MARTHE
Je VOUS prierais bien de rester plus long* temps» mais on est ici trop méchant. On dirait que tout le monde na d'autres soucis que d'épier les démarches et les actions de ses voisins, et de quelque manière que Ton s*y prenne, on court risque de faire parler de soi. Mais on est donc notre jeune couple ?
MÉPHISTOPHELÈS.
Je pense qu'il s'est déjà enfui. Ce spnt deux gais ûiseanx d'été.
BIABTHE.
II semble la toouver à son gré ?
BU^ISTOVHELÈS.
Et elle le trouve an siea Ainsi va le monde.
Faust s'égare le soir au milieu de la campagne. Son ame s'ouvre à de nouvelles émodons; l'image de Margoente flotte devant ses yeux, et lui rend celle de la nature plus. b.elle et plus fraîche. L'amour vient avec son A>uffle pour réveiller dana son coeur les nobles pensées qui s'étaient seulement assoupies Mais les déârs sensuels le dominent encore, et Méphistopkelès aocourt pour empoisonner le calme passager de sa solitude, et le conduire plus avant dans la route fatale qu'il lui a Ëiit prendre.
Marguerite est seule aussi; elle songe à celui qu'elle a si peu vu et qu'elle aime déjà de toute son ame. A tout instant elle croît distinguer le son de
sa voix, le bruit de ses pas; elle court à la fenêtre, puis revient s'asseoir tristement à son rouet, et cbaote, en &istnt tourner son fuseau, cette romance, dont je n'ai pu rendre ni la grâce exquise ni l'admirable simpEcitd
Mon cœur est loard. Le repos que ftiimw, Je ne Tai pins jamais^ jamais.
Si je ne le vois pat^ la terre .
Est à mes jenz comme nn cercueil* Sans son amour, la rie entière Est pleine de fiel et de deuil.
OhJ maintenant ma paayre tête Cède i ses rères trop puissans.
Je ne sais qnel chagrin m'arrête.
Quel trouble égare tons mes sens.
Mon cœur est lonrd. Le repos que j*aimais^ Je ne ]*ai pins jamais, jamais.
Si je regarde à la fenêtre.
Ah! c'est pour le chercher dehors.
C'est aussi pour le Toir paraître Qu'à toute heure inquiète je 8on,
Renâe»-moi donc es qui me lonehe, Son ftont noble, son air gracient, Et le sourire de sa bouche.
Et la puissance de ses jeux;
Et le charme enivrant qui m'entraîne Si je puis l'entendre causer; Et sa main qui presse la mienne, El pois encore loo baiser.
Mon cœur est lourd. Le repos que faitnaU, Je ne l'ai plus jamais^ jamais.
C'est lui que j'appelle sans cesse ^ Que je rére soir et malin ; Que ne puis- je , dans ma tendresse , Le presser un jour sur mon sein!
L'embrasser de toute mon ame Autant, autant que je voudrais; Et puis à ses baisers de flamme, Mourir, bêlas! je le devrais. -
Il faut que je cite encore cette scène, ou Unaife croyance de Marguerite se pose si bien à côté de la religion philosophique de Faust , où le savant docteur n'échappe que par une sorte de dithyrambe poétique à l'humble foi de la jeune fille.
habcuerite.
Promets -moi 9 Henri.
FAUST
Que puis- je te promettre ?
MARGUERrrE.
£b bien ! réponds-moi. Ton cœur est noble et Trainmt bon. Mais comment t'arranges -tu avec la religion? Je ne crois pas que tu y songes beaucoup.
FAUST
Labsons cela, mon enfant ! Tu sais combien je t'aime ; je donnerais mon sang et ma vie pour ceux que j'aime» et je ne yeux enlever à personne ni sa croyance ni son culte.
MAftGUEaiTE.
Cela ii*est pas bien. On doit pourtant croire.
FAUST
Le doit- on?
MARGUERITE
Oh ! si fayais quelque empire sur toi ! Tu ne respectes pas non plus les saints sacremens.
FAUST
Je les respecte.
MARGUERITE
Oui 9 mais sans les désirer. Il y a long -temps que tu n^es allé à la messe, que tu ne t'es confessé. Crois- tu en Dieu?
FAUST
Ma bien -aimée, qui donc ose dire : je crois en Dieu? Demande-le an prêtre ou au sage, et leur réponse ne sera qu'une sorte de moquerie pour celui qui leur fera cette question.
- MARGUERrrB.
^asî tu ne crois pas?
Mon doux ange , n'interprète pas mal mes paroles. Qui de nous ose le nommer et dire : je crois en lui ? Qui de nous peut être sensible et se résoudre à dire : Je ne crois pas en lui? L'être qui embrasse tout, l'être qui soutient tout, n*embrasse-t-il pas et ne soutient-il pas toi, moi, lui-même? Regarde comme la voûte du ciel s'arrondit sur notre tête, conune la terre est ferme sous nos pieds» ci^nme
les étoiles étemelles moHteat lâchant et ftous regardât en souriant. Si mon regard s'attache au tien, si une faole de sentimens se pressent dans ta tète et dans ton coeni, et agissent secrètement par des rapports yisililes on iot!sibles» laisse ton ame se remplir, si grandes que soient ces pensées, et quand tu seras heureuse de ton émotioi, nomme- la comme tu voudras, nomme4a félidté, cœur, amour. Dieu! je n'ai pour cela point de nom. Le seatiment est tout Le nom est un son et une famée qm eayeloppe comme un nuage la lumière du dd«
aiAUGUERITE.
Tout cela est bon et beau. C'est â peu près ce que dit notre curé, mab pourtant ayec quelques autres petib mob.
FAUST
Tous les lieux le disent, tous les cœurs qui jonissent de la vie le répètent dans leur langue, pourquoi ne le dirais -je pas dans la mienne?
itAAMfiam.
Si l'on t'entend parler ainsi, cel9 pwtpiMitre jiHe; mais il y manque pourtant toujours qudque chose, car tu n*as pas la rdigion chrétienne.
Cher enfant!
litAA<îuï:httE.
Et je m'afflige encore depuis long-temps de te yoir ea compagnie
FAUST
Comment doMf
Llomme que In as auprès de toi , je le hais *du fond de l'ame. Rien ne m'a encore blessé le cœur autant que cette figure repoussante.
FAUST
Ma bien-aimée, ne le crains pas.
mauguerite.
Sa présence m'agite. Je sois bonne pour les autres bommes. Mais autant je désire te yoir, autant )e m'efiiraie en secret devant Ini. Je le regarde conme im fripon | Que Dieu me pardonne si j'ai tort !
FAUST
U faut aussi qu'il y ait de .teb. êtres dans Je monde.
MAnGUEUTB.
Iton , je ne voudrais pas vivre avec ses semblables ! Lorsqu'il entre, il a toujours le regard si moqueur ou â demi courroucé. On voit qu'il ne s'intéresse à rien j on croirait lire sur son front' qu'il ne peut aimer personne. Ahl je nM trouve si bien dans tes bras» je suis nuprès de toi si libre, si complètement dévouée, et sa présence ma serre le cœur.
Oh! quel pressentiment, cher ange!
MARGUERITE
Cette impression est si forte pour moi, que si je le vois venir, U me semUe que je ne t'aime pas; et tant qu'il
( ^oo )
seiait li je ne pourniis prier; car je ne rais pas bienao dedans de moi-même. Mais pour toi, Henii, il doit en être de*mème.
FAUST
Ta te laisses maintenant aller à ton antipathie.
