‹ Études sur GoetheChapitre 8 sur 44 · JUSTIN A · texte numérisé non relu

JUSTIN A

L*amour? Ai -je jamais tenté dé lui rendre boramage? Dans ma folle présomption n*ai*je pas repoussé Lelius, Florus» Cyprien, qui languissaient pour moi? Jai banni loin de moi Leiius, j'ai méprisé les offres de mariage de FloruSy et j'ai traité Cjprieii avec une telle dérision qaW s'est enfui désespéré, et n'a plus reparu devant moi. Mais malbeur! je crois que là est la source de mes désirs; car depuis qu*il est loin, je sens au fond de mon ame un tourment encore ignoré. Peut-être aussi n'est-ce que de la pitié, de la pitié pour un bomme estimé de tout le monde» par 'moi seule méprisé, condamné à l'infortune. Mais cette pitié je devrais la ressentir aussi pour Lelius et Flonis, ^ plongés à cause de moi dans le cacbot. Ob! mes pensées, arrêtez-vous, si la pitié suffit, ne vous joignez pas i elle; ear maintenant une telle passion me domine, que peutêtre, d malbeur à moi ! ... si je savais oik il est, je doute si je ne devrais pas aller le cbercber.

Alors le démon arrive, et veut entraîner avec Id Jnstina ; mais elle résiste, die se défend^ elle appelle

( »5i ) Dîta à soo secours, et le démon «st oUîgé de firir» Ne pouvant remplir entièrement sa promesse , il veut du moins tromper Cjprkn, et il lui envoie on fintôme revêtu de l'image de sa bien*aimée. Mais quand Cyprien a tenu avec titosport cette image dans ses bras, die change tout à coup^ et ne lui prisenfte qu'un hideux squekflxe. Cyprien, trompé, honteux, maudissant sa fatale illusion, appelle le <£able, et lui demande l'expUcation d'un tel phéno-^ mène; et le dîaUe, poussée bout, est forcé d'avouer qw Justina est sous la protection d'un Diea trop puissant pour qa''û puisse lutter contre lui

— - Et quel est ce Dieu, s*écrie Cyprien?

— Oh ! je le dis avec terreur, répond le diable, c*est le Dieu des chrétiens.

-^ Ainsi donc, ajoute Cyprien, celui-là protège ceux qui lui appartiennent

Et ici rbtention du poète se dévoile ouvertement; il n'a voulu faire de son magicien prodigieux qu'une pièce édifiante. Cyprien est l'homme égaré par ses passions, le paien aveuglé comme S. Paul, et qui revient à la vraie foi comme S. Paul. En prenant cette idée comme base fondamentale du drame, on peut voir qu'elle n'est pas mal suivie; et que, depuis le commencement jusqu'à la fin, tout tend à amener graduellement cette conversion, à faire échner le triomphe du christianisme sur l'en-

durcisseme&t .d'un cœur de païen et les embûcha du diable.

Gyprien commence par se débarrasser brusqu^ ment de la société de son infernal compagnon ; et avec le même sentiment qui le portait à méditer sur la pbrase mystérieuse de Pline , il court .maintenant à la recherche du Dieu des chrétiens. U arrive à Antioohe au moment où Justina, arrêtée par les ordres du gouverneur, doit être conduite à l'édofaud , parce qu'elle persiste à demeurer chrétienne. U vient lui*même, pour expier ses fiiutes, annoncer publiquement sa conversion, et demander à mourir pour sa foi. Sa rencontre avec Justina devait fournir au poète l'occasion de développer encore quelqua dogme chrétien*

CYPBIEN.

Toi prisonnière, Justina P Qael crime a donc entaché ta vertu? ^

JUSTINA.

Ce n*est pas le crime qui me conduit ici , c*est la haine de ces païens contre le Christ qui est mon Dieu.

CYPaiEH.

Oh! tu as bien fait de lui rester fidèle, Justina; car il veille sur toi et te protège ; mais tâche de me le cendre favorable.

JUSTINA.

Invoqne-leavec foi, et il entendra tes vœox

' CTPniEN.

0\k\ fai foi en lui, mais ma vie pass^^ me jette encore dam le doute

:iUSTUlA.

Me chancdle pas dans ta confiance.

cnusn.

Hélas! mes fautes sont sans bornes.

JUSTINA.

Sans bornes aussi est sa démence.

