PRÉFACE
G41TU naquîl dans la irîlle où l'on oouroanaît les Céttm, à FramofinrUnii^Meiii, le 38 Août 1749; U nous a dit hiHDéme aous quelle étoitet et si jaipais l'aatroiogîe eut raiaoD, c'est quand elle lui aooorda un horoscope de bonheur. Le génie le dota de ses dons; la fixtnne le prit dans ses bras : cette ibis la fortune et le génie senibbient s'être récpocUîés; GiBthe deyait (aire cicq>tîon à l'histoire de tous lea grands hoaunes, de tous les grands poètes doués d*une intelligenoe supérieure et maltraitéa par le ^sort U ftit Thoasme priTil^gpé , rhosune heureux de son siède; sa rie se passa riche d'étur des, pleine de firuita , et l'atmosphère poétique qui TenTironnait parut la présenrer des <fa>uleurs journalières qui atteignent le Tulgaire. Il naquit fils d'n conseiller impérial de Franefort; il s'endormit ministre de Weimar; jeune, il n'aspirait qu'à se frire un nom aussi illustre que celui de Gdlert et
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de Hs^gedom; mais une fois qu'il se fut mis en route y il laissa bien loin en arrière de lui ceux qui avaient d'abord tenté son ambition; il marcha d'un pas de géant à la tète de son siècle , et ne s'arrêta que devant la postérité.
La littérature allemande secouait déjà ses ailes , et tentait de prendre un nouvel essor; mais il devait venir lui-même pour rompre les barri&« qu'on lui opposait , et le finire comme l'alouette , dianter au haut des airs. Le génie lui donnait son inspiraticm , la nature lui ouvrait ses trésors , les drconstances vinrent encore le fovoriser, et lui former Tune après l'autre, comme autant d'échelons à Tiude desquels il gravit aux plus hautes sommités de l'art et de la science.
Je n'ai jamais lu cet admirable ouvrage qu'il a écrit sous le titre de : Vérité et poésie {Dichiung unâ WaktheU) , et où il raconte lui-mèine sa vie avec tant de gi4ice et de naxvetéi sans remarquer comme l'époque où il vint au monde , les événe^ mens auxquels il assista , les études qu'il fit , tout enfin semblait être disposé par ime main mystérieuse pour le conduire graduellemeni là où il devait aller.
Et voyeas , à le {urendre d'abord dans l'intérieur
de sa Cunille , qiltl tableau pittoresque se dérouk autour de lui. C'est d'abord sou grand-père » membre de la baute magistrature, graye dignitaire , dont la figure yénérable d<Mt lui rester comme un soutenir des TÎeux temps et une belle page d'bistoire; c'est son père, homme pose, ferme et méthodique, qui lui foit suivre un cours d'études sérieuses , et Teut le yoir mettre la dernière main' à tout ce qu'il entreprend (i) ; c'est sa mère, .douce, bonne et indulgente femme, qui n'a pour lui que de tendres conseils et des caresses; sa sœur, enfant ^irituel et espiègle, d'abord compagne assidue.de ses jeux, plus tard confidente de ses rèyes et de ses trayaux. Puis , tout autour de lui , Toici des collections d'objets précieux, des antiques et des tableaux; l'enbnt se réyeille au milieu des œuyres d'art, et son intdUigence s'ouyre aux récits que San père lui fait de la belle Italie et des morveill^ de son sol et de ses musées; aux yisites des artistes, aux entreliens des litléhiteurs et des aayansL U est encore tout jeune , que le tremblement de terre de Lisbonne arriye comme un coup de foudre pour réyeiller son imagination ; ensuite le couronnement de l'empereur, qui se déroule deyant lui ayec ses saintes coutumes, ayec son or et ses