KARGITEanrE.
Il fant que je te quitte.
FAUST
Ab ! ne ponirai-je donc jainais me suspendre nn ioslaiit en toute sécurité à ton sein, poser ma piHtrine contre U poitrine, mon ame contre ton amep
haugueute.
Hélas ! si seulement je couchais seule dans ma chambre. Je t'ouvrirais yolontiers la porte pendant la nuit, mais ma mère a le sommeil léger, elle pourrait nous sorpteih dre^ et je mourrais sur place.
FAUST
M'aie pas peur, cher ange Prends ce petit flacon, et trois gouttes de la liqueur qu'il renferme, mêlées i la boisson de ta mère , l'endormiront profondément
MARGUERITE
Que ne ferais^je pas pour toi : mais tu m'assures que cela ne peut lui nuire .^
FAUST
. Autrement, poumis-je te donner on tel conseil?
( aoi )
MAlftUERITE.
Si je te regarde 9 mon bien-aimë, je ne sais ce qui me pousse à siiiyre ta volonté ; mais j'ai déjà tant fait pour toi 9 qu'il ne me reste presque plus rien â faire.
La pauvre Marguerite a tout accordé à Faust Les joies de l'amour sont passées , le calme de son ame innocente est détruit, les angoisses du remords la saisissent. Nous la retrouvons à genoux devant l'image de la Vierge des douleurs, pleurant, implorant la pitié de celle qui a souffert, et que le christianisme donne pour consolatrice aux affligés*
( Uni image de la Vierge des douleurs. Marguerite, à genoux , déposant des fleurs aux pieds de la statue.)
Penche vers moi^ dans ta. clémence^ Ton front où se peint la douleur.
Avec ta mortelle soufCrance^ Arec le glaive dans le coeur.
Tu lèves les jeux vers ton père.
Tu regardes ton fils mourir.
Quoique ton ame encore espéré^ Ta bouche exhale un long soupir.
Hélas! qui peut penser on dire Ce qui se passe au fond de moi?
Comme mon cœur tremble et désire, Qui le saura, si ce n'est toi?
Partout où je vais, à toute heure, Oh! je souffre, je souffre tant!
Et seule, je pleure, je pleure.
Mon cœur te brise en un instant.
Ces fleort étaient ««r ma fenêtre, •Elles ont connu mes doolenn.
A tes genoux, je Tiens les mettre,
Toutes humides de mes pleurs.
Lorsque autour de moi tout sommeille Aux premiers rajons da matin.
Assise sur mon lit, je reilie»
Pour m'attrister sur mon destin ^
Sauve* moi la mort qui s'aTanœ, L'ignominie et la teireur.
Penche vers moi dans ta clémence.
Ton front où se peint la douleur.
Le frère de Marguerite, revient pour venger le déshonneur de sa sœur. Faust le tue en duel; le peuple se rassemble et la honte de la jeune fille est proclamée au milieu de la foulp.
Alors le désespoir augmenté par les terreurs religieuses, alors cette scène terrible, cette scène dont on ne peut se faire une idée si on ne Ta vue représenter; Téglise sombre, les chrétiens agenouillés, Marguerite à l'écart ; derrière elle le mauvais esprit qui représente sa conscience; les soupirs de Tinforttmée qui se m^ent aux sons lugubres de Forgue ; les reproches sanglans du démon avec les versets de l'hymne des morts. Cétait beaucoup d'employer deux fois ainsi dans une même pièce l'effet inauendu, l'effet religieux, pour accroître l'effet dramatique; mais l'homme de génie qui. y a eu recours ne s'était pas trompé daas son atteste»
(ao3)
Noos ne pouYOns réôster au plaisir de citer cette scèoe, bien qu'elle l'ait- déjà été si souvent ailleurs.
LE MAUVAIS ESPRrr.
Quelle différence, Marguerite, lorsque, le cœur encore plein d*innocence, tu ^avançais près de Tautel avec ton livre d*oraison à la main, et que tu murmurais tes prières, à moitié par enfantillage, à moitié par amour pour Dieu. Margaante, oà sont tes pensées ? quel forfait pèse sur ton cœur P Piies-tn pour Tame de ta mère qui s*est endormie du dernier sommeil après de longues soufirances? Yoistu le sang de ton frère sur le seuil de ta porte? Dans ton sein rien ne 4:ommence-t-il à vivre? ]Ne pressens-tu pas avec effroi la présence d*un autre être?
UARGUEUTE.
Malbeur ! malbeur ! Si du moins je pouvais être délivrée de ces pensées qui me poursuivent de tous les c&tés.
LE CHŒUR
Dies irœ, dies illa, Sohei sœclwn infiwitUL
(^V orgue accompagne,)
LE MAUVAIS ESPRIT
Que la douleur s^empare de toi ! La trompette sonne, les tombeaux s'ouvrent, tt se réveillant du sommeil de la tombe , ton coeur dévoué aux flammes de Teafer tremble de terreur !
MA|LGt7EaiTE.
Que se rais-*)e leii ! B me semble que l'oigue m'ète
la respiration , et ses chants me vont jiis<pi*an fond de Tjune.
LE CHŒUR. 0
Judex ergo cum sedebH, Quidquid UUet apparebH, Nil multum remanebit
MARGUERITE
Je me sens si â l'étroit ! Les piliers de cette église me serrent ; la voûte pèse sur moi ! — De Tair !
LE MAUVAIS ESPRIT
Cache-toi. La honte et le crime ne peuvent rester cachés. De l'air î de la lumière ! malheur à toi !
LE CHŒUR
Quid sum miser Umc diciurus?
Quem pair Oman rogaturus, Cum vix justus sit securus?
LE MAUVAIS ESPRIT
Le visage rayonnant des justes se détourne de toi, les justes n'oseraient te tendre la main. Malheur f
LE CHŒUR
Quid sum miser Umc diciurus ?
lURGUERITE.
Voisine ! votre flacon.
(^Elle s'épanouit}
Faust a accumulé sur lui la mort de Valentîn, le frère de Marguerite; k mort de sa mèrev et les
souffrances de Fisolement, et les remords auxquels il a abandonné la jeune fille. U a épuise en peu de temps les joies et les douleurs de sa nouvelle vie; Méphistophelès l'entraîne maintenant au sabbat de la Walpiurgisnaeht On ne peut pas regarder cette peinture bizarre y fantastique, comme un hors-d'œuvre. Elle arrive pour Faust, quand il a chargé sa tète de crimes, qu'il a si bien resserré ses liens avec le diable qu'à peine peut-on croire qu'il les délie encore. La WalpurgisnacfUj avec son désordre et ses orgies, rient donc comme une ftte pour ceux. qui ne peuvent plus prendre part aux fêtes de ce n^onde; c'est le rendez-vous universel de tous les partisans du diable; c'est le grand congrès de la sorcellerie. Satan préside, et la troupe infernale rient tour à tour lui rendre hommage. Cette TValpurgisnacht tenait d'ailleurs aux croyances du peuple allemand dans le moyen âge. On ne regardait pas le Blocks^ btrg sans une sainte terreur; on n'en parlait pas sans se recommander en secret à Dieu. Les savans en parlaient dans leurs livres; les contes populaires en reproduisaient d'effrayans récits. Des gens dignes de foi s'étaient mis aux aguets le soir du i.** Mai, et avaient vu à minuit des chauve - souris d'une grandeur înoBStrueuse passer dans l'air; des rieilles* femmes^ assises sur un bouc ou chevauchant sur un manche k balai. Parfois quelques-unes de ces femmes, susceptibles de s'adonner à la sorcellerie^ avaient été
(ao6)
condoîtes devant le juge, mises à là torture» ei avaient avoué leurs promenades nocturnes, et k genre de vie eflEroyable qu'elles passaient au-dessus du Bhcksberg.lài^ on maudissait Dieu, on tramait de nouvelles conjurations contrele monde^on cherchait de nouveaux maléfices et de nouveaux poisona Le plus expert dans cet art infernal se pavanait de sa science; le dernier venu s^efibrçait de marcher sur les traces de ses maîtres. Puis, l'on baîsût avec vâiération le pied fourchu de Satan, et toulte rassemblée commençait une sotie de danses et de débau|^es, à fiôre trembler toute oreille chaste, à £dre frémir toutl>on chrétien. Ainsi, c'était une page des superstitions populaires à retracer; une partie saillante de ces images fantastiques dont TigncManie crédulité enveloppait les chastes images du christianisme ; et le poète qui voulait pénétrer dans l'e^fît du moyen âge, ne devait pas plus négliger cette assemblée &buleuse, que le peintre fidèle de l'anti» quité ne devi:ait négliger la mythologie des frunes et des satyres. Quel parti Shakespeare n'a-t-il pis tiré de ces superstitions du peuple dans pluneurs de ses pièces : dans la Tempête , dans Macbeth !
