‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 10 sur 130 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

édition de Pierer) et de la traduction française de J.-B. Gardeil, professeur de médecine de l'Université de Toulouse, et de Coray, médecin grec. Après avoir comparé ces translations avec celle de Littré, nous avons trouvé que c'étaient celles-là qui étaient les plus correctes.

Nous avons tâclié de faire pour le père de la médecine ce que nous avons fait pour le père de l'anatomie (Voir nos Études sw' A. Vésale). C'est-à-dire que nous avons fait ressortir de leurs écrits plus l'esprit que la lettre. Si sous ce dernier rapport nous avons beaucoup péché, nous en demandons très-humblement pardon aux érudits.

On nous reprochera peut-être le double emploi des traductions latine et française ; mais à défaut du grec — dans lequel nous nous déclarons complètement incompétent — il fallait un moyen de contrôle. Or l'exactitude du texte latin une fois admise, celle du texte français en est la conséquence.

Nous recommandons ce livre à l'indulgence des médecins honnêtes ; quant à nos détracteurs, nous leur l'épondrons, avec Guizot : « Vous n'atteindrez pas à la hauteur de nos dédains. »

D'' BURGGRAEVE.

LA MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE

Que les temps sont changés ! Je me rappelle — moi un vieillard — l'époque oii toute doctrine nouvelle suscitait les polémiques les plus ardentes. Ainsi, tandis que, au Français, Classiques et Romantiques s'apostrophaient de la manière la plus violente, et, debout sur les bancs, étaient près d'en venir aux mains ; Broussais, au Val-de-Grâce, fulminait contre les Brownniens ; et nous sortions de ses leçons animés du feu du physiologisme.

D'où venaient ces ardeurs belliqueuses ?

De ce que la foi scientifique n'était pas morte et de ce que le scepticisme ne s'était pas emparé des esprits eu éveil.

Si la dosimétrie avait vu le jour dans ce temps de croyance — et d'intolérance — elle eût provoqué un vacarme non moins bruyant que celui du Français et du Val-de-Grâce.

Aujourd'hui on est tolérant parce qu'on est sceptique.

Est-ce un bien? Peut-être oui. De cette manière les idées nouvelles ont le temps de se produii'e et de pénétrer dans les esprits, sans ces vives oppositions qui en retardent la marche.

i INTRODUCTION.

L'École fait la sourde oreille, parce qu'elle comprend qu'elle a tout à gagner

A garder de Coiirard le silence prudent.

Elle a voulu systématiser les faits, et les faits se sont tournés contre eUe.

Ce qu'on veut aujourd'hui, c'est la pratique et non la théorie. « Assez d'anatomie pathologique! " a-t-on dit. On : c'est-à-dire celui qui a plus d'esprit que Voltaii'e ; le public médical en général ; et le public médical a raison, comme en tout ce qui concerne le bon sens.

« On l'a constaté — dit le docteur Gallaverdin — les médecins nosographes, anatomistes, expectants, ne s'occupant nullement de traiter les malades, en sont venus à étudier, chacun à un point de vue particulier, les phénomènes du corps humain, comme ils étudieraient les phénomènes géologiques ou astronomiques : avec curiosité et indifférence. Ce ne sont plus des médecins, mais des naturalistes, des membres de l'Académie des curieux de la nature, qui commettent ici le sophisme de prendre l'objet de la médecine pour le but même de cette science. Quant au système de Broussais, il a eu un singulier avantage, celui de faciliter les études anatomiques en donnant l'occasion de faire un très-grand nombre d'autopsies. — Les statisticiens, qui ont paru se montrer plus soucieux de la vie des hommes, ont abouti, en définitive, aux mêmes résultats que leurs devanciers; et comme la méthode numéi'ique, par ses mécomptes, poussait au scepticisme, elle a préparé le règne de l'Ecole expectante. « (Expér. n° 49.)

Voilà donc, où nous en étions en médecine : trop ou rien. L'homœopathie avait voulu déguiser son impuissance en y introduisant des mythes ; ce qui l'avait couverte de ridicule auprès des gens qui voient par d'autres yeux que ceux de l'imagination ou d'une foi aveugle.

C'est dans cet état de choses, aussi préjudiciable aux médecins qu'aux malades, que la dosimétrie est entrée en scène. Mais au lieu de provoquer les débats violents dont nous parlions tantôt, elle a vu se faire autour d'elle le silence le plus absolu.

C'était trop unanime pour qu'il n'y eût conspiration — au moins

LA MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 3

tacite. — C'est que l'École comprenait le danger de sa position. Elle sentait que l'autorité allait lui échapper.

Ladosimétrie, c'était la médecine du bon sens, c'est-à-dii'e des humbles. Avec elle plus de mystères , c'est-à-dire plus de grands prêtres de la science , s'inféodant l'empire des esprits. Elle eût bien voulu avoir les moyens de proscription d'autrefois, mais elle voyait la libre pensée se dresser devant elle comme le fantôme de Macbeth. Dès lors, elle se retrancha dans son mutisme, oubliant le proverbe : ^ Qui ne dit rien consent. »

Comment se refuser, en effet, à l'évidence des faits?

La dosimétrie fut la traînée de poudre qui devait mettre le feu à la mine. Bientôt elle eut partout des ramifications; et, du midi au nord, de l'est à l'ouest, les faits confirmèrent ce qu'elle avait avancé.

C'est qu'elle ne s'était i-isquée qu'à bon escient.

Pendant dix ans elle avait étudié les lois de la vie, et elle les avait trouvées constantes, comme au temps d'Hippocrate, comme dès l'origine de la vie même; car, sans lois, il n'y a pas de mouvement, pas plus en physiologie qu'en astronomie; il n'y a que la matière inerte — comme ces globes éteints qui gravitent dans l'espace sans activité propre — et également sans utilité; sinon pour faire nombre.

Pendant dix ans la dosimétrie avait cherché les moyens d'intervenir dans le cours des maladies abandonnées à un ignorant empirisme ou à un soi-disant esprit scientifique. Elle prit corps à corps ces agents redoutables qu'on qualifiait du nom de « poisons » et' qu'on tenait soigneusement sous clef dans les officines assermentées. Aussi ce fut avec une sorte de stupeur qu'on apprit qu'il existait une « médecine par des alcaloïdes « . Ne pouvant nier le fond, on s'attaqua d'abord à la forme ; et on proclama, Ut'bi et Orbi, que c'était de l'homœopathie déguisée. Dès ce moment l'auteur de la dosimétrie fut considéré comme un renégat. Ses cinquante années de professorat et de pratique furent mis au pilori. Cent ans plus tôt, on l'eût forcé à faire amende honorable. Mais on se sentit impuissant et on se tut.

Comme nous l'avons dit plus haut, ce silence profita à la dosimétrie, puisqu'il lui donna le temps de fourbir ses armes.

La montagne ne pouvant venir à nous, nous allâmes à la montagne. Abandonnant notre cabinet d'étude, notre Sanctum Sanctorum où nous avions goûté, pendant un demi-siècle, la douceur du travail, nous prîmes lebâton de l'apostolat — la besace pourrions-nous dire — et nous nous mîmes — avec notre fidèle Achate M. Ch. Chanteaud — à parcourir l'Europe.

Ce fut vers le Midi — c'est-à-dire le pays du soleil — que nous portâmes d'abord nos pas; et partout nous reçûmes l'accueil le plus empressé (1); partout il se forma École contre École. 11 faut croire qu'on s'y ressouvient encore de nous, puisque au mois de mai prochain va s'ouvrir, à Madrid, un Congrès international de médecine dosimétrique. Ce Congrès, nous en avons la conviction, sera fécond en résultats, et non une tour de Babel, d'où'on se séparera faute de s'être entendu.

Une autre preuve que la médecine dosimétrique a jeté partout des racines profondes, ce sont les différents journaux qui se publient, depuis deux ans, à Madrid, à Oporto, à Turin, à Londres et tout récemment à Bréda (Hollande méridionale). Ces journaux vivent de leur propre fonds et ne sont pas la reproduction du Répertoire universel de médecine dosimétrique, qui est entré lui-même dans la dixième année de son existence.

Comment expliquer, après cela, le silence de l'École ? Nous l'avons dit : par son impuissance. Elle se sent acculée au pied du mur de la vérité, et elle fait le mort. Mais soyons persuadé que sous peu elle ressuscitera ; et comme elle est bon diable, elle viendra réclamer sa part. Peut-être la voudra-t-eUe tout entière, en prétendant qu'elle n'a jamais voulu ni dit autre chose que ce que veut et dit la dosimétrie.

Car que voulons-nous après tout? C'est que la réforme de la thérapeutique se fasse et que la médecine ne soit plus une - inutile histoire naturelle ^, comme l'a dit si sensément le docteur A. Latour.

Que d'aveux nous pourrions enregistrer! Ainsi, n'est-ce pas un savant pathologue qui, en parlant des agents dont la thérapeutique dispose (ou plutôt disposait), dit :

« La voix publique nous a taxés d'ignorance, puisque nous ne

(1) A Marseille, la Société de médecine se réunit pmir discuter la nouvelle méthode ; et nous répondîmes aux diverses objections qui nous furent faites.

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pouvons triompher du mal qui décimait la population (à propos du choléra asiatique). Mais n'en est-il pas de même chaque fois qu'une épidémie vient frapper les nombreuses populations? Sommes-nous plus habiles à guérir le tj^hus, la peste, la fièvre jaune, la scarlatine, la rougeole, la variole, qu'à guérir le choléra? — Non assurément. »

D'' HoppE, La liberté des dispensaires, p. 48.

Ce « non assurément « est de trop, puisque nous avons aujourd'hui, dans les alcaloïdes, les moyens de combattre toutes les fièvres graves, autrefois mortelles parce qu'on leur abandonnait les malades comme une proie prédestinée. Et bien coupables seraient aujourd'hui les médecins qui se rendraient complices d'un pareil crime de lèse-humanité !

L'expectation, c'est le goutfre où Ton a laissé s'engloutir plus de victimes que n'ont pu faire les guerres les plus sanglantes !

Ouvrons le livre du docteur Baudens : La Guerre de Crimée. A un moment, quarante-huit mille fiévreux encombrèrent les hôpitaux ! Le typhus, qui avait emprunté sa faux à la mort, y moissonnait à son aise. Et en attendant que faisait-on? Rien; ou du moins rien d'efficace. Après avoir décrit savamment le typhus et ce qui le différencie de la fièvre typhoïde, sa marche, ses complications, l'éminent chirurgien arrive au traitement, qui a consisté dans un éméto-cathartique au début, les boissons mucilagineuses ou acidulées, l'eau vineuse, les toniques fixes et diffusibles, le vin de Malaga et de Porto et le sulfate de quinine dans la période de rémission. Mais de strychnine, d'aconitine, de vératrine et des autres médicaments dosimétriques, il n'est pas même fait mention. Nous avions, avant la guerre, fait proposer, par l'intermédiaire de M. H. Larrey, l'envoi, à titre gracieux, desmedicamentsChanteaud.il nous futrépondu par une fin de non-recevoir. A qui incombe la responsabilité de ce refus? C'est ce que nous n'avons pas à examiner ici.

Mais plus l'École a fait la sourde oreille, plus les faits ont parlé; et de tant de pays à la fois qu'on ne peut plus se faire illusion sur la victoire de la dosimétrie.

L'École s'en tirera comme elle pourra. La réforme est faite ; elle n'a qu'à se généraliser. De toutes parts les brochures affluent, précurseurs d'un travail d'ensemble.

Nous retournons aux temps évangéliques, où il n'y aura plus ni premiers ni derniers et où tous seront égaux devant la science.

Le livre sur Hippocrate accélérera cet heureux instant. Ce sera l'avènement de la véritable concorde entre médecins, car tous n'auront qu'un objectif, la santé de leurs semblables.

D'' BURGGRAEVE.

Gand, 4 mars 188L

HOMMAGE A HIPPOCRATE

Hippocrate! Quelle grande figure!

Il représente ce qu'il y a de plus noble ici-bas : la médecine.

La médecine qu'on a voulu reléguer au rang des métiers, mais qui sera éternellement grande, parce que, de toutes les professions, c'est la seule qui n'enrichit pas.

Non qu'il n'y ait des médecins comblés par la fortune ; mais ce n'est pas là ce qui fait leur valeur.

Hippocrate n'a pas ébloui par son faste, mais par la simplicité de ses mœurs.

Voyez son buste, que l'antiquité nous a légué : à part ce front large, cette figure où respire la sérénité, on dirait plutôt l'image d'un pauvre.

Il refusa — dit-on — les présents d'Artaxercès, et on ne saurait lui en faire un reproche, car le médecin se doit avant tout à son pays.

Le roi des rois était venu envahir la Grèce, se fondant sur la supériorité de ses armes et le nombre de ses soldats; Hippocrate devait donc refuser de lui apporter les trésors de sa science.

Qu'eût-on dit d'un médecin français qui, à l'époque d'une invasion néfaste, eût été donner ses soins dans le camp ennemi?

Hippocrate est le chef avéré de la médecine, parce qu'il en représente le véritable esprit.

Il ne fut pas un savant, dans le sens qu'on attache aujourd'hui à ce titre ; ses connaissances en physiologie furent celles de son époque ; mais

il n'en fut que plus grand puisque, aujourd'hui encore, on le salue du nom de « père de la médecine " .

Et pourquoi cela ?

Parce que sa science fut celle de la vie et non celle de la mort.

C'est dire qu'il s' appuya exclusivement sur les forces vitales.

Il y a une étude dont nous ne voudrions pas dire du mal, parce qu'elle poursuit l'organisation dans sa forme première; mais, elle aussi, est obligée de s'arrêter devant le mystère de la vie (iK

Que ce mystère se passe dans la cellule, dans la fibre, dans l'organe, qu'importe ! La science est obligée de s'arrêter devant la grande loi physiologique, comme l'astronomie devant la loi de la gravitation.

Hippocrate fut donc vitaliste. Et c'est pour cela que nous l'avons choisi pour chef.

Si la dosimétrie a su vainci'e la résistance de l'Ecole, c'est qu'elle combat sous le drapeau d'Hippocrate : ^ In hoc signo rinces. »

Elle aussi (la dosimétrie) ne se pique point d'une vaine science ; elle répudie ce que le docteur Amédée Latour nomme une - inutile histoire naturelle "; eUe s'attache moins aux formes des maladies qu'à leur fond.

Elle cherche à les prévenir plutôt qu'à les guérir. — Eternel écueU de notre art !

En publiant les présentes Études, notre but a été de montrer combien les idées médicales d'Hippocrate sont encore justes aujourd'hui.

Quand on parcourt son li-sTe « Des pronostics - , on reste émerveillé de la profondeur de ses appréciations et on se convainc que la médecine n'est pas une science d'augures.

En parlant des médecins de son temps, Hippocrate dit : « Je ne devine point; je décris les signes propres à faire juger quels sont les malades qui en réchapperont, et quels sont ceux qui en mourront. »

Hippocrate ne fut point un physiologue, mais un biologue. Il s'appliqua plutôt aux mouvements du corps vivant qu'aux rouages de la machine physique.

N'est-ce pas encore là ce que nous faisons aujourd'hui?

Qui scrutera les mystères des fonctions, même les plus infimes ?

Mais on peut constater en quoi elles contribuent au grand mouvement de la vie.

Qu'est-ce que la vie?

Un souffle divin qui anime le corps et lui fait accomplir les actes qui

(1) Nous voulons parler des recherches microscopiques qui occupent aujourd'hui une si large place dans l'enseignement, au point qu'on pourrait croire que tout est dans les infiniment petits. Mais le microcosme ne fait que reproduire le macrocosme.

HOMMAGE A HIPPOCRATE. 9

constituent son existence propre — car une fois ce mouvement arrêté, le corps se décompose pour rendre ses éléments à l'air et à la terre, d'où il les a empruntés.

"Voilà pourquoi, en médecine, qui dit « matérialisme r., dit « néant ».

Et cependant, c'est sur le corps seul que le médecin a de l'action.

Comment ?

En soufflant sur l'étincelle prête à s'éteindre et en ranimant ainsi la flamme.

Tel est le rôle du médecin. Il n'en a pas d'autre.

Voilà pourquoi ses médicaments — sans être des mythes — doivent être assez subtils pour provoquer les mouvements vitaux — comme la catalyse en chimie.

Plus heureux qu'Hippocrate, nous possédons ces agents que la chimie pharmaceutique est parvenue à extraire des végétaux — comme les métaux précieux de leur gangue. Et ce sera notre éternel honneur, à nous médecins dosimétristes, d'avoir pris pour base la vitalité.

Que nous importe l'anatomie pathologique, cette science de la mort!

