‹ Études sur GoetheChapitre 6 sur 44 · SI · texte numérisé non relu

SI

en courroux, apparaH lui-même devant Faust, qyi

tomlNS par terre tout effrayé, et demande pardon

en promettait de se soumettra Sur quoi Salan , en

monarque généreux, lui offre pour compensation,

à la servante de son voisin, savez -vous qui? JUen

moins que la belle Hélène, l'épouse de Ménéla^^

cette Hélène devant laquelle , dit Homère , les vieil*

lards eux-méme£^ se levaient avec respect.

Donc Hélène^ la fille poétique de la Grèce ^ arrive^ en Allemagne , dans la petite ville de Wittemberg ^ dans la chambre du D/ Faust , avec un riche vète-> ment couleur de pourpre , avec de longues boucles, de cheveux dorés pendant s|ir les épaules» et probablement aussi avec ce regaid ^.qui mU T^i^ €n cendres^. Âi-je besoin de dire que Fwst^ en h^ voyant, oublie à tout jamais sa petite ^rvante, se& projets de mariage, et se sent possédé du même amour que Ménélas et Paris. J9élène est aussi d'une grande complaisance. Le changemept de lieu ne rétonne pas } la deineure toute allemande du philo* sophe ne lui £dt point regretter le palais splendide de Prîam. Hélène est ime boppe fiUe qui tombç sans difficul^ de l'épopée d'Honière ^xxx, secreu ca-* balistiques de Faust, et de soii r$mg de princesse à la condition assez bourgeoise 4e maîtresse de mai^ son à Wittemberg.

Je ne dois pas oublier de dire que, pendant &^ voyages, Faust s'éuit choisi un compagnon, un

famuhis, le bon Christophe Wagner, qui lui servait en quelque sorte de domestique » et qui , en échange de ses loyaux services, recevait des leçons de magie.

Ainsi {dacé entre une belle femme auquel il prodigue tout son ainour, et un fidèle serviteur auquel il ne craint pas de (aire part dé sa science, il Ëiut avouer que la vie de Faust commence à prendre une consistance assez honnête. Pour comble de bonheur Hélène *devient mère; un joli garçon, qui - porte sur son visage le feu du Midi et la rêverie du Nord , est le fruit de cet amour enchanté. Nous verrons plus tard quel parti Gcethe a su tirer de cette fiction , car ce n'était qu'une fiction; après la mort de Faust, Hélène et son fils disparaissent, sans que l'on ait pu découvrir jusqu'à présent queUe route ils avaient prise

Mais Faust ne pouvait plus jouir qu'à demi de sa félicité d'amour. Le diable lui avait accordé ^vingtquatre ans de vie , et il sentait fuir si vite ces vingtquatre ans, et le diable, tel que bous le montrent les chroniques du moyen âge, était homme de parole; ce qu'il avait promis une fois on éxAa sûr qu'il le tiendrait, comme aussi il ne transigeait pas sur la moindre des obligations contractées envers lui. C'est une qualité que le diable a peut-être encore, mais que beaucoup d'hommes n'ont plus. Je suis Aché de le dire.

Une fois arrivé au déclin de sa magique existence, le in^heureux Faust n'osait en regarder le but. Le sable coulait dans son horloge avec une épouvantable rapi^té. Autrefois il pouvait s'endormir au léger murmure de cette chute des heures , maintenant il comptait chaque grain, et chacun d'eux, en tombant, réveillait dans son cœur autant de remords que de douloureuses appréhensions. S'il avait pu saisir la durée de sa vie , comme cette peau de chagrin dont on nous a raconté la 'fatale histoire, il l'eût sentie se rétrécir de jour en jour, de minute en minute, jusqu'à ce qu'elle devint à peine visible à VobH , à peine sensible au toucher.

Alors il lui arrive de nouveau d'excellentes pensées de reli^on et de très-bonnes résolutions de Êâre pénitence; mais il était trop tard. Dès qu'il s'avise de touimer ses regards vers le ciel, le diable ts^ là pour les ramener sur la terre; dès qu'il songe à prendre un livre de piété, Hélène s'en vient avec son doux sourire lui passer ses beaux bras autour du cou, répandre ses longs cheveux d'or sur sa tète, et il ne songe plus qu'à lire dans les yeux de cette sirène; et au Heu de réfléchir aux saintes maximes de la Bible, il ne rêve qu'à ce mélodieux chuchotement de paroles d'amour que son amante lui apporte avec ses baisers.

l^niot sa vie ne se compte plus par années, par mois, mais par jours; il est temps qu'il règle ses

(9o) afiaires dans ce monde; il appelle son famulus et lui confié ses dernières instructions , et les manuscrits où il a raconté plusieurs traits de sa vie S ^^ ses livres d'astrologie, qu'il lègue à la postérité. Ensuite il appelle encore une fois sa science à son secours, et prophétise l'avenir. Il prophétise la chute de la papauté , le renversement de cette ville infiime qu'on appelle Rome; de grands fléaux et de grandes guerres sur les bords du Rhin.

Puis, après s'être ainsi occupé du monde à venir, après avoir fait en règle son testament comme tout honnête hommç pourrait le Gare ; après avoir aussi donné à son &mulus un démon qui doit le servir sous la fonne d'un singe , il se rév^Ue eacore un matin, et c'est, hélas! le dernier. Alors il veut au moins mourir comme il a vécu; il convoque ses compagnons de débauche , et commande à Méphistophelès une grande ftte. Les bons vins ôrculent de nouveau sur la table, les chansons folles et étourdies se succèdent spns .interruption; jamais les braves étudians de Wittemberg n'avaient pris tant de plaisir à s'enivrer chez Faust. Pour lui il ne peut s'empé» cher d'être triste; car il songe au voyage qu'il va bientôt entreprendre, et ce voyage n'est pas récréatif*

1 Widmann dit , dans sa préface , qu^îl a obtenu d'au savant docteur de Leipzig*, la coinoiunication de ceà maniis* crili , cl qu*il en a bit la base de son histoire de Faust.

(9») Il faul aussi, qu'en homme bien élevé, il pr^oe congé de ses amis^ et il essaie eu vaiu de parler. Le mot est dur à prononcer,. plus dure encore est la pensée qu'il renferme. Enfin, il vide d'un seul trait' sa grande coupe , et commence sa harangue.

«Mes amis, je dois bientôt vous quitter, ^e pe sais quand nous nous reverrons ; j'espère pourtant que nous nous reverrons, car vous prenez un bon chemin pour me rejoindre. Je ne vais ni à Munich , ni à Francfort, ni à Erfurt, mes bons amis, autrement je vous proposerais de venir avec moi Hélas l je vais beaucoup plus loin , et je vous assure que' s'il avait dépendu de moi de rester plus long-temps dans votre aimable société, j'y aurais consenti de grand coeur, mais j'ai aâàire à quelqu'un dont il Qy ^ guère d'actes de patience à attendre, pas plus que d'autres actes de vertus. Je vais en enfer, rejoindre mon maître le diable. Je vous prie de continuer, à chanter et à boire , et de me &ire seulement la grâce de m'emerrer quand vous me trouverez mort. *

Cela dit, Faust se relire dans sa chambre. Les. élodians ^-estent ensemble A minuit on entend un orage effroyaUe , la maison tremble comme si elle, devait tomber; puis à ce bruit, qui glace tout le monde de terreur, succède un silence non moins effrayant Et quand les étudians entrèrent dans Is^ chambre de Faust, ils trouvèrent ses membres dis-

(90 perses sur le parquet, et les recueîUireat pour les enterrer comme il les en avait priés.

Après cette vie du D/ Faust, il faut lire cde àe son famulus, Christophe Wagner, qui se trouve jointe aussi à l'ouvrage de Widmann.