Goethe a donc donné aussi sur la large toile, qu'il s'était choisie, une place aux saturnales du Blocksberg (>^), et il Ta fait avec toute la chaleur d'une imagination qui pouvait aussi bien se représenter les figures inquiètes et hideuses de cette nuit
(ao7)
infenude, que les figures nobles et teposées de l'an antiqae Sa îValpurgisnacfU est un Téritalde sabbat, bruyant, hurlant, fimtasque, désordonné. On gravit k montagne, et c'est un feu foUet qui montre le ehemin; ce sont des apparitions comme le cauchemar ou la fièvre peuvent en produire, des voix lugubres, des sons discordans ; des sorcières qui s'ap* pellent et se répondent d'un bout de la montagne i l'autre; les unes qui arrivent du Nord; les autres da MîA; des chauve -^souris dont on entend siffler les ailes; des monstres qui rugissent; des cris hu* mains qui ressemblent au miaulement du chat, ou aux féroces aboiemens du loup; toutes les vagues terreurs de la nuit; toutes les formes bizarres que les arbres et les rochers promeut dans les ténèbres; tout le tumulte d'une foule méchante, qui se rue et se précipite, chante et se plaint, hurle et sourit, fait des gambades de joie et pousse des lamentations de désespoir. Tout est là, toute la }Valpargisnàchi\ avec ses êtres fictifs et ses êtres pris dans le monde réel; ses grands-mmtres en sorcellerie, et ses novices; ses diables, et ses partisans du diable, les avares, les flatteurs, les vices, représentés avec un habit de cour, ou une redingote bourgeoise; tout, jusqu'à ces épigrammes^ ces xénies, avec lesquels Gœthe et Schiller faisaient la guerre aux mauvais poètes de leur temps, et qui méritaient bien pour leur rire sarcastique de s'en aller danser une ronde au-dessus du Biocksberg.
Au milieu de ce spectacle vraiment diabolique, Faust, qui se traîne avec surprise sur les pas de Méphistophelès , croit apercevoir la figure pâle, éplorée de Marguerite; il manifeste ses craintes à Méphistophelès , et celui-ci les traite de visions. Mais il n'est que trop vrai, la pauvre fille a été arrachée à sa demeure, jetée dans un cachot, li?rée à la justice. Quand Faust Tapprend , c'est pour kl comme un coup de poignard j qui entre firoidement dans son cœur. Toute sa rage s'exhale contre son infernal compagnon; tout son pouvoir doit être employé à sauver encore Marguerite. En vain Méphistophelès lui représente-t-il les dangers qn^il n courir; n'importe, il veut hasardejr sa vie, il peat pénétrer dans le cachot, où gémit l'infortunée; il veut la délivrer de ses chaînes.
Alors arrive cette scène qui termine le drame; cette scène douloureuse. Tune des plus douloureuses et des plus terribles que jamais le théâtre aôl représentées : où l'amour, le repentir, les appréheasions de la mort, les vertiges de la folie, se disputent le cœur de la jeune fille, en &ce de celui qoi essaie en vain de la sauver , et qui doit voir se débattre dans ces angoisses la victime qu'il a f^te.
( aog)
(^Le théâtre représente un cachot Faust arrwe m^c un trousseau de clefs et une lampe auprès dtune porte enfer,)
FAUST
Une tenreiiT, que je n'ai pas connue depuis long-temps , ne saisit; cest comme si je sentais toutes les douleurs de Humanité. EUe est là entre ces murailles humides, et sou crime ne fut qu'un tendre penchant. Tu trembles d'aniyer auprès d'elle, tu redoutes de la voir. Allons, ces retards amènent la mort
(^11 prend une des clefs. On entend chanter dans le cachot:)
Ma mère, la coquine, qui m'a tuée! Mon père, le fripon, qui m'a mangée! Ma petite sœur ramasse mes os dans un endroit frais. Et moi je suis un jeune oiseau des bois. Vole! vole! ('7)
FAUST {ombrant la porte).
Elle ne pense pas que son bien -aimé écoute maintenant le bruit de ses chaînes , le froissement de la paille on elle est couchée. (// entre,)
MAiiGUUUTE {se cachant dans la paille).
Malheur! malheur! Ils viennent. 0 mort amère.
FAUST {doucement).
Paix f paix ! Je viens te délivrer.
MARGUERITE
Si tu es un homme, sens ce que je souffre.
(aïo)
FAUST
ÂTec tes cris tu éveilleras les gardes !
(// prend les ckatnes pour tes oumr)
MARGUERITE (À genOUx),
Qtti donc ^ bourrean , t'a donne cette {niistance svr moi.
Tu Tiens ne prendre déjà à rainnit. Oh! pitië! Laisse-moi
n\Tt, Demain matin ne sera- 1- il pas assez t6t?
(Elle je ièpe.)
Je sds pourtant encore si jeune ! si îeune ! et îl fiint
déjà mourir! Ah ! fêtais belle aussi, et ce fiit li mon aime
Mon im était prèi de mot, mamtenant il est loin. La
couronne est rompue» les fleurs sont dispersées. Ne me
saisis donc pas ayec.tant de force. Épargnc^noi. Que t*ai-
je fait .^ Ne me laisse pas pleurer en vain, je ne t*ai jamais
vu de ma vie.
FAUST
Comment résister à une telle douleur ?
MARGUERITE
Je suis toute en ton pouvoir. Laisse -moi senlemeat encore allaiter mon enfant Je l'ai pressé sur mon coev tonte la nuit; ils Font pris pour me tourmenter, et îb disaient que je Tavaie tué. Non, plus jamais je ne secii gaie. On chante des chansons.syr; mol C'est une médan* ceté du monde! Il j a un vieux conte qui finit de la sorte; qui donc a dit à ces gens de me rappliquer?
FAUST {se jetant à ses genoux).
Ton amant est à tes pieds, il veut mettre fin à tes douleurs.
hargusvte.
O! agaiouillons - nous ensemble pour prier les saints. Regarde sons cet escalier, sons le seuil de cette porte , Tenfer bouillonne. Le dânon fait entendre les accens de saiage.