draperies, tes dianu de ISte et ses eaynIcMles^ oonmie an poème des Mmnèsànger. Puis yieot la guerre, cette guerre de sept ans, » effi^yante i soti approche , si grande dans, aes iiésultata; cetlie guerre dotit tout le monde se désole, et qur lui amène , à lui , par un bonheur siipgulier , un Fran«çais , pom^ lui donner le godt de notre littérature et de notre fauogue , et des peintres distkigàés.pour amis. Unie fois la carrière ouverte, une fois Tespace abandonné à sa fantaisie , le jeune honune prend Tessor, et qui sait où il s'anrétera? Qui sait a corn'»' hkia de tentatives dÎTerses , i combien de scîenôçs cette ame s'attachera , à quels rayons de soleil cette imagination de poète ira se oolorer; à quelles fleuta elle ira emprunter son^ miel 1 A Francfort , obser^ Tateur curieux de tout ce qui se passe; à Leipa^ poète, à Dresde artiste , il s'en vaà Strasboui^ trm au milieu d'une société déjeunes médecins, étudier la chimie , faire sa belle idylle d'ansoUr aTec Frede» rika, rêver, au haut du Munster, la première idée de son G<etz de Berliehingen et de son Faust , et voir poindre les premières lueurs de la rérolutimi française. Puis il revient à Francfort, non plus en^ faut , non plus jeune homme comme noua 1>vo«b vu , mais avec une 'expérience anticipée , avec un
esprii ferme et tiÊaibh, aëneui et bfîDaiity qui peut passer sans peine d'une quesU<m de juiispru* denee à Teiainai d'un tableau ; avec une amé ardente, qui porte un monde au dedans d'eUe^mème et souffre les soufErances de Werther.
Ohl e'est une dâidense dioae de surrre dans ses Tariations et ises développemens oette niAune si firalehe , si yiiFe y si ande de nourdles émotions et de nouTdles oonnaissanees ; cette nature qui s'ouTre à toutes les impressions du monde extérieur, et qui, eomme une plante bien organisée, profite Clément des rayons de soleil , des gouttes de rosée, du Tent çpii Teffleure et du repos de k nuit. Aucun homme peut-être n'a été .doué d'une force d'objectirité (*) aussi grande que G<Bthe; aucun homme n'a, ocname lui, Técu dans son siècle, aoulEert avec son siècle et respiré avec son siècle , tout tti le dominante). Là ou les événemens ont lait impression , il est Tenu comme un autre Michel* Ange , et leur a âevé de sa main puissante un monument immortel. Là où l'art s'arrêtait, il est accouru pour lui d<mner une nouvelle impulsion; li où un besoin se faisait sentir , il l'a rempli ; là où le chemin littéraire s'arrêtait brusquement, il Ta continué. Il a repris la critique do Lessing , les
théories de Winkelmàiin ^ là poésie de Klopstock ,
et lès a lancées dans une vaste arène où jamais ces
grands hommes n'étaient, parvenus. Son époque souffrait d*une maladie morale ; maladie de crainte , de fatigue , de découragement , et il a fait Werther. Le moyen Age avec ses naïves couleurs souriait aux temps modernes , comme un rayon de soleil à travers les vieux vitraux, et il a fait Go^ de Berlichingen. La philosophie avec tous ses mystères , avec son coup d'œil qui veut passer du cœur de Thomme à la nature de Dieu, avec son vaste cercle qui cm* brasse toutes les sciences , avec son labyrinthe qui se perd dans les profondeurs de l'astrologie , la philosophie le prend comme son poète , et il écrit Faust. Et lorsqu'il a assez vu sa vieille Allemagne , il monte sur les ailes puissantes de son imagination et s*ea va visiter les terres étrangères. Il embrasse la Grèce dans Iphigéoie , l'Italie dans le Tasse , les Pays-Bas dans EgmonL Rome le voit explorer la cendre de ses tombeaux , et le Righi le porte fière* ment sur ses épaules de neige.
