier ce que le génie naissant du poète dut, en 1773, au grand initiateur français.
IPHIGENIE EN TAURIDE
ETUDE? SUR OfETHë.