A quoi bon ces inventaires lugubres, sinon à constater nos erreurs ou nos impuissances !

Afin d'éviter de nouvelles erreurs — dira-t-on?

Mais depuis quand les désastres ont-ils instruit les hommes?

La médecine ne doit pas être une bataille où la victoire se chiiFre par le nombre des morts.

Ce n'est pas une lutte avec la maladie, cet être idéal qui n'existe que dans l'imagination des Dons Quichottes de l'art de guérir. C'est un art de soulagement, « parégorique y comme disaient les anciens.

Mais Hippocrate ne nous apprend pas seulement notre art ; il nous apprend aussi notre dignité.

Pour lui le médecin est le vrai philosophe.

« L'art de la sagesse et celui de la médecine sont un. Tout ce que donne le premier, le second le met en usage : mépris de l'argent, modération, décence, modestie, honneur, bonté, affabilité, juste appi'éciation de toute espèce de besoin de la vie, courage contre les événements ; les médecins sont exposés sans cesse aux occasions propres à déceler la luxure ou la bassesse; ou l'intempérance ou la cupidité; ou la médisance ou l'effronterie ; ini les reconnaît à la manière dont ils se conduisent avec ceux qui les emploient, aussi bien qu'à la manière dont ils vivent entre eux

" Le vrai médecin néglige les moyens étrangers qui ne sont d'aucun secours pour la guérison ; il ne veut rien d'inutile ou de fantastique.

(Que ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce portrait ne se disent pas médecins.) "

Voilà ce qui doit nous soutenir dans l'exercice de notre noble profession. Voyant les hommes de près, nous devrions presque les mépriser, mais nous ne voyons en eux que l'humanité et nous répétons avec Térence : « Homo suni et nihil humani a me alienum puto. » Notre récompense est dans le devoir accompli. Cependant il faut vivre, soi et les siens. Comment forcer ce débiteur infidèle qu'on nomme le public, à nous indemniser de notre temps, de nos peines, de nos dangers. En restant unis; en faisant mentir l'odieux proverbe : hividia medicorum pessima invidia.

Mais pour cela il faut une unité d'action. Il ne faut pas que l'un puisse se croire supérieur à l'autre et ayant des moyens de guérison que ses confrères n'ont pas.

En un mot, il faut l'égalité devant la science. La médecine doit être une république, et non une oligarchie où tout est accordé au favoritisme.

Nous ne réclamons point pour le médecin le luxe de la vie, mais ce que le poète a nommé aurea mediocritas (ce qu'il ne faudrait pas traduire par ; médiocrité dorée). Il doit être à l'abri des âpres besoins de la vie.

Les médecins doivent donner l'exemple du véritable républicanisme, fondé sur la simplicité de mœurs et la dignité de caractère.

Il faut qu'ils respirent l'air du pauvre aussi bien que l'atmosphère du riche.

Ils se doivent à tous et non à une coterie, à un parti.

Et alors quand la confiance de leurs concitoyens les appellera à défendre leurs intérêts dans le grand conclave de la nation, leur voix sera écoutée, parce qu'ils ne demanderont que ce qui est juste et légitime.

Alors on les pi'endra pour juges dans toutes les questions qui intéressent la santé publique et on ne leur fera pas l'injure de ne les consulter que pour la forme.

Voilà ce que nous dit le grand nom d'Hippocrate et ce qui doit nous faire ranger sous sa bannière, qui est celle de l'humanité.

La vie d'Hippocrate ne comporte pas de détails intimes. Il est, nonseulement l'homme de son époque, mais l'homme de tous les temps, puisqu'il représente l'humanité dans son élément le plus précieux : la vie.

Ce qu'on sait de lui, c'est qu'il naquit 460 ans avant J.-C. à Cos (une des îles Ioniennes), et qu'il mourut à un âge fort avancé, donnant ainsi l'exemple de la longévité basée sur son propre précepte :

User et ne pas abuser.

Nulle existence ne fut plus remplie que la sienne : indépendamment de ses écrits, qui embrassent toutes les connaissances médicales de son époque, il fit de fréquents voyages, tant en Asie que dans les pays limitrophes, étudiant, à la fois, leurs constitutions médicales, physiques, ethnographiques et politiques.

Ces observations sont précieuses pour nous qui voyons nos intérêts se porter de plus en plus vers l'Orient.

La découverte du Nouveau-Monde a, en effet, déplacé le centre européen. Chaque jour, les États-Unis de l'Amérique du Nord gagnent en importance et en population. Si, jusqu'ici, elle nous envoie ses matières premières et ses denrées alimentaires, un moment viendra — moment peut-être plus prochain qu'on ne le pense — où elle n'aura pas assez de ces matières et de ces denrées pour elle-même. Que fera alors l'Europe? Elle

se dépeuplera ou sera obligée de chercher de nouveaux débouchés à son industrie et à son commerce.

Ces débouchés devront naturellement avoir lieu vers l'Orient; l'Orient que détiennent encore aujourd'hui la barbarie et le fanatisme, et qui n'a pas changé depuis Hippocrate.

« Si les Asiatiques, dit-il, sont pusillanimes, sans courage, moins belliqueux et d'un caractère plus doux que les Européens, c'est dans la nature du climat qu'il faut eu rechercher la principale cause. Loin de présenter de grandes vicissitudes, les saisons s'y ressemblent presque et passent du chaud au froid d'une manière insensible. Or, dans une telle température, l'âme n'éprouve point ces secousses, ni le corps les changements violents qui impi'iment naturellement à l'homme un caractère plus farouche, plus indocile, et plus fougueux que s'il vivait dans une température toujours égale; car ce sont les passages rapides d'un excès à l'autre qui éveillent les esprits de l'homme et l'arrachent à son état d'inertie et d'insouciance.

y Je pense que c'est au défaut de pareils changements qu'il faut attribuer la pusillanimité des Orientaux; et ensuite à la nature des lois auxquelles ils sont soumis.

n La plus grande partie de l'Asie est gouvernée par des potentats ; et là où les hommes ne sont pas maîtres de leur personne ou régis par leurs propres lois, mais sont soumis à des despotes, bien loin de s'occuper du métier des armes, ils ont grand soin de ne pas passer pour guerriers ; et cela par la raison que les dangers n'y sont pas également partagés. Les sujets sont contraints d'aller à la guerre, d'en supporter toutes les peines et de mourir même pour leurs maîtres, loin de leurs enfants, de leurs femmes, de leurs amis. Leurs exploits ne servent qu'à augmenter et qu'à étendre la puissance de leurs despotes ; les dangers et la mort sont les seuls fruits qu'ils recueillent de leur bravoure. Ajoutez à cela qu'ils sont fatalement exposés à voir leurs champs se changer en déserts, soit par la dévastation de l'ennemi, soit par la cessation des travaux ; de sorte que quand même il se trouverait parmi eux des gens braves et courageux, la nature de leurs lois doit détourner de l'idée d'employer leur courage.

» Une grande preuve de ce que j'avance, c'est qu'en Asie même tous ceux des Grecs et des Barbares qui se gouvernent par leurs propres lois, sans être soumis à des despotes, sont les hommes les plus braves de tous. C'est qu'ils ne s'exposent que pour eux-mêmes et que ce sont eux qui reçoivent le prix de leur courage ou qui portent la peine de leur lâcheté.

" Au reste, vous trouverez que les Asiatiques eux-mêmes, soumis à des despotes, diffèrent entre eux par le plus ou moins de courage ; et cette

différence tient aux changements du climat et des lois. Voilà ce que j'avais observé sur l'Asie (1).

" Pour ce qui concerne l'Europe, il existe une nation scythe, différente des autres nations : elle habite autour des Palus-Méotides. Quant à l'uniformité des traits, les Scythes se ressemblent entre eux tout autant qu'ils différent des autres peuples. Ce phénomène leur est commun avec les Egyptiens et tient à la même cause, si ce n'est que ceux-ci sont accablés par une excessive chaleur, et ceux-là par un froid rigoureux.

» Ce qu'on nomme le désert de la Scythie (les steppes de la Russie d'Asie) est une plaine élevée et couverte de pâturages, sans être excessivement humide, car elle est arrosée par de grands fleuves qui, dans leur cours, entraînent les eaux superflues. C'est dans ces plaines que se tiennent les Scythes nomades.

r> On leur a donné ce nom parce qu'ils n'ont pas de demeures fixes, et qu'ils habitent des chariots à six ou tout au moins à quatre roues, fermés, tout autour, par du feutre et construits en forme de maisons. Quelquesuns sont divisés en deux chambres, quelques autres en trois ; ils sont traînés par deux ou trois paires de bœufs, qui n'ont point de cornes, à cause du froid excessif. 11 n'y a que des femmes et des enfants qui les habitent; les hommes les accompagnent à cheval, suivis de leurs troupeaux et de leurs haras. Ils ne quittent un endroit, pour se transporter en un autre, qu'après que leur bétail a consommé tout le fourrage qui s'y

(1) Atqup hune quidem in modum, qui Asiam et Europara incolunt, tum natura, tum forma iuter se diff'erunt. QuoJ autera ad auimi ignaviam et mollitiem attinet, cur Asiatici Europa^is minus bellicosi existant, et moribus sint lenioribus, anni tempestates in causa sunt, quse non magnas, tum ad calorem, tum ad frigus, permutatioues faciunt, verum similes permanent, unde neque mens stupore percellitur, neque corpus veliemeuter a suo statu dimovetur. Ex quibus iram exasperari, ac prudentise et caloris compotes fieri magis œquum est, quam si eodem semper statu permaneant. Mutationes enim inter omnia hominis mentem semper excitant, neque sinunt quiescere. Quas ob causas mihi Asiaticorum genus omni ope destitutum videtur, quibus praeterea eorum instituta accedere debent. Multo enim maxima Asite pars regum imperio regitur. Qui vero sui potestatem non habent, neque sui juris sunt, sed dominis subdiii, ii rerum bellicarum nullam curam liabent, sed ut ue bellicosi videantur. Neque enim œqualia pericula impendent. Hos siqiiidem pro dominis in militiam proficisci, et labores tolerare, mortemque oppetere necesse est, relictis domi liberis, uxore, ac reliipiisaraicis. Quod si probe ac viriliter se gesserint, iude dominis opes augentur et crescuut, ipsi, pneter pericula et csedes, nuUum fructum percipiunt. Ad h;ec ab hujusmodi liominibus, propter rei militaris inertiam ac otium, regionem relinqui necesse est, cum ut quisque uatura Ibrtis est et magni animi, ita maxime leges detrectat.

Cujus rei hoc magum est indicium, quod quicunque in Asia Grroci ac Barbari dominis minime sunt subditi, sed liberi, et sui laboris quaestum faciunt, ii omnium bellicosissimi existuut. Sibi enim ipsis pericula subeunt, et ut Ibrtitudinis prœmia reportant, ita ignaviœ pœnas luuut.

Asiaticos autem plurimum inter se diffère, et hos quidem nobiliores, illos vero ignobiliores esse comperio. Quorum quidem causa ad anni tempcstatum mutationes, quemadmodum antea diximus, referenda est. Atque sic quidem de his, qui Asiam incolunt.

trouve. Ils mangent des viandes cuites et boivent du lait de leurs juments, dont ils font une espèce de fromage qu'ils appellent hippace.

» Telles sont les coutumes et la manière de vivre des Scythes (1).

^ Pour ce qui est de la température des saisons de la Scythie, de l'uniformité des traits de ses habitants, du peu de fécondité des hommes ainsi que des animaux — qui y sont plus rares et plus petits qu'ailleurs — on doit l'attribuer aux causes suivantes : La Scythie est située précisément sous l'Ourse et sous les monts Riphées (Caucase), d'où souffle le vent du nord ; le soleil n'en approche qu'au solstice d'été, encore ne la réchauffet-il que pendant peu de temps. Les vents qui soufflent des régions chaudes n'y parviennent que rarement et qu'après avoir perdu de leur force. Les vents froids et septentrionaux y soufflent constamment ; ils viennent des montagnes toujours couvertes de neige et de glaces, et presque inhabitables à cause de l'excessive humidité qui y règne. Les plaines sont pendant le jour couvertes de brouillards épais, de sorte que ceux qui les habitent vivent dans l'humidité et un hiver perpétuel, n'ayant que quelques jours d'été, qui ne sont pas même chauds, car ce sont de hautes plaines nues, qui commencent près de l'Ourse et se prolongent en s'élevant de plus en plus, sans être couronnées de montagnes. Les animaux y sont assez petits pour pouvoir se mettre à couvert sous terre. L'hiver perpétuel qui s'oppose à leur accroissement, les force à se réfugier pour chercher contre le froid un abri que la nudité du sol leur refuse. Toutefois, les saisons s'y ressemblent, et les changements qu'ils éprouvent sont fort peu considérables ; de là vient cette uniformité qu'on observe dans les traits des Scythes, ainsi que dans le genre de vie qu'ils mènent ; vêtus de la même manière été et hiver. Ils respirent un air froid et boivent les eaux de neige (2). Ils sont d'ailleurs paresseux et peu faits au travail, parce que, ni le corps ni l'esprit, ne peuvent soutenir les fatigues dans les pays où les saisons n'amènent point de changements très-sensibles (3).

(1) In Europa aulem gens est Scylhica, quse Mieotim paludem incolit, et a reliquis plurimum differt, Sauromatae appelautur. Eorum feminae equitant, arcu utuntur, et ex cquo jaculanlur, et cum hostibus bellum gerunt, quoad virgines existunt, neque ante virginitatem depouunt, quam très hostes interfecerunt, neque prius cum viris congrediuntur, quam sacra Deo patrie more peregerunt. Quod si qua sibi virum delegerit, equitatu soluta est, nisi communis expeditionis nécessitas ingruat. Dextram autem mammamnon habent. Puellis enimadhuc inlantibus ferroad id fahricato, et candente,dextrae mammœ admoto, eam matres exurunt, ut ne incrementum accipiat, sed ad dextrum humerum et brachium omne robur et copia transmittatur.

(2) L'eau de neige passe pour malsaine, parce qu'elle renferme, eu quelque sorte, les balayures de l'atmosphère, et qu'elle ne renferme point les principes volatiles tels que l'iode, le brome, qui sont les véritables principes fertilisants de l'air. Aussi a-t-on attribué à l'usage de cette eau le goitre qui règne dans les gorges des montagnes.

(3) Ac de eorum victus ratione, et institutis hactenus quidem dietum est, simulque de anni temporibus, quodque Scythica gens forma multum a reliquis hominibus diversa est, sibi ipsi similis, non

ETHNOGRAPHIEJD'HIPPOCRATE. 15

" Tout cela fait nécessairement que le corps des Scythes est tellement chargé d'embonpoint, qu'on n'y peut distingueras articulations. Il estd'une complexion humide et lâche. Les cavités, surtout celles du bas ventre, sont pleines d'humeurs, car il n'est pas possible que dans un climat ainsi constitué par rapport aux saisons et chez des hommes dans tel tempérament, le ventre ne se dessèche (1).

■n Leur complexion grasse, jointe au défaut de poils, donne lieu à une uniformité de figure, et fait que les hommes se ressemblent tellement les uns aux autres, de même que les femmes se ressemblent entre elles.

» Ajoutez à cela que les saisons étant à peu près de même température, la liqueur séminale n'éprouve aucun mouvement, à moins que quelque accident violent ou quelque maladie ne vienne la déranger.

" Une grande preuve que je puis apporter de l'humidité de leur corps, c'est que la plupart des Scythes — et en général tous les nomades — s'appliquent des cautères aux épaules, aux bras, à la poitrine, aux lombes, aux hanches pour remédier à la mollesse de leur corps, si énervé, qu'ils ne sauraient bander un arc, ni exécuter les mouvements impétueux de l'épaule pour lancer le javelot. ALais leurs articulations, une fois débarrassées de l'excessive humidité par le feu, la forme de leur coi'ps devient plus compacte et mieux prononcée (2).

secus ac ^gyptii. Minime fecuiulum est hoc hominum genus, ipsaque regio paucissimas feras alit, neque magnitudiiie, ueque multitudine insignes. Sub ipsis enim ursis Riphseisque montibus, unde Boreas spirat, est posita, solque cum ad extremara conversionem sestivam venerit, proxime accedit, et tune quidem exiguo tempore calefacit. Neque venti ex calidis locis spirantes, nisi rari ac débiles, hue admodum perveniunt, sed venti frigidi ab ursis, nive, glacie, et multis aquis, perpetuo spirant, neque unquam montes deserunt, unde non nisi tegre habitari possunt. ^Erque multus toto die campos occupât, ipsique in humidis locis degunt. Quare perpétua fere iUis est hyems, œstas vero paucissimis diebus, neque his admodum magna. Plauities enim illis sublimis est, et nuda, neque montibus cincta sed sub ursis acclivis. Neque ferse illis magnse, sed, quse sub terra abscondipossint,nascuutur. Hyems enim, et terrse nuditas, prohibet, quanquam et apricis, et oppacis locis caret. Nam neque magnœ, neque véhémentes sunt anni temporum mutationes, sed similes, et parum différentes, unde et formas inter se similes habent. Eodem etiam victu semper et amictu utuntur hyerae et œstate, œremque aquosum et crassum attrahunt, et aquas ex nivibus et glacie bibunt, nuUaque corporis exercitatione utuntur, cum vel corpus, vel animus exercer! nequeat, ubi mutationes non sunt véhémentes.

