‹ Études sur GoetheChapitre 42 sur 44 · LA VIOLETTE · texte numérisé non relu

LA VIOLETTE

^ L» TÎolette^ au sein de la prairie^

Fleurissait triste^ ignorée i Fëcart} Un matiii vient la bergère {olie^ Qui, sana fêter sur elle un seul iregatd^ > MormuiiD sa chanson chérie Et ê^épje et court au hasard.

Hélas 1 ae dit la panne violette, I^Hifquoi ne paia>]e être an moins i présent L'une des fleurs qu'on cherche aux jours de fête, Pour arrêter cet être indiffèrent.

Et sur son sein, ou sur sa tête Me reposer un seul instant?

Hélas! h^las! la bei^gère cruelle Ne songe point à ces humbles couleurs.

Et sans la voir brise la fleur fidèle Qui tombe, et chante et dit dans ser donleais : Oh oui! c^est vrai, je meurs par elle; Mais c^est à ses pieds que je meurs.

Les EHégies sont imprégnées profondément dn caractère ttitique. Gœthe n'y copie point sans cesse, comme les poètes qui l'ont précédé, les termes mytholo^ques; mais il leur donne ce repos, cette m»jesté, ces formes pures et karmonienses, que nous retrouvons dans les anciens classiques. Cest l'élégie Yraiment plastique , avec son visage où se peint ime douce mélancolie, ses boucles de cheveux négligemment éparses sur le cou, sa tête qui se penche vers la terre. C'est quelquefois ausd Félégie toidre

et amoureuse, parfois un peu nue, comme Properéê l'exprime, comme Tibulle la soupire; jet quazid Gcethe y mêle le nom de Rome, et les riantes images du ciel d'Italie, on peut sans peine se laisser en* traîner à cette magie qu'il exerce, et se croire en* core au temps de la belle latinité, au temps d'Auguste. Ces élégies, mises à c6té des soi-disant élèves classiques que Ton écrivait en Allemaye un âèoie plus t6t, sont comme son Ipbigénie auprès des scidisant tragédies antiques. Et je ne sais dans les temps modernes qu'un ouvrage digne d'entrer en comparaison avec elles, ce sont les belles et douces élèves de notre Audré Chénier. Je citerai entre autres celles», remarquaUe par son mélange d'idées graves et enjouées ;

« Je sens avec joie Fentbousiasme que ^e putse sur le scA classique. Le monde ancien et le monde du moyen âge me parlent ici à haute voix. Je suis le conseil d'Horace, je feuillette assidûment les oeuvres des anciens, et les feuillette chaque jour avec un nouveau bonheur. Mais, dans la nuit, Tamoar m'occupe d'une autre manière; et si je ne deviens savant qu'à demi , je suis au moins doublement heereux. Et cependant n'est-ce pas aussi m'instnme, que de mesurer avec ma main les formes d'un corps gracieux et d'un beau son? Après cela, sans doute, je comprends mieux le marbre, je rdléchis et je compare; je vob avec un çeil qui sent , je sens avec

uoe muim qui voit. Si ma nuHtrisfie^ m'enlève dans le )oiir qadques heures, elle me les rend dans la nuit Nous ne no^ embrassons pas toujours, nous causons quelquefois très-raisonnablement Puis» lors* que le sommeil s'entre d'elle» moi je reste là, et je pense beaucoup. Xai souvent composé des vers dans ses bras, et compté avec mes doigts sur ses épaules la mesure de mes- hezamèires. Elle resjnre doucement dans son sommôl, et son souflAe pénètre comme le fim ma poitrine. Alors l'amour veille à ce que la lampe ne s'éteigne pas, et rêve sans doute au temps où il rendait le même service aux trium*virs. •

Une autre non moins jolie est celle où sa maîtresse, bonne fille bien franche, eomme la Rose de Sainte-Beuve, entre en colère contre lui, et s'écrie avec un tel ton de vérité qu'on croirait l'entendre :