FAUST
Marguerite! Marguerite!
Cest b Yoix de mon ami.
(^ElU s'élance. Les chaînes tombent.) Oh est-il? Je
Vai entendu m'appeler. Je suis libre. Personne ne m'ar-
réfeia. Je veux me jeter â son cou, reposer sur son sein.
n a appdë Marguerite. Il était là sur le seuil. Â travers
les gémissemens de l'enfer, la colère et les sarcasmes du
dSaUe» fai reconnu le son caressant et biea-aimé de sa
Yoix.
FA^uar.
C'est moi !
MARGUERITE
Cest toL Ob! redis-le encore {elle Fembrasse). C'est lui ! c'est lui ! Âb ! où sont tous mes tourmens , les angoisses du cacboty la pesanteur des cbainesP C'est toi? tu yiens pour me défivrer? Je suis délivrée. Ne vois-je pas la rue où je te rencontrai pour la première fois, et le riant îardin où je t'attendais avec Martbe?
wavst\s' efforçant de V entraîner).
\iens! viens!
Ob! riBBtet lie tm siJi^icvi U rà tu es.
C aia )
Hâte- toi! Si tu retardes encore nous le paierons chèrement.
MARGUERITE
Comment? ne peux- tu plus m*embrasser? Mon anu, depuis si peu de temps éloigné de moi, as- tu désappris le baiser? Pourquoi donc ai -je peur encore dans tes bras? Autrefois 9 à tes regards, à tes paroles, le ciel semblait s'ouvrir pour moi , et tu m'embrassais conune pour m*étouffer. Eipbrasse-moi, ou. bien cest moi qui t'embrasserai.... O malheur! tes lèvres sont froides, muettes! Où donc est resté ton amour ? qui me Ta enlevé ?
FAUST
Viens, mon ange, suis-moi. Reprends courage. Je faine mille et miHe fois, mais viens, c'est tout ce que je \t demande.
MARGUERITE
Est -ce toi? Est-ce bien sûr toi?
FAUST
Cest. moi. Viens.
MARGUERITE
Tu as fait tomber mes chaînes. Tu me presses sur ton sein. Mais compent n'as- tu pas peur de moi? Sais- ta, mon ami , qui tu délivres ?
FAUST
Viens ! viens! Déjà la nuit parait moins sombre.
MARGUERITE
J'ai tué ma mère et noyé mon enfant. C'était 'c ^^
(ai3)
et le mien , le tien aussi ? C'est toi ! A peine si j'ose le croire. Donne- moi ta main. Ce nest pas un rêve. Ta bonne main. Hébs ! elle est humide. LaVe-la. M'y voisje pas du sang? Âh! mon Dieu, qu'as -tu fait, cache ton épée, je l'en prie.
FAUST
Laisse -là ces souvenirs. Ce qui est passé est passé. Tu me tortures.
MARGUSaiTE.
. T4on, il faut que tu restes encore. Je veux te dire comment tu arrangeras demain les tombeaux. Donne à ma mère la meilleure place; mets mon frère tout auprèi d'elle et moi un peu de côté , cependant pas trop loin > et pose mon enfant sur ma poitrine. Du reste, personne ne dormira auprès de moi. Oh ! être serré contre toi , c'était un doux, un ravissant bonheur; mais je ne puis plus l'espérer. Il me semble que je m'efforce en vain de te garder, et que tu me repousses toujours. Et cependant c'est toi, et ton regard est encore bon, tendre.
FAUSJ.
Si lu saiSi que c*est moi , viens.
MARGUERITE
Dehors ?
En liberté.
FAUST
MARGUERITE
Si dehors est le tombeau; si la mort m'épie, allons d*id dans réteineUç sépulture et pas plus loin. Et toi, tu pars! 0 Henri » si je pouvais l'accompagner.
FAUST
Tu le peux. Tu n'as qu'à vouloir. La porte est ouTcrIe
KARGUERITE.
Mon, je n*ose sortir. Je n*ai plus rien â espérer. Que me servirait de fhirf Ib sont là qui ine guettent, et G*est si misérable de devoir mendier, et de mendier avec use mauvaise conscience. Cest si misérable de s*en aller dans un pays étranger, et encore n'^écbapperai-îe pas à leurs poursuites ?
FAUST
Je reste près de toi.
MARGUERITE
Hâte-toi, hâte-tpi! Sauve mon pauvre enfant! Ccwa par le chemin le long du ruissean , le sentier dans la forêt, à gauche près de la planche qui se trewe dans Fétang. Prends -le, il veut s'élever, il remue encore. Sauve-le! sauve-le!
FAUST
Mais pense-donc ! Un seul pas et tu es libre.
MARGUERITE
Si seulement nous avions passé la montagne ! ma mère est la assise sur une pierre. Le froid me vient dans les cheveux. Ma mère est là assise sur une pierre et secone h tfite. Elle Me fait signe ^ sa tète est lourde, die a dormi si hong-teolps , elle ne s'éveillera plus. Elle dormait quand nous nous réjouissions ensemble. C'était tin bèan temps.
FAUST
Ceb ne sert i rien de causer, de pleurer II faut
que je t'emporte loin d'ici.
MARGUEBITE.
Laisse-moi. Non, je ne veux pas que tu emploies la force. Me me prends pas ainsi comme meurtrier. Je n'ai déjà que trop cédé à ton amour.
FAUST
Le jour commence à poindre. Ibrguerite ! Marguerite !
MAEGUEBITE.
Le jour! oui, c'est le jour, le dernier jour pour moi. Ce devait être celui de mon mariage. Me dis â personne que tu as été auprès de Marguerite. 0 malheur â ma couronne! Elle est perdue. Mous nous reverrons, mais non pas à la danse. La foule se presse , les mes et les places ne peuvent la contenir; la clocne sonne, le bâton est rompu. Ils me lient, m'entraînent, me jettent sur le billot sanglant Tous les cous se tendent yers cette bâche qui s'agite sur le mien ; et puis le monde est muet comme le tombeau.
FAUST
P ! que si du moins je n'étais pas né ?
MipsiSTOPHELÈs {paraissant en dehors :)
Hâtes^vous ou vous êtes perdus. Inutiles craintes ! fatal retard ! Mes chevaux frémissent ! le jour vient l
(ai6)
MARGUERITE
Que vois-je là-haut ? C'est lui ! c'est loi ! Chasse-le. Oo^' vient-il donc faire au saint lieu? Est-ce moi qu'il demander
FAUST
Tu dois vivre.
MARGUERITE
Justice de Dieu, je m'abandonne a toL
HEPHISTOPHELES.
Viens ! viens ! si tu ne veux que )e te laisse avec elle.
HURGUIRrrE.
Je t'appartiens, mon père, sauve-moi. Anges ds del, troupes saintes , placez- vous autour de moi pour me défendre. Henri !*)e m'effraie pour toi.
BliPHISTOPHELÈS.
Elle est jugëe.
UNE VOIX d'en haut.
Elle est sauvée.
MÏPHICTOPHELE5 A FAUST.
Ici ! Â moi! (^Ils disparaissent,')
(^Une voix appelant du fond du cachot:) Henri! Henri! ('•)
DEUXIÈAŒ PARTIE.
jif£MM/^ ihom dreaifmi mimsiêr of hell ! Tkou ha4it hut power oçer his mort al hodif , His sout ihou cansi noi hape; Ihertfore^ he gonef
Shakespeare, King Kicfaârd III.
