‹ Études sur GoetheChapitre 4 sur 44 · RENÉ · texte numérisé non relu

RENÉ

La terre. où fav^U été élevé se trouvait $ut

route. Quand j*aperçus les bois où j*avais passé les seuls momens heij|reux de ma via^ je ue pus retenir mes larmes, et il me fut impossible de résister à la tentation de Içur dire un dernier adieu.

Mon frère aîné avait vendu l'héritage paternel, et le nouveau propriétaire ne lliabitait pas. J'arrivai au château par la longue avenue de sapins; je traversai à pied les cours désertes; je m'arrêtai à regarder l^s fenêtres fermées ou demi -brisées, le chardon qui croissait an pied des murs /les feuilles qui jonchaient le senil des portes, et ce perron solitaire où j'avais vu si souvent mon pèr^ et ses fidèles serviteurs. Les' marches étaiient déjà cou^ vertes de mousse; le violier jaune croissait entre leurs pierres déjointes et tremblantes. Un gardien inamnu m'ouvrit brusquement les portes. J'hésitais à franchir le s^uili cet homme s'écria : «£h bien! allez -vous faire comme cette étrangère qui vint ici il j a quelques jours ? Quand ce fut pour entrer, elle s'évanouit^ et je fus oblige de la réporter à sa voiture. '' Il me fut aisé de reconnaître X étrangère q^i , comme moi , était venue chercher dans ces lieux des pleurs et des souvenirs.

Couvrant un moment mes yeux de mon mouchoir, f entrai sous le toit de mes ancêtres. Je parcourus les appartemens sonores où l'on n'entendait que le bruit de mes* pas. Les chambres étaient à peine éclairées par la faible lumière qui pénétrait entre les volets fermés; je visitai

(>9) ceUe où ma mère avait perdu la vie en me mettant an monde; celle où se retirait mon père, celle où f avais dormi dans mon' berceau ; celle enfin où Famitië avait reçu mes premiers vœux dans le sein dune sœur. Par« tout les salles étaient détendues, et Faraignée filait sa toile dans les couches abandonnées. Je sortis précipitamment de ces lieux, je m'en éloignai à grands pas sans oser tourner la tète. Qu'ils sont doux, mais qu ils sont rapides les momens que les frères et les sœurs passent dans leurs jeunes années , réunis sous Taile de leurs vieux parens ! La famille de l'homme n'est que d'un jour; le souffles de-

Dieu la disperse comme une fumée. Â peine le fils con* oait-il le père, le père le fils, le frère la sœur, la sœur le frètel Le chêne voit germer ses glands autour de lui ; il n'en est pas ainsi des enfans des hommes !

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