« Jamais un honime de Féglise n'a pu se réjouir de mes baisers* J'étais pauvre malheureusement I et jeune, et bien connue des séducteurs* Falcopieri m'a souvent regardé dans les yeux, et un entremetr tenr d'Âlbani m'a remis plusieurs billets, pour m appeler tantôt à Ostie, tantôt aux Quatre-Sources. Mais qui n'y alla pas? Ce fut la jeune fille. J'ai sans cesse baï souverainement les bas rouges et les bas violets. « Cest toujours vous , disait mon pèi'e, toujours vous, qui à la fin restez dupes;'' bien que ma mère prit la chose assez légèrement Et me «voilà donc aussi

trompèt Tu fii» MmUatii de te Cacher coMre moi, prce que tu veux fuir. Eh bien! Ta. Vous entres homme» n'étei pai digne» ipoe Ton voue eime. Nom porioae les en&ae »oue la cesur, et Bouf portons aussi k fkléKitë; mais vous» avec votre ^«dence et vos dénrs, v^oue écriguee l'àasour dons vos embias*

Cette-ei eneore mérite d*ètre citée pour la peusée miré et vraie qu^eUe exprime :

ce n y a beaucoup de bruits que je redoute d'eutendre. Je hais surtout l'aboiement du chien, car il me déchire les oreilles. Mais à présent j'entends avec joie aboyer le chien que mon voisin a élevé, car il jaj^it ainsi quand ma maîtresse se glissaît à la dérobée chez fboi. Et lorsqu'il recoomience, je m^imagine toujours qu'elle vient, ou je pense au temps où elle venait *

Au reste , de cette vingtaine d'élégies qu'il a écrites, je ne saurais guère lesquelles préférer aux antres; car toutes sont également remarqu^les par l'art qui les embellit, la vérité qui y règne, si ce n'est par la pensée profonde qui les traverse.

Un autre genre de compositions, dans lequd il est peut-être unique en Allemagne ^ ce sont ces sttDces de deux, trois ou quatre vers, où il r^ifenne un précepte moral bu une leçon d'art ^ ces espèces de devises philos(^hiques, de sentences savantes, dont la plupart doiveitl devenir proverbi^es par leurcon^

cisîos, pttr h sagoMo qui ^y fé$mûe. Ii^ il taimmB tout à la fois rarnoor et la nature, la vie humaiiie et Dieu. Dans ses autres œuvres, son ame s'épanche^ son inspiration enyahit librement le lai^ espace^ Ici, toua ses efforu sont employés à ressenw sa pensée, pour la rendre pins cdnpacte. et plna û* goureuse. Ailleurs, c'est le fleuve de poésie qui déborde; ici, c'est k source Stroîte eC profonde qui, dans le creux de son calice, réflécliit pourtant la voûte du ciel.

Le poème des Quatre saisons exprime en strophes de deux vers les sensations du poète aux diverses époques de l'année, et chaque strophe es) comme une petite pièce de marqueterie que l'oupeitt prendre k part^ mais qui se. joint adroitamem aui autres.

Les poèmes qui portent le titre de Pensées proi^erbiates; Dieu^ le monde et Pâme; les Prophéties de Bakis; Êpigrammes; ne diffèrent guère entre eux ni par la forme, ni par le fond. Cest cette longue suite de réflexions que quatre-vingts ans d'ex-* périences en tout genre durent naturellement liu inspirer^ et qu'il jetait^sans doute sur le papier à mesure qu'elles lui venaient J'en rapporte ici avec plaisir quelques-unes; je pense pourtant que celles sur la politique ne seront pas du goAt de tout le monde. Goethe se retranchait dans son paradis poétique; il s'y trouvait si biœ, et il ne pouvait le quil-

ter avM jc^, pour 3e i^éler aiix orages qui agîuieot lafoule»

Je compare cette gondole an berceau que Toit balance, et cette petite caisse ne ressemble-t-elle pas i notre étroit cercueil? Oui, c'est ainsi qu'entre le berceau et le cercudl nous vacillons iosoncienx sur le grand canal de la Tie.

Si fêtais une feqnne mariée et qae f eusse de ^oi pour* voir â mes besoins, je voudrais être joyeuse et fidèle, et embrasser dexœur mon mari. Ainà me parlait un jour one fille à Venise , et jamais je n'entendis une prière plus piense.

Qu'est-ce que le destin veut de moi? Ce serait cbose hardie dé le demander ; car il est un grand nombre de personnes dont fl ne sinquiète pas. Peut-être veut-il finrede moi un poète? Son plan aurait réussi» si la langue ne s'était pas montrée intraitable.