Wagner a, comme nous l'avons vu, reçu de son maître un démon pour lui obéir. Il quitte Wittemberg et commence sa carrière de magicien, à peu près comme Faust a commencé la sienne » par jouer des tours de filouterie. Il s'en va chez un marchand de vin et lui donne ce qu'il a d'argent pour pou* voir boire pendant une h^ure à son aise; le marchand, qui pèse la bourse et la trouve asses lourde, se réjouit de trouver un homme si généreux. Mais Wagner prend un tonneau plein, le porte à sa bouche, et ne le pose à terre qu'après l'avoir mis à sea Ensuite il se fiiit faire par son singe ou son démon Auerhahn, un perroquet qui parle toutes les langues, et le vend laoo écus à un juif (toi^qours les juifs qui sont trompés). Puis, avec sa sorcellerie» il gagne nombre de gageures, et ne manque pas d'employer son argent à bien boire et bien manger. De l'Allemagne il va en Italie et ensieigne la nécromancie à Padoue. De temps à autre aussi il a de graves entretiens avec Auerhahn. Il lui demande par exemple où est l'enfer, et le démon lui répond par des citations de S. Grégoire , de S. Jérôme, de TertuUien et de la Bible. Ensuite, comme ce démon

(95) est un être très-instruit, il expKqoe à Wagner comment Dieu a créé nx mondes. Le premier est le nmndus arehùypus. Cest là que se trouve la nature dhrinè , la .source de toute force et de toute lumière. Le second est lemundus inUlUciualis^ où habitent les anges, les cbérubins et les bienheureux. Puis vient le mundus cœlesiisj où sont les étoiles, les sphères et les planètes. Celui-ci est la partie intelligente de Punivers , et il est aux autres mondes ce que Tame est au corps. Le mundus eUmêntaris renferme l'eau, là terre, le feu, l'air, les météores, les salamandres, les plantes et les minéraux. Ce mondelà exerce de très-grandes influences, comme on peut s'en convaincre par la science de l'astrologie. Le cinquième est notre pauvre petit monde , qu'on i^pelle mundus mierocosmus^ et le sixième est l'enfer. Et c'est ainsi, ajoute lé démon Auerhahn, que Ton peut comprendre le ravissement de S.' Paul jusqu'au troisième . ciel ; cela veut dire qu'il passa dans le monde céleste, intellectuel et arohitype Ensuite le même Auerhahn démontre les. rapports qui existent entre la conformation de l'bomme et celle des astres. D'abord c'est Dieu qui a créé. les astres, et c'est aussi lui qui a créé les âmes. Les astres régissent le monde et l'ame régit Thonmie, et comme les astres sont immortels, l'ame doit aussi être immortelle. Tespère que ce n'est pas un petit trtcwiphepour Fauteur de la vie de Wagner, d'aVoir mis

la preuve de rimmortalitë de Tame dans la koucke d'un dëmOD. De là il en tient à expliquer comment chaque planète se trouve en corrélation avec nos membres et nos organes, et doit par conséquent exercer sur chacun d'eux une influence notable; comment les douze signes du zodiaque répondent ' aux douze principales parties de notre corps. Puis, ce qui n'est pas moins intéressant à apprendre,* c'est l'organisation de l'empire infernal, sur laquelle nous n'avons encore, que je sache, aucune sutisd«que bien déterminée. Or, comme il y a sept planètes , il y a aussi sept esprits infernaux. Le premier, qui règne sur toutes les choses 'souterraines, est le chef de quarante-neuf rois, quarante-deux princes, vingt ducs et trente-six mille légions. Quatorze conseillers l'assistent dans ses entreprises. Le second est le démon de l'ambition , et il a aussi beaucoup de rois, de ducs et de princes à ses ordres. Le troisième préside à la guerre. Le quatrième est le madtre des régions terrestres. Le cinquième est en correspondance directe avec cette planète qu'on appdle Vénus, et se trouve, sans que nous nous en (foulions , de moitié dans beaucoup d'histoires d'amour et autres choses sembkbleSb Le sixième est le Mei^ cure des anciens , le patron du commerce ; il oonnaât tous les arts imaginables, et peut, en quelques inttans , feire d'un peu de vif-argent une pierre philosophale. Le septième change les métaux en argent et gouverne les ondes.

(95) Ce n'est pas tout Quand le diable Auerhahn a si bien démontré la formation de l'univers et l'organisaiion de l'empire souterrain^ il dévelo|^ encore à son docile âève Wagiier, les diverses scien-* ces qui com]posent en détail ce que nous sommes convenus d'appeler dans son ensemble magie^ et les notions qu'il lui donne à ce sujet sont assez curieuses à recuôUir, pour montrer par combien de voies différentes se jetsât l'esprit superstitieux du i6.' siècle.

U y a d'abord la giotiê^ qui conjure les esprits et les force de paraître là où on les appelle

La ihérugie^ qui nous fait parler aux esprits olympiques et célestes^ et nous procure des visions comme l'apocalypse de S. Jean.

La nécromancie , qui évoque les morts.

Celte science se divise encore en deux parties : la fUeyomancie force lé diable de ranimer un corps mort; la scyomancU ne produit que la ressemblance des figurea

Avec la Uconamancie on conjure les esprits à l'aide d'un vase plein d'eau.

Avec la gastromanciâ on allume quelques boikgies autour d'un verre, et après avoir évoqué les esprits, on prend un en&nt encore dans l'âge de l'innocence, qui peut voir dans ce verre tout ce qiie roB désire voir.

La captromanck ressemble beaucoup à celle dcr-

(96) nière Sdence, mais elle exige pouriant qadqaes cérémonies particulières.

Pour se servir de ïonimanciâ, on noircit avec de l'huile et «de la suie la main d'un enfiint, et les esprits apparaissent sur cette main et répondent aux questions qu'on leur adresse. Vient ensuite la géo^ mancie^ pour conjurer les esprics avec un dé à seize coins; la pyronumcie, avec laquelle on pro* phétise les résultats d'un incendie; VacromancUt pour savoir ce qui arrive d'un orage; la tiphramancUy quand on se sert des cendres pour fiiîre une conjuration : on trace alors un petit cercle, on y forme avec des cendres les caractères A. B. C , et l'on prophétise d'après la manière dont le vent en- -lève ou déforme les caractères.' Avec la gtslinomancie on découvre l'endroit où se trouvent les choses volées et quels sont les voleurs.

Après avoir reçu ces belles instructions, Christophe Wagner continue ses voyages aventureux. Il se rend à Tolède où, pour son début, îl change en ""cochons des étudÎEans qui avaient l'air de se moquer de lui; puis, de là, en Lapoaie, et de là en Amer rique. n visite toutes les contrées découvertes par Colomb , et en rapporte beaucoup de jolies descriptions. Ensuite il revient en Espagne; il approche de sa fin, ne fait pas pénitence, s'oiivre, s'étourdit et meurt Et ici il faut remarquer la décadence sensible de la ma^. Faust a eu à ses ordres un démon

puissant, qui pouvait le transporter d'un lieu à l'autre avec la rapidité du vent, et son élève n'a qu'un pauvre petit «singe qui le laisserait mourir de (àûn , si Christophe Wagner ne trouvait encore dans son ima^nation des moyens de subvenir à ses besoins. U ne s'agit plus pour lui de s'asseoir sur son manteau et de se laisser emporter où'^bon lui semble;, il &ut qu'il prenne la manière de voyager de tout le monde ; qu'il aille à pied, ou en voiture, ou en bateau, obligé de subir tous les inconvéniens, toutes les lenteurs, tous les accidens de la route: ensuite Faust a ait marché avec le diable pour vingt-quatre ans de vie, et Wagner n'a pu en obtenir que cinq. Faust a reçu dans ses bras la belle Hélène, et lé malhçurèux Wagner n'obtient de son démon qu'une misérable femme qui lui montre ses }Oues décharnées et ses yeux caves, après l'avoir bien embrassé sous un beau masque. En vérité, la ma^e s'en va; Faust en a encore vu le bon temps, mais Wagner n'en connaît plus que la décrépitude. Faust a été Toeuvre originale , et Wagner n*est qu'une méchante copie. Au temps du maître, on croyait encore aux prodiges de la sorcellerie-, de la chiromancie ; au temps de l'élève on commence déjà à ne plus guère croire. On le conduit en Espagne et en Amérique, et on lui fiât dire ce que les voyageurs ont cfit , au lieu de le promener seulement de la cave d'Auerbach au palais de l'empereur Maxi-