(1) Has ob causas eos habitu esse crasse, et carnoso necesse est, articulis vero humidis et enervatis, et ventribus maxime humidis, omnium tamen maxime inferiore alvo. In hac enim regione, natura, et tempestatum anni constitutione, ipsa resiccari uequit. Sed propter pinguedinem et carnis glabritiera, forma inter se sunt similes, tum mares maribus, tum feminœ femiuis. Cura enim anni tempora similiter se habeant, nuUse corruptiones, neque vitia in prima seminis conformationes contingunt, nisi violento aliquo casu, aut morbo id accibat. \

(2) Eorum autem humiditatis magnum hoc est argumentum, quod Scythas plerosque, ac prœcipue Nomadas, humeris, brachiis, primis manuumjuncturis, pectoribus, coxeudicibus, etlumbis eiustis esse comperies, nuUamsane aliam ob causam, quam naturœ humiditatem et moUitiem. Nam neque arcus intendere, neque humero jaculum contorquere, ob humiditatem ac impotentiam possunt. Cum vero uruntur, ex articulis humoris copia resiccatur, eorumque corpora validiora, habitiora, et firraioribus articulis redduntur ; fluida vero tiunt et lata, primum quidem, quod fasciis non involvuntur.

» Ils sont généralement trapus : premièrement, parce que, dans leur enfance, ils ne sont pas emmaillotés — non plus que les Égyptiens — et n'ont pas même voulu adopter cet usage afin de pouvoir se tenir plus aisément à cheval.

y Les enfants mâles, tant qu'ils ne sont pas en état de monter à cheval, passent la plupart du temps assis dans les chariots et n'ont que fort peu d'occasions de marcher, à cause des migrations continuelles qu'ils font, sans jamais se fixer nulle part.

» Quant auxfemmes,eUes sont prodigieusementhumides et flasques. Les Scythes ont, en général, le teint basané, parce que chez eux le soleil n'agit pas assez puissamment pour empêcher que le fi'oid ne brûle leur peau et n'en altère la blancheur.

» Les hommes ainsi constitués ne peuvent guère être féconds ; ils sont très-peu portés aux plaisirs de l'amour à cause de leur tempérament humide, de la mollesse et de la froideur de leur ventre, dispositions qui doivent, naturellement, rendre l'homme peu propre aux fonctions de la génération, sans parler de l'équitatiou continuelle qui l'énervé.

» Telles sont les causes qui ôtent aux Sc^ihes les forces nécessaires pour remplir les devoirs de leur sexe.

n Les femmes, de leur côté, ont le corps trop gras et trop humide pour que la matrice puisse saisir la liqueur séminale ; leurs évacuations menstruelles n'observent aucune époque fixe ; elles sont peu abondantes et ne reviennent qu'à de longs intervalles (1), leur bouchent les orifices de la matrice et les empêchent de concevoir. r> C'est-à-dire plutôt le gonflement chlorotique.

On voit qu'Hippocrate a parfaitement compris les rapports existants entre la menstruation et la fécondation. Quoique la doctrine de l'ovulation date de nos jours, un observateur aussi expert que lui a dû voir que les

quemadmodum fieri solet in yEgypto, neque id pro more habent ob equitationem, quo firmius equis insideant, deinde vere ob vitam sedentariam. Ex his namque mares, quoad equis vehi nequeunt, longe tempore in curribus sedent, parumque propter locorum transmutatioues et peragrationes inambulant. At mulieres stupendum iu modum habitu sunt corporis fluxo. Gens autem Scytbica propter irigus fulvo est colore, cum ad eos sol vehemeus non accédât. A frigore autem albedo exuritur, fitque fulva.

(1) Fecunda vero ejusmoJi natura esse non potest. Neque enim viri multa cœundi cupiditate tenentur, ob corporis humiditatem, ventrisque moUitiem et frigiditatem. Ex quibus viros minime venerem exercere posse par est. Eo accedit, quod perpétua equitatione fracti, ad coitum imbecilles redduntur. Atque eœ quidem in viris causée sunt. la mulieribus vero, carnis pinguedo et humiditas. Neque enim uteri génitale semen ad se rapere queunt. Neque eis, ut decet, menstrua purgatio, sed parcior et longiore tempore contingit, ipsumque uteri os prce pinguitudine concluditur, semenque génitale minime suscipit. IpsîequenuUa corporis exercitatione utuntur, et prsepingues sunt earumque ventres frigidi et molles. Ex quibus necessario consequitur, non admodum fecundam esse Scjtbarum gentem.

femmes non réglées ne concevant pas, il doit exister entre ces deux phénomènes une connexité constante. Il en est de même de la période de rut chez les femelles des mammifères. La descente de l'ovule coïncide avec chaque écoulement menstruel ; c'est donc après que cet écoulement a eu lieu que la femme est la plus apte à concevoir.

« Ajoutez à cela l'aversion qu'elles ont pour le travail, ainsi que la mollesse et la froideur de leur ventre. Toutes ces causes réunies doivent nécessairement rendre les Scythes peu aptes à procréer des enfants.

« Une grande preuve de ce que je viens d'avancer au sujet de leurs femmes, c'est le contraste qu'on observe entre elles et leurs esclaves femelles : celles-ci n'ont pas eu plus tôt commerce avec un homme, qu'elles en deviennent grosses : c'est parce qu'elles travaillent et qu'elles sont plus maigres que leurs maîtresses (1). "

Ce serait là une manière d'expliquer la loi de Mahomet — que ce dernier n'a pas inventée, mais qu'il a trouvée déjà introduite dans les usages des populations nomades. C'était plus franc que nos mœurs actuelles.

" Une autre observation à faire sur la Scythie, c'est qu'on y rencontre beaucoup d'hommes impuissants. Ils se condamnent aux travaux des femmes, se comportent absolument comme elles et en imitent même la voix ot le langage. On les appelle efféminés (2). n

" Les naturels du pays attribuent la cause de ce changement à Dieu, et ils ont une si grande vénération pour cette espèce d'hommes, qu'ils les adorent, chacun craignant d'être soi-même atteint d'une pareille calamité. Quant à moi, je pense que cette maladie vient de Dieu, de même que toutes autres ; mais il n'en est pas moins vrai que chacune d'elles se forme d'après les lois de la nature, et qu'il n'en existe aucune qui ne doive son origine à des causes naturelles. Je vais indiquer celles qui m'ont paru produire la maladie des Scythes (3).

» L'habitude d'être à cheval et d'avoir sans cesse les extrémités infél'ieures pendantes, leur occasionne des fluxions chroniques aux articulations. Quand cette maladie s'aggrave, la hanche se retire, et ils deviennent boiteux. La manière dont ils se traitent au commencement de la maladie consiste à se faire ouvrir les deux veines qui sont derrière l'oreille. Après

(1) Cujus rei magiiam conjecturam pr;ebeiit faniiilic, qiuf cuni vironim congressum non appelant, propter excrcitatioiiem et carnis gracilitatem concipiuiit.

(2) Ail hœc ipioque plerique Scvtlue cuiiuchi fiant, et niunia muliebria obeunt, ac velut mulieres factitant et loquuntur, vocanturque hi evirati aut effeminati.

(3) Ac regionis quidem iucolœ causam Deo acceptam refei-uut, et hujusmodi homines reverentur et colunt, sibi quique timenies, ne quid taie contingat. At mea quidem senteutia hi omnes affectus diviui sunt, ut et reliciui omnes, nullus(|ue allero divinloi' aut bumanior existit, sed divini omu«s, cuni horum quodque suam naturam habeat, neque quidquam citra naturam fiât.

que le sang a cessé de coulei", la faiblesse les assoupit et les endort. A leur réveil quelques-uns se trouvent guéris ; d'autres n'en éprouvent aucun soulagement. Je présume que c'est justement ce remède qui dépouille la liqueur séminale de sa vertu prolifique, car il paraît qu'ils coupent précisément les veines des oreilles qui rendent les hommes impuissants. Si ensuite voulant avoir commerce avec les femmes, ils ne peuvent en venir à bout, ils restent d'abord tranquilles et ne s'en inquiètent point ; mais si après plusieurs autres tentatives ils ne réussissent pas mieux que la première fois, alors regardant cet accident comme une peine infligée par la Divinité qu'ils s'imaginent avoir offensée, ils se déclarent impuissants, prennent les goûts et les habits des femmes et s'occupent avec elles des mêmes ouvrages.

« Cependant cette maladie n'attaque que les hommes les plus puissants par leur fortune et leur noblesse, précisément à cause de l'équitation continuelle. Les pauvres et ceux de la dernière classe du peuple y sont moins exposés par cela même qu'ils ne vont pas à cheval. Or si cette impuissance venait de Dieu d'une manière plus directe que les autres maladies, elle ne devrait pas être exclusivement affectée aux riches, elle devrait attaquer tout le monde indistinctement, ou — pour mieux dire — elle devrait attaquer les pauvres plutôt que les riches, s'il est vrai que les Dieux voient avec plaisir les dons que les hommes leur offrent et qu'ils les en récompensent, car il est naturel que les riches leur fassent des sacrifices et des offrandes et qu'ils les honorent de différentes manières, au lieu que les pauvres doivent être moins empressés de faire cette dépense, premièrement parce qu'ils n'en ont pas les moyens, et ensuite parce que loin d'honorer les Dieux, ils se croiraient plutôt en droit de les accuser d'être les auteurs de leur misère. Ainsi la punition de pareilles offenses devrait plutôt tomber sur les pauvres que sur les riches. Mais comme je l'ai fait observer, cette maladie dépend des Dieux comme toutes les autres ; mais comme elle aussi elle doit sa naissance à une cause naturelle et c'est celle que je viens d'assigner (1). n

(1) Atqui quomodo liic affectus mihi coutingere videatur, enarrabo. Ex equitatione eos prehendunt diuturnœ ex defluxione affectiones (quse /.iS iiaïa. dicuntur), nimirum semper pendentibus ex equis eorum pedibus. Deiade qui vehemeuter œgrotant, claudicant, iisque coxendices contrahuatur. Hac autem ratione sibi medentur. Cum œgrotare cœperint, utramque venam post aures incidunt, cumque sanguis effluxerit, prœ imbecillitate somno corripiuntur et obdormiscunt, deinde alii quidem sani excitantur, alii minime. Ac mibi quidem videutur bac curatioiie se ipsos perdere. Juxta aures euim vense sunt, quas si quis incidat, sectione sterilitatem inducuut. Has igitur venas mihi secare videntur. Postea vero ubi ad uxores accedunt, neque cum iis rem habere possunt, primum nil animo reputantes quiescunt, cum autem is, ter, aut sœpius id tentantes nihil profecerint, Deum, in quem culpam conférant, se offendisse existimantes, muliebri stola amicti, suara ignaviam accusant, et cum mulieribus victitantes, earum opéra tractant.

ETHNOGRAPHIE DHIPPOCRATE. 19

On voit que tout en étant religieux, Hippocrate ne se jette point dans le sui-naturel. Il n'est pas également sans quelque malice quand il dit que les Dieux aiment les dons que les riches leur font. « Dieux » est ici synonyme de « Prêtres ", qui n'ont jamais dédaigné le casuel.

« Et ce n'est pas seulement chez les Scythes que l'équitation produit ces maux; partout où cet exercice est une occupation journalière, on trouve beaucoup de personnes sujettes aux fluxions chroniques des articulations : à la sciatique, à la podagre, et inhabiles aux plaisirs de l'amour (1). »

Les écuyers sont souvent affectés de varicocèle, et on sait que cette affection frappe de stérilité à cause de l'atrophie des testicules. Quant aux fluxions des articulations, à la sciatique, à la podagre, etc., elles sont la conséquence de l'exposition de ces parties — surtout des genoux ■ — au froid et à la pluie. Et puis, il faut bien le dire, les écuyers ont l'esprit porté ailleurs que vers les femmes.

« Ces maux qui affligent les Scythes et qui les assimilent d'une manière particulière aux eunuques, doivent leur origine à la même cause, je veux dire l'usage habituel du cheval, ensuite à celui de porter toujours des vêtements de femme [feminalia), ce qui fait qu'ils ne peuvent pas tirer leurs parties [sic).

y Ajoutez à cela le froid et la fatigue qui distraient absolument leur esprit du désir de l'union des sexes, de sorte qu'ils ne se hasardent à rien tenter qu'ils ne soient assurés d'avoir recouvré leur virilité (2). »

On voit, par les considérations ethnographiques qu'Hippocrate nous a laissées, que les peuples nomades d'Asie qui occupent les rives et les steppes du Volga : les Tatars, les Kalmouks, etc., sont restés dans les mêmes conditions d'existence qu'au temps d'Hippocrate, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas à proprement parler de patrie. Et cependant les pays qu'ils occupent, et où ils maintiennent la barbarie, sont les plus beaux, les plus fertiles du globe.

Hippocrate a-t-il étendu ses voyages au delà du pays des Scythes? On est tenté de le croire à en juger de ce qu'il dit des autres parties de l'Europe.

(1) Et hic quidem morbus, ob eam, quam dixi, causam, Scythis contingit. Quiii et in reliquis hominibus ad eumden se habet modum. Ubi enim plurimum et creberrime homines equitant, ibi plurimi diuturuis ex defluxione affectionibus, coxeiulicum morbis, pedumque doloribus corripiuntur et ad venerem exercendam pessime se habent.

(2) Hîec autem Scythis adsuut, et ob eas causas omnium ineptissimi ad coitum redduntur, tum etiam, quod feminalia semper gestant, et in equis magnam temporis partem degunt, ut ne quidem pudenda manu attrectare liceat, neque prœ frigore et lassitudine cœundi appetentiam sentiant, nihiue aliud pensi habeni, quara ut virilitate priventur. Atque hactenus quidem de Scytharum gente.

j» Quant aux autres Européens, ils diffèrent les uns des autres de forme et de stature, à cause des variations aussi grandes que fréquentes de leurs saisons. Chez eux, les chaleurs excessives sont suivies de froids rigoureux, et des pluies continuelles sont remplacées par des sécheresses très-longues, sans parler des vents qui rendent encore ces variations plus irrégulières. Il n'est pas étonnant que la génération se ressente de ces vicissitudes et que la concrétion de la liqueur séminale ne se fasse pas toujours de la même manière, mais qu'elle varie suivant que la conception a lieu en été ou en hiver ; dans un temps sec ou dans un temps pluvieux ; c'est, à mon avis, la cause qui rend la forme et la stature des Européens plus variées que celle des Asiatiques. Et cette variété s'observe encore parmi les habitants de chaque ville. La concrétion de la liqueur séminale doit éprouver plus d'altération dans un climat sujet à des changements fréquents que dans celui où la température de chaque saison est plus constante. Ce que je viens d'observer à l'égard de la forme peut aussi s'appliquer aux mœurs (1).

" Les Européens sont d'une nature sauvage, insatiable, fougueux par la raison même qu'ils vivent sous un ciel où l'esprit éprouve sans cesse de ces secousses qui rendent l'homme agreste et qui le dépouillent de la douceur et de l'aménité des mœurs. Je les regarde, par la même raison, comme plus courageux que les Asiatiques. Une température toujours égale favorise l'indolence, au lieu que dans un climat variable, le corps et l'esprit se poi'tent volontiers à l'exercice et au travail, qui augmentent le courage, de même que la paresse et l'inaction inspirent la lâcheté (2).

y C'est sans doute la nature du climat qui rend les Européens plus belliqueux que les Asiatiques ; mais la forme du gouvernement y contribue aussi. Les Européens ne sont point gouvernés comme les Asiatiques; et j'ai déjà fait observer que partout où l'on est soumis à des rois, on est nécessairement, très-lâche parce que quand on a l'âme asservie, on ne se soucie pas d'exposer sans nécessité sa vie pour augmenter la puissance d'un autre.