A la prendre comme œuvre dramatique, la première partie de Faust est complète. Wagner reste dans son laboratoire; Valentin est mort; Marguerite est livrée à ses juges, et Méphistophelès entraîne Fausc La catastrophe prévue est arrivée, et le spectateur sait à quoi s'en. tenir sur le sort de chacun des personnages. Mais Gœthe, en s'arrètant cette fois da^ns quelques-unes des limites que lui traçait la chronique, ne voulait pas se borner à faire seulement de Faust im savant du moyen âge, qui, mécontent de sa science, s'adonne à la magie, se dévoue au diable, demande à satisfaire toutes ses passions, et meurt sous les griffes du démon qui obéissait à ses ordres dans ce monde.
L'œuvre de Goethe devait être le développement de deux grandes idées: l'une de philosophie religieuse; l'autre d'art. Et Faust est l'homme qui poursuit ces deux idées à travers leurs détours, leurs escarpemens, l'ombre qui parfois les recouvre, ou les écueils qui les traversent. Faust est le véritable
représentant de ces deux idées; seulem^it, au Eeu de les discuter méthodiquement, il les poursuit par la pratique; au lieu de parler, il a^ U donne à Ja fois la leçon et l'exemple ; il s'en va comme le navigateur qui s'élance hardiment à la mer pour vérifier lui-même les observations des voyageurs, pour explorer de nouveaux parages. Quelquefois son frêle bâtiment reçoit un rude échec; quelquefois sa présomption semble devoir l'abandonner il l'éruption d'une tempête, à la colère des vagues. Mais un instant après, l'orage s'apaise, et le navigateur reparaît fatigué encore de sa lutte, tournant voile peutêtre d'un autre côté, mais poursuivant avec la même résolution ses nobles efforts.
Dans la première partie de Faust, ces deux idées sont asses saillantes. Elles forment la base même du drame, et les faits n'arrivent que pour leur servir d'explicaâon ou de commentaire. Faust est à la fois le savant qui a poursuivi avec ardeur le cerde ordinaire des connaissances humaines, et n'en a senti que le vide et le néant; le poète qui ne peut prendre goût aux passions mesquines, aux rêves vulgaires, répandus autour de lui, et qui tend à s'élancer dans les espaces supérieurs; là, où il sa»siérait au milieu des étoiles; là, où il* pourrmt s'abreuver à la lumière du soleil. U y a en lui deux âmes qui se livrent un combat perpétuel L'une aspire sans cesse aux jouissances de la terre ; Tantre
cherche ses joies dans une sphère pins noble et plus élevée. De là, le doute; de là, les tentatives contradictoires et !e conflit des passions^ L'une de ces âmes se donnera au diable, pour pouvoir apaiser plus tôt ses désirs; l'autre protestera en secret contre ce pacte, et cherchera toujours Tètre meilleur qu'elle a rêvé. L'une suivra le diable dans ses courses aTmtureuses, tandis que l'autre le maudira le long du chemin ; l'une s'en ira au sabbat de la Walpur^ gisnachiy Vautre verra paraître, au milieu de ces figures hideuses, la douce et religieuse figure de Marguerite; l'une fera tomber la jeune fiUe dans le cachot, l'autre tentera de la sauver.
C'est la lutte du mal et du bien; la lutte du sensualisme contre les chastes idéalisations du cœur et de l'esprit; la lutte dont tout homme a plus ou moins à soufinr. On porte au dedans de soi le sentiment du bien, on veut le suivre, mais une autre nature combat en nous-mème contre ce penchant; si l'on réâste , elle résiste ; si on la dompte aujourd'hui, elle peut nous dompter à son tour une autre fois; on fait deux pas vers la bonne voie, et l'on rétrograde ensuite vers la mauvaise; on commence à se croire fort, à chanter son triomphe, et ce triomphe est l'arme même dont cette autre nature se sert pour regagner ses avantages. Ainsi, notre cœur se partage; ainsi le combat s'établit, combat pénible, douloureux, humiliant parfois, et dont le résultat le plus
ordinaire, le plus redoutable, estd'âffaiblîr nosforces, d'énerver notre volonté, de nous aveugler sur la véritable direction à suivre, et de nous rendre également inipuissans à faire le bien ou le mal. Dans un tel état de choses, le véritable mot de Ténigoie n'est pas de savoir à quels écarts nous conduira cette lutte ; mais à quoi elle aboutira, lequel des deux principes l'emportera sur Fautre , et voilà précisément le problème que l'on poursuit avec Faust
A peine Goethe avait-il achevé la première partie de son poème, qu'il se mit à travailler à la seconde; mais il ne communiqua rien de son plan, il ne laissa échapper aucune parcelle de son travail. Ses amis savaient seulement qu'il s'occupait d'achever Faust; et tout ce que l'on pouvait en rapporter d^ailleurs» c'étaient quelques mots fugitifs qui lui étaient échappés dans le cours d'une conversation intime. Je pense qu'il voulait faire comme César, jouir de ses beaux biens pendant sa vie, et les léguer à la nation après sa mort. La main qui ouvrit son testament, put Seule ouvrir ce manuscrit précieux , sur lequel tout le monde jetait les regards, ce Tagebuch poétique, où il s'en venait chaque jour déposer un fruit de ses éludes, un germe de ses profondes pensées; cette ruche de miel, pour laquelle il avait, laborieuse abeille, butiné pendant soixante ans le suc des fleurs dans les plaines embaumées de l'Italie, le long des frais ruisseaux de l'Âllenidgne et sur les montagnes» de la Grèce.
L'œuvre fut achevée dans l'été de i83i ; un an après, le poète la laissa tomber de ses mains défeillantes, et s'endormit-
On avait fait pmdant ce temps bien des conjectures sur ce qu'elle serait, et quand elle parut, le monde philosophique et littéraire , le monde des sociétés savantes, des clubs et des journaux, se jeta sur elle pour la dépecer, à sa manière, en dissertations, en articles, en critique. Un grand nombre d'Allemands, admirateurs fidèles de Gœthe, lui rendirent un hommage plus flatteur et plus vrai, en la prenant dans le silence de leur retraite, et en se laissant aller religieusement à l'impression qu'elle leur causait , sans se soumettre d'avance aux préjugés de coterie, sans songer à lire leur livre chéri avec les lunettes de Hegel ou de Kant, avec la férule des Annales de Berlin, ou des Annales de Vienne.
Après tout, l'ouvrage n'a pas excité une admiration aussi universelle que le premier Faust, et d'abord il manque d'un grand moyen de popularité; il ne peut pas être porté sur le théâtre. L'Kuteur ne J'a sans, doute pas fait ainsi sans intention. La première partie de son poème ^st écrite d'après une chronique populaire : elle renferme tout ce qui doit intéresser un public même peu éclairé; des scènes comiques, des situations pénibles, des événemens et du drame. Le peuple devait l'accueillir et la comprendre au moins en partie, car c'était une phase
de Vexistence de Faust, tenant à la fois k 9e& niables conceptiona et au monde vulgaire. L'autre, au contraire, laisse là dédaigneusement tout ce qui peut émouvoir un parterre; tout ce qui parle k intelligence des masses, pour s'en aller avec sas ailes capricieuses dans des régions lointaines, dans une sphère de poésie, où les regards de la loule ne aao* raient l'atteindre. Pour la première partie, le poète a cédé encore qudquefois à ce que le directeur du théâtre demande dans le prologue; il s'est décidé k toucher terre, et à faire mouvoir des personneg^ , comme il en iaut, pour amener le publie dans la caisse. Pour la seconde , il s'est livré complètement à ce génie qui devait l'emporter à travers des e^cei nouveauic; loin du travail mécanique auquel on voulait l'astreindre ; loin du bruit des coulisses et de l'arrangement d'une décoration factice.