milien. Il est clair que celte pauvre magie tombe, que rimagination des écrivains laisse là ces coules qui lui ont tant fait passer de soirées d'hiver^ pour reporter ailleurs sa soif de récits. Il est ckir que les vieux contes s'endorment dans Tonibre quand la science véritable commence a luire ^ que ïève an* cienne recule, et qu'une autre ère s'ouvre avec ces deux grandes , ces dieux merveilleuses nouvelles : Tinvenûon de l'imprimerie et la découverte de l'Amérique.

Il nous reste un mot à dire des œuvres attribuées à Faust et à son famulus Christophe Wagner. Il existe en Allemagne un livre de magie bien connu, qui contient nombre de conjui^ations, de signes càba<lîstiques, de formAles diverses djexorcisme. Ce livre a été remanié à différentes repri^s , et il serait dif* ficile de dire quelle est au juste sa forme primitive. Nous ne l'avons encore vu que deiu fois : un exemplaire se trouve à la bibliothèque de Dresde; l'autre appartient à. M. Apel , de Leipûg» Il porte le titre de : D/ Johannis. Faust Magia celebérrima , und Tabula nigra. Après la mort de mon maître, j'ai moi, Christophe Wagner, pubhé ces fornoAiles d'art, à l'aide desquelles on peut forcer les esprits à nous apporter ce que nous demandons ^ que ce soit de l'or, de l'argent, désirësors cachés ou tonte autre chose. Lyon , 1 4 Avrii 1 5 1 1.

Ensuite viennent difféi^ijtes indicatioDA sur le fOut

(99) de la semaine et Theure convenables pour conjurer les esprits» sur ^ manière de tracer Je cercle magi- <jue, etc. > puis on trouve cette remarque : i

Ici commence le manuscrit du D/ Faust, appeiti HoUenzui^ang (Contrainte de l'enfer), avec lequel il a obligé les démons à lui obéir.

Le D.* Stieglitz a cité encore un autre livre : FÉtoile noire du D/ Faust Londres, i5io. Ouvrage rédigé d'après ses propres manuscrits.

. Horst a publié aussi , dans sa Bibliothèque magique, deux de ces manuscrits.

Le premier est intitulé : La grande puissance du D/ Faust pour conjurer les esprits inrernaux, particulîèrçment Aziel^ afin quils lui apportent avec soumissiqn et sans vouloir ni lui faire tort ni leffrayer, les t|*ésors qu'il v(3Ut avoir. D'après l'exem* plaire de Prague , 1 609.

Le second poite le titre de : Miracles , science \ livre merveilleux du D/ J. Faust ou le corb^u noir, ou le triple Bj&lhfi^^yang (le reste du titre comme les préc^eos). Lvoa, Mcoxipupm^

Au comqiencement de ce livre dds Afir^cles, on trouve le passage suivant, qui nous a paru asse^ remarquable pour que nous le citiops :

c Moi, P/ Jean paust, j'ai lu dans ma jeunesse beaucoup de livres de toutes sortes; un jour il m'en tomba UA ^Qtre les mains qui contenait plusieurs conjar^tioDs. Après uvoir quelque temps rèyé avec

( »oo )

plaisir à ce qu'il me promettait, )e voulus pourtant en faire l'épreuve. Et alors je vis ^paraître devant moi le puissant démon Astaroth , qui me demanda pourquoi je l'avais appelé? Je ne sus rien lui dire autre chose , sinon qu'il devait se mettre à mon service et satisfaire à mes demandes. Alors il exigea que je signasse un contrat avec lui, ce qui d'abord me répugnait assez. Mais comme je n'étais pas encore très-avancé dans la magie, je n'osai lui résister. Ainsi nous fîmes notre contrat. Il s'obligea à me donner, pour un certain nombre d'années, un fidèle serviteur, et me présenta l'esprit MochieL Je lui demandai quelle célérité il avait? Celle du vent, me réppndit-il. Ce n'est pas assez, lui dis-je. Il m'en faut une autre. Après lui vint Arriguel.— Comment voles-tu ? — Comme l'oiseau. — Tu es trop lent Ensuite vint Aziel. Conmient cours-tu? — Comme la pensée. — - C'est bon, je te garde, et cet esprit m'a servi pendant long-temps. ^'

U y a encore un autre livre cité par Horst , et intitulé : Pouvoir du D.' Faust, pour contraindre Lucifer et les trois démons des eaux à lui apporter les trésors de la mer.

Du reste, ce serait un travail assez inutile que de vouloir rechercher quelle part plus ou moins grande Faust a prise au juste à ces ouvrages. Il est bien certain qu'il sera advenu pour ces livres la même chose que pour sa chronique; c'est-à-dire , qu'on lui aura

(lOl)

aitribne beaucoup de travaux scientifiques , comme aussi beaucoup d'aventures , auxquels il n'a jamais songé. Faust était le véritable type et le représentant de la mag^e en Allemagne; son histoire exerçait sur le peuple une influence dont on aurait peine à se fiûre aujourd'hui une idée. A l'époque de la guerre de trente ans, une troupe ennemie se prépa>ait à entrer dans le village de Bréda, en Saxe. Le bourguemestre accourt au-devant d'elle et raconte que sa maison a été le théâtre de la mort effroyable de Faust, et que les murs sont encore couverts de son sang; et la troupe se retire en désordre tout e& frayée. Les récits, les chansons, les livres populaires, les théâtres forains ambulans, répétaient ce nom de Faust et son étrange chronique. Les artistes étrangers retraçaient les principaux traits de sa vie; les écrivains traduisaient le livre de Widmann; les savans ont dû lui prêter aussi bon nombre de leurs idées ; car c'était pour une œuvre de magie un assez bon titre de recommandation que de paraître sous le nom de ce grand enchanteur Faust

DRABIES.

From mj jouih ttpgpMrds Mf sfH'fà 0aàed kêi wHà thé SêUh ^mek^ Nor hok^d apok the earih wUh human €j€s; The ihirst of thefr ambition vas not mini; the aiia Kj/their e^ùistence pas nâi miaè; Mf iofS^ my griefs^ mf passtaoi msd mf ptmirSf Made me a stranger*

Gé Serait une grâtide tâche d'ëntiméirek' toutes les histoires, thèses, disset^tious, rechercha biblio^ graphiques qui ont été faites sur la chh)itilque de Faust Ce n'eu serait pas une knoins grande dé compter tous lès essais dramatiques auxquels cette chronique a donné lieu ; et c'est une chose facile à concevoir, car Faust est IW des sujets dé poésie les plus vbstés et les plus puissans. Si les fUreufs d'Oreste, si rhistoire des Âtrides sont venues des théâtres de la Grèce remplir encore du brUit de leurs sanglots nos théâtres, que ne devait- on pas attendre d*un type aussi original, aussi touchant, aussi élevé que celui de Faust! Il y a dans cette vieille tradition, que le V moyen âge nous a léguée, trois caractères distincts que le temps ne peut eiTacer. D'abord, elle est née du christianisme ; elle en porte l'image mystérieuse, le cachet symbolique; elle est la fille du

(io3>

christianisme, de la religion nouvelle, comme les héros de la guerre de Troie sont les en&ns de la religion antique. A ceux-ci, k force physique, la guerre et les belles armes, et le pillage des villes. Je tumulte des camps, ou les courses dans l'arène. A Faust, la lutte intérieure; c'est l'homme qui se . Méchire l'ame pour en dérouler tous les plis; l'homme qui chancelle, quand la foi ne le soutient plus; l'homme du christianisme, qui tombe dans l'abime pour avoir oublié ces deux grandes vertus du chris» tianisme : la croyance et l'humilité. Pour les pre^ miers, tout l'effet dramatique est extérieur, comme toute leur vie, toute leur religion, toute leur poésie est extérieure. Ce sont des nations entières qui se rassemblent contre une seule ville; ce sont des guerres qui durent dix ans; ce sont les dieux qui abandonnent leurs trônes dans l'Olympe , pour ve-nir encore aiguillonner et soutenir les passions des hommes. Ce que nous appelons amour, doux et pieux sentiment de l'ame, se personnifie chez eux par un enËint qui porte des flèches et un carquois ; ce que nous nommons majesté, c'est Junon; cou^ rage bouillant, c'est Mars; ivresse, c'est Bacchus. lis ont des dieux pour toutes les pensées, pour toutes les situations^ Pour le remords, Némésis avec son* oeil en courroux et ses serpens; pour les chagrins du coeur,. les furies avec leur tète échevelée et leur bouche san glante ; pour l'esprit , Apollon ;

(io4)

pour l'ame, Psyché. Ainsi rhomme ne peut pas redescendre.au dedans de lùi-méme; car tout ce qu'il éprouve est déjà représenté au dehors» Tout pour lui prend une forme objective , une forme plastique et -saillante, dessinée avec le géme de sa nation et faite ponr attirer ses regards. Au lieu de se retirer dans son individualité, d'approfondir s^ diverses sensati<Mis, de vouloir dérouler l'un après l'autre les feuillets de son ame» il n'a besoin que d'ouvrir son livre de mythologie ; car tous les aocidens de la vie humaine se trouvent là retracés comme dans un miroir. S'il aime, s'il est aimé, c'est Vénus qui lui sourit; s'il souffre, c'est la Fortune qui trompe ses espérances ; s'il veut tenter une entreprise commerciale, il appelle Mercure à son secours; s'il est poète, il invoquera les Muses et Apollon. Jardinier, il rend grâces de ses fruits à Pomone; laboureur, il s'adresse à Cérès. Ses actes de religion ne sont pour lui que des fêtes; il s'en va au temple le front couronné de roses; il remplit sa coupe d'un vin écumant, et Bacchus lui sourit; il £di voguer sa galère sur les flots, et les nymphes des eaux l'environnent, et la déesse Amphytrite s'avaiice pour Iç voir. Si un malheur le menace, si un fléau vient à ravager le pays, il n'ira point se courber le front dans la poussière et se frapper la poitrine, pour implorer la miséricorde Je ses dieux. Mais il choisira quelques victimes dans ses gras troupeaux ^

(io5)

OD leur mettra des guirlandes de fleurs , on leur dorera les cornes; puis la hache du sacrificateur tombe, le sang coule, l'encens fume, et Voilà son expiation.

Tout autre est cette religion chrétienne, cette religion gravé et mystérieuse, qui se porte doucement et tristement au fond du cœur, au lieu de s'exhaler à travers les boscfuets de Gnide, ou l'enceinte de l'amphithéâtre ; cette religion qui renferme dans l'ame Dieu, la nature, l'amour, les passions ^ au lieu de les répandre au dehors sous des formes corporelles. Tout autres sont ses joies; tout autres aussi ses expiations et ses souffrances. Lorsque Manfred. s'écrie :

From rwy youih upwards My spirU wattced not mik ihe soûls of men, Nor iooked upon ihe earih çpùh kuman eyes; Tki thirsi of ihtir ambiiion tpas noi mine; The atm of iheir existence tvas noi mine; ^fy Joys, mygriefi, my passions and my poiversy Mode me a stranger,

Jeane encore, mon esprit ne pouvait pas sympathiser arec l'ame des liommes ni envisager cette terre comme ils )e font. Leur soif d'ambition n'était pas la mienne; le mobile de leur existence n'était pas le mien. Mes joies, mes douleurs, mes passions et mes facultés ont fait de moi un étranger.

qui ne sent qu'il y a dans cette douleur secrète concentrée à l'intérieur, dans cet isolement de iliomme au milieu des hommes, dans ces souf-

( io6 )

frances étranges qu'il éprouve sans pouvoir les communiquer, un drame tout différent, et cependant non moins terrible à concevoir que la mort d'Hippoljrte, ou le meurtre d'Agamemnon?

Et c'est la le drame de Faust ; le drame qui tient à l'esprit des nations modernes, parce qu'il est né du christianisme; le drame qui offre, d'un côté, assez de merveilleux et de situations intéressantes, pour frapper l'imagination du vulgaire f de l'autre, assez de hauts déyelopp^mens pour fixer Fattention du philosophe , ou ébranler l'imagination du poète. Là, pour celui qui n'y veut rien voir de plus, est la vieille chronique, Thomme qui se livre aux écarts d'une vie aventureuse , l'homme qui fait de la sorcellerie, et meurt emporté par le diable. Ici, est la noble lutte d'une ame audacieuse contre les limites qui lui sont imposées; la soif insatiable de science qui devrait la transporter au-delà d'un autre monde, et n'aboutit qu'à lui faire sentir plus amèrement les souffrances dans celui-ci. C'est la tentative que tout esprit éclairé a plus ou moins entreprise; c'est le vent qui a fait frémir les ailes de notre ima^nation ; c'est le problème sur lequel chacun de nous a du moins jeté quelques regards. Pourquoi sommes-nous ici? et où allons-nous? Qu'est-ce que la nature? Qu'est-ce que le temps? Qu'est-ce que Dieu? Pourquoi ces bornes imposées à notre intelligence? Pourquoi cette force ravie à notre volonté ? N'y a-t-îi pas

( Ï07) pour nous une route autre que celle du vulgaire? Ne pouvons -nous entrer en communtcation avec fies êtres supérieurs, pénétrer dans les seerets de la création , découvrir ce que le ciel cache dans ses voiles, ce que les siècles à venir nous réservent, ce que Tétemité roule dans son manteau?

Cest la pensée, c'est le rêve, que l'époque moderne discute méthodiquement, et à laquelle le moyen âge, avec sa naïveté , donnait pour instigateur le diable. C'est la pensée dont l'on reculerait indéfiniment l'origine, car l'histoire de l'arbre de la science n'eu est que le symbole. Les Indiens la gardent dans leur mythologie; les Grecs l'ont re-^ produite dans leurs systèmes de philosophie; le seizième siècle nous l'a rendue sous la figure de Faust.

Cette fois le terrain est assez large, et je ne m'éton&e pas de la quantité de poètes qui ont voulu s*y frayer une route. Faust était un beau type, dont chacun pouvait prendre uue copie, ou, si vous aimez mieux, un thème fécond que chacun pouvait essayer de remplir avec sa riche ipisfgination ou sa science, avec sa piisanthropie ou sa folle gaité , avec ses couleurs trempées dans les superstitions du moyen &ge ou dans les idées actuelles. Faust pouvait se prêter à toutes les formes, revêtir tous les caractères, passer docilement par toute b filière d'aventurés qu'on lui supposerait, mépriser les hommes comme Diogène,

les maudire comme Timon, les amuser comme Âlcibiade, se faire grave docteur du moyen âge, ou fàshionable des temps modernes; être guerrier, poète, rêveur y sensuel, triste, libertin, servir à calomnier le seizième siècle, ou à cracher à la £ice de celm-cl Ce pouvait être une comédie, un. roman, une épopée, un dithyrambe, voire même un mélodrame ou un vaudeville. Bref, Faust était un nom , une idée , et cette idée , tombant au milieu d'un monde de littérateurs affamé dldées, pouvait dévenir le partage de tel homme . qui n'aurait qu'un haHt d'arlequin à lui donner; de tel autre qui le revèti* rait d'un capuchon de moine; de tel autre, enfin^ qui s'en servirait en guise de journal pour proclamer ses pamphlets littéraires, ou ses diatribes politiques, jusqu'à ce que cette pauvre idée, ainsi déguisée, mutilée, salie, tronquée, couverte de &rd, de taches, de clinquant et d'oripeaux, arrivât aux mains de l'homme de génie , qui l'accueillit avec amour et pitié, la lavât de ses souillures, la dépouillât de ses* lambeaux^ et la Ht apparaître sous sa forma la plus belle, et dans sa plus noble con* ception.

C'est pourtant une chose assez curieuse de voir comment une même pensée peut être prise de tant de manières différentes, comment chaque poète a pu prêter h Faust /sa propre individualité; et de là vient, dit M. Arnim, qu'il n'y a pas encore assez

( 1^9) de Faust, car chacun de ceux que nous connaissons porte avec soi un caractère particulier; et la manière de concevoir ce sujet , de le traiter et de le mettre en scène, peut varier à Tinfîni.

Mais encore &ut-il que ce sujet, si grand et si

élevé par lui-même, soit embrassé avec force , et

compris avec talent; et nous ne voudrions pas nous

engager à rendre compte de tous les journalistes,

prosateurs et poètes allemands, qui se sont gaimeùt

abandonnés à la Ëmtaisie d'écrire aussi leur Faust

Même après l'œuvre immortelle de Gœthe, il s'est

trouvé encore ' des écrivains pour revenir sur le

même terrain; d'autres même, conduits sans doute

par un zèle très-louable , voyant le Faust de Gœthe

inachevé, ont cru bien faire de mettre la main à

l'œuvre, et de lui constfuire une seconde partie.

Et en joignant Te poème du maître avec celui des

continuateurs , on aurait tout juste l'image des an-

dens monstres marins : un beau corps de femme,

qui se termine en queue de poisson.

Ainsi nous laisserons de côté la plus grande partie de ces essais, imitations, continuations, pour ne prendre que quelques-uns des principaux ouvrages auxquels Faust a donné naissance.

Et , d'abord , il est assez curieux de trouver au sortir de la chronique la première pièce écrite par un auteur dont nous regrettons de ne pas savoir le nom, le drame empreint de la naïveté de son époque, de son

poêle, de son public; le drame qui se jouaii au dixsepiième siècle, pour le peuple, sur un petit iliéatre de marionnettes. C'était pour lui un grand divertis* sèment, car leL pièces ne dépassaient pas , par leurs longs monologues et leurs phrases pompeuses , la portée de son intelligence. Le prix d'entrée était en proportion avec la foriune; les premières places lui appartenaient; il était le roi de ces thé&tres; on ne levait la toile que quand il arrivait, et on ne la bais* sait, que quand il en avait assez. Là, il retrouvait ses chroniques fevorites, qu'il avait lues maintes fois au coin de son feu; mais ces chroniques vivantes, douées de la parole et du mouvement , re* présentées par des personnages dont il prévoyait d*avance la catastrophe « dont il suivait avec intérêt le son de voix et les gestes. Là, il voyait Don Juan emporté par le diable; il s'attendrissait aux malheurs de Geneviève; il .pleurait, en suivant dans sa misèi*e le Fils perdu ^ et tressaillait de joie, en le voyant rentrer sous le toit paternel. Tandis que les grands seigneurs et les beaux esprits de l'Allemagne s'en allaient écouter sur les grands théâtres de froides imitations des pièces françaises et italiennes, le bon peuple du dix -septième et du dix -huitième siècle conservait encore quelque chose de sa nationaHté, en assistant avec sa pieuse croyance à la représentation de ces pièces, tout allen^andes par le fond^ par la forme, par le langage et les caractères. En i9o4>

il y avait encore a Berlin un ilié&tre dé marîon*

nettes irès^renommé; et non-seulement le peuple,

nms aussi plu^urs littérateurs s'y rendaient avec

assiduité. Mais dans l'espace de trente ans, les mœurs

ont bien changé; le théâtre de marionnettes, s'il

existe encore, est abandonné aux bonnes et auK

enfans; et le peuple, qui n'a. plus de larmes pour

le Fils perdu et pour Genei^iève^ s'en va comme un

grand ^seigneur à l'opéra voir jouer la Vestale, et

du haut de la troisième galerie, juger, le lorgnon à

la main, la danse de M."' Elsler.

L'une des pièces les plus en vogue sur ces anciens théâtres populaires i était celle de Faust, qui dut à sa grande réputation l'honneur d'être imprimée, ce qui n'arriva pas à beaucoup de ses compagnes ; et c'est une chos^e qui mérite d'être vivement regrettée. L'analyse de ces {àèces pourrait montrer qu'il est telle tradition d'instinct, tel sentiment poétique qui Bé S9 perd jamais complètement parmi le peuple; et que ce que nous appelons aujourd'hui révolution littéraire, poésie romantique, n'est peut-être autre chose que la continuation de cette poésie naturelle, de ceue poésie du peuple , dont l'on retrouverait les traces en Angleterre, dans les anciennes ballades; en France, dans nos lais et nos contes ; en Allemagne, dans une foule de chansons. En pénétrant à travers l'enveloppe dont la soi-disant belle littérature l'a recouverte, en jetant de côté et d'autre tout ce qui

(lia)

la dérobait à nos yeux, on pourrait voir apparaître cette poésie comme une statue mutilée , mais pleine de nerf et de vigueur ; on pourrait suivre une filière de ballades, 'progressive sans doute, mais non interrompue, depuis Thibault de Champagne josqua V.'Hugo et Lamartine, depuis Klingsor jusqu'à Gœthe et Uhland. A une certaine époque, toute la poésie était romantique , parce qu'elle était toute d'inspiration naturelle, toute populaire. Puis, les savans sont venus qui voulaient l'accabler sous le poids de leurs définitions et de leurs théories; et la pauvre poésie romantique, à qui il ÊtUait de l'air et de la liberté, s'est retirée à l'écart, et a soupiré doucement ses timides chansons; tandb que la littérature des beaux esprits, usurpant la place vacante, s'est mise une couronne sur la tète, et s'est appelée la littérature de France, ou d'Allemagne, du dix-septième ou du dix -huitième siècle.

Quoi qu'il en soit de ce préambule, j'avais besoin de le faire pour en venir à cette analyse de l'ancienne pièce de Faust, qui présente des situations très -remarquables, et des scènes d'une vérité que Gottsched et Schlegel^ et les autres régens classiques de l'Allemagne n'ont pas souvent reproduite dans leurs drames.

Au lever du rideau, Faust est seul dans sa cbamf '■' ■' ■ ' ' ' ■ I I. I ■ ■ ■

1 Elias Schlegel y qui naquit en 1718 et mourat en 1749*

(ii5)

bre, lefront courbé sur un gros livre (dans ce temps^ la 9 les gros livres lie pouvaient être que des ouvrages de science). Il a, ditnl, étudié beaucoup de choses; il s'est adonné sucoessivement à plusieurs sciences , mais aucune ne le satisÊdt; et de désespoir, il va finir par se donner au diable. Alors, à gauche de luiy une voix se fiât entendre qui l'encourage dans ce louable dessein ; tandis qu'à droite une autre voix l'engage à continuer l'étude de la théologie. La voix de gauche l'emporte. Faust trace un cercle de maglie, prononce ses conjurations, et les diables paraissent II s'informe de leur rapidité^ l'un vole comme l'oiseau, et il le trouve trop lent; l'autre comme la flèche, et il est encore trop lent; mais un troisième vole comme la pensée de l'homme , et il le choisit.

La scène change, et nous trouvons Wagner, le iàmulus de Faust, en grande conversation avec Gas^ pard. Dans ces pièces allemandes, Gaspard est ce qu'en Espagne est le Gracioso ; en Italie, l'Arlequino; en France, le Pierrot ou le Paillasse. Gaspard se plaint de la négligence des gens de cette auberge, qui ne repondent pas à son appel, qui ne lui apportent ni à boire ni à manger lorsqu'il le demande; et quand il apprend qu'il n'est pas dans une auberge, mais dans la maison du docteur Faust, il déclare qu'il n'a point l'humeur difficile , et qu'il s arrangera aussi très-bien de prendre chez le docteur

un bon repas graUs. Ses naïvetés et ses jojeuses balooidtses amusent Wagner, qui finît par Fengagcr au service de Faust Gaspard est le comique du peuple , rhomme qui égaie le sérieux de la vieille tradition par ses bouflPonneries; Thomme qui alterne avec les scènes de meurtre et les apparitions du diable; et qui, après que les spectateurs se sont at-

• tendris et ont pleuré, vient avec une grosàère plaisanterie ou une folle gambade, leur arracher un édat de rire , afin que le souvenir de celte représentation ne leur soit pas trop trbte ; afin qu'ils s'en aillent entre la joie et les larmes; entre Tironie et Tefiroi,

" comme cela arrive dans la. vraie comédie de cette vie. Gaspard est quelquefois aussi un personnage d'opposition; un homme qui, tout en folâtrant «sur le théâtre, et en se grimaçant le visage^ jette de temps à autre un rude sarcasme contre les autorités du jour; contre les prêtres ou k noblesse; contre les financiers ou les savans. C'est un bouffon, mais un bouffon malin. Le peuple veut toujours avoir un moyen de manifester son mécontentement. S'il ne prend pas les armes contre ceux qui le tyrannisent, il veut au moins se moquer d'eux. S'il n'a pomt de chefs pour le conduire sur le mont Aventin, point de tribuns pour le défendre, il attache ses pamphlets à la statue de Pasquin , et ces pamphlets sont aussi une vengeance.

Faust conclut un padte avec Méphistophclès. Voila

le sériaa de la pièce. Pais , vient Gaspard qui fu'* rète dans la chambre du docteur allemand , ouvre ses livres Vna apr^ l'autre, et regrette beaucoup de ne pas savoir lire; mais c'est la feute de sa grand'*» mère, qui s^était chargée de l'élever. Elle mourut lorsqu'il n'avait encore que dix-neuf ans, et le laissa à moitié chemin de la science , car il commençait déjà à connaître passablement ses lettres. A force de regarder et d'épeler, il parvient cependant à déchiffrer quelques mots, et il apprend qu'avec le mot Berlik^ il peut faire apparaître les démons; et avec BerluAy les renvoyer. Et alors Berlik Berlûk se succèdent avec une rapidité très-amusante pour les bons spectateurs. Les diables accourent, s'enfuient, reviennent, disparaissent, se flèchent; puis, reviennent toujours au niot de Berlik, et doivent encore s en aller au &tal BerluL- Gaspard prend un grand plaisir à les voir ainsi voltiger, et ensuite à les faire poser devant lui , et à les interroger l'un après l'au-^ tre sur leur âge, leurs fonctions, leur demeure. A la fiff, les diables s'aperçoivent à qui ilâ ont afiàire, et commencent à tourmenter aussi Gaspard qui, oubliant alors le grand mot Berluk, s'enfuit devant eux , pousse de grands cris en sentant leurs griffes, et finit par se sauver au fond de la scène. Au second acte, Faust est en présence de Mé* phistophelèsy qui exige la signature du contrat II fait couler le sang de sa main, et remarque avec sur-*

prise que ce sang a formé deux caractères très-distincts : H. F. , ce qui veut dire : Homo fage^ C'est un ajvertlssement de son bon ange; la frayeur le saisit 9 il chancelle et tombe évanoui. Méphistophelès a pressenti l'approche de cet être céleste, et comme il ne peut lui résister, il s'éloigne. Alors l'ange gardien descend auprès de Faust, et lui murmure dans son sommeil de douces paroles et de pieux conseils. Mais ses efforts sont inutiles; Faust se réveille, ap pelle Méphistophelès, signe le contrat, et un corbeau noir s'élance sur la scène, prend le papier avec son bec, et le porte à son maître Pluton.

Maintenant Faust, qui s'est déjà acquis une grande réputation par sa science magique, veut s'en aller exercer son art à la cour d'un prince italien , et emmène avec lui Gaspard , mais en lui recommandant le plus strict silence sur tout ce qu'il sait de lai.

La scène représente im appàrtenient somptueux dans le palais du prince^ Un maître d'hôtel est là qui fait divers préparatifs pour une f^te. Gaspard arrive comme un oiseau par la fenêtre. Le maître d'hôtel veut entrer en conversation avec lui, et Gaspard , qui tremble de tous ses membres , commence par déclarer qu'il n'a pas peur, qu'il connaît sa force, et que personne n'est en état de l'obliger à dire qu'il s'appelle Gaspard, qu'il est allemand de naissance, domestique d'un savant renommé,' etc. Le maître d'hôtel lui demande le nom de son maître, et Gas-

(i>7) pard, qui n'ose nî enfreindre ouvertement les ordres qu'il a reçuSy^nî résister aux pressantes interroga* tioDs de son interlocuteur, lui répond par un Rébus ^ en lui montrant le poing fermé (le poing, en allemand Faust).

Alors entre le prince, donnant le bras à sa jeune épouse, et s'entretenant avec elle des fttes splendides* qui vont avoir lieu. Le maître d'hôtel vient &ire diversion à l'entretien , en annonçant l'arrivée du célèbre Faust Cette ^louvelle met tout le monde en rumeur; le duc se hâte d'envoyer quelqu'un à la poursuite de Gaspard; puis, dans son impatience, il y court lui-même; et pendant ce temps arrive Faust. La duchesse le reçoit avec des témoignages de bienveillance qui l'enivrent d'orgueil, et lui font concevoir les espérances les plus présomptueuses. Elle le prie dé lui donner une preuve de son grand art, et Faust évoque tour à tour Samson, Goliath, Salomon, Judith. Avec Judith, on voit aussi apparaître la tète d'Holopheme, et tout le camp des Assyriens se déroule aux yeux étonnés des spectateiir& £n même temps, le savant docteur ne manque pas de raconter l'histoire de chacun de ces personnages, ce qui jette la cour dans un nouvel étonnement. La duchesse est on ne peut plus enchantée d'un tel prpdige de science, et elle veut aussitôt présenter Faust à son époux; mais il la prie d'attenr* dre que l'on soit à table, et il veut se révéler alors

(ii8>

lui-même par d'autres œuvres encore plus mervôlleuses.

Mais le triomphe du docteur ne devait pas durer si long-temps; comme il se disposait k se rendre à la gracieuse invitation de la duchesse, et à prendre place à table, Méphistc^helès vient le prévenir qu'une coupe empoisonnée l'attend, par les ordres du duc, et qu'il n'a rien de mieux à (aire que de s'enfuir bm vite

Probablement que le duc avait trouvé un peu trop vif rintérèt de sa jeune épouse pour le docteur, ou un peu trop tendres les regards de Faust Cest du moins l'idée que le poète jette dans l'ame des spectateurs.

Quoi qu'il en soit, Faust part; et dans son accès de frayeur oublie, en vrai égoïste, son fidèle Gaspard. Oh ! c'est une triste chose pour le pauvre serviteur, qui, après avoir long-temps imploré la pitié des Italiens, pleuré , crié, ne sachant plus que devenir, finit par employer son mot Berlik , pour ap< peler les puissances de l'autre monde à son secoure Un diable arrive, difforme, méchant, moqueur, et Gaspard le reçoit comme son bienfaiteur et lui saute au coxL Le diable consent à le ramener en Allemagne, et lui amène une voiture dans laquelle est assise une jeiHie femme; et Gaspard reconndi sa soeur, et ne veut faa voyager avec ella; une autre ftnune vÎMt, et c'est sa grand'mève. Il est à prAsomer que

(t«9) toute k fianille de Gj^pard éuût allée prendre son domieile en enfer, et que le cbable saisissait cette occasion pour lui en donner des nouvelles.

Enfin Gaspard, qui ne ^pousse pas Tamour fra-lerod et filial très*loin, à ce <p11 parait, obtient de ^^y^^ s^9 ^ revient en Allemagne, dans la ville même oii se trouve Faust, et eu on lui accorde une place de Nachivi^âchUr (gaidien de nuit, qin est chargé de crier les licnrea).

Au cinquième acte,.yoici veair Faust; mais Faust

sombre, diagrin^ désespéré. Lesannées ont fiii rapi-r

dînent, le terme de son contrat approche; il le

voit arriver, et cette pensée empoisonne pour lui

le peu de temps qui lui reste à vivre. Au fond de

son cceur un reste de rdigion se réveille; le re^

mords raignillonne. Il voudrait finre pénitence; mois

il ne sait s'il ne s*y prend pas trop tard. Dans ce

moment, parait Méphistopbelèe. •-— -Écoute, dit

Faust, tu t'es engagé^ par notre contrai, à me dire

toujoum k vérité. -—*• Oui, répond le diable, -qui

se souvient avec une amère ironie de cette ciauae

singulière pour un esprit de menjKmge. -^ Ek

tien! parle; peux-)e eaccMre seionrnear k Diieu?-^

Oh ! dit le diable tout tremblant, quelle étrange

qaestioii?*^ Parle. -— Je ne sais. *^^ Oui, tu le sais;

r^pon^, yà le l'oedoniie. Mais Méphistophclès^

pour ne pas répondit, laisse Faust prii^ità gsnoux^

sort, «i «amène av«c lut une belle ftmme, sw la^

( *ao)

quelle aussitôt Faust arrête un regard ardent La belle femme 9 qm est Hélène, tombe dans les bras du docteur; la prière est oubbée» et le diable tient sa proie.

Maintenant toute espérance est perdue pour Faust ; son dernier jour à lui, son dernier mom^t approche. Sa chambre s'obscurcit; sa tête tombe lourdement sur sa poitrine; son regard se tnouUe. Neuf heures sonnent, et une yoiz sourde lui crie eft latin : Prépare toi. Faust a peur et va se cacher au fond de sa chambre. Alors revient encore ui^e soèno de plaisanterie pour contraster avec cette scèns de deuil. Cest Gaspard qui a épousé une femine acariâtre et querelleuse, et qui maintenant se dispute avec elle. Quand il en a assez de la dispute, il allume sa lanterne , et s'en va de par la ville e^ chante une joyeuse chanson.

Dix heures sonnent, Faust reparaît, et .la mèn^e voix lui crie : Tu es accusé; et tandis que Faust sent redoubler son effroi, Gaspard recommence sa plaisante querelle avec sa femme; eeUe Sois Tenfiint s'en mêle, ce qui est un redouUemoit de joie pour les spectateurs. Puis> il s'élance hors dp la maison» et se met. à chanter. Enfin, onze heures, aohnimt, ^t la voix mystérieuse fine : Tu es Jugé. Gaqxud, (rompe par l'obscurité de la nuit, va se hpuf ler cook tre Faust; et en homme Inen avisé,. il profite de cette remontre pour Ini demander scm^MUre de

( lai )

trois mois., Faust a les sens égarés ; il murmure des paroles inintelligibles, des phrases dâirantes^t sans suite Cq>endant il songe encore à un moyen de salut; il propose à Gaspard de changer d'habits avec lui, car il espère ainsi tromperie diable et lui faire pendre Gaspard à sa plaça Mais celui-^â soupçonne au^i de la part de son ancien maître quelque 91^ percherie; il sort pour remplir ses fonctions. Minuit sonne, la voix crie : Tu es damné; et Faust, après avoir prononcé un terrible monologue , tombe entre ks mains du diable. *

Après cela, Gaspard arrite encore une fois, et devine à l'odeur du soufi^'e ce qui s'est passé. Mais son caractère d'insouciance ne se dément pas; il regrette seulement de n'avoir pas été prévenu de ce départ, car il aurait pu envoyer, par Faust , son salut à sa grand'mère. Puis il sort, et on l'entend comÎBuer le refrein de sa chanson.

Caldéron a pris aussi dans la tradition de Faust l'idée de son Jùtgiciea prodigieux^

On retrouve dans cette pièce la plupart des défam& ec des 4|ua]ités qui signalent ordinairement ses pièces de théâtre^ Il y a des, situations mal expliquées ^ des personnages hors d'œuvre; des idées .qui seraient lrès-)»dUes, dévdoppées avec concision, mais qui se délaient dans de longues phrases. On ne conçoit, guère Je. rôle des deux dodDoestiqnes de Cyprien^ et leur amour pour livia; car oe rôle i^e jette ni une

scène comique, dî aucun intérêt de plus dans le drames Oit ne voit pas iion {dus tris-bien à quoi sert la pauvreté de Lysandre, qui le force à quitter sa maison pour écfaaj^Mr aux recherches de la justice; et Ton aurait le droit de se demander aussi pourquoi Galdéron a fiât de Cyprien un psien, au lieu de le prendre au seiâème siècle, comme l'ont £iit les autres poètes. Mais probablement que le pieux drmaturge espagnol ne pouvait se résoudre à montrer aux yeux de ses spectateurs un <^u^en sVidon* nant à la magie; ou que s'il le fiiisait, il devait au moins donner à un tel sujet de drame le dénouement naturel en Espagne, c'est-4-dire l'Auto-da-fe; et cela n'entrait pas dans son plan.

A coté de ces dé&uts, il y a des scènes vraiment très- belles, des idées fortes et élevées, des pages pleines de poésie. L'auteur a surtout, comme l'a remarqué M. de Sismondi, une grande éloquence quand il parle de religion, et c'est là bien certainement Tun des principaux motifs qui loi ont valu les éloges outrés de W. Scfalegd,

Le Ma^cim prodigieux n'est sans doute pas. une des premières • pièces de Caldéron; et je crois que, par son caractère, par sa forme, die devrait être rangée au nombre des Autos sacrameniaUs , qui composent, dans ses œuvres théâtrales , un ordre de drames inférieurs aux autres ; mais c est une cfaoee assez curieuse, ce nous semble, de vcdr -comment

la «ombre tradition de Faust a pu se modifier entre, les mains du catholique espagnol; et voilà pour(|uoi nous ne craignons pas d'analyser ce drame.

La scène est à Ântioche.

Cjprien arme dans une contrée montagneuse, le front penché, le r^ard rêveur. Il a fui, dit-il» le tumulte d'une fêle que Ton célèbre dans la ville à l'honneur de Jupiter, pour pouvoir suivre dans la solitude le cours de ses réflexions. Après lui viennent ses Serviteurs Moscou et Clarin, qui corrigent par la vulgarité de leurs observations, les phrases tristes et solennelles de Cyprien.

Puis ils s'éloignent Le savant les regarde partir avec joie :

MaintenaRt, s'écrie^t-il, me voilà seul, et je puis poursuivre le problème qui tourmente mon ame, depuis que î*ai lu dans le mystérieux langage de Pline la définition de Dieu; car ma pensée ne conçoit pas ce Dieu qui s'en^ veloppe de tant de mystères, et je veux suivre dans ses détours cette vérité cachée.