CXPRIEN.

Peut-il avoir encore compassion de moi f

JCSniTA.

Sans, doute.

ClfPEIEN.

Comment ? Même si j'avais engagé mon ame au diable pour pouvoir être aimé de toiT

JUSTINA.

11 7 a moins d*étoiles au firmament , moins d'étincelles

A^m la flamme, moins de saMe sur le rivage de la mer,

moins d'oiseaux dans Fair, moins d*at6mes de poussière

aux rayons du soleil, qu'il n*y a de péchés auxquels U

accorde son pardon.

cxpueu.

Eh bien, Justina! je ne doute plus, et je pourrais lui obir' mille fois ma vie.

(i54) Le gouverneur ordonne qu'on les conduise tous deux à réohaËiud , et Justina dit en s'en allant :

Je t'avais promis, Cyprien, mon amomr an moment de la mort^ maintenant je tiens ma promesse.

Pendant que les condamnés se rendent sur la place d^exécution, la scène est occupée par les amoureux que nous connaissons dé)à. darin aocnselim de lui avoir été infidèle ; celle-ci se défend de son mieux, et Moscou, l'amant préféré, atteste sa constance. Tout à coup tùi bruit effroyable se iàît entendre. Le gouverneur avec Lelius et Florus, qui sont sortis de prison, accourent tout effrayés; et Ton apprend qu'au moment où la tête de Cyprien et celle de Justina tombaient sur l'échaiaud, la terre a tremblé et s'est entr'ouverte; et alors, à travers la lueur des éclairs , le roulement de la foudre, le démon apparût, et annonce que Diett le force à venir révéler que Justina est morte innocente; que Cyprien a anéanti par son martyre l'engagement qull avait contracté avec l'enfer , et que tous deux rq>o$ent n»ipt»nwt dans la demeure des bienb^ui'eux; sur quoi la f((M^ se d^pei^^, à moitié ébirodlée <}ans la ci?oyaAce paîenAe , ei toute prête à accnélUf les enseignemens du christianisme.

Marlovre, le prédécesseur au théâtre anglais, et pendant (fuelqn^ Knnâes le contempotaÎA de Shakespeare, a Ëdt sur Faust ime tragédie,^ qui fin jouée

pcmr la première fob en iS8g. On voit qu'il a composé en grande partie sa pièce d'après la chronique de Faust, qtii pemt à Francfort en 1587. ^'^^^9 tout en se teùam, Bdtfement attaché à la tradition, il a sa aussi quelquefois inventer, et produire des scènes remarquables et intéressantes. Telle est, par exemple^ celle où Faust interroge Méphistophelès, et le force d'avouer ses propres tourmens :

Faust. Qu^est-ce que Lucifer ' ?

MtPHiSToraELis. Cest le roi suprême des esprits.

Faust. Ce Lucifer ii*a*t-Il pas été un ange?

MÉPBI5TOPHELÉSL Oui, I^austus, ct Ic bien-aimé de Dieu

Faust. Comment se fait-il qu'il soit le prince des dé* mons ?

- MÉPBiSTomEiiis. Par son orgueil ambitieu el son insoleace, qbe Dien punit en l'expulsant des deux.

Faust. Et qui ètei-yous, vous autres qui vives avec Lacifar?

MéraiSTOMELÈs. Les malheureux esprits qui vivent avec Lnctfei conspirèrent contre leur Dieu avec Lucifer» et sont pour jamais damnés avec Lucifer.

Faust. Et ou ètes-vous damnés ?

M£pnsTCMraiELi& En enfer.

■ Cette traduction est empruntée à M. À. Kchot, qui^ dans la ReYue de Paris du mois de Mars i853, a publié sur la tiagédie de Maiiowe, comparée au Faust de Gcethe et i cetui de Klingemami, une critique aussi spirHnelle que fudi* ôeuse.

FAVtrr. Comment se Saitt-il donc qœ ta sois en ce nuh ment hors de Tenfei: ? -

MéPHisTOPHELÈs. Mais c'est ici Fenfer, et je ne suis pas hors de Tenfer. Penses-tu que moi qui ai tu la &ce de Dieu, goûté les }oies du ciel, je ne sois pas tourmenté de dix mille enfers, en étant privé de cet étemel bonheur? 0 Faust, laisse ces frivoles questions qui frappent mon ame d*une accablante terreur.