Tu t'adonnes à la botanique et puis â l'optique? Pourquoi faire ? l^e vaut-il pas bien mieux émouvoir un cœur tendre ? — Bab ! vos cœurs tendres ; le plus sot écolier peut les émouvoir. P(fuf-moi , puissé-je seulement avoir le bonbeur d'entrer en contact avec toi , 6 nature !

Dieiai combien d'actions dl grâces ne vous dott-je pas? Vous m'avez donné ce que l'homme demande, et ce n'est après tout presque rien.

On appela Calchas.iiuensé, on appela Cassandre insensée, avant que départir pour Troie et quand on en revînt;

car qui peut entendre parler de demain et d'aptès-demain? et si l'on parle dliier on d'ayant-bier, qnd est celni qoi Tons écoute?

Je vois des murailles renversées et des murailles nouyellonent élevées ; ici des prisonniers et là aussi beaucoup. Peut- être le monde n*est-il qu'un grand cachot? Et bien libre est le fou qui se fait une couronne de ses chaînes.

Bakis te montre aussi le passé; car le passé, monde obscur, repose souvent comme une énigme devant toi. Celui qui connaitrâit le passé, saurait aussi le présent; tous les deux se réunissent au présent et forment un tout complet.

Comment? Quand? Où ? Les dieux restent muets. Tienst'en au parce que et ne demande pas le pourquoi f

Yeux>tn marcher dans Tinfini. cherche d'abord en tout sens le fini.

Vertu magnétique, explique-moi ceci : il n'y a point de plus grand secret que l'amour et la haine.

U est plus fàdle de tresser une conronne que de trouver une tète digne de la porter.

Si quelqu'un pénètre avant dans les petites choses ^ tu peux penser qu'il en a par lé attdnt une grande.

Crois que tu as beaucoup fait , si tu t'es habitué à la patience.

Il n'y auctit' pas fwr looi de pliu fgaod toonneat fie d'dire seul en pacad».

S'il en va mal de par le monde, fais ce que ta vondcas, Jdt tâche seMlement dç n*ayoir paa raison.

\ Après tout je ne suis tju'un pauvre diable. Mes rêves ne sont pas vrab, et mes pensées ne réusâssent pas.

Bien malheureux est l'homme qui abandonne ce qu'il peut faire et trayàille sur ce qu'il ne comprend pas. Rien d*étran]ge alors sH échoue.

Laisse la haine et renvie se rongef rastMOeniCi^ ED« n'empêcheront pas que le bien se fasse ; car^ Dieu soit loué, c*est un vieil usage, ausM toîn que biile le soleil, aussi loin 3 échauffe.

Ke te fais pas de vains sonds, font vient pomtanl i point. Et si le ciel tombe, nous prendrons des alouetles.

' L'en^iii est me mauvaise plante, mois ^nw imc plante qui aide beaucoup i digérer.

L'homme doit povtant connaître, qnel qa*il sait» m dernier bonheur et un dernier jovr.

Il faut bien que tu t'accommodes de la mort, poarfDoi te faire un tourment de la vie?

Me cherche pas de vains remèdes. Le secret de notre maladie repose entre la précipitation et le retaid.

On, crie, exhale tei malédiclioiis, aptes cela les choses iront mieux ; car la consolation est m mot absurde » et cdni qni ne pent pas désespérer ne doit pas vivre.

la poésie tendre se repose comme Tarc-en-ciei sur un fond obscur. Voilà pourquoi l'élément de la mélancolie convient au génie du poète.

La pensée noble et le souvenir doux, c*est la vie dans toute sa profondeur.

Jouis de ce que le chagrin te laisse; si les douleurs sont passées , les douleurs sont douces.

Quel est cefaii qui reçoit la plus belle pafane du bonheur ? Cehtt fui agit avec foit et se réjouit de ses actions.

Dans ta patrie écris ce qui te plai|. LA sont les liens de Tamour, là est ton monde.

Quel est notre critique le plus sévère ? Un amateur qui se résigne.

Quel est le vrai souverain? Cest bien aisé â dire; celui que rien ne peut arrêter, soit qu'il veuille faire le bien ou le mal.

Ta as négligé beaucoup de choses; car tu as eu au yen de Faction, le rêve; au lieu de la pensée, le silence; au lien du voyage, le repos.

L'impatience ne sert i rien, et encore mains le regret.

Celle- là augmente les cbagriiis, et cdm-d ea crée de nouveaux.

J*ai toujours eu de réloignement pour les apAtres de la liberté; car, après tout, chacun d'eux ne travaille que pour soi.

Les rois veulent le bien, les démagogues aussi, disentils; mais ils se .trompent : ils sont hommes comme nous. Jamais il n'arrive â la foule de vouloir pour elle-méffle, nous le savons; mais que celui qui peut vouloir pour nous tous, nous montre ses preuves.

Les grands ont de quoi penser â l'histoire déplorable jle la France , mais les petits doivent j penser eacaet plus sérieusement Les grands furent ruinés, mab qui protégea la foule contre la foule ? Car la foule tyrannisa la foule.

Les princes font souvent imprimer leur image sur dn cuivre à peine argenté, et le peuple s'y trompe long-temps. Les utopistes posent l'empreinte de l'esprit sur des nonsens et des mensonges, et celui à qui les moyens manquait pour l'éprouver, prend tout cela pour de l'or véritable.

Vous dites que ces hommes sont fous qui s'en vsot en France crier à haute voix dans les rues et sur les ^aces; à moi aussi ils me semblent fous. Mais un fou en lâierté

prononce des sentences sages, tandis, hélas! que la sagesse se tait chez lés esclaves.

Ne soyez donc pas si hardies , ëpigrammes ! Pourquoi pas? Mous ne sommes que des inscriptions; le monde rempUt les chapitres du livre.

Ce que les grands firent de bien, )e Tai souvent vu dans ma vie ; ce que les émissaires du peuple nous donneront, puissent nos descendans qui en jouiront s'en trou* ver contens !

Quand les anciens chantaient, les jeunes chuchotaient; maintenant que les enfans chantent, les vieux doivent en*tendre. Le meilleur au milieu d'un tel bruit, Vest de se taire et de se reposer.

A ces stances épigrammatiques il faut joindre les xénies '• Cdles qne Goethe appelait ses xénies aprivoisées ont été publiées dansFédition complète de ses œuvres ^ , qui vient de paraître» Ce sont aussi des ré^ , flexions morales et littéraires dans le genre de celles que nous avons citées. Celles-là provenaient encore de son penchant à la méditation; les autres, de ce juste sentiment de supériorité et de dédain avec le* quel il pouvait traiter certains critiques et certains poètes de son temps.

A Fépoque où Schiller était déjà célèbre, où Gœthe rétait encore plus, où ces deux hommes poursuivaient , avec toute la puissance de leur génie

1 Xéoies {^ivoçp don de réciprocité).

a Stuttgart et Tubtngae, chez Goita, i853 et i834.

et de leur amour.pour rait^ les nouvelles voies littëraires qu'ils ouvndem à leur nation, il se forma contre eux une sorte de ligue, composée de quelques écrivains imbus encore d^ idées étroites et de mauvais goût des années précédentes, et qui, avec quelques bn^ifaux d'écrit de l'écok de Gott- 5ched, avec les vues mesquines qu'ils preBÔent plaisir à se fiire eux-mêmes, se crurent en droit de régenter TÂllemagne, et surtout de s'élever contre l'apparition du poète de Weimar et du poète ^léna. A la tête de cette doctrine faible et louvoyante, qui eût voulu continuer la littérature comme un filet d'eau, sans secousses et sans escarpemens» se plaça Nicolai, de Berlin. U avait pour a^gme aa BlUin thèque universelle oUêfRande^ qui se imna avec le même esprit de fadeur, de médiocriié.eidemanvûs goût jusqu'à son centième volume 9 mais suocombs enfin dans les dernières années du siècle dérider, sous les, rudes coups dn massue %ue lui porta le journal d'Iéna, et surtout sous le poids de Topinioa publique. Micolai avait connu Lessing et Itfoiae BSendelssohn , et fier de ses relation» avec ces deucx grancls hommes, il se croyait en droit de mépriser, oonune philosophe, Fiçhte; comme poètft, Geaike; H amt d'abord &it .une mauvaise parodie de Werther; il attaqua ensuite Gœtz de Berlichingen, Egmont, et tout ce que Gœthe: publia, avec la plus HuséraUe injustice et la plus grande acrimonie. A lui se joî-

goirent qudqoes poètes qui^ n*ayant pas k force èê s'âeverjosqu'à Técole de Goethe, trouvaient fixm oonunode de reater dans ceUe de Voas; quelques savans euchainés religieusement aux vieilles théo* ries qu'ils avaient apprises sur les bancs, et des ecclésiastiques même, qui crurent voir la religion traitée avec trop peu de respect par Gcnhe et se hâtèrent, les brfcves gens, de venir k son secours*