(1) At reliquum in Europa hominum genus, tum magnitudine, tum forma, inter se est dissimile propter magnas et crebrasauni temporum rautationes. Habent euim calores véhémentes, et hyemes acres, ac imbres multos, rursusque squalores diuturnos, et ventos multos, exquibus multœ et omnis generis mutationes contingunt. Neque est a ratione aliemim, ex liis aliam percipi generationem in seminis conformatione, neque es eodem eamdem esse, vel aestate, vel hyeme, vel pluvioso, vel sicco tempore. Eaque de causa, ut existimo, Europaei magis, quam Asiatici, forma inter se variant, et per singulas urbes magnitudine maxime inter se sunt différentes. Plures enim corruptiones circa seminis concretionem contingunt, ubi crebrse fiunt anni temporum mutationes, quam si eœdem sint et similes.

(2) Eadem autem est de moribus ratio. Agrestes, hominum societate minime gaudentes, et animosœ hujusmodi naturœ existunt; fréquentes enim mentis emotiones morum ferociam inducunt, lenitatem autem et comitatem retundunt. Quocirca eos, qui Europam incolunt, plus animi, quam

» Les Européens, au contraire, gouvernés par leurs propres lois, affi'ontent d'autant plus volontiers les dangers qu'ils ne s'y exposent que pour eux-mêmes et que ce sont eux qui recueillent l'honneur et le fruit de leurs victoires. Tant il est vrai que les lois influent singulièrement sur le courage (1).

y> En comparant les Européens avec les Asiatiques, je n'ai parlé que d'une manière générale ; mais il existe aussi en Europe des peuples qui diifèrent entre eux par le courage, comme par la forme et la stature, et cette variété tient aux mêmes causes que j'ai déjà assignées et que je vais éclaircir davantage.

" Tous ceux qui habitent un pays montagneux, inégal, élevé et pourvu d'eau et qui éprouvent des variétés de saisons considérables, doivent naturellement être d'une haute stature, très-propres à l'exercice et au travail et pleins de courage. Ils ont surtout un caractère sauvage (2).

- Ceux, au contraire, qui vivent dans des pays enfoncés ou bas, couverts de pâturages et qui sont tourmentés par des chaleurs étouffantes, qui sont plus exposés aux vents chauds qu'aux vents froids et qui font usage d'eaux chaudes, ne sont ni grands ni bien proportionnés ; ils sont plutôt trapus et chargés de chair. Ils ont les cheveux noirs et leur teint approche plus du noir que du blanc. Leur tempérament est moins flegmatique que bilieux. Ils ne sont naturellement ni braves ni propres au travail, mais ils pourraient devenir l'un et l'autre s'ils étaient gouvernés par des lois qui les y portassent.

r> Ceux qui habitent un pays élevé, uni, venteux et humide, sont ordinairement grands et se ressemblent entre eux, mais ils sont d'un naturel plus doux et plus brave.

Asiaticos habere censeo. Rerum siquidem uno se habentium modo œquabilitas, socordiam ingenerat ; varietas vero corpus et animura ad laborem excitât. Quin etiam socordia et quiète ignavia crescit, exercitatione vero et laboribus, animi fortitudo. Hanc ob causambellicosiores sunt, qui Europara incoluut, jara etiam propter leges, quoniara regum imperio non parent Asiatici.

(1) Qui enim regibus subjiciuntur, eos timidissimos esse necesse est, et, velut anteaa nobis dictum est, servitute pressi animi neque liibenter, neque voleutes, temere sese pro alieno imperio periculis objiciunt. Hi vero cum suis legibus vivant, silii, non aliis, pericula subeunt, et magna animi alacritate volentes ad gravia quœque feruntur, cum pro re gesta victoriœ prsemia sint accepturi ; ita, ut constet, leges ad animi magniiudinem plurimum facere. De Europa igitur et Asia, in génère ac toto, sic se res habet.

Sunt autem in Europa gentes, tum magnitudine, tum forma, tum magnanimitate, inter se différentes. Varietatis causse esedem, quse supra dicta sunt, quasquejam manifestius aperiam.

(2) Qui regionem quidem montanam, asperam, altam, et aquis carentem incolunt, et anni temporum mutationes habent admodum différentes, illic homiuum formas magnas esse par est, tum ad laborem, tum ad robur a natura optime esse comparatas, at agrestibus et ferinis moribus ejusmodi uaturse non parum sunt prseditœ.

« Ceux qui habitent des terrains légers, secs et nus et où les changements des saisons ne sont pas tempérés, ont l'habitude du corps sèche et nerveuse et le teint plutôt blond que brun. L'arrogance et l'indocilité forment leur caractère; car partout où les saisons éprouvent fréquemment des variations considérables, on rencontre des hommes bien différents les uns des autres, tant par la forme que par la constitution physique et morale.

« Les variations des saisons sont les causes les plus puissantes de la différence des hommes (1).

Vient ensuite la qualité du sol, d'où l'on tire la subsistance et celle des eaux dont on fait usage. Il est de fait que la constitution physique et morale de l'homme est, pour l'ordinaire, modifiée par la nature du sol qu'il habite.

» Partout où le sol est gras, mou et humide, où les eaux sont si peu profondes qu'elles sont chaudes en été et froides en hiver et où l'on jouit d'une égale température, les hommes sont ordinairement charnus, faibles, sans courage. On les voit plongés dans l'indolence, naturellement disposés au sommeil, et ils sont d'un esprit épais, loui'det peu faits pour l'exercice des arts (2).

» Mais dans un sol nu, raboteux qui n'est point abrité, qui est également exposé aux froids rigoureux des hivers et à l'ardeur des étés brûlants, les hommes ont le corps sec, maigre, mieux prononcé, nerveux et velu. Ils sont extrêmement actifs, d'un caractère 'altier, arrogant, indocile et plutôt sauvage que doux. Ils sont d'ailleurs très-intelligents et doués

(1) At qui loca concava, herbosa et sestuosa habitant, quique ventis calidis, magis, quam frigidis perflantur, et aquis utuntur calidis, hi magni quidem esse non possunt, neque recti et ventre substricto, in amplam vero corporis molem a natura producuntur, corpore sunt carnoso, et capillis nigris, colore potius nigro, quam candido, et minus pituitosi, quam biliosi. At animi robore et laborum tolerantia non seque a natura valent, sed accedens vitEe institutum id efficit.

Quod si flumina ea regio habeat, quse stagnantes et pluvias aquas educunt, ii incolumes degunt, et colore cutis sunt splendido. Sin vero nuUa sint flumina, aquasque fontanas statarias et maie olentes bibant, bas ventri et lieni noxias esse necesse est. Qui vero regionem altam, planam, ventis perflatam, et aquosam incolunt, ii corporis habitu sunt prpegrandi, inter se similes, et erecti, et animo tranquilliore. At qui gracilia et arida loca, aquis carentia, et nuda tenent, neque temperatas habent anni temporum mutationes, bac in regione homines duro et robuste corporis habitu esse par est, et colore flavo potius, quam nigro, moribus et animi appetitionibus sibi nimis placentes et superbos, et in concepta opinione permanentes. Ubi enim anni temporum mutationes, tum crebrœ, tum plurimum inter se differunt, ibi et formas, et mores, et naturas plurimum diversas comperias. Atque hse quidem maximae caus;e sunt, cur uaturœ permutentur, deinde etiam regio, in qua quis nutritur, et aquae.

(2) Ubi enim terra pinguis est, et mollis, et aquosa, aquae vero valde sublimes, ita, ut sestate sint alidae, et hyeme frigidse, quseque ad anni tempora probe habet, ibi homines carnosi sunt, articulis

non discreti, humidi, labores non fereutes, ac ut plurimum pravi animi. Quin etiam segnes suut et somnolenti, et ad artes crassi, neque subtiles, neque acuti.

d'un esprit fin pour l'exercice des arts et d'un plus grand courage à la guerre (1).

» Voilà quelles sont les constitutions physiques et morales les plus opposées. En suivant les règles et les exemples que j'ai rapportés, on pourra juger du reste, sans craindre de se tromper. « [Livre des Airs, des Eaux et des Lieux.)

Les citations que nous venons de faire prouvent combien Hippocrate était un observateur sagace et aussi profond politique que grand médecin.

Les influences du sol, de l'air et de l'eau sur les populations ne sauraient être contestées. Ce qu'Hippocrate dit des Européens, autres que les Scythes qui sont déjà des hommes d'Orient, tandis que les premiers appartiennent à l'Occident, s'applique surtout aux provinces danubiennes et au littoral de la Méditerranée, qu'il est probable qu'il a observées dans ses voyages, car on ne saurait admettre qu'il a été davantage vers le midi ou vers le nord. Tous ces peuples dont il décrit le tempérament existent encore tels aujourd'hui, car leurs rapports sociaux ont été trèsrestreints. Ce sont des hommes tels que la nature du sol les a faits : ici secs, nerveux, vaillants; là mous, indolents et lâches.

Quant à la forme du gouvernement, Hippocrate était imbu des idées républicaines, puisque c'était sous ce régime politique qu'il vivait.

On peut dire des gouvernements que plus ils sont personnels et plus ils sont sujets à l'erreur, en vertu de l'adage ; Errare humanuni est. Même les rois absolus, ont besoin de s'entourer d'hommes responsables ; les grands ministres font les grands rois.

Louis XIV a perdu sa race le jour où il est venu dire en plein Parlement : « L'État c'est moi! » Il a lancé la France dans des guerres incessantes, violenté la liberté de conscience et légué ainsi à ses successeurs une charge sous laquelle la Monarchie devait sombrer. La première République ne pût se soutenir parce qu'elle fut en proie à tous les partis, et prépara ainsi la domination de l'homme qui, selon l'expression du poëte, devait la faire cabrer sous son genou nerveux. Mais son esprit de domination universelle devait amener sa perte et le retour des Bourbons. Ceux-ci n'ayant rien appris, mais surtout rien oublié, voulurent gouverner au lieu de régner. On sait ce qui arriva,

(1) Ast ubi regio nuda est, non munita, aspera, quaeque hyeme preraatur, et sole exuratur, ibi duros, graciles, articulis discrètes, carnosos, et hirsutes homines cernas, et qui ad aliquid agendum natura sunt industrii et vigilantes. Mores autem habent superbos, in iram proclives et pertinaces, magisque feritatis, quam lenitatis participes, eosque ad artes acutiores et solertiores, et ad res bellicas gerendas meliores deprehendas. Quin et reliqua omnia, quae e terra producuntur, terrœ ipsius uaturam sequuntur. Atque maxime quidem contrariée naturse et formse sic se habent, ex quibus conjectura ducta, si reliqua considères, minime aberrabis.

c'est-à-dire une double déchéance. Une deuxième tentative de République ne fut pas plus heureuse que la première, et pour comble de malheur la France tomba aux mains d'un illuminé qui voulut refaire la gloire de l'Empire. C'était le chat-huant voulant se faire aigle. On sait dans quel épouvantable abîme il entraîna la France. Quant à lui, il est mort dans son lit, comme un vulgaire corsaire retiré des affaires!

Il a fallu à la France cette terrible leçon pour lui apprendre à se faire elle-même son gouvernement; la république qu'elle s'est donnée restera tant qu'elle sera modérée.

Fera-t-on à Hippocrate le reproche de s'être mêlé de politique? Ce serait injuste. La politique a ses passions, mais aussi ses enseignements. Si le médecin doit se garder des premières, c'est-à-dire n'y apporter aucune prétention personnelle, il doit à ses concitoyens ses conseils parce que ce sont les seuls qui soient désintéressés. Or, il voit dans quels malheurs les gouvernements personnels ont jeté les peuples ; pour lui, la guerre, la famine et la peste sont trois fléaux inséparables. Quand les armées sont envahissantes, le typhus les suit, attendant le moindre revers pour se jeter sur sa proie ; et, en revenant sur le sol natal, elles y amènent la famine et la peste.

Les peuples verront-ils enfin qu'ils ne doivent s'occuper que de leurs propres affaires ? Il faut l'espérer. Mais ils devront également se garder d'être égoïstes, car entre tous il existe une solidarité nécessaire. Un peuple qui voudrait s'entourer de barrières s'isolerait ainsi du monde entier et préparerait sa propre décadence; il verrait sa population diminuer et son industrie, son agriculture, au nom desquelles il s'entourerait de barrières restrictives, dépérir. Ce n'est pas être utopiste que de croire à l'autonomie des peuples; nous voyons aujourd'hui ce qu'il en coûte de vouloir assei'vir les races ! Et telle grande nation est en train de refaire Carthage, si elle ne s'arrête sur la pente où une politique envahissante l'a placée. Carthage aussi avait des idées de domination et lui subordonnait sa politique, cela ne l'a pas empêchée de succomber sous les coups de sa rivale, qui, de son côté, aspirait à l'empire du monde, pour disparaître à son tour dans ce grand cataclysme qu'on a nommé l'invasion des barbares. Barbares? Non, puisque de ce débordement d'énergies physiques devait sortir une civilisation nouvelle.

Cette civilisation, qui est la nôtre, sera définitive, comme le prouvent les immenses conquêtes de la science. Il n'en est pas, en effet, de ces conquêtes comme de celles de la guei're ; elles sont envahissantes, mais fécondantes; elles s'inspirent de la vie et non de la mort; elles neutralisent la force brutale par la force intelligente ; elles ont pour gros bataillons les

idées, au lieu de la chair à canon ; ou si l'on voulait en revenir à cette dernière, elle serait bientôt hachée menu comme chair à pâté. La force fera éternellement loi, mais la force intelligente, au lieu de la force brutale. Les canons Krupp seront à la paix ce que la vapeur est à l'industrie.

Nous avons dit au commencement de cette notice que les destinées de l'Occident de l'Europe se portent aujourd'hui vers l'Orient, et qu'il est nécessaire que le berceau de l'humanité soit reconstitué par les Puissances Européennes. Ce n'est pas la fatalité qui les y pousse, mais les besoins de la civilisation même. La Grèce ne restera pas toujours ensevelie dans ce linceul que lui ont imposé les Puissances, jalouses les unes des autres; elle verra ses beaux jours renaître, comme chaque matin son beau soleil se dégage des brumes de la mer (1).

Un grand obstacle c'est Constantinople; eh bien ! si les Turcs ne parviennent pas à y asseoir un gouvernement qui inspire la confiance de l'Europe, qu'elle devienne un port libre sous le protectorat de toutes les Puissances. Ainsi disparaîtront toutes ces compétitions qui du plus beau pays du monde en ont fait le plus misérable.

Et, ici encoi'e, Hippocrate pourra servir de guide, puisqu'il nous apprend l'influence des conditions physiques des populations sur leurs conditions morales, c'est-à-dire à ne pas violenter leur nature et leur foi, mais à en tirer le plus grand parti possible. Qu'a-t-on fait pour amener ces populations farouches mais naïves, à la civilisation? On les a tiraillées dans tous les sens : qui avec le Coran ; qui avec la Bible ; qui avec l'Évangile. Ce n'est pas le moyen de les éclairer, mais, au contraire, de leur ôter toute croyance.

Comme Hippocrate l'a dit, les bons gouvernements font les bons peuples ; et ceux dont nous parlons ici ne sont pas pires que les autres ; il faut donc s'appliquer à ne pas les rendre mauvais en leur imposant des idées qui ne sont pas les leurs, mais en leur laissant leur autonomie, c'est-à-dire leurs libres institutions.

La Belgique a été longtemps une pomme de discorde, parce que chacun la convoitait. Depuis qu'elle a été rendue à elle-même, l'équilibre européen en a-t-il souffert? N'est-elle pas devenue, au contraire, un enseignement pour tous les autres peuples? On y observe dos luttes de partis, mais qui viennent échouer devant le bon sens des populations,

(1) Au moment où nous écrivons ces lignes, le conflit entre la Grèce et la Turquie vient de recevoir une solution pacifique. Il y a quelques années, on eût laissé ces deux peuples se livrer à leur extermination réciproque. La diplomatie européenne vient de remporter une grande victoire qui marquera dans les annales de l'humanité plus que les victoires belliqueuses. La Grèce a désormais un beau rôle à remplir. Puissc-t-elle être à. la hauteur de sa situation nouvelle !

comme les flots de la mer sur le sable de la grève. Comme il n'y a pas d'obstacles il n'y a ])as de frottements, et le flot qui monte ne tarde pas à reculer quand il a épuisé sa propre force. Derrière cette dune qu'on nomme « la Constitution », fleurissent l'industrie, le commerce, l'agriculture, ce trident des peuples modernes qui sait arrêter la fureur des flots; ou plutôt ceux-ci se calment d'eux-mêmes faute de résistance, c'est-à-dire d'un pouvoir personnel.