Voici comment cette scène est rapportée dans la tradition :

Faust demanda à Méphistoplielès, quel écritestu donc? — Mon maître Fausjt, répondit le démon, je suis un esprit ailé, et je règne sous la voûte du ciel. — • Mais comment Lucifer est- il tombé? — Maître , Lucifer était un bel ange formé par Dieu , une créature de béatitude. Us étaient trob dans la haute hiérarchie des Séraphins , des Chérubins ^t des Trônes. Le premier commandait aux anges; le second protégeait les hommes; le troisième devait soutenir les combats du diable. Et Lucifer était un noble archange. Les deux autres s'appelaient Gabriel et Michel. Quand mon maître se fût révolté, l'enfer s'ouvrit aussitôt devant lui ; la nuit l'environna de ses ombres', il fut jeté dans les fers, et ne trouva dans son éternelle demeure que le feu, le soufre et les nuages épais. Quant à nous, nous ne savons pas comment l'enfer a été creusé par la main de Dieu; car il n'a ni fond, ni hmites.

Faust forme aussi , comme la tradition k rapporte, im pacte de vingt-quatre ans avec le diable. Puis le remords le prend, et pour le distraire, Lucifer et son associé Belzébut amènent devant lui sept péchés mortels :

BELZEBITT.

Mamtenant, Fanst, qoestionne-Ies sur leur nom et lenr caractère.

FAUST

Volontiers. Qui es -tn, toi le premier .s^

l'ohgueil.

Je sms rOrgnol. Je dédaigne d'avoir ancnn's parens. Je ressemble à la pnce d'Ovide ; je me glisse dans toutes les parties dn corps d'une fille de joie. Quelquefois, comme ime permqne, je me place sur son front; puis, comme un collier, je me suspends â son cou; ensuite, comme un éventail de plnmes, je la caresse de mon souffle, et enfiù, me changeant en démise, j'en fais ce qu'il me plait. Mais fi donc ! qndle odenr ici ! Je ne dirais pas un mot de plus, pour la rançon d'un roi, à moins qu'on ne parfume la ferre sons mes pas , et qu'on y étende un tapis.

Ta es mi effet nn orgueilleux dr6Ie. Et toi, la seconde,

qui es- tu ?

l'avauce.

Je sois TÂvarice, née d'un vieux rustre dans nn sac de cuir, et si je pouvais' réaEsar mon désir, cette maison.

toi et ton» les aities» tow séries dmgés es ori que je mettrab ^h» clef dans mon cofire. O moii doux or!

FAUST

Et qui es- tu, toi, la troisième?

L*EirviE.

Je suis rÈnyie, fille d'un ramoneur et d'une mardunde d'huîtres. Je ne sais pas lire, et|>ar conséquent je tondrais qu'on brûlât tous les livres. Je maigris de voir manger les autres. Âh ! s'il pouvait surrénir une famine dans toute la terre pour que tout le monde momrût, bt que je survécusse seule, tu verrais alors comme je deviendrais grasse. Mais pourquoi es-tu assis et moi debout? A bas, misérable!

FAUST

O envieuse scélérate! Mais qui es-tu, toi-, la quatrième?

. LA GOLèas.

Je suis la Colère ; je n'ai connu ni père si mère. Je wtéchnffsi de la guenle d'un tion lorsque j'eddlais â peine depuis une beure, et je n'ai pas cessé de courir le Bonde avec cette boite pleine d'épées, me blessant moi-même quand je ne ponvais trouver avec qui me battre. Je suis née en enfer, et prenez^y garde , car quelqu'un de vous sera mon père.

« Et toi, qui es-tu, la dnquième?

LA QOURVAm>ISE.

Je suis In Gonuandise; mes parens sont tous morlSt ettte n'ont laissé qu'une petite pension donf je paie trenle

ftf» et dis kimttes par jenr : bagatelles pov coBteutcr la natiffe. Je sois de race roy^» mo père ébâl un jaiakoa^maiaire im maid de tîb de Bordeaux; nés parrains» Kare Hareng Saar et Jllartin Âlojaa de Bcraf ; mai^ ma marraine , ah ! c*était nne vieille douairière qiû s*ap* pelait Marguerite Bière de Mars. Maintenant, Faust, que tn connais ma généalogie, veux- tu m*inyiter à souper?

f ÀU4T.

Je nen gatterai bien.

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