Cétment les derniers soupirs de la critique ignorsnte et sans portée du dix-huitième siècle; c'était la lutte qui existe toujours, la hitte de la médiocrité contre le génie; la révolte combinée de qnd» ques hommes contre la force gigeintesque d'un' seuL

GoBthe je laissa long-temps, sans rien diie, bar» cder comme un noUe lion par ces moucherons, mais à la fin il se leva pour les chasser d'une seule fois ; et loi et Schiller écrivirent de concert ces fiuneuses xénies, qui parurent dans TAlmanach des muses en 1797 > , et mirent en rumeur toute l'AUemagne.

■■t^H««MMMtaa^B^i*MMitaH^Mi

1 Cet almansch Mt derena une TériUble rareté bibliographique. Qoelqnet x^ies ont été imprimées dans nne édition def poésiei Ijiiqnct de Sebiller, publiées k Beatlii^n en i8a6; mais elles |ie se trouvent pas dans les CBOTresdeGeethe, qni déclara lui-même ayant sa mort, qall.laî serait impossible de reeonnaitre lesquelles loi appartiennent et lesquelles appartiennent a Sebiller. On tronre dans la PhUasophU dSr Cœtke, par J. 8ehftts> plosiews opUcstions sur Us xénies^ et le professeur Weber, de Brème, les a publiées complète-

Cétaient autant d'épigrammes courtes, mais amères, poignantes, contre leurs critiques; contre les journaux, les ouvrages et les partisans de leurs critiques; Parfois le nom de celui à qui elles s'adressent , ne se trouve indiqué que par une initiale, le plus souvent ii manque tout-à*4ait NicolaS seul eut la gloire d'être nommé en toutes lettres; mais, pour ceux qui ont pu se tenir au courant de la littérature de cette époque, rien n'est plus facile que de savoir à qui s'appliquait chacune de ces redoutables xénies , et lorsqu'elles parurent, ce n'était u^ mystère pour personne. Goethe et Schiller entremêlèrent leurs épigrammes, et il serait difficile de distinguer à qui les unes et les autres appartiennent On croit pourtant qu'il y a plus d'amertume dans celles de Schiller, plus de repos et de dédain dans ccUes de Gœthe. Du reste, ils en avaient écrit une plus grande quantité, qui n'ont point été publiées, parce qu'elles leur parurent 'ensuite trop violentes; mais on trou» vera déjà celles-ci assez fortes :

Le nécessaire.

Si ta avais Tiiiia^iiatioii, l'esprit , l'invention et le jageroent, en vérité, il né te manquerait pas beiocimp pour être Lessing ou Wieland.

ment, on j ajoutant plosienn autres de sa composition, 1 vol. in*i8. Francfort-«nr«-lo-Mein, 1827.

Le prophète.

C'est dommage que la natnre n'ait fait de toi quun honuBe; car il y avait assez d'étoffe pour faire un hqmme et un fripon.

Le mélange.

La* natnre opère toujours ses mélanges adroitement ; mais, hélas! elle a mêlé ici d'une manière trop étroite la noblesse et la bassesse de sentimens.

Nouvelle ,école.

Autrefois on avait un goût. Maintenant il y a des goûts. Mais dites-moi, je vous prie, quel est le goût de ces goûts?

La Biilioihêçue universelle.

Cest rhôpital, érigé pour les poètes invalides. La goutte et rhydropisie y sont traitées par la phthisie.

A MM. N., a, P.

En vérité, je vous plains beaucoup. Vous aimeries assez à chobir ce qui est bon,* mais par malheur la nature vous a tdnt-i-âiit privés de jugement.

L'empire allemand.

L'Allemagne? Où donc est-elle? Je ne saurais trouver le pays; la où la science commence, la politique cesse.

Caractère naiionaL *

AUeniaiids, tous espères en vain former m corps de nation; mais puisque votis le pouves, tâches de devenir des hommes plus libres.

Bui moral de la poésie.

Le poète doit nous améliorer ^ dites- vous. Ooi; et la canne de farcher ne peut-elle pas s'appesantir m noment sor votre dosf

NicoUù\

Nicolaï voyage encore , il voyagera kmg- temps ei ne trouvera jamais le chemin de ta terre dn jugement

L* Allemagne à la FVtutce.