 mesure qu'il avance dans la vie, il agrandit soit domaine , il élargit son cercle. Il ressemble à l'arbre vigoureux qui jelle en tout sens ses vastes rameaux , qui tient à la terre par ses fortes racines ,
et au ciel par son vert sommet. Alors science , art; poésie, drame, histoire, antiquités, tout lufappar* tient. Alors il est le roi des régions littéraires dont il a dévoilé l'étendue , comme Colomb l'eût été de r Amérique, si, au lieu de sa royauté, il n'avait pas reçu des fers. Alors Weimar , cette petite capitale d'un petit duché , est devenue la première ville de l'Allemagne , et de toutes parts arrivent philosophes et poètes , artistes et critiques , pour honorer, comme les mages, le souverain qui leur est né (4). Gœthe est le roi de cette littérature du dixhuitième siècle (^), et regardez, il a toute la majesté d'un Toi. Sa démarche est grave , son front se lève avec dignité, ses paroles sont brèves, mais fortes et imposantes , et quand il parle de lui , il dit : nous. Les années se succèdent, et chacune d'elles ne bit que lui apporter de nouveaux fruits. L'âge lui blanchit les cheveux , mais ne lui vieillit -pas le cœur. A soixante-quinze ans il aime encore une jeune flile, et il lui adresse des vers aussi frais, aussi richement colorés qu'il eût pu le faire étudiant de Leipzig. Puis la mort vient lui dire qu'il faut partir; il s'assied, pour l'attendre, dans son large fauteuil; sa vue s'obscurcit, son regard se trouble. — Plus de lumière! s'écrie- 1- il, plus de
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lumière! {Meht Licht! Mehr Licht!) et il tombe douœmenl comme un beau soleil d'été qui se cache demère bi montagne.
Qui pourrait dépeindre la Ténération quo TÂlIe-
magne garde pour Gœthe^ et le respisct avec lequel
on parle de lui ou de ses ouvrages^ Déjà de son tanps M."* de Staël disait qu'il n'aurait pas écrit l'adresse d'une lettre f sans que ses fervens admirateurs n'y cherchassent des traces de génie. Et maintenant qu'il est mort , combien de pieux sou-* venirs n'a«t-il pas laissés après lui ! Combien de pèlerinages à son tombeau comme à une autre Mecque ! G)mbien d'Allemands ne connais- je pas qui sont si fiers d'avoir quelque chose de lui, une ligne, un mot, un souvenir ! Et croyez^Tous^ mon cher docteur Wagner, que j'oublie jamais nos te^ ligieux toast portés avec cette coupe de vermeil que Gœthe vous dcmna pour récompense de vos tercines , comme les chevaliers du moyen &ge donnaient leur coupe pour récompense a la ballade du Meistersànger.
On a déjà beaucoup écrit sur Gosthe; on a recueilli toutes ses lettres , tous les fragmens échappés de sa plume, toutes les particularités de sa vie, pou^ en composer des volumes» On a tenu sur son
Faust un cours public , comme Boccace en tenait un sur la Divina comedia. Maint libraire a voulu Tiyre de Gœthe» maint homme de lettres s'est mis à la tâche pour yiyre aussi de Gœthe. Les œuTres de l'homme de g^nie ressemblent à ces grands châteaux , que les paysans de la yaliée Tont démolir pierre par pierre pour se bâtir à chacun leur petite hutte. Combien d'éditions de Shakespeare ^ depuis celle des Managers du Globe jusqu'à celle de Galigoani! Combien de commentateurs depuis l' Allemagne jusqu'à l'Angleterre; depuis son contemporain fien-Johnson jusqu'à son grand admirateur L. Tiédi I N'en sera4^il pas de même de Gœthe? Les éditeurs y journalistes, critiques , poètes, partisans enthousiastes , adversaires opiniâtres , tant de gens qui ne peuvent se frayer leur chemin sans l'aide d'un autre; tant de pauvres oiseaux qui doivent vivre des gr&ins de blé que répand la main du riche laboureur ; tant d'hommes qui ont besoin de critiquer ou de louer, d'imprimer ou d'écrire, ne viendront-ils pas se bâtir leur petite hutte sur le terrain de G<sthe ?' Qu'on me pardonne donc aussi de vouloir y construire la mienne , qui sera si humble et si petite qu'elle ne pourra faire «ivie à personne. (^