La première partie de Faust est plus nerveuse, plus compacte. C'est une œuvre où l'on sent toute la chaleur de la jeunesse, ums les mouvemens d'une ame ardente, qui s'abandonne sans restriction à sa spontanéité, à ses élans impétueux, à sa passion. C'est l'arbre dans toute sa sève, qui s'échauffe ai» rayons ardens du soleil , et jette sur chacun des ra* meaux des fLmrs et des bourgeons.
L'autre est plus calme , plus réfléchie. On y saut la main de l'homme qui a amassé, et qui dispose sagement les fruits de son labeur. L'iaspiration n'a
( aaS )
{dus cette £bag^e orageuse des temps passés : die se rqtoie et coule doucement , comme une rivière , par Tagoes pures et argentées; ici, s'arrondissant en Jac^ là, se déroulant comme un ruban, et le long, de sa route réfléchissant dans son frais cristal les tantes bleues du ciel , les feuillages verts de la plaine. Gt puisque nous avons comparé la première aux fleurs de fêté, nous pouvons comparer celle-ci au fruit mûr, au fruit doré de tous les côtés par la lente suecesdon des beaux jours, et im^^égné en dedans des sucs les plus doux , les plus savoureux. Malgré mon admiration pour cette dernière csuvre de Gœtiie, comme pour toutes les œuvres de Goethe, je ne puis cependant m'empècher dédire qu'il s'y trouve des parties décousues, des images jetées en profusion , qui par leur luxe même nuisent à l'effet simple et harmonieux de l'ensemble. On dirait que le poète a mis à la suite l'un de l'autre cette longue ligne de gracieux tableaux qu'il avait peints, sans s'inquiéter toujours très-scrupuleusement s'il les mettait bien à leur place. C'est le défaut presque inévitable d'un travail qui n'a pas été conçu d'un seu^ jet, mais qui s'est fait lentement, par pièces successives, par parcelles, et où l'artiste^ dans sa richesse de matériaux , ne s'est quelquefois pas aperçu qu'il mettait encore de l'or ou de l'argent là où il en avait déjà mis.
Une antre chose qui , aux yeux de beaucoup de
personnes, doit nuire à ce poème, c'est rallégorie. Si grande, si belle qu'elle soit, l'allégorie porte toujours avec elle un caractère de froideur, si ce n'est de monotonie. Dans le travail d'esprit qui a iîeu pour en soulever le voile , pour en expliquer la signification, l'enthousiasme, qui n'entre guère en société avec l'argument didactique, court grand , risque de prendre la fuite; et nous sommes tout étonnés de trouver à la place d'un tableau, d'une statue, qui devrait nous émouvoir, nous entniner, une froide image qui nous (ait disserter et réflédiîr. Dans la plastique, l'allégorie doit être admise; car il est parfois presque impossible de représenter les passions, les sentimens de l'ame, les douleurs et les joies de la vie, autrement que par des figures emblématiques. Mais dans la poésie, qui peut dire tout ce qu'elle veut, et comme elle le veut^ l'allégorie n'est le plus souvent qu'un mauvais jeu d'esprit, le bouclier de la satire, ou le masque trop léger de la flatterie.
L'œuvre de Goethe est donc fondée en grande partie sur une allégorie; mais une allégorie puissante, élevée, digne du poète qui la conçue, et du large plan dans lequel elle devait entrer.
Dans la seconde phase de son existence, autrement dit dans la seconde partie du poème, Faust change de direction. Il est encore dans le moyen âge, mais danS le moyen âge avec ses princes et ses
(aaS)
empereurs; avee le conronnemeiit de la reine, ei lés mœurs chevaleresques et guerrières, et les fêtes s|diœdides de la cour. Puis, lorsque cette peinture est finie, une autre arrive pour l'emporter dans tm monde qu'il ignore encore, ei lui^Êiire connaître,^ comme il Ta demandé à Méphistophelès , la vie humaine sous toutes ses faces.
Le hon famulus Wagner, à force de dérouler, comme il le dit, de vieux livres et de vieux parcheixBms, de tenter de nouvelles expériences, est parvenu avec des composés chimiques, dont nous ne savons malheureusement pas le secret, à former un homme qui a la vie, l'intelligence, la parole; bref, un autre enfant de Prométhée. Kt cet hc^nme, cet enfant de Ja science, cet Homunculus, comme le poète le baptise, est celui qui conduit Méphis* tophelès et Faust à travers les contrées de la Grèce. Ici, le diable cède au travail obstiné de l'homme; le diable est obligé de prendre pour guide l'être auquel la science a donné le jour. Cest déjà un progrès.
Puis, voici que l'antiquité avec sa grandeur se déroule en face du moyen âge. Le poète éveille d'un coup de baguette ce monde qui dort sous l'aile pesante des siècles; et voici que les plaines, les montagnes, les fleuves, étonnés, reprennent leurs dieux et leurs déesses. Voici pour pendant à la îValpungisnachi du quinzième siècle, la classique Walpur-
gisnachiy avec ses sy rênes, ses faïuies, ses griffons et ses pygmées. C'est la Grèce , la noble fille des arts, qui ôte le voile* à ses statues, qui fait revivre son histoire et sa mjtholo^. Phébus se lève à l'horizon , et conduit d^une maia ferme ses coursiers impétueux. L'Olympe cache son front dans les nuages, et porte avec orgueil le trône de Jupiter qui , d'un signe de tête, peut ébranler le monde. La source de THélicon flatte encore de son doux raunnore l'oreille avide du poète. Ici, les sy rênes chantent; là, le sphinx propose ses énigmes. Les nymphes, avec leur couronne de joncs ^ dansent au milieu du cristal pur des flots. Le vieux Philémon, rhomme fidèle aux lois de l'hospitalité , prépare, avec sa femme Baudsy la table rustique pour, les voyageurs. Chiron raconte l'éducation* d'Achille. Les Parques tournent leur fatal fuseau. Les philosophes s'en vont avec leur démarche grave et leur parole majestueuse , dissertant de la nature de l'Etre suprême et des élémeni Un jour, devant l'empereur Maximilien,Fansta fait apparaître, par la puissance de son art magique, la belle image d'Hélène, et il en est devenu amoureux, et il la cherche avec ardeur, il la demande aux nymphes des bois et des estux; celles-ci le renvoient de contrée en contrée, d'âge en âge. N'est-ce pas là le type du beau dans les arts; le type dont le poète a entrevu l'idée confiise, et qu'il poursuit le long de sa route à travers les chefs - d'œuvre de» hommes.
et les merveilles que le monde admire? Ponr le trouver» il ne &ut pas qu'il s'arrête à ce qui a d'abord firappé ses regards , à ce qui le touche ou Tenvironne. U £mt qu'il s'en aille plus loin » qu'il remonté jusqu'à la source primitive de ce beau idéal; jusqu'à ' la nature » notre premier maître et notre premier modèle.