Vous nous aves déjà donné plusieurs laquais comme des hommes d'importance. Cest bien, nous vous cipédierons Kr.. comme un homme de mérite.

Le Faust de Schink. '

Faust s'est déjà malheureusement donné friosiears feb au diable. Mais il n'avait pas encore condn ai prosifqnement le redoutable contrat.

Journaux savans.

Ici l'on tire les auteurs comme les naméros de la loterie ; comme ils arrivent ils sont reçus , senlémeat personne n'y gagne rien.

1 Un gros voluttie in-is, moitié prose et moitié T«rs, trb> long et h^s^enntQneox.

. Dans les poériies lyriques de Geethè -est encore comprise une grande quantité de chansons» pièces de cireonstançe, inscriptions, remarquables lés unes par leur gaîte , les autres par leur esprit et leur ^ré^ cbioi; mais qui perdent beaucoup de leur valeur boiis des lieux où elles ont été faites» loin des personnes et des occasions qui les ont inspirées.

Quelques Poèmes paraboliques^ dont le titre explique assez la signification* Quelques-uns sont trèsgraobuz et pleins de seL Je ne crois pas qu^on lise sans anotion ce beau conte de V/àigieet du Pigeon:

«Un jeune aigle déployait ses ailes pour s'élancer sur a proie; la flèche du chasseur l'atteint» et lui coufe le nerf de l'aile droite. Il tombe datis un bosçiet de myrtes» dévore pendant trois jours sa douleur, et s'agite dans sa souffrance pendaiit trois longues nuits. Enfin le baume universel et toutpuissant de la nature le guérit II se glisse hors du bosquet h veut soulever son aile. Hélas! la force lui manqie. A peine peut-il voltiger à la surface du sol et s'euparer d'une indigne proie. Alors il se rqpose ave:: tristesse sur le rocher au bord du misseaa; il porte ses regards vers la cime du chêne» vers le ciel, et une larme remplit ses yeux.

« Dans ce moment un couple de tourtereaux arrive gaimen. à travers le bosquet de myrtes, voltigç^ s'agace, s'appelle» et joue sur le sable doré du ruisseau. liCur eil rouge se promène autour d'eux, et

ils aperçoivent le malheureux aigle. Aussitôt le pigeon veut faire sa connaissance, il s^approche de lui et le regardant avec douceur : Tu es triste , lui dit-il, reprends courage, ami. N'as -tu pas ici tout ce qu'il fiiut pour joiiir d'un bonheur tranqdUe? Ne peux-tu pas te plaire à voir ces verts raneaux qui te protègent (Contre là chaleur du jour, et le crépuscule du soir qui brille sur la. mousse e sur le ruisseau? Tu marches à travers la fradche losée des fleurs; tu peux trouver parmi les ârbriseaux une nourriture choisie, et te désaltérer à cette soirce d'argent. O ami, le vrai bonheur consiste dais la modération, et la modération a partout asses. # sagesse! répondit l'aigle, et il retomba dotilourosemeut sur lui-même; 6 sagesse! tu parles bien coame une colombe. ^

Enfin arrive le Uivan^ œuvre de lyrisme à part au milieu de toutes ces autres poésies lyriques; le Divan, o^vre orientale et œuvre allemand, frite à l'aide d'une étude laborieuse et d'une fore d'ima^nation toute-puissante. Nous avons déjà pltneurs fois eu l'occasion de remarquer comment G^the, avec sa nature objective, pouvait se transporta d*un Hea à l'autre, s^approprier le caractère d'uneépoque, la physionomie d'une nation. Dans son reueil d'élégies il s'inspira des poésies antiques etfit des âégies antiques. Dans son Divan il rechcfcha Tesprit de rOrieut II é(udia l'un après Tautrf les anciens

