‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 110 sur 130 · DES CONSULTATIONS · texte numérisé non relu

DES CONSULTATIONS

Dans les cas qui se prolongent et qui sont embarrassants, le médecin fera bien d'appeler des consultants. — Le relâchement et l'aggravation chez le malade requièrent l'administration médicale. Il n'y a aucune disgrâce si un médecin embarrassé dans quelques occasions auprès d'un malade, et ne voyant pas clair à cause de son inexpérience, réclame la venue d'autres médecins avec qui il consultera sur le cas actuel, et qui s'associeront à lui pour trouver le secours. Dans une affection qui demeure, le mal devenant plus intense, l'embarras fait qu'au moment beaucoup de choses échappent. Il faut donc, en une telle occasion, prendre confiance, car jamais je ne poserai en principe que l'art ait décidé là-dessus. Les médecins qui voient ensemble un malade ne se querelleront, ni se railleront mutuellement, car ce que j'afiirme avec serment, c'est que jamais le raisonnement d'un médecin ne devrait envier celui d'un autre ; ce serait en montrer la faiblesse. Ceux qui sont voisins de métier en place publique, se laissent aller facilement à cela. Ce n'est point faussement qu'on a songé à la ressource des consultations, car quelle est l'abondance où il n'y ait pauvreté. (Trad. de Littré.)

Il y a deux genres de consultations : celles qui sont demandées par le médecin, et celles qui sont imposées par le malade ou la famille. Les premières sont toujours sincères et prouvent l'honorabilité du médecin qui les réclame. Il n'y a rien de plus odieux que la suffisance en présence d'un péril de mort : elle prouve ou une ignorance ou une insensibilité absolues. Quand un médecin appelle un confrère, c'est pour en recevoir le secours de son expérience et de sa science ; il doit donc s'en ouvrir franchement et lui laisser le choix de la médication.

Quant aux consultations réclamées par le malade ou la famille, le médecin ne s'y refusera jamais : ce n'est pas une preuve de méfiance, mais la crainte pour ce qu'on a de plus cher. C'est alors au médecin consulté à se placer à côté de son confrère pour le fortifier dans la con-

fiance qu'on doit avoir en lui, et non chercher à le déuigrcr, soit directement, soit indirectement.

Ici encore, la dosimétrie rendra sinon impossibles, du moins fort rares, les divei'gences entre médecins. Les systèmes en médecine font des fanatiques, tout comme en religion. Quand l'un veut aller à droite, l'autre cà gauche, rien d'étonnant qu'il y ait tiraillement. Voyez la fameuse consultation dans Y Amour médecin de Molière. L'un veut qu'on saigne ; l'autre qu'on purge; un troisième qu'on fasse vomir ; un quatrième qu'on ne fasse rien du tout. C'est souvent à cette dernière conclusion qu'on s'arrête.

En dosimétrie, le traitement étant symptomatique, et les médicaments pouvant servir de pierre de touche, rien de plus facile que de s'entendre sur leur application.

SERMENT ÏÏHIPPOCRATE

On a prétendu que la pièce connue sous le nom de « Serment d'Hippocrate » était apocryphe ; là n'est pas la question, mais de savoir si les pi'escriptions y contenues sont morales et justes. Sous ce rapport, chaque médecin n'a qu'à examiner sa propre conscience.

S'il y a une profession qui exige une moralité absolue, c'est bien la profession médicale, puisqu'elle s'appuie avant tout sur la moralité de ceux qui l'exercent. Un médecin qui ne serait pas moral, serait un être dangereux pour la société, car il dispose de la vie de ses semblables, sans que la loi puisse l'atteindre, s'il a l'adresse de côtoyer le Code pénal.

Les délits commis dans l'exercice de la profession médicale, sont heureusement rares, et même les peines capitales qui ont été appliquées de ce chef, n'ont pas toujours été à l'abri des incertitudes des jugements humains; mais il est un genre d'homicide dont le médecin qui s'en rend coupable n'a pas une parfaite conscience, parce qu'il se laisse guider par des idées étroites : nous voulons parler de la résistance au progrès. Si les lois de la vie sont immuables, l'art qui les applique se modifie et s'élargit à mesure que la science mot à sa disposition des moyens nouveaux. C'est ainsi qu'on a vu s'agrandir successivement l'arsenal thérapeutique. Mais il en est des armes médicales comme des armes de guerre, c'est-à-dire qu'elles doivent constamment être simplifiées et perfectionnées, afin de présenter une sécurité entière, non-soulcmcnt dans leur maniement, mais dans leur application.

Beaucoup de médecins se servent encore de médicaments composés,

tandis qu'ils ont sous la main des médicaments simples ; en vain prétendraient-ils avoir obtenu des premiