QUESTION DES HONORAIRES
Voici encore un point que j'engage à considérer : si vous commencez par vous occuper de vos iionoraires (cela n'est point sans intérêt pour le résultat final), vous susciterez chez le malade cette pensée que, n'ayant pas de convention, vous partirez et le quitterez ou que vous le négligerez et ne prescrirez rien pour le moment présent. Vous ne vous occuperez donc pas de fixer le salaire, car nous pensons que le souci est nuisible au patient, surtout dans une maladie aiguë. La vitesse du mal ne donnant pas d'occasion pour une reprise, excite le médecin honorable, non à chercher ce qui est lucratif, mais à s'attacher à ce qui est glorieux. Mieux vaut faire des reproches à des gens qu'on a soignés, que d'écorcher les gens qui sont en danger. (Trad. de Littré.)
La question des honoraires est une des plus délicates de la profession médicale, et que le tarif légal ne peut résoudi'e, parce qu'il y a une foule de circonstances qui doivent être laissées à l'appréciation des médecins. Hippocrate dit qu'il ne faut pas que le médecin parle, de prime abord, de ses honoraires, afin de ne pas inquiéter son malade. Le fait est que généralement le malade s'en inquiète si peu que souvent il l'oublie. Le plus pratique serait de faire comme le médecin dans son cabinet, c'est-à-dire qu'on payât après chaque visite. De cette manière aucune contestation ne serait possible. Quant au taux de la visite, il serait fixé par l'usage : cinq francs — dix francs — vingt francs — selon la position de fortune des malades. De cette manière, la visite des médecins ne serait plus chose banale, et on ne l'appellerait qu'à bon escient.
Conseil honorable imur les salaires. — Point d'âprelé. — Recommandation
d'exercer la charité. — Quant au salaire on n'y songera qu'avec le désir qui va à la recherche de l'instruction. Je recommande de ne pas pousser trop loin l'àpreté, et d'avoir égard à la fortune et aux ressources. Parfois même vous donnerez des soins gratuits, rappelant ou le souvenir passé d'une obligation ou le motif actuel de la réputation. S'il y a lieu de soulager un étranger pauvre, c'est surtout le cas d'intervenir, car là où est l'amour des hommes est aussi l'amour de l'art. (Trad. de Littré.)
Mais c'est là également un motif pour que les classes aisées payent convenablement leur médecin, afin qu'à son tour, il puisse donner gratuitement ses soins à ceux qui sont trop pauvres pour le rétribuer. Malheureusement, il s'est établi une sorte de froideur de cœur qui fait que les médecins en renom ne donnent leurs soins qu'aux clients riches.
Un grand obstacle à l'unification de la pratique médicale, c'est qu'on suppose à certains médecins un pouvoir qu'ils n'ont pas, comme aux prêtres.
.' Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense. Notre crédulité fait toute leur science. -
La dosimétrie aura pour eiFet d'égaliser les positions. On ne saurait raisonnablement admettre qu'il y a des médecins plus habiles les uns que les autres (passe pour les chirurgiens) ; tous sont censés savoir reconnaître une maladie; et quand le traitement sera uniformisé, peu importera le médecin qui l'appliquera. Admettre le contraire, ce serait détruire la confiance qu'on peut avoir dans les médecins ; puisqu'on pourrait dire d'eux : multi vocati, -paiici electi.
Charlatans portés soudainement au pinacle par des personnes riches qui ont éprouvé quelque amendement. — Ceux qui sont dans les profondeurs de l'ignorance de l'art, ne comprennent, pas ce qui vient d'être dit. Ces gens sans éducation médicale, opprobre du monde, portés soudainement au pinacle, ayant besoin delachance, tirent gloire du double succès que leur procurent quelques malades riches dont le mal se relâche ; et quand il empire de nouveau, ils font les fanfarons, négligent les parties irrépréhensibles de l'art, là où le bon médecin, celui qui est dit l'enfant de l'art, prendrait sa force, car lui, qui fait sans peine des traitements irréprochables, ne violerait aucun des préceptes ; non certes qu'il ne le pût, mais n'étant pas dans l'injustice, il n'est pas dans l'infidélité; ou bien que ceux-là qui ne se soucient pas du traitement, voyant un malade qui périclite, se gardant d'appeler d'autres médecins et ayant pour le secours une méchante aversion. De leur côté, les malades, ayant un amendement, nagent dans un double méchef (n'être pas guéris et être exploités pour ne s'être pas confiés, jusqu'au bout, au plein traitement qui est dans l'art. L'amendement d'une maladie procure aux malades un grand soulagement.
Désireux de guérir, ils ne veulent cependant pas recevoir toujours le même traitement, ne concevant que la variété dont use le médecin. Ils sont dans l'opulence et ils manquent, se laissant aller à la méchanceté et se fâchant de rencontrer les privations ; ils peuvent faire de grandes dépenses et s'épuisent en salaires, voulant complètement guérir pour aller faire valoir leur argent ou leurs terres et ne s'inquiétant pas si en retour ils n'obtiennent rien. (Trad. de Littré.)
La santé ne s'achète pas avec de l'argent ; et c'est la seule égalité qui existe entre le riche et le pauvre. Le premier a beau appeler à son chevet une célébrité, si celle-ci n'est pas à la hauteur de sa position ou si le mal est au-dessus des ressources de l'art, rien n'y fait. Mieux vaut, souvent, un médecin obscur, qu'un médecin en renom, parce que, comme Hippocrate le fait observer, la réputation s'acquiert souvent par le charlatanisme d'en haut.