poètes hébreux, persans, arabes; s'imprégnit des <sar ractères de leurs ouvrages, et s'abandonna ensuite à son inspiration. Il ne voulait pourtant pas imiter servilement leurs poésies, se transporter en Palestine ou à Constantinople, pour y faire retentir un écho des anciennes lyres. Il voulait prendre leurs couleurs, leurs images, leurs rayons d'or, et les approprier à son idée allemsmd^ Il voulait fiâre comme le voyageur qui s'en irait au loip chercher les beaux cachemires, les colliers de perles et de corail, pour les rapporter dans une ville du nord de l'Allemagne à sa i>ien-aimée, et la voir sous cette nouvelle parure sourire avec ses doux yeux bleus et sa tète blonde. « Je demande, dit^il lui-mtene, à ce que l'on me regarde comme un voyageur qm a pris à tâche de s'initier aux mœurs, aux habitudes des pays qu'il visite, qui a étudié leur religion, leur histoire, leur littérature, leur langue, et qui, s'il se trahit encore par quelques expressions, par son accent étranger, montre pourtant qu'il a mis à profit ses relations et son voyage. Je demande ensuite que Ton me regarde dans mon pays comme un marchand qui s'en est allé recueillir les produits d'une industrie lointaine, les denrées d'une autre nation» et qui les étale de son mieux.'*

Ainsi le Divan est comme une nouvelle voie ouverte à la poésie allemande, une excursion que la littérature du Nord s'en va kive avec la caravane, à

(45«) ttuvtffi ies mot<{lie«s de marbre ou les plames àe l'Anbie. Gœtbe conçoit sa pensée en AUemand, « la colore en Oriemalkce. Ses poésies présencem par ]k un antre caractère que les Orientales de V. Huga Icî, le poète est tout^à-fait Français, ou ioairà-£di OrieniaKsSai On il reste à rêver le long des borda delaSeînje. ouiLs*en va en Grèce, en Turque» ee fidsant Grec, se fiôsant Turc» et d^mgnaia avsc le même entnonement Sara la baigneuse., ou la gdère capitane; les Djîns, ou la colère du pacha, (^lelques^unes de ses odes portent à tort le titre d'Otientalea, ù ce n'est pourtant par la chaude conlettr qui les revêt; léê autres sont toutes empruntes de ce Caractère de vérité locale que Thomnie de. génie seul peut prendre par la pensée, sans avoir vu les objeu qu'il représente.

Mais le but de Gcsthe était bien moins de fiûre des poésies purement orientales, que de rejoindre par sa conception, par ses vers purs et harmonienx, les deux peuples, les deux reli|^ons, les deux cane* lères du Nord et du Midi; en sorte que sa poéât plane librepient au-dessus du sol où elle ae tenait }usque-là renfermée; et de sa lyre d'or jette dans les airs des sons graves et doux, qui résonnent à la lois sous les vertes forêts de diêne de l'Allemagne, et les bosquets de roses du séraiL Ainsi, il ne quitte pas son iSrais jardin de ' Weimar, il y reste avec ses rêves de poète, et attire à lui les rayons de soleil

(469) dont il a besoin; ksparftittade BaSi^ les roses de Saadî, les chants mâancoKques qne k Bolbnl sou^ pire au bord des claires fontaines, les^naeigncmens de Mahomet, et la ceinture d*or des Hooris. Et il dkante. Et ses strophes et ses chansons retentissent Fane après l'antre comme des pures gotmes d'eau qui tombent dans un bassin de oristal, comme les .accords de musique qu'une femme murmure nonchalamment assise sur les cousûns de soie de Tottomane.

Son livre est^ divisé en douze chants : celui du poète, de Haifis, de Famour, de la méditation, de la tristesse, des proverbes, de Timur, de Snlëilca, du cabaret, des paraboles, des Perses, du Paradis.

Je ne dirai pas lequel de ces chants me plaît le mieux, car il fiiut les lire tous pour voir comme ils s'harmonient bien ensemble, et y revenir encore cooune on revient dans les longues et nombreuses allées d'un jardin, où chaque fois que l'on passe on découvre une beauté nouvelle, un arbrisseau que l'on n'avait pas encore aperçu, une fleur qui semble s'être à l'instant épanouie, tant die est fraîche et .embaumée. Le livre du cabaret est ffi et folâtre, comme l'esprit de l'homme qui s'abandonne une fois aux jouissances de la vie, malgré la défense du poète; celui du Paradis renferme cette admiraUe mytholo^e des Houris, et ce prestige dont les Orienuux environnent ces belles jeunes filles. Celui de la

est noble et grave, comme un brge front de omsulman qui se p^che le soir avec sbn tur* ban vers le sable du désert» tandis que l'immensité l'environne, et que les étoiles brillent sur loi; et celui de Suleika est tendre et mélodieux, plan d'images, riant et passionné comme l'admiraUe Cantique des cantiques.

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