Tels sont les enseignements que nous ofl're la vie d'Hippocrate. La médecine ne remplirait que la moitié de sa mission, si elle se bornait aux seuls soins corporels : l'ethnographie morale est de son domaine tout aussi bien que l'ethnographie physique. L'homme, par cela même qu'il est doué d'intelligence, est perfectible par lui-même ; l'amélioration de sa race ne saurait donc être mise sur le même rang que l'amélioration des races animales. Il faut que l'amélioration du physique procède chez lui, de l'amélioration du moral, c'est-à-dire de l'instruction qui lui apprend sa dignité et ses devoirs. Représentant de Dieu ici-bas, il doit se rappeler avec orgueil ces beaux vers d'Ovide :

Os homini sublime dédit ; cœlumque tueri Jussit et erectos ad sidéra tollere vultus.

C'est-à-dire qu'il porte la tête haut, car il n'est pas fait pour l'avoir entre les jambes (qu'on veuille bien nous pardonner cette expression vulgaire mais très-juste).

Comme Hippocrate, il doit être religieux, mais sans fanatisme; rapportant tout à la Divinité, il n'écartera pas les lois naturelles etne pensera pas que la puissance de Dieu consiste dans le surnaturel et que cette puissance ne peut se manifester autrement que par des miracles ; la preuve d'une Providence, il la puisera dans les lois de l'harmonie universelle, et en portant ses regards vers la Voûte étoilée sa pensée ira au delà. Il n'affirmera rien, preuve d'une grande sagesse ; il croira parce qu'il espère. En un mot, il aura foi en Dieu, parce qu'il sera luimême sage et bon. Sa piété proviendra de sa charité.

Le vitalisme ne doit pas être un vain mot pour le médecin ; il est l'expression de la manière dont les fonctions s'exécutent.

On pourrait dire tout autant physiologisme, si ce dernier mot ne s'appliquait plutôt aux rouages du corps, qu'au principe qui les met en action.

Le médecin est le conducteur de la machine vivante, dont il a à surveiller et à régler l'action.

Pour cela, comme le conducteur des machines industrielles, il a son manomètre, qui est son tact médical, mais dans lequel il s'aide par le thermomètre, la montre, le sphygmographe, lesthétoscope, leplessimètre, par tous les moyens, enfin, qui viennent en aide à ses sens.

Comme moyens d'action, il a ensuite les principes médicamenteux simples, tels que les alcaloïdes et sels que la chimie pharmaceutique met à sa disposition.

Il ne doit donc pas attendre pour agir, que la maladie se soit déclarée ; il faut qu'il la prévienne.

C'est ainsi que faisait Hippocrate, en détournant ce qu'il nommait les fluxions.

Il admettait dans le corps des courants, les uns de vapeurs, les autres plus suhtils, comme il y en a dans l'atmosphère, et qui en s'amassant déterminent les orages — c'est-à-dire les maladies — et, en marin habile, il carguait les voiles. C'est sur cette doctrine que repose toute sa diététique, car de thérapeutique il en faisait peu, vu les moyens restreints de la matière médicale à son époque. Il avait également une grande foi

dans la force médicatrice de la nature et il ne faisait rien pour la contrarier ; au contraire, il la suivait pas à pas : Qiio tendit natura eo ducenda.

En un mot, c'est ce que font encore les médecins expectants de nos jours, mais sans la même excuse. Ils admettent les maladies cycliques, c'est-àdire qui doivent parcourir fatalement leur cours naturel, à moins d'un effort salutaire de la nature (une crise) ou une savante diversion de l'art.

Les présentes Etudes ont principalement pour but de faire voir combien cette sorte de stratégie, renouvelée du général romain Fabius Ciinctator, est incertaine et dangereuse, et qu'il faut, au contraire, dès le début, arrêter le mouvement morbide, afin de n'avoir pas à le combattre. On sait, en effet, ce que coûtent les batailles aux pays où elles se livrent : la ruine, la dévastation, que ne compense pas toujours la victoire. C'est donc la fièvre qu'il faut juguler, afin de prévenir les lésions organiques, c'est-à-dire les conséquences de la bataille, quelque heureuse qu'en puisse être l'issue.

Cette jugulation est-elle possible ?

Par le régime, la diète, les saignées, les purgatifs, les émétiques, les diurétiques, les diaphorétiques, en un mot par les moyens ordinaires de l'allopathie, non (quoique habilement employés, ils puissent être de puissants auxiliaires) ; par les moyens dosimétriques (alcaloïdes et sels), oui, parce que ce sont des excito-moteurs qui augmentent la résistance vitale et qui aident ainsi la crise judicatoire dont parle Hippocrate.

Nous entrons ainsi en plein dans notre sujet, et nous allons faire voir, d'une part, les dangers de l'inaction, de l'autre, les avantages de l'action.

Nous laisserons parler Hippocrate :

« Le jour auquel les fièvres se jugent, est déterminé par le quantième des jours auxquels on observe que les malades sont morts ou guéris.

» Les fièvres les plus douces, accompagnées des signes les plus heureux, se terminent favorablement le quatrième jour ou même i^lus tôt.

" Celles du plus mauvais caractère, où se montrent les signes les plus terribles, sont suivies de mort le quatrième jour et quelquefois avant.

y Voilà donc la plus courte marche des fièvres.

y> La seconde durée se renferme dans l'espace de sept jours.

y La troisième durée dans l'espace de onze jours.

r> La quatrième dans quatorze jours.

» La cinquième dans dix-sept jours.

y> La sixième dans vingt jours.

V Ainsi les maladies aiguës se terminent toutes en vingt jours, ayant entre elles des durées différentes, qui varient d'environ quatre jours. Mais on ne peut faire ici un compte exact des jours entiers; l'année elle-même et le mois ne se terminent point avec la fin des jours.

» Ensuite viennent les maladies de même nature, c'est-à-dire qui se terminent en trente-quatre jours, d'autres en quarante, d'autres en soixante.

» Reconnaître d'abord quelle sera la crise des maladies d'une longue période, c'est une chose difficile; leur commencement est le même.

« Méditez sur ce qui se passera depuis les premiers jours, et depuis chaque espèce de quatre jours : c'est le moyen de découvrir comment elles finissent. Le même ordre sert à déterminer l'événement des fièvres quartes (1). »

Telle est cette fameuse doctrine des crises qui a fait tant de mal à l'humanité. Hippocrate a dû s'en rapporter aux forces de la nature, faute de moyens d'action efficaces, et parce qu'il se défiait des médicaments grossiers de son époque; ne voulant pas nuire : " Primo nonnocere-^, comme il le répète dans plusieurs endroits de ses écrits. Mais que dire des médecins actuels qui soutiennent encore cette doctrine?

Andral, dans sa dissertation de concours, établit qu'on ne peut porter de jugement sur les crises que par une étude approfondie des faits cliniques. - Cette marche, dit-il, est la seule qui soit probante. •' Il la suit pas à pas dans sa thèse. " Dans toute question, uniquement de faits, il semble que le premier objet à rechercher soit de savoir si la chose supposée existe, et certainement l'analyse la plus sévère aurait dû conduire à ce résultat, si tous les hommes qui ont examiné cette question avaient procédé ainsi; il y a longtemps qu'elle serait décidée. Si l'on

(I) Febrium judicationes iisdem numerantur dicbus, quibus et evadunt et raoï-iuntur homines. Non et multissimje febres et quœ securissimis fulciuntur signis, die quarto aut ante desiuant. Maxime vero malignte et quEecum gravissimis siguis fiunt, quarto vel prius interficiunt. Primus itaque eorum insultus ad hune modum desinit; secuudus ad septimum deducitur; tertius ad undecimum; quartus ad decinium quartum; quintus ad decimum septimum; sextus ad vigesimum. Ibi igitur circuitus ex acutissimis morbis per quatuor lacta accessione, ad vigesimum terminantur.

Neque vero horum quidquam iiitegris diebus ex arte numerari potest, cum neque annus etiam neque menses integris diebus numerari soleant. Post hsec autem eodem ratioue juxta eamdem adjectionem, primus circuitus est quatuor et (riginta dierum, secundus quadraginta, tertius sexaginta.

At inter liorum initia perquam difficile est diagnoscore quinam longo temporis spatio judicari debeant; quod simillima sunt eorum princijiia. Verum a primo die advertere aninmm oportet, et pro singulorum quaternariorum additione considerationem adhibere, uec latcbit, quonam se vertat morbus, Quartanarum quoquc conditio cumdem scrvat ordiuem.

s'était contenté d'établir qu'il survient quelquefois dans les maladies des mouvements organiques particulièrement manifestés par des évacuations humorales qui paraissent juger la maladie et que l'on a nommé « crises ?>, si l'on avait admis que ces mouvements pathologiques sont effectués par les organes altérés dans leur structure et fonctionnant dans l'ordre anormal où ils se trouvent, d'après des lois qui n'ont rien de fixe et qui changent par suite d'influences fort nombreuses, organiques ou hygiéniques, presque tous les observateurs seraient tombés d'accord. Mais on a voulu les faire coïncider avec certains temps de la maladie, et c'est alors qu'on est tombé dans l'erreur.

" On a supposé d'abord que les maladies ont une durée ou une marche fixe et que, en tenant compte des modifications que leur impriment l'âge, l'idiosyncrasie, les lieux, le traitement, il est encore possible de reconnaître des périodes bien marquées ; mais que cette marche n'existe pas toujours : elle peut être troublée et bouleversée par des causes qui ne sont pas toujours appréciables par nous ; ou bien par des accidents ou épiphénomènes que nous pouvons apercevoir. Elle est moins visible dans les maladies chroniques que dans les maladies aiguës ; plus variable dans les névroses que dans les fièvres et les phlegmasies. n . Andral rapporte les crises aux chefs suivants :

l" Crise par déperdition d'un liquide, par exemple du sang (épistaxis); de la bile (vomissements), du mucus (expectorations);

2° Crise par déperdition métastatique d'un liquide : résorption de sérosité contenue dans le tissu cellulaire, la plèvre ou le péritoine, et exhalation de cette humeur dans une autre partie du corps, ou expulsion par les urines, les sueurs, les garde-robes;

3° Crise par transport de l'inflammation : inflammations viscérales jugées par un exanthème, des abcès ;

4° Ci'ise par changement de lieu d'un mouvement fluxionnaire ;

5° Crise par élimination de la matière morbide mélangée de sang.

On voit que ce sont là les divers mouvements critiques admis par Hippocrate; ils supposent un trouble général, un effort violent de la nature. C'est ce que les révolutionnaires nomment : « faire de l'ordre avec le désordre «; ou plutôt, ce sont des dépressions du baromètre organique, comme il y en a pour le baromètre météorologique. Mais la question est de savoir si ces troubles ne peuvent être évités, et si la santé dépend de la maladie, comme le beau temps de l'orage. Certes, il y a des cii'constances où par suite d'un mauvais régime les humeurs : sang, bile, glaires, etc., s'amassent sur un point, et qu'en les rejetant la nature se soulage ; c'est même là-dessus que se trouve basé tout l'édifice allopa-

thiqiie, d'après le fameux aphorisme d'Hippocrate « quo tendit natura eo ducendav, mais il n'en est pas moins vrai qu'on a singulièrement abusé de ces médications perturbatrices et épuisantes. Ainsi les uns voulaient tout obtenir par les saignées ; les autres par les émétiques ; d'autres par les purgatifs, sans compter les innombrables spécifiques qui faisaient du corps une sorte de machine à distillation ou à fermentation.

C'est cet empirisme que la dosimétrie est venue renverser, en restituant à la médecine son véritable caractère ; en ne voyant que le malade et non la maladie, ce champ où les hommes à système se livrent bataille aux dépens de la pauvre humanité.

Du jour où lajugulation des maladies aiguës a été consacrée parles faits, de ce jour elle est devenue obligatoire pour tout médecin respectueux de son art et convaincu de son devoir. Les lésions anatomo-pathologiques et les crises toujours dangereuses qu'elles provoquent, diminueront ou n'existeront plus que par la faute et les négligences mêmes des malades.

Nous allons maintenant relater quelques faits cliniques empruntés à Hippocrate, afin de les mettre en regard de ceux que la dosimétrie nous fournit, et de faire voir que les crises invoquées par le père de la médecine, étaient, la plupart du temps, impuissantes. (Nous avons extrait les premiers faits du Livre des Épidémies.)

Premier malade. — « A Thase, le fils de Parion, logé près le temple de Diane, fut pris d'une fièvre aiguë. Elle était d'abord continue, ardente, avec soif. Il fat, dès le commencement, dans l'état comateux, auquel succéda l'insomnie. Durant les premiers jours, il avait des troubles d'entrailles; les urines étaient blanches. Le sixième jour les urines ressemblaient à de l'huile, et il tomba dans le délire. Le septième jour tout augmentait : point de sommeil; les urines persistaient les mêmes; le délire pareillement. Le ventre rendit des matières bilieuses, grasses. Le huitième jour, quelques gouttes de sang par le nez ; vomissements de matièi'es verdâtres ; un peu de sommeil. Le neuvième jour de même. Le dixième jour tout s'amendait. Le onzième jour sueurs partielles; le malade eut des froids, mais il se réchautFa bientôt. Le douzième jour fièvre violente, selles bilieuses de matières claires en quantité. Le dix-septième jour, mal : point de sommeil ; cependant la fièvre n'augmentait pas. Le vingt et unième jour sueurs générales ; insomnie ; selles bilieuses, dégoût des aliments, assoupissement comateux. Le vingt-quatrième jour le malade rechuta. Le trentequatrième jour point de fièvre; le ventre ne s'arrêta point; l'état de chaleur revint. Le quarantième jour point de fièvre aussi; le ventre

s'arrêta, mais non pour longtemps; le dégoût était grand; la fièvre revint aussi un peu, d'une manière très-vague : tantôt fièvre, tantôt pas. S'il venait du soulagement et quelque cessation de la fièvi'e, bientôt elle reprenait. Le malade ne voulait que des aliments de fantaisie ; le sommeil était mauvais. Dans les reprises du mal, il y avait du délire ; les urines étaient alors épaisses, troubles, elles ne sortaient qu'avec peine; elles se supprimaient, puis venaient en abondance ; il y avait de petites chaleurs continues; les selles étaient copieuses, claires. Le cent vingtième jour le malade mourut. Le ventre rendit continuellement, depuis les premiers jours, des matières bilieuses détrempées, en quantité; ou bien, quand elles s'arrêtaient, c'était pour fermenter dans les entrailles, et il en sortait quelques crudités. Les urines fuirent toujours mauvaises. L'assoupissement comateux ne discontinua pas ou était remplacé par de l'agitation et de l'insomnie. Le dégoût fut constant ; la fièvre toujours ardente (1). »

Réflexio7is. — Il s'agit ici d'une de ces fièvres bilieuses si fréquentes dans les pays chauds ; que Brown convertissait en fièvres ataxiques par ses traitements incendiaires ; et dans lesquelles Broussais voyait une entéro-gastro-encéphalite, et laissait le malade se consumer par suite des sangsues et de la diète. Aujourd'hui tout médecin dosimétriste a recours au lavage du tube intestinal par le Sedlitz Chanteaud, et aux alcaloïdes défervescents : aconitine, vératrine, digitaline ; aux toniques : quassine, strychnine, etc. Il est rare que la fièvre se prolonge au delà de huit jours. Quelquefois le mal se termine en vingt-quatre heures. Les sang-

(1) Parius quidam, in Thaso, qui supra Dianœ t'anum decumbebat, febre acuta correptus est, statiin quidam assidaa ardente, siticulosa. Per exordia sopore detinebatur, rursusque vigiliis vexabatur. Alvus inter initia turbulenta, urinse albse. Die sesto aeger oleosam urinam reddidit; deliravit. Septimo exacerbata sunt omnia, œgernon dormivit. Quiu et urinse similes, et mensperturbata. Ex alvo vero biliosa et pinguia prodiere. Octavo deinceps seger parum ex naribus slillavit; vomitione refusa sunt virulenta, pauca; aliquantulum ille quierit. Nona eadem perseverare. Decimo cuncta remiserunt. Undecimo sudor, sed non toto corpore, dimanavit. Corporis quidem summa perfriverunt, sed mox œger recaluit. Duodecimo seger graviter febricitavit, alvi recrementa biliosa, tenuia copiosa. lu urinis suspensum quid in medio innatans inerat, deliravit seger. Decimo septimo permoleste liabuit; nam neque somni aderant, neque tamen febris intendebatur. Vigesimo sudor undique profluxit ; jiervigil eeger fuit, dejectiones biliosse, cibum feger aversabatur, sopore detentus est. Vigesimo quarto récidiva contiugit. Trigesimo quarto seger a febre immunis fuit, alvus non substitit, moxque ;eger recaluit. Quadragesimo sine febre, alvus non diù substitit, cibum seger adversabatur rursus, aliquantulum febricitavit, idque perpetuo inordinate, partim quidem a febre liber, partim vero non. Nam si quando intermitteret, allevaretque, statim repetebat. Cibariis etiam multis vilibus et vitiosis seger utebatur. Circa récidivas somui mali, ïeger deliravit. Urinas tune reddebat crassas quidem, verum turbulentas et pravas. Ex alvo coacta, moxque diffluentia demittebantur. Febriculœ assiduœ aderant; dejectiones multte tenues. Centesimo et vigesimo die seger defunctus est. Huic alvus ab initio continentur biliosis, liquidis, multis diiBuebat, aut si consisteret, fervida et cruda dejiciebat. Urinïe per totum morbum malse. Sopor fere seger detinebatur, nec sine doloribus, eraïque insomnis; cibos aversabatur, assidueque febris ardens vexabat.