Pendant ce temps, Hélène s'avance de son coté, avec sa noble douleur, avec son front auguste, avec le chœur qui l'environne et chante en raccompagnant Oh 1 il &ut voir cette procession solennelle des temps anciens vers les temps modernes; il fiiut lire les chants de ce chœur, qui a toute la majesté, tout l'ensemble des chœurs d'Eschyle. Tout à coup le palais somptueux de Ménélas se transforme : ce ne sont plus de hautes colonnes doriques, un ordre sim[de et régulier; c'est le château gothique, le pontlevis et les créneaux, et le gardien qui veille audessus de la tour, et doit annoncer avec le cor l'approche des étrangers. Mais cette fois il a manqué à son devoir, car la beauté de l'épouse de Ménélas Ta ébloui.
Hélène et Faust se rencontrent, s'embrassent, et de cet embrassement naît Euphorion. Les critiques allemands ont cru reconnaître là une personnification de Byron'. Je crois que l'on pourrait aussi
i F. Hom, Feuilles de conversation littéraires. Leipzig, Avril i834. — Weisse, Annales de Berlin, Mai i834.
traduire cette idée d^une autre manière : prendre Euphorion comme remblême de la poésie produite par les idées de l'art antique et par les idées du moven âge. A peine a-t-il reçu le jour, qu'il veut vivre en Kberté. Il échappe au;x avertissemens que lui donnent ses parens. Il saute à travers les fleuves du vallon, à travers les bosquets, et chante; et les jeunes filles qui accompagnent Hélène, répondent à ses chants. Mais sa hardiesse s'augmente, il veut prendre un vol plus élevé, il s'élance dans les airs, et retombe mort; et les personnages du chœur s'écrient en ramassant sa lyre et son manteau : c'est le nouvel Icare !
Ainsi a fait la poésie du moyen âge, si naïve et gracieuse dans son enfance, si belle à voir dans son premier essor, et qui retombe quand elle veut outrepasser ses forces, quand elle quitte les fleurs de la prairie, les grottes fraîches où elle est née, les tendres baisers qui lui ont donné la vie, pour s'élever dans une autre région, où ne peut plus la soutenir son aile légère et diaphane, son aile que le souffle pur d'une bouche de femme peut faire frémir, mais qu'un coup de vent devait briser. Elle retombe mone, et ne nous laisse que le manteau qui la protégeait, le manteau des rendez-vous galans et des toumeis, des jours de fête et des Puys d'amour, et sa lyre, instrument harmonieux, sur laquelle sa main a (ait vibrer tant de religieuses ballades , mais dont la nôtre
ne peut se servir, parce qu'il y manque pour nous une corde ; celle de k foi.
Un peu après, Hélène s'évanouit aussi , et ne laisse à Faust que son voile et son vêtement Et n'est-ce pas ainsi que la poésie antique s'en est allée pour nous? Ia base sur laquelle elle s'appuyait, l'esprit qui ranimait, ne peuvent plus convenir à notre nouvelle société, à nos mœurs, à notre religion. Mais elle nous lègue encore le voile, sous lequel elle cache chastement la nudité de ses coûtours; elle nous lègue sa forme si pure , si gracieuse ; sa forme d'art, calquée sur les harmonies et la grâce même de la nature.
Faust retourne alors dans le moyen âge, car à l'époque où il vit, le moyen âge se mêle familière* ment à l'antiquité. Les héros de la guerre de Troiç «dtmit dans les récits des croisades; la bravoure d'Achille ou d'Hector ne fait pas honte à celle de Roland, ou du roi Arthur. Et madame Hélène ne craint pas de venir s'asseoir auprès de la belle Magudonne. La science conduit les poêles dans le monde ancien « et leur naive imagination rapproche les distances. U existe à Berlin et à Strasbourg un célèbre poème, manusmt, sur la guerre de Troie, avec des dessins coloriés, où les héros sont représentés combalUnt avec la visière, les gantelets de fer, «i le bouclier porlaiU les armoiries de leur noble maison. . %
Ainsi Eamt redescend dans le camp de Tompereur, se mêle à ses guerriers, prend part à la bataille qui se livre. Ses efforts ont suivi unç meilleure direction, sa vie s'est purifiée par les souffrances, son cœur s*est ennobli par sa lutte constante contre le mal, par sa tendance vers le bien. S'il a fiôlli, par la iàiblesse de sa nature, il y a toujoi/rs eu au dedans de lui-même un retentissement douloureux de cette chute, un repentir dans ses enreors, un cri de remords dan$ ses fautes. Et quand il meurt, Méphistophelès veut s'emparer de son ame, mais les anges viennent la lui enlever. Le corps,* ou la mauvaise partie de Faust reste sur la terre, l'ame s'en va vers le ciel. Alors arrive ce chant de haute philosophie, ce chant qui réunit le ciel et la terre, ce chœur miséricordieux des anges, qui s'en vient prendre la défense de Thomme, le diable lui-même qui se sent attendri à leur voix, qui se réconcilie avec le ciel, les saintes pénitentes, et Marguerite en tète, qui implorent la clémence de la Vierge pour Faust, et cette ame d*une nature noble, mais trop présomptueuse et trop faible, cette ame qui n'a pas accompli sans péché son long pèlerinage, mais qui a toujours gravité vers un but meilleor, et qui, après s'être baignée dans ks larmes de la douleur, revient au sein de Dieu d^où elle est émanée.
Nous devons, pour en donner une idée , si incomplète, si fausse même qu'elle soit, citer en entier
ce morceau. Mais nous la regardons comme à peu près impossible à traduire; non -seulement parce que dans une traduction ^ et surtout une traduction en prose, la musique de la langue, des vers et du rjthme de l'original, disparaît complètement i mais parce que GœLhe, ordinairement si clair, en s'abandonnant cette fois à un ordre d'idées purement métaphysiques, a pris des tournures de phrases étranges, trouvé de nouvelles significations, inventé de nouveaux mots. Et, en le translatant aussi littéralement que possible en français, on n'aura non -seulement pas rendu les beautés de ce dithyrambe, on n'aura peut-être pas même pénétré fidèlement la pensée de l'auteur.
MEFUiCTOPHELÉs (^deboui datant le corps de Faust).
Le corps est là couché, l'esprit veut fuir, mais je lui présente sur-le-champ l'obligation signée avec du sang. Malheureusement aujotird'hui on a tant de moyens d'enlever les âmes an diable. Sur la vieille route on se heurte, sur la nouvelle nous ne sommes pas bien recommandés ; autrement j'eusse pu faire la besogne tout seul, tandis qu'il me faut appeler des aides à mon secours.
Et c'est ainsi qu il en va mal pour toutes choses. On ne peut plus compter sur la coutume, ce vieux droit, on ne peut plus se fier â rien. Autrefois à peine le dernier soupir élait-il rendu, fêtais là aux aguets de famé comme une adroite souris, et crac! en moins d'une seconde je la tenais sevrée entre mes griffes. Maintenant elle s'arrête,
retarde, elle ne veut plus quitter la hideuse prison do
corps. U faut attendre que les élémens qui se* haïssent la
chassent honteusement dehors. Et quand je me suis bien
touimenté des heures et des jours entiers, il faut encore
m'adresser ces maudites questions: quand? comment?
ou? La vieille mort a perdu sa promptitude. Le si est
depuis long -temps chose douteuse. Souvent je me suis
réjoui de voir des membres raides , ils ne l'étaient qu'en
apparence; un instant après ils se remuaient, ils vivaient
de nouveau.
{Divers gestes de conjuratiotk)
Allons, vite, hâtez-vous, seigneurs aux cornes tordues. Diables de la vieille roche, apportez les vengeances de Fenfer. L*enfer a bien des genres de vengeance â son service, pour les gens de naissance et les grands-dignitaires, mais c'est là notre dernière démonstration, et àr&c le temps on finira aussi par n'y plus penser.