(// s* assied pour lire. Le démon arrit^ couvert d'un riche vAemenL^

LE nâiioN (à pari).

Malgré toutes tes recherches, Cyprién, tu ne la découvriras pas, cette vérité; car cest moi qui te la dérobe.

^ CTPBUK.

J'ai entendu venir fMlqn'un dans h forêt. Qui cal ià^

LE DÉMON

Un étranger qui s*est égaré si long -temps aujourdliui à travers la montagne, qu il a dû laisser paître dans la prairie son cheval épuisé de fatigue. Je veux arriver à Ântioche, où des affaires importantes in*appelient, et en me plongeant dans mes rêveries, je me suis écarté de la route directe, et j*ai perdu mes serviteurs et mes compagnons de voyage.

CYPRIEM.

Je suis étonné que ,vous ayez pn vous égarer, car on aperçoit de loin les hautes tours d*Antioche, et en suivant tous les sentiers de la montagne, il n*y e^ a pas un qui ne vous conduise â la ville. Le premier que vous eussiez pris était bon.

LE DÉMON

Yoilâ précisément ce qui nous arrive dans notre ignorance, elle nous aveugle en face même de la science. Et comme je ne me soucie pas d'arriver seul dans cette ville étrangère pour y chercher mes. compagnons, je préfère attendre ici que la nuit descende. Votre costume et les livres que je vois auprès de vous, me font présumer que j'ai devant moi un savant de grand mérite, et je me suis toujours réjoui d'entrer en communications avec les amis de la science.

CYPaiEN.

Avez- vous étudié?

LE DÉMON

Mon. Mais pourtant j'en sais assez, je croiS; pour ne pas être regardé comme un ignorant.

(125) CYPRYEN. ^, 1

A quelle science vous ètes-yons. adonne? *)

LE DÉMON

Oh! à beaucoup.

CICPHIEN.

L'étude la plus longue ne suffit même pas pour embrasser une seule branche, de connaissances» et tous, ô vanité! vo^s en ayez embrassé plusieurs sans études P

LE DEMON

Oni , je suis d*un pays où Ton pénètre sans étude au fond des sciences les plus abstraites.

CYPEIEN.

Que ne suis-je donc né dans une telle contrée! car après toutes mes longues recherches je sais encore si peu.

LE DEMON

Si yons ne voulez pas me croire, dites-moi seulement à quek travaux vous vous êtes livré , et je parie pouvpir soutenir le contraire *de votre opinion, quand même elle serait parfaitement juste.

Cjprien lui explique alors l'embarras dans lequel Ta jeté cette phrase de Pline : Dieu est la bonté par excellence, l'être qui subsiste par lui-même, Tètre qui sait tout et qui est tout - puissant. Car il ne connaît de Dieu que Jupiter; et assurément la séduction de Danaë, l'enlèvement d'Europe, et beaucoup d'autres choses , ne prouvent pas pour son exquise bonté.

Le démon enlace alors Cyprien dans un filet dldées obscures et paradoxales , et le quille aptes l'avoir plongé plus avant dans le doute.

Un duel éclate. Lelius et Florus, deux jeunes gens nobles d'Anlioche se battent pour l'amour, de Justina, la fille présumée de Ljsandre. Cyprien tente de les apaiser; il veut lui-même aller trouver Juslina j et savoir lequel des deux die préfère. Il arrive après que Ly sandre a expliqué, à la jeune fille, comment au milieu d'un peuple de païens, il /i été, par une faveur toute spéciale du Ciel, élevé dans la religion chrétienne; et comment il a pu l'élever, elle aussi , dans cette même religion. Cyprien n'a pas plutôt aperçu Juslina, qu'il en tombe amoureux; et au lieu de parler au nom des deux jeunes rivaux, il ne peut que balbutier des mots sans suite poui: exprimer ce qu'il éprouve lui-même. Justina lui répond en riant qu'elle l'aimera au moment de la mort, et Cyprien' se retire désespéré.

Ce que les incertitudes et les combats de la science n'ont pas encore fait, l'amour le fait Cyprien, tourmenté par sa passion , et n'osant croire que Jusdna y réponde, résout d'avoir recours à ses livres de magie et de se donner au diable, si le diable peut satisfaire à ses désirs. On trouvera peut-^tre étrange cette alliance de la religion païenne avec une des créations du christianisme. Le diable , comme on nous le fait, n'existait pas dtr temps de Jupiter, et les in-

( 127) vo€idoDS d'amour ne pourraient lui être adressées ; maïs il ne faut pas s'arrêter à cet anachronisme, qui deirait sans doute entrer dans les arrangemens de laoteur. Après cette scène, où Cyprien exhale d amè^ rement son désespoir, arrivent des scènes d'intri* gœs tout-à<>fait dans le goût espagnol. Le diable se glisse dans la maison de Justina, ua des amans raperçoit, et pense que dest son rival; le duel recommence entre les deux rivaux. Le père de Lelius, qui est gouverneur de la ville , accourt aux cris que Von pousse dans la rue, et jette les deux jeunes gens en prison ; puis menace de toute sa colère Jus-» tina, qui pleure, prie, euitteste en vain le Ciel pour témoin de son innocence. Pendant ce temps , pour qu'il ne manque rien à cette complication de galanteries, Clarin et Moscou, les deux serviteurs de Cyprien, continuent à se disputer la place dans lé cceur de livia. . '

Le démon reparaît , Cyprien plus amoureux que jamais, lui explique avec un grand luxe de poésie les beautés de sa dame, qu'il compare tour à tour au soleil, à la rose, à rœillet, à la neige, au carmin, au petit ruisseau qui court dans la vallée, à la prairie où étincellent les peries de rosée, à l'oiseau qui soupire, au laurier dont on fait des couronnes, au rocher qui se rit des efforts de ses en^ nemis. Le démon consent à lui donner cette femme en échange de son^ ame j et comme Cyprien semble

douter encore de la grande poissance de son interlocuteur, le diable (ait mouvoir d'un signe les montagnes d'Antîoche; puis un rocher s'entr^ouvre, et, au milieu de ce rocher, Justina apparaît endormie. Alors, le pacte se conclut, et le diable emmène Cyprien dans une sohtude ignorée pour l'instruire pendant une année des secrets de la magie.

Au troisième acte, l'année est passée , Cyprien se réveille avec des transports de joie; car le jour est venu où il doit avoir Justina en sa possession. Le diable ne peut pourtant employer la force envers elle, car elle appartient à un maître plus puissant que lui; elle est chrétienne; mais il tente de la séduire par des chants d'amour, et des images sensuelles.

On entend les sons d'une musique mélodieuse. Une voix s'écrie :

Quelle est la plus douce joie de cette vie p

Et le chœur répond :

C'est l'amour! C'est l'amour!

Le théâtre représente là chambre de Justina, et la jeune fille paraît en proie à une violente agitation. Alors arrive une scène toute féerique, une scène que l'on dirait rêvée dans une nuit de Mai , sous un ciel pur, au milieu des orangers.

UKE VOIX.

Toute la nature est embrasée du feu de J'amour. Il j

^ pour rhomine plus de vie dans raroour que daas fair

qu*il retire. Les arbres et les flems dans les champs» les

oisesrax dans Fait obéissent à Tamonr , la pins belle partie

de notre yie . . . . .

us caaua.

Cest Famonr ! Cest Tamonr I

Fantôme obscur qni me ponrsoit en sonnant , quel motif t*ai-je donné d*allnmer dans mon cœnr de coupables désin? Pourquoi ne pourrais- je pas être encore ce que î*ai toujours été ? Quelle est cette chaleur que je ressens dans Tame, cette tristesse étrange qui me tourmente?

Page 1