EXPECTATION D'IIIPPOCRATE. 33

sues et les éinollients sont indiqués quand la tension et la douleui' l'exigent.

Deuxième malade. — « A Thase, une femme qui demeurait au nord, le troisième jour api'ès avoir accouché d'une fille, tomba dans une fièvre violente. Les lochies n'allaient point. Depuis longtemps elle avait de temps en temps la fièvre, qui l'obligeait de s'aliter, et du dégoût. Dès le premier frisson la fièvre devint redoublante, avec des frissons. Le huitième jour et les suivants, grand délire, mais la connaissance revenait bientôt; trouble d'entrailles, avec beaucoup de selles claires, aqueuses et bilieuses ; point de soif. Le onzième jour la connaissance était revenue, mais il y avait de l'assoupissement comateux. Beaucoup d'urines noii'es ; point de sommeil. Le vingtième jour quelques frissons, suivis bientôt de chaleur; un peu de délire; les selles de même; les urines aqueuses en abondance. Le vingt-septième jour point de fièvre; le ventre s'arrêta, mais non pour longtemps. Douleur à la hanche droite, fort obstinée; la fièvre revenait par temps ; les urines étaient toujours aqueuses. Le quarantième jour la douleur de la hanche s'apaisa, mais il vint une toux fréquente avec crachats ; le ventre ne rendait rien ; le dégoût était grand ; les urines de même ; la fièvre ne désemparait point, avec des redoublements erratiques : tantôt il en venait, tantôt il n'en venait pas. Le soixantième jour la toux finit sans signe, les crachats n'avaient point été mûris, et il ne se montrait aucun signe de coction; la mâchoire se tourna à droite; il y avait assoupissement comateux, le délire survint, et la connaissance lui succéda. La malade refusait de prendre de la nourriture. La convulsion de la mâchoire se dissipa; le ventre rendit un peu de matières bilieuses, la fièvre fut très-forte, il y eût des froids. Les jours suivants la parole fut perdue, le délire allait et venait ; la malade reprenait quelquefois la parole. Le quatre-vingtième jour la malade mourut. Les urines avaient été continuellement abondantes, ou noires, ou aqueuses. L'état comateux, le découragement, l'insomnie, les emportements, témoignaient que la tète était infectée d'atrabile (1). "

(1) Quse in Tliaso ati frigklara decumbebat, ubi filiam eiiixa est; nec purgationes irent, eam tertio die febris aciUa eum horroris sensu corripuit. Ex longo taraen aute partum intervallo ex l'ebre decumbebat, cibumipie fastidiebat. Post rigorem autem febres tuerunt assiduœ, acutœ cum horrore.Octavo, proximisque dicbus, multum regra deliravit, statiraiiue ad intelligentiam rediit. Alvus perturbata, multa, tenuia, arjuosa, bile permixta demisit ; alisipie sili :egra erat. Undecimo meute coiistabat, sopore tameu detineliatur ; urinas raultas, tenues et nigras reddidit, pervigil erat. Vigesimo corporis summa paulum perfrixeruut, moxque calor rediit, non nibil mente mota est, pervigilavit. AIvi dejectiones ecedem perseverarunt ; urinœ dilutse, multœ. Vigesimo septimo a febre immuuis fuit, alvus substitit. Non longe vero post ad coxendicem dextram vebemens enatus dolor diu tenait; febres rursus subsecut;e, et urinœ aipiosEe. Quadragesimo circa coxendicem dolores allevaruut, sed tusses assiduce humid», muU:e, tonueruut; alvus suppressa est, cibum cegra fastidiebat, urinœ

11 s'agit ici d'une de ces fièvres puerpérales qui oscillent entre le type continu et le type rémittent, et qui se localisent particulièrement sur les séreuses cérébrales, ainsi que le délire et l'état comateux en témoignent; de même que la comoilsion de la mâchoire, signe qui correspond au strabisme qu'on observe dans la méningite. La nature a été impuissante à opérer la crise. Aujourd'hui les médecins dosimétristes lui viennent en aide par le Sedlitz Chanteaud et les alcaloïdes défervescents : acouitino, vératrine, strychnine, etc.

Troisième malade. — - A Thase, Pjihion, logé au delà d'Heraclium, fut pris d'un grand froid avec fièvre, à la suite de peines, de travail et de mauvais régime. Sa langue était sèche ; il était altéré; plein de bile,!! ne pouvait dormir; les urines étaient brunes, faisant des nuages, il ne sua point. Le deuxième jour, vers midi, les extrémités se refroidirent, surtout les mains et la tête; il était sans voix, sans parole : la respiration était courte ; la chaleur revint enfin après un long temps ; il }" avait de la soif. La nuit se passa tranquillement ; il sua un peu de la tête. Le troisième jour, le malade fut tranquille. Le soir, vers le coucher du soleil, il eut un peu froid ; la nuit fut fort agitée ; il n'y eut pas un instant de sommeil ; il fut rendu par les selles un peu de matières liées. Le quatrième jour, il y eut de la tranquillité le matin. Tout redoubla vers midi ; du froid, perte de la voix, de la parole ; tout s'empirait; la chaleur revint à la longue; les urines étaient brunes, elles faisaient quelques vapeurs. Dans la nuit, il y eut du sommeil. Le cinquième jour, le malade parut soulagé ; il sentait cependant un poids dans le ventre, avec des douleurs , il était altéré. Le sixième jour il fut tranquille dans la matinée; le soir, nouveau travail; il y eut un redoublement; le ventre se vida bien au moyen d'un lavement ; il }" eut du sommeil dans la nuit. Le septième jour, agitation continuelle, anxiétés, urines huileuses; les malaises durèrent toute la nuit; le délire vint; pas un moment de sommeil. Le huitième jour, un peu de sommeil le matin; le froid vint bientôt, la perte de la parole s'y joignit; la respiration était courte et précipitée. Le soir, le malade se réchauffa et il tomba dans le délire. Au soir il fut un peu mieux; il y eut de petites selles de bile pure. Le

esedem. Febres vero in totum quidem non desinebant, sed errabundas, et incertas habebant accessiones, et partira quidem sic, partira vero non prehendebant. Sexagesirao tusses absque ulla judicationis significatione defecerunt. Neque enim ulla sputorum concoctio extitit, ueque aliud quidquara eorum, quœ abscedere soient. Maxilla destra convulsa est; sopore tegra deiinebatur, rursus deliravit, statimque ad mentem rediit. Ceterura a cibis averso erat animo ; maxilla quidem loco restituta est ; alvus autera biliosa pauca transmisit, fébris intentior fuit, nec sine horrore, proximisque diebus fegra voce defecta est, rui-susque ad intelligentiam rediit, et sermocinata est ; octogesiraoque expiravit. Urinœ huic perpetuo nigrœ, tenues et dilutœ fuerunt ; soporque comitabatur ; cibos œgra non sumebat, animum despondebat, pervigil. iracunda, implacida, mens atrabile tentabatur.

neuvième jour, l'état était comateux, avec des agitations par intervalles; pas de soif. Vers le coucher du soleil l'état s'empira, le délire vint ; la nuit fut très-fâcheuse. Le dixième jour, au matin il n'y avait point de parole, grand froid; fièvre violente, beaucoup de sueurs. Le malade mourut. Les redoublements furent constamment aux jours pairs (1). «

Il s'est agi d'une de ces fièvres rémittentes ou typhoïdes où l'hypostase finit par s'étendre à tous les organes, par suite de la paralysie du système nerveux vaso-moteur, et où les arséniates de strychnine, de quinine, sont indiqués. (Voir Faits cliniques dosimétriques .)

Quatrième ^naïade. — " Un malade, qui avait une frénésie, vomit le premier jour, après s'être alité, beaucoup de matières vertes, claires. La fièvre le prit par le froid; il sua et sentit à la tète et au cou un poids, puis des douleurs. Les urines étaient claires , on y voyait quelques petits nuages éparpillés. Les sueurs s'arrêtèrent, il rendit beaucoup de matières par des selles. Son délire était grand; il ne ferma pas l'œil. Le deuxième jour, le matin, il avait perdu la parole; fièvre violente et sueurs ; il n'y eut aucune relâche. Il y avait des battements dans tout le corps; la nuit, il y eut des convulsions. Le troisième jour, tout s'augmenta. Le quatrième jour le malade mourut (2). «

Il s'est agi d'une de ces fièvres cérébrales avec insomnie, délire, que

(1) Pythioiiem iu Thaso, qui supra Herculis fanum decumbebat, ex laboribus et lassituJinibus, negligenterque subducta victus ratioue, rigor vehemens et febris acuta preheudit. Lingua resiccata erat, siticulosus îeger, bile abuiidans, somnura non cepit. Urinœ nigricantes, sublime quid in medio suspensum babebant, neque subsidebant. Altero sub meridiem die corporis extremorum frigus cepit, precipueque circa manus et caput, sermone et voce seger defectus est, longo intervallo brevem spiritum traxit, revocatus est calor, sitiit aeger, noctem quietam duxit, sudor circa caput parum motus est. Tertio die quiète habuit, ad vesperam vero, sub solis occasum, aliquantulum perfrixit, perturbatio cum nocte laboriosa, nihil ;egor dormivit. Ex alvo vero pauca stercora coacta transmissa sunt. Quarto mane œger quievit, sub meridiem autem exasperata sunt omnia, perfrixit, sermone et voce destitutus est, deterius habuit, tandem recaluit. Urinas reddidit nigras, suspensum quiddam in medio innatans habentes, noctu placide habuit, et somnum cepit. Quiuto allevari visus est, ceterum in ventre gravitas cum dolore tenuit, silibundus fuit, nox molesta. Sexto mane quidem placide îeger se gessit, sub occasum vero dolores intenderunt, gravius ;cger habuit. Vesperi autem ex parvo per alvum infuso venter probe reddidit, noctu îeger somnum cepit. Soptimo die magna corporis œstuatione, et stomachi fastidio conflictabatur, et quadam corporis implaciditate tentabatur, oleosam urinam reddidit, noctu turliatio multa, delirabat œger, sonuium nullum capiebat. Octavo mane quidem aliquantulum dormivit, confestimque perfrictio cepit, et vocis defectio, spiratio exilis, et imminuta, ad vesperam autem calor rursus rediit, îogcr deliravit. Jam vi>ro appetcnte die, paulo levius habuit, alvi recrcmenta sincera jiauca, biliosa. Nono sopore negor detiuebatur, îestuatione, et stomachi fastidio tentabatur, cum excitaretur, neque valde sitibundus erat. Sub solis autem occasum aeger magna corporis inquiète tenebatur, deliravit, nox prava. Decimo mane vox defecit, frigus multum, febris acuta, magna sudoris copia, defunctus est. Hic diebus paribus gravius habebat.

(2) Qui ex phrenitide laboraus primo die decubuit, icruginosa, et virulenta, multa, teuuia, vomitione refudit, febris horroris sensu insignis prehendit, sudor copiosus, assiduus, toto corpore dimanavit seger, capitis et cervicis gravitas, non sine dolore. Urinœ tenues, in quibus sublimia, quœdam in medio suspensa, parva, dispersa inerant, neque subsistcbant. Ex alvo stercora atfatim

Celse nommait : Insania febricitanlium . Il y a eu également des symptômes cholériques, ceux-ci, la plupart du temps, précédant les symptômes cérébraux. Pour Broussais c'eût été une gastro-encépli alite. Les médecins dosimétristes ne laissent point venir les choses jusque-là et, du premier instant, coupent la fièvre avec les alcaloïdes défervescents et calmants, après avoir préalablement lavé le canal intestinal avec le Sel Chanteaud. (Voir plus loin.)

Cinquième malade. — « A Larisse, un homme chauve, se plaignit subitement de douleurs à la cuisse droite ; nul remède ne le soulageait. Le premier jour, fièvre ardente,' fort aiguë, qui ne diminuait point, ni les douleurs non plus. Le deuxième jour, les douleurs de la cuisse diminuèrent; la fièvre se soutenait; le malade était fort agité; point de sommeil; toutes les extrémités étaient froides; abondance d'urines non utiles. Le troisième jour, les douleurs de la cuisse cessèrent, mais le délire vint avec beaucoup de malaise et d'agitation. Le quatrième jour, le malade mourut dans un redoublement violent (1). »

La rapidité de la mort fait supposer ici une fièvre larvée, dont la douleur de la cuisse n'était que le masque. Aujourd'hui les dosimétristes auraient recours dans un cas semblable à l'arséniate de strychnine, à l'arséniate de quinine. (Voir plus loin.)

Sixième malade. — - A Abdère,Périclès tomba malade de fièvre aiguë continue, avec des douleurs, beaucoup de soif et d'anxiété; il ne pouvait garder la boisson ; il sentait des douleurs à la rate et des pesanteurs à la tête. Le premier jour il eut une hémorrhagie par la narine gauche. La fiè\Te était cependant très-forte ; il rendit beaucoup d'urines troubles, blanches, qui ne déposaient point. Le deuxième jour, tout augmenta, mais les urines devinrent épaisses; elles faisaient quelque dépôt. La grande agitation diminua; il y eut du sommeil. Le troisième jour la fiè^Te s'adoucit; il y eut abondance d'urines cuites, qui déposaient beaucoup ; la nuit fut tranquille. Le ([uatrième jour beaucoup de sueur générale, chaude. La maladie fut jugée; la fièvre quitta et ne revint plus Le mal était aigu (2). r>

prodierunt, multum aeger deliravit, nihil dormivit. Postridie mane vos defecit, febris acuta inrasit, sudavit îeger, non intermisit. Totum corpus palpitationes occuparuut, uocte convidsiones. Tertio die graviora evasei-unt omnia. Quarto œger mortuus est.

(l)Calvum, in Larissa, ex femoro dextro dolor derepente occupavit, nihilque adhibitis remediis est profectum. Primo die febris acuta, ardens, sensimpreliendit, comitabantui-que dolores. Postridie femoris quidem dolores remiserunt, febris auiem intensa est, implaciditate quadam corporis reger tenebatur, somnum non capiebat, corporis summa frigebaut, urinarum copia profluxit, sed nec ese laudabiles erant. Tertio die femoris quidem dolor cessavit, verum mentis alienatio, pertui'batiôque adfuit, et multa corporis incontiuentia, jactatioque. Quarto sub mediriem celerrime œger periit.

(2) Abderae Periclem febris acuta, continua, cum dolore prehendit, sitis multa, sestuatio, et stomachi

EXPECTATIOX D'HIPPOCRATF:. 37

La crise a été ici heureuse parce qu'elle s'est faite dans les quatre premiers jours et que, par conséquent, les hypostases et tous les désordres, qui en découlent n'ont pas eu le temps de s'établir. Cela vient confirmer la nécessité de juguler les fièvres aiguës au début, ou du moins de le tenter, au lieu de se livrer à une stérile expectation.

Comme nous l'avons déjà dit, Hippocrate avait son excuse dans la grossièreté de la matière médicale de son époque. Cela lui a permis d'être un grand observateur, mais l'a empêché d'être un grand thérapeute. Nos expectants modernes n'ont pas la même raison pour ne pas agir.

Sepiième malade. — « A Abdère, une fille logée rue Sacrée, fut atteinte d'une fièvre ardente ; il y avait de la soif, de l'insomnie. Les règles vinrentle premier jour. Le sixième jour, beaucoup d'anxiété, de la rougeur, des finissons ; la malade ne savait comment se tenir. Le septième jour, de même ; les urines étaient claires et de bonne couleur ; il n'y avait point de mouvement dans les entrailles. Le huitième jour, la malade perdit l'ouïe ; la fièvre était violente ; point de sommeil ; agitations continuelles, des frissons; la connaissance persistait; les urines étaient les mêmes. Les jours suivants de même aussi ; toujours surdité. Le douzième jour, la connaissance se troubla; la fièvre diminuait. Le dix-septième jour grande hémorrhagie par le nez; la surdité diminua un peu. Agitation continuelle pendant les jours suivants ; il y avait toujours de la surdité et du délire. Le vingtième jour, douleur aux pieds ; la surdité et le délire diminuèrent. Le nez donna encore un peu de sang ; il y eut des sueurs ; la fièvre cessa. Le vingt-quatrième jour, la fièvre revint, la surdité aussi et la douleur aux pieds. Le vingt-septième jour sueurs abondantes, point de fièvre, point de surdité. Tout le reste fut jugé complètement (1). »

fasiidium aderat, potiim seger contiiiere non valebat. Aliquantulum autera, tum ex liene, tum ex gravitate lalioraliat. Primo die sanguis multus ex nare sinistra profluxit. Febris tamenintensior erat, urinas segcr reddidit multas, turbulcntas, albas, quœ nec depositfe subsedebant. Postridie graviora evaserimt omnia. At certe urin:e quidem crassœ eraut, verum quœ magis subsiderent, stomachi fastidium et œstuatio allevata est, œger dormivit. Tertio die febris remissa est, urinœ copiosae, concoctte, in quibus multum subsidebat, profluxerunt, noctem quietam a?ger habuit. Quarto sub meridiem sudor multus, calidus toto corpore dimanavit, a folire judicatione teger est absolutus, nec l'ecidivam passus est. Morbus erat aculus.

(1) Abderze virginem, qu;e ad viam Sacrani dccurabeliat, febris ardens prelienilit. Sitibunda autem erat et pervigil, eique tum primum muliebra proiluxeituit. Sexto die vchemcns stomachi fastidium adfuit, rulior, iiorror, cum molesla corporis jactatione. Septimo caaem persevorarunt. Urinre tenues ipiidcm, verum probati coloris erant, alvus commode liabebat. Octavo surditas, febris acuta ccpit ; insomnis, îetuabanda, cum horroris sensu ; mentis segra erat compos, urincc eœdcm. Nono ac proximis diebus, eadem perseverarunt, atque adeo permansit surditas. Deeimo quarto mentis perturbatio, febris remissio. Deeimo septimo multum ex naribus profluxit, surditas non nihil est levata, proximisque diebus stomachi fastidium, et surdilas aderat, et délira a'gra erat. ^'igesimo pedum dolor cepil, surditas et dclirium inlermisit, paucus ex naribus sanguis prorupit, sudoribus a febre liberata est. Quarto et vigesimo febris repetiit, rursusque surditas, pedum dolor perseveravit,

Si le cas s'est terminé ici heureusement, il ne prouve pas en faveur de l'expectation , car dans le nombre des symptômes, il y en a eu de fort graves, tels que la fièvre, l'insomnie, la surdité. L'hémorrhagie nasale et les sueurs abondantes, comme aussi la jeunesse de la malade, ont déterminé la crise salutaire. Mais attendre cette dernière,. ce serait jouer gros jeu. En pareille occurrence, la dosimétrie n'hésite point à recourir aux alcaloïdes défervescents.

Huitième malade. — « A Abdère, Anaxion, logé près de la porte de Thrace, tomba malade d'une forte fièvre, avec une douleur continue au côté droit; toux sèche sans crachats; soif, insomnie, urines claires, de belle couleur, fluant abondamment. Le sixième jour, délire; les fomentations au côté ne servent de rien. Le septième jour, mal; la fièvre toujours très-forte ; les douleurs ne diminuent point ; la toux tourmentait ; la respiration était difiicile. Le huitième jour, je saignai au bras : le sang sortit en abondance, comme il faut. Les douleurs diminuèrent; la toux persista, sèche. Le onzième jour, la fièvre diminua ; il y eut quelques sueurs à la tête ; la toux devint un peu moins sèche. Le quatorzième jour, le malade commença à rendre quelques crachats cuits; il était soulagé, mais il avait soif, et l'évacuation par les crachats n'était pas bonne. Le vingtième jour, le malade sua; il était sans fièvre, se trouvant bien après la crise. Le vingt-quatrième jour, la fièvre revint, avec la toux; il y eut beaucoup de crachats mûrs, les urines déposaient quantité de sédiment blanc. L'altération se dissipa ; le sommeil revint. Le trente-quatrième jour sueur générale; point de fièvre, tout était jugé (1). »

C'est la première fois qu'Hippocrate indique la saignée, le huitième jour, à cause de la persistance de la douleur au côté, de la toux et de la difficulté de respirer. La saignée a donc ses indications formelles; c'est le moyen et non la fin. On a vu que la sueur critique ne s'est établie que le trente-quatrième jour. Aujourd'hui la durée ainsi que les dangers

mens emota est. Septimo et vigesimo, copiosis obortis sudoribus, a febre segra immuiiis fuit, surditas reliquit, pedum dolor aliquantulum tenuit. In reliquo vero perfecta judicatione absoluta est.

(1) Abderîe Anaxiouem, ad Threicias portas decumbentem, febris acuta prehendit, lateris dextri dolor continens tenebat, tussis erat sicca, neque quidquam primis diebus seger exspuebat. Siti cruciabatur, atque insomnia ; urinse probe coloratse erunt, copiosœ et tenues. Sexto die aeger deliravit. Fotus vero nihil profecerunt. Septimo moleste habuit ; nam et febris intendebatur, neque dolores remiserant, et tustes infestabant, et difBcilis spiratio inerat. Octavo, secta in cubito vena, niultus sanguis, prout debuit, effluxit, dolores certe remiserunt, verum tusses siccîe perseverarunt. Undecimo leniores fuerunt febres, paucus sudor circa caput prodiit ; etiamnum tusses teuebant, et, quje ex pulmone prodibant, liquidiora erant. Decimo septimo œger cœpit pauca et concocta exspuere, allevatus est. Vigesimo, sudore oborto, febre liber fuit, a judicalione vero melius babuit. Sitis autem vexabat nec prolire pulmonis expurgationes erant. Seplimo et vigesimo rediit febris, tussivit reger, concocta pluriraa cduxit, in uriuis albi multa subsidebant, sitis desiit, somnum .egercepit. Trigesimo quarto, sudore per totum corpus diffuso, febre liberatus et prorsus est judicatione absolutus

de la pleuropneumonie sont abrégés par les alcaloïdes défervescents. (Voir, plus loin, Faits dosimétriqiies .)

Neuvième malade. — "A Abdère, Heropythus avait des maux de tête, pour lesquels il ne gardait point le lit. Il fut, au bout de quelques jours, obligé de s'aliter (je parle de celui qui habitait sur la Place Haute). La fièvre ardente le prit; elle était fort violente. Il y eut, dès le commencement, vomissements de beaucoup de matières bilieuses ; soif; grande agitation; urines limpides de couleur foncée, tantôt faisant des nuages, tantôt sans; les nuits étaient ftchenses; les redoublements venaient sans suite; ils étaient presque toujours irréguliers. Vers le quatorzième jour, le malade perdit l'ouïe; la fièvre redoubla; les urines restaientles mêmes. Le vingtièmejour, grand délire et les jours suivants. Le quarantième jour, hémorrhagie du nez abondante; la connaissance était bien, la surdité persistait, mais moindre, la fièvre diminuait. L'hémorrhagie nasale revint fréquemment les jours suivants, en petite quantité. Vers le soixantième jour, les hémorrhagies s'arrêtèrent, mais il survint de fortes douleurs aux hanches. La fièvre persistait toujours. Peu de temps après, il survint des douleurs aux parties inférieures; il arrivait que la fièvre augmentait avec la surdité, qui était très-grande, ou bien que l'une ou l'autre diminuait et que les douleurs des hanches et des parties inférieures augmentaient. Vers le quatre-vingtième jour, tout s'apaisa, mais rien ne cessa entièrement. Les urines, de bonne couleur, déposaient beaucoup de sédiment; le délire était moindre. Vers le centième jour il y eut beaucoup de selles bilieuses, qui continuèrent longtemps, il y en avait même de dyssentériques qui causaient de vives douleurs ; les autres coulaient facilement; La fièvre se termina à la fin ; la surdité finit. La fièvre ardente fut jugée le centième jour (1). »

(1) Al)derœ Heropythus, reclus, et obambulans, ex capite Joluit, ueque vero multo post clecubuit. Is habitabat ad superiorem tractum, febris erat ardens, acuta. Statim initio plurima biliosa vomitione refusa suut, sitis aderat, et magna corporisjactatio, et incontineiitia. Uriuœ tenues, nigrie, in quibus interdum quidem suspensum quiddam in medio innatans sublime erat, interdum vero non. Nox laboriosa, febrium accessiones subinde variœ, ac plerumque inordinata;. Sub decimumvero quartura diem leger obsurduil, febres intendehantur, urinœ eiedem. Vigesimo itemque proximis diebus pprmultuni œger deliravit. Quadragesimo multus e naribus sanguis erupit magisque ad sese aîger rediit, surditas inerat (juidem, verum minus vexabat, remiserunt febres. Consequentibus diebus crebro, et paulatim sanguis e naribus profluxit. Ad sexagesimum vero diem desierunt quidem sanguinis e naribus eruptiones, verum coxendiois dcxtrfe vehemens dolor tenuit, ac felu'es intendel)antur. Neque vero multo post iulV'riorum omnium parlium dolores exorti sun!. Contigit autem, ut aut febres majores essent, surditasque juncta, aut ista quidem remitterent et allevarent, verum inferiorura ad coxendices partium graviores fièrent dolores. Jam vero ad octogesimum remiserunt quidem omnia, verum nihil dereliquit. Nam et urinœ probati coloris, in quibus plura subsidebant, prodierunt, et deliria sunt irarainula. Circiter centesimum alvus biliosis miillis perturliata est, ncc pauco temporo talia multa procedebant, taudemque iuteslinorum difficultas cum dolore vexavit, cœlera commode habe-

Cent jours ! — C'est-à-dire une éternité — pendant lesquels une foule d'accidents mortels auraient pu se produire. Il a fallu la jeunesse etla force du sujet pour y échapper. Les hémorrhagies nasales, quoique abondantes, n'ont pu décongestionner la tête; les douleurs des membi'es inférieurs n'ont pu enlever la céphalalgie et la surdité, parce que la fièvi-e persistait toujours. C'est donc la fièvre qu'il faut abattre par les défervescents.

Dixième malade. — "A Abdère, Nicodème fut pris de la fièvre à la suite de débauches de femmes et, depuis, il eut, dans le commencement, des anxiétés, des cardialgies, de la soif; la langue bridante, les urines foncées, limpides. Le deuxième jour, redoublement de la fièvre avec frissons, agitations continuelles, point de sommeil, vomissements de matières bilieuses jaunes; les urines de même. Durant la nuit il y eut du calme, du sommeil. Le troisième jour tout s'apaisa; le malade se trouvait bien, mais vers le coucher du soleil il retomba dans les agitations ; la nuit fut très-laborieuse. Le quatrième jour frissons suivis de fièvre très-violente, de douleurs dans tout le corps, urines claires, faisant des nuages, beaucoup de délire. Le septième jour, le malade se trouvait bien ; le huitième, il était mieux. Le dixième et les jours suivants il eut des douleurs qui diminuaient toujours et des redoublements venaient constamment aux jours pairs. Le vingtième jour les urines furent blanches, épaisses, sans sédiment. Le malade sua beaucoup; il paraissait sans fièvre, mais le soir il y eut de la douleur, beaucoup de frissons, de la soif et un peu de délire. Le vingt-quatrième jour il rendit un peu d'urines blanches, avec sédiment; il sua copieusement de tout le corps. La fièvre disparut. La maladie fut jugée (1). «

La fièvre suite d'excès, c'est-à-dire par une cause connue, chez des individus forts, est moins dangereuse qu'une fièvre survenant spontané-

bant. In totum autem tum feln-e? reliquerunt, tum sunlitas desiit. Centesimo prorsus seger est judi'catione absolutus, febris erat ardens.

(I) Abderœ Nicodemus ex venere et potu febre correptus est. Per initia autem stomachi fastidio, et oris ventriculi dolore, cum siti, conflictabatur. Lingua exusta est, urinée tenues ac nigrae. Postridie febris invasit, cum horroris sensu, et stomachi fastidio, nihil œgei- dormivit, biliosa, flava, vomitioue sunt refusa, uriiue eœdem perseverabant, noctem quietara œger transegit, somnum cepit. Tertio die imrainuta sunt omnia, et tranquillitas adfuit. Sul) solis occ.isum rursus corpore implacidilate œger aliquantulum tentatus est, noctem permoleste tulit. Quarto rigor cepit, febris magna, omnium dolores aderant, urinae tenues erant, ac suspensum quiddam in medio innatans habebaut. Sexto multum aeger deliravit. Septimo allevatio fuit. Octavo ctetera remiserunt omnia. Decimo, sequentibusque diebus, dolores quidem tenuerunt, verum leviores erant. Accessiones vero, et dolores, hune perpetuo diebus fere paribus invaserunt. Vigesimo œger urinam reddidit albam, oui crassitudo inerat, nec deposita subsidebat, copioso sudore profuso, visus a febre liber esse. Sub vesperam aulem rursus incaluit, iidemque dolores vexarunt, horror adfuit, sitis. œger non nihil deliravit. Quarto et vigesimo copiosam uriuam albam reddidit, in qua multa subsidebant. Sudore calido copioso per totum corpu» difTuso, a febre judicatione est absolutus.

ment, parce que celle-ci a couvé plus ou moins longtemps et peut être due à des éléments zymotiques. On peut donc trouver exorbitant qu'il ait fallu vingt jours pour la juger, tandis qu'avec le Sedlitz Chanteaud et les alcaloïdes défervescents ce serait affaire de quelques heures. Voilà pourquoi il ne faut pas abandonner la maladie à elle-même, mais la juguler d'emblée.

Onzième malade. — « A Tbasc, une femme d'un caractère inquiet (logée à la plaine, près de Pylade) eut quelque sujet de chagrin qui lui fit perdre le sommeil; elle n'était point alitée; elle avait un grand dégoût, de la soif, de l'agitation. Le premier jour, à l'entrée de la nuit, elle avait des frayeurs, elle parlait beaucoup, elle s'emportait; il y avait peu de fièvre. Le matin il y eut beaucoup de convulsions ; quand elles cessaient, le délire venait ; elle disait des paroles sales ; elle était continuellement dans de grandes agitations. Le deuxième jour, de même. Point de sommeil, fièvre violente ; la même nuit elle sua abondamment de tout le corps. Point de fièvre. Le sommeil revint; la connaissance était parfaite. Le mal fut jugé. Vers le troisième jour des urines foncées, avec des nuages considérables ronds. Point de sueurs. Les règles coulèrent abondamment dans la crise (1). »

Douzième malade. — « A Larisse, une fille fut prise de fièvre ardente violente, avec insomnie et soil*. La langue était sèche, couleur de suie; les urines, de belle couleur, étaient claires. Le deuxième jour, des douleurs partout, point de sommeil. Le troisième jour, déjections aqueuses abondantes qui continuèrent les jours suivants, sans que la malade en fût incommodée. Le quatrième jour, les urines étaient claires, en petite quantité, faisant des nuages; point de sueurs, délire dans la nuit. Le sixième jour, hémorrhagie nasale abondante ; il y eut des frissons et des sueurs profuses; la fièvre cessa. La maladie fut jugée. Durant la fièvre, après la crise, les règles parurent pour la première fois ; la malade était jeune ; elle eut des malaises dans tout le corps, des frissons, de la rou-

(1) Mulier quEedam iu Thaso austera, et aspera, ex mo?rore manifesto recta adhuc, et obambulans, iiisoraiiia, et ciborum fastidio tentata est, sili, et magna corporis œstuatioue premebatur. Habitabat autem ad Pyladis œdes in Piano. Primo die, appetente nocte, metus, sermones multi, aninii œgritudo, febricula levis cepit, mane conviilsiones mull;e vexarunt. Ac sicubi convulsioues illa; rault;e intermiltereut, delirabat, obsctena loquebatur, dolores multi, véhémentes, et continentes aderant. Postridie, eadom perseverarunt , somnum non cejiit, l'ebris ingravescebat. Tertio convulsionescerte cessarunt, sopor vero, atque iu somnum degravatio tenuit, rursumque expergcfacta est, exsiliit, neqiie seseconliuere poterat, multum delirabat, fcbris erat acta. Eadem autem nocte sudor copiosus, caliilus, toto corpore dimanavit, a fcbre cegra immunis fuit, somnum cepit omnino ad sese rcdiit, judicatione est absoluta. Ad tertium vero ilicm uriu:c nigrte, tenues erant, habcbautque in medio suspensumquiddam innatans, rotnndnm admodura, nequcid subsidebat. Subjudicium autem muliebria copiosa proflnxerunt.

geur au visage, des picotements aux yeux, des pesanteurs de tête. Ces symptômes ne revinrent point. La maladie était jugée. Les redoublements avaient lieu aux jours pairs (1). »

Il s'agit dans cette observation de la ûèvre menstruelle, avec écoulement séreux blanchâtre, agitations, douleurs vagues et souvent fièvre ardente, laquelle peut revenir périodiquement comme les règles. Toujours est-il que cette fièvre doit être combattue par les alcaloïdes défervescents, d'autant qu'elle a lieu souvent chez les jeunes personnes chloroanémiques.

Treizième malade. — " Apollonius, à Abdère, resta longtemps sans s'aliter; il allait et venait, ayant le ventre tuméfié et une douleur habituelle au foie. Ce mal le tenait depuis longtemps, lorsqu'il tomba en jaunisse. Il avait beaucoup de vents, sa peau était d'un jaune clair. Ayant un jour trop bu et mangé trop de bœuf, il sentit d'abord un peu de chaud et fut obligé de s'aliter. Il usa abondamment de lait de chèvre et de brebis cuit et cru, tenant un mauvais régime dont il se trouva fort incommodé. Il survint une forte fièvre, et le ventre ne rendait presque rien; les urines étaient claires, en petite quantité, point de sommeil; le ventre très-tendu, plein de vent ; il y avait grande soif, disposition à l'état comateux, l'hypocondre droit élevé, douloureux, les extrémités un peu froides. Le malade délirait un peu; il oubliait tout ce qu'il aA'ait dit; la connaissance n'y était plus. Le quatorzième jour, à compter depuis qu'il s'était alité avec des frissons, il criait, avait de grands troubles, beaucoup de paroles et de sueurs; ensuite l'état comateux se déclara; il y eut beaucoup de selles bilieuses, de matières crues peu liées, les urines étaient très-foncées, en petite quantité et comme de la rouille ; tantôt elles étaient grasses, crues, mordicantes; d'autres fois elles ressemblaient à du lait. Vers le vingt-quatrième jour, il y eut de l'amendement; les, auti'es symptômes restaient les mêmes, mais la connaissance revenait un peu ; le malade ne se souvenait de rien depuis qu'il s'était alité. Le délire revint bientôt; tout s'empira. Vers le trentième jour, fièvre violente, abondance de selles claires; délire, extrémités froides, point de parole. Le trente- Ci) Larissse virginem quamdam febris ardens et acuta preliendit, pervigil erat, sitibunda, liDgua fuliginosa, arida. Urinas îegra probati quidem coloris reddidit, tenues tamen. Postridie moleste habuit, non dormivit. Tertio die alvus aquosa multa (ransmisit, proxiraisque diebus talia commode prodierunt. Quarto urinam tenuem, paucam reddidit, quœ suspensum quid in medio inuatans sublime habebat, neque subsidebat, sub noctem deliravit. Sexto ex naribus sanguis abunde multus efBuxit, atque ubi iuhorruisset, sudore copiosocalido per totum corpus difllueute, ex febre immunis judicatione liberata est. In febribus autem, jamque perac;a juJicatione, tum primum muliebria descenderunt, quod illibatse virginitatis erat. Prorsus vero stomachi fastidio laborabat, horrebat, faciei rubor aderat, oculorum dolor et capitis gravitas. Huic morbus non repetiit, sed judicatione est absoluta. Dolores diebus paribus invadebant.

quatrième jour, le malade mourut. Durant tout le temps que je le vis, il avait eu du trouble d'entrailles, des urines claires, très-foncées, noires, de l'assoupissement comateux, sans bon sommeil ; froid aux extrémités, du délire. Il mourut enfin frénétique (1). n

Il s'est agi ici d'une de ces fièvres urémiques dues au trouble de la crase sanguine. Ce qu'il faut noter particulièrement, ce sont les urines ressemblant à de la rouille, ou ce que l'on nomme Yhématinurie.

Nous allons reproduire ici l'article remarquable du professeur Spring, dans sa Symptomatologie ou Accidents morbides.

« Les anciens connaissaient Yhœmaturia disceptiva ou le passage de la matière colorante du sang dans les urines (quand nous disons les anciens, nous entendons les médecins du xvii" siècle). Il faut arriver aux recherches modernes pour avoir des notions exactes et vraiment scientifiques sur ce point d'urologie.

» Hermann a vu le pigment sanguin passer dans l'urine, en même temps que la matière colorante biliaire, à la suite d'injections d'eau dans les veines d'un animal. Nonnyn, en injectant de l'hémoglobine pure dans le tissu cellulaire a trouvé l'urine teintée par l'oxyhémoglobine. D'après cela, il semble que l'hématinurie devrait se manifester toutes les fois que l'hémoglobine libre se produira ou pénétrera dans le sang ; il n'en est point ainsi pourtant : il peut arriver, en etfet, que le pigment sanguin n'apparaisse dans l'urine, que transformé en pigment biliaire ou urophéine. La métamorphose biliaire, quand elle se produit, paraît être due à l'intervention active et directe du foie, c'est au moins ce qu'on doit

(1) Abderœ Apollonius, diu reclus et obambulans, morlmm sustijuiit. In tumorem mitem ei elata erant viscei-a, et coiisuetus hepatis dolor loiigo tempore perseveravit, ac tune saue etiara aurifjinosus factus est, flatibus abuiiflabat, et colore erat subalbido. Ex intempestiviore vero potu, et liubulœ esu, aliquantulura priraum incaluit, decubuit. Deinde cum lacté usus essetcopioso crudo, et cocto, capriUo, et ovillo, vitiosaque victus ratione, insignes omnium offensiones feclfe sunt. Nam et febres exasperatse sunt, neque memorabile aliquid ex ingestis alvns reddidit, urinœ tenues et paucœ, neque somnum Eeger capiebat, mala inflatio aderat, sitis multa, sopore detinebatur, prœcordia dextra cum dolore intumuerant, extrema undiquaque frigescebant, aliquautulum œger delirabat, omnium, quœdixisset, capiebat oblivio, mente emovebatur. Ad decimum quartum diem, ex quo, suborto rigore, incaluit, decubuit, vehementer insanivit, clamor, perturbatio, sermo multus, mox contra repressus est, atque tum sopor invasit. Deinde vero alvus perlurbata, copiosa, biliosa, sincera et cruda demisit, urinœ nigrae, paucte, tenues erant, magna corporis iraplaciditas, alvi recrementa varia. Nempe vel nigra, pauca, et virulenta, vel pinguia, cruda, et mordacia dejecit, ac tandem etiam lacti similia rcddere visa est. Sub vigesimum quartum diem allevatio fuit, iu reliquo quidem eadera perse veravere, vorum aliquanluhim segerad intelligentiani rediit, (ex quo namque decubuerat, rihil meminit.) statimque rursus desipiebat, atque in deterius omnia tendehant. Circa trigesimum vero diem febris acuta invasit, alvi recrementa copiosa, et tenu ia, delirusfuit, extrema perfrixerunt, vox defecil. Quarto et trigesimo vita defunctus est. Ex quo eum vidi, liuic perpetuo alvus turbulonta fuit, urinae tenues, nigrae, sopore detentus et insomnis, extremitates frigidœ, per totum niorhum œger deliravit. Phrenitide periit.

conclure des faits suivants, constatés par Nonnyn. Si l'on injecte clans l'intestin de l'hémoglobine libre, obtenue par congélation ou par l'étlier qui possède la faculté de dissoudre les globules du sang (ce qui prouve combien il est dangereux de saturer d'éther les personnes vaporeuses ou chloro-anémiques), on trouve toujours du pigment biliaire dans les urines, tandis que les injections sous-cutanées d'hémoglobine, ne donnent jamais la moindre trace de bilirubine. Nous avons même injecté dans l'intestin d'un animal une forte dose d'éther, après avoir pratiqué préalablement la ligature de la veine porte, sans voir apparaître dans l'urine aucun vestige de pigment biliaire. Au point de vue pathogéuique, il n'y aurait donc, entre l'hématinurie et la cholurie hématogène, d'autre ditférence que celle résultant du degré d'intervention du foie. ^

L'hématinurie s'observe lorsque l'action du foie reste en défaut, comme dans l'hépatite chronique. C'était probablement le cas chez l'individu dont Hippocrate nous a laissé l'histoire. L'hépatite ayant pris une forme aiguë ou de frénésie (terme dont se sert le père de la médecine), on comprend que le cas devait être mortel ; cependant le malade a résisté pendant trente-quatre jours, où aujourd'hui, les médecins dosimétristes chercheraient à combattre la fièvre par les alcaloïdes défervescents et toniques : quassine, strychnine, aconitine, vératrine, etc.

Quatorzième malade. — ^A Cyzique, une femme, après avoir accouché de deux jumelles avec beaucoup de douleurs et n'avoir eu que peu de lochies, fut prise d'une forte fièvre qui commença par des frissons. Elle se sentait la tête et le cou pesants, douloureux. Le sommeil manqua dès le premier jour. Elle restait dans un silence morne, ne voulant rien faire de ce qu'on lui disait ; les urines coulaient en petite quantité, sans couleur; il y avait soif, beaucoup d'anxiété, le ventre se lâchait par temps, avec troubles; d'autres fois il s'arrêtait. Le sixième jour, il y eut beaucoup de délire dans la nuit; pas un moment de sommeil. Le onzième jour, eUe tomba dans un délire maniaque, après lequel la connaissance revint. Les urines étaient foncées ; elles s'arrêtèrent, puis devinrent huileuses. Il y eut abondance de déjections claires, avec des troubles dans les intestins. Le quatorzième jour, beaucoup de convulsions, les extrémités froides; la malade n'avait plus de connaissance. Les urines s'arrêtèrent. Le seizième jour, perte de la parole. Le dix-septième jour, elle mourut d'une pleurésie (1). "

(1) Mulierem in Cyzico, gemellas laboriose enixam, cum non admodum partus purgamcnta processissent, primum quidem febriscorripuit, horroris sensu insiguis, et acuta, capitis et cervicis gravitas non sine dolore tenuit. Inter exordia insomnia vexata est, taciturna autem erat, tetrico et supercilioso vullxi, et quîe nullis persuasiouibus flecti poterat. Urinas tenues, et décolores reddidit,

Il s'agit ici de la fièvre puerpérale éclampiforme à laquelle beaucoup de nouvelles accouchées succombent, mais qu'en dosimétrie on combat avec succès par la strychnine, l'hydro-ferro-cyanate de quinine, l'aconitine, la vératrine. (Voir Faits cliniques dosimétriques .)

Quinzième malade. — "A Thase, la femme de Dealque, logée à la plaine, fut prise, par suite de quelques chagrins, d'une forte fièvre qui commença par le froid; elle s'enveloppait dans ses couvertures, en gardant un profond silence. Elle cherchait du bout des doigts les fétus, faisant comme qui les tire ou les carde. Elle pleurait, puis riait. Point de sommeil, point de déjections, mais de l'irritation aux entrailles. EUe buvait un peu quand on le lui disait. Les urines étaient claires, en petite quantité, la fièvre ne paraissait pas forte au toucher, les extrémités étaient froides. Le neuvième jour, il y eut un grand délii'e, suivi de sueurs, la malade gardant toujours le silence. Le quatorzième jour, respiration rai'e, grande avec longue respiration et courte expiration. Le dix-septième jour, le ventre se lâcha, avec trouble et irritation; la boisson passait plus promptement, les urines ne cessaient point ; la malade était insensible à tout, sa peau tendue et sèche. Le vingtième jour, elle parlait beaucoup ; elle sua beaucoup et perdit la parole. Le vingt et unième jour, elle mourut. La respiration jusqu'à la fin avait été rare et grande, il y avait de l'insensibilité pour toutes choses ; la malade s'enveloppait sacs cesse dans ses couvertures, restant sans mot dire, ou parlait sans fin. C'était une frénésie (1). «

On voit ici un de ces états ataxo-adynamiques propres aux maniaques ou dont le mal a été moral au début. Il y a distraction nerveuse, plutôt

siti premebatur, ac ut plurimum stomachi fastidio laborabat, alvus inordiuate quidem, et inconstanter perturbatur, rursusque cousistelxit. Sexto die sub uocteni multum fegra deliravit, somnuiu uou cepit, circaque undecimum vehementer insauiit, ac rursus ad iutelligentiam rediit. Urinas nigras, tenues, niosque, ubi aliquantuluni iutormisisseut oleosas reddidt, et ab alvo multa, teuuia, et turbulenta prodiere. Decimo quarto convulsioiiibus multis appetitaest, extreraa erant frigida, neque amplius tegra ad mentem rediit. Uriiue restiteruut. Decimo sexto voce détecta est. Decimo septimo pleuritide periit.

(1) Dealcis uxorem in Thaso, cpue iu piano decumbebat, lebris horroris sensu insignis, et acuta ex mœrore prebendit. Ab initie autem pauuis coutegebatur, et ad tinem usque semper taciturna fuit, manibus palpabat, evellebat, scalpebat, floccos legebat, lacrymas fiindebat, moxcpie ridebat, somuum non capiebat, alvus irritata nihil demittebat, parum nec uisi commonefacta œgra bibebat. Urinîe tenues, et jjaucie erant, febrcsad manus coutactum levés appareliant, summa corporis frigesceliant. Nouo die multum œgi-a deliravit, ac mox composita fuit, et taciturna. Decimo quarto spiratio rara, magna, longo tempore tenuit, rursusque brevis. Decimo septimo irritatione turbulenta commota est alvus, deiude potus ipsi pertransibant, neque consisteljant, omnium sensum œgra perdiderat, cutis erat distenta, et arida. Vigesimo mullum obloquebatur, ac mox composita fuit, vox defecit, et brevem spiritum trahebat. Primo et vigesimo deluncta est. Huic perpetuo, ad linem usque, ea spiratio rara, et magna aderat, nihil omnino sentiebat, semper pannis coutegebatur, aut sermones multos fundebat, aut fere usque taciturna crat. Phreuitide laboravit.

que paralysie ; les boissons passent promptement tout le long de l'intestin, comme à travers un canal inerte : la respiration est rare, quelquefois il y a gangrène des poumons, comme l'a fait voir feu le professeur J. Guislain. (Voir nos Études médico-philosophiques sur ce grand phré7iopathe.) Le seul traitement possible est ici par les arséniates et les alcaloïdes.

Seizième malade. — - A Melibœ, un jeune homme après s'être fort échauffé à boire et avec les femmes, fut obligé de s'aliter. Il avait des frissons, une agitation continuelle ; insomnie, soif. Le premier jour, il rendit beaucoup de matières stercorales et très-liquides. Il y eut, les jours suivants, un grand cours de ventre, aqueux; les urines étaient claires, en petite quantité, de mauvaise couleur. La respiration était rare, grande, comme par intervalles ; les hypocondres étaient tendus sur toute leur longueur, des deux côtés. Il y eut des palpitations de cœur continuelles; l'urine devint huileuse ; le délire fut tranquille ; on contenait assez facilement le malade ; sa peau était sèche, tendue; les déjections coulèrent abondamment, claires ou bilieuses et grasses. Le quatorzième jour, tout s'irrita; le délire devint violent. Le vingtième jour, le malade tomba dans un délire maniaque; il s'agitait sans cesse, il n'urina point; à peine pouvait -il garder la boisson. Le vingt-quatrième jour, il mourut. C'était une frénésie (1). "

Le mot « frénésie » est ici à sa véritable place, puisqu'il s'agit d'un délire symptomatique. On l'observe lorsque le diaphragme est entrepris (ou la parafréuésie des anciens). Les moyens à y opposer sont les alcaloïdes défervescents et antispasmodiques : aconitine , vératrine, hyosciamine. (Voir, plus loin. Faits dosimétriques .)

(1) Melibœae adolescens quidam, ex comessationibus, liberaliore jjotu, ac veiiere, longo tempore incaluit, et decubuit. Horrorem auteiu sentiebat, et œstuabundus erat, pervigil, neque siti premebatur. Alvus primo die stercora multa demissit cum magno humorum affluxu, proximisque diebus aquae similia pluriraa prodiere. Urinas seger reddidit tenues, paucas, décolores. Spiratio erat rara, magna, ex longis intervallis. Prîecoi'diorum contentio submollis aderat, utrinque proraissa, perpétua, et continens cordis palpilaiio, urinam segev minxit oleosam, paulatira mente motus est, compositusque erat, et laciturnus, cutis resiccata, et distenta, alvi recrementa vel multa et tenuia, vel biliosa, et pinguia. Decimo quarto exasperata suut omnia, mente œger motus est, valde deliravit, Vigesimo vehementer insanivit, corporis incontinentia, et jactatio aderat, seger nihil minxit, potionem vix coutiiiebat. Quarto et vigesimo ex phrenitide periit.

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