(^La gueule de F enfer s'ombre à gauclie,)
Notre troupe hurle; le torrent de feu gronde et boniilonne dans l'abime. Â travers les vapeurs épaisses je vois reluire notre éternelle ville de flammes. Les brandons rouges s'élèvent jusqu'à la bouche des damnés qui, comptant toujours se sauver, nagent là au milieu. Mais notre hjène colossale les écrase, et ils recommencent leur route brûlante. Dans le coin il y a beaucoup à découvrir. Un spectacle épouvantable dans un petit espace ! Vous bites très-bien d'efirayer les pécheurs, ils prennent tout cela pourtant pour un mensonge , une illusion, un rêve.
(^lur diables aux courtes cornes:^
Âlknis, coqmns., qui vous êtes engraissés An sùùke de TenfeTy vous que j aperçois là avec vos joues enluminées, tètes inflexibles, voici une petite ame, une Psyclié avec ses aile& Urez-la dehors, c'est un mauvais vers. Je veux la sceller de mon sceau, et alors emportez-la dans les tourbillons de feu. Conduisez-la dans les régions souterraines, c'est là votre devoir. Que s'il lui plaît d'y demeurer, c'est ce qu'on ne sait pas au juste. Mais elle reste volontiers dans son ancienne prison. Prenez garde qu elle ne vous
échappe.
(^Aux diables aux longues cornes:)
Et vous, géans ailés, sauteurs agiles, élancez-vous dans Tair, veillez le bras en avant et la griffe tendue, afin de la prendre au passage quand elle voudra s'enfuir. Elle n'est pas en sâreté ici, et bientôt elle s'élancera en haut
l'abmee CELESTE (à droite des Gloires).
Enfans du ciel , envoyés de Dieu , suivez votre course légère; pardonner les péchés ^ animer la poussière, montrer un signe ami à toutes les natures, voilà ce que nous devons faire, voilà pourquoi nous prenons notre essor.
Mâ>iasTora£L£s.
J'entends des sons criards , des voix méchantes qui me viennent d'en haut. Ce sont ces mauvaises figures de petite fille, comme les dévots les aiment. Vous savez corn* ment, dans des heures maudites, nom méditions la ruine de la race humaine; ce que nous avons inventé de phis mauTais est justement bien pour, leur dévotion. * Les void qui vienneat, ces fourbes, ces hypocrites. Ils nous en ont
^ji attrapé jba d'one. Ils nous battent avec nos propres annes; ce sont aussi des diables, mais des diaUes encapu* cbonnés. Ce serait pourtant une honte étemelle pour nôu de perdre la partie dans cette occasion. Approchez di tombeau, et tenez-vous fermes au bord.
tE CHŒua DES ANGES {répandant des roses). Roses qui répandez un doux parfum, petites brancbes vivantes et flottantes, petits boutons épanouis, allez, allez encore fleurir. Que le printemps renaisse', que la rerdure et la pourpre fassent un paradis à celui qui repose ici!
MEPHISTOPUELÈS {OUX diobUs),
Que faites-vous donc là â baisser la tète et â regarder en dessous? Est-ce ainsi que se comporte Tenfer? Qae * chacun de vous, coquins, reste à sa place et laissez-Ies venir. Ils pensent pouvoir nous recouvrir de leurs petites fleurs, mais elles se fondent et disparaissent i votre haleine. Soufflez donc Assez, assez. La troupe entière
pâlit devant une telle vapeur. Pas si fort Fermez le nés et la bouche; en vérité, vous avez soufflé trop fort Ne . pouvez-vous donc jamais vous en tenir à la juste mesure? La chaleur s'augmente, je vois des flammes claires qni ondoient; appuyez- vous l'un contre l'autre; résistez tous ensemble. {^La force tombe, le courage est loin, les diables sentent une chaleur caressante, étrangère,)
LES ANGES
Les coeofs heureoz fleurissent , les cœurs joyeux s'en* flamment, répandant l'amour, préparant des déiices. Aux troupes éternelles, les paroles vraies, la clarté dans l'air et le jour partout
BDÉPHISTOPHEIiiS.
Honte! malédiction sur de telles brutes, voîlâ mes dîablês qui partent et se précipitent en tumulte dans Tenfer. Paissiez- vous tronyer le bain cbaud que vous ayez mérité! Pour moi» je demeure à ma place.
(// repousse les roses qui tombent autour de lui,)
Loin d*id feu follet! Ne jette pas ta lumière si haut. Tu n es rien si Ton te saisit. Pourquoi voltiges- tu .î^ Vat*ei^ Ah ! il s'attache comme de la poix et du soufre à mon cou.
LES AUGES
Ce qui n'est pas pour vous il faut Téviter, ce qui trouble votre intérieur il ne faut pas le souffrir. Là oii nous tronrons de la résistance nous devons être forts; Famour conduit seulement ceux qui aiment.
UÉPUISTOPHELÉS.
Le cœur, la tète, la poitrine me brûlent Cest nn terrible élément, pins pénétrant encore que le feu de Tenfer. Voîli pourquoi vons souffrez tant, pauvres amonreux, qui vous en allez le cou tendu épier rapproche de votre bienaûnée. Et moi aussi ? Qui donc me fait tourner la tète de ce côté? Je suis pourtant en guerre ouverte avec cette race d^èfres, et leur aspect me causait autrefois tant de colère ! Quel pouvoir âranger m'a vaincu? Je les regarde avec plaisir, ces beaux petits enfans, et je ne sais ce qui m'empêche à présent de les maudire.*^ Mais si |e me laisse ainsi troubler, qui de nous désormais s'appdlera, le fou? Ces amges ^e je hais, ils me semblent pourtant si bons !
Oh! dites-moi, beaux enfans, nètes^vons pas de la race de Lucifer ? Vous êtes si jolis que je pourrais vous eiobrasser. Eu vérité, vous faites bien de venir, c est pour moi une apparition aussi naturelle que si je rons avais déjà vus des milliers de fois. J'éprouve en secret de si doux désirs, et votre visage devient toujours plus beau. O ap- 'prochez-vous ! ô donnez-moi un regard!
LES ANGES
Nous approchons, pourquoi te retires-tu? Noos vorci, demeure si tu peux.
{Les anges erwahissent tout F espace.)
M^HiSTOPHELES (resserré sur Veu^rUrscène),
Vous nous faites des reproches â nous autres esprits damnés, et vous êtes les vrais maîtres en sorcellerie; car vous séduisez Thomme et la femme. Quelle maudite aventure! Est-ce donc là l'élément de Tamour? Tout mon corps est en feu et je sens à peine que le cou me brûle. Vous voltigez ici et là , descendez donc un instant, donna à vos membres gracieux un mouvement plus humain En vérité, Fair sérieux vous sied très-bien, mais je voudrais tant vous voir une fois sourire! Ce serait pour moi un ravissement étemel. Je pense que vous devez sourire comme les amoureux qui se regardent, avec un petit trait auprès de la bouche. Et toi, grand garçon, tu es encore celui que je me plais le mieux à voir. La mine hjpocrite ne peut pas te convenir, ainsi regarde-moi un peu plus galment Vous pourriez bien aussi voyager très-eonvena' biement tout nus. La chemise aux longs plis est pour vous
par trop morale. — lis s'éloignent. — Je les regarde d'en bas. — Ces coquins -là sont pourtant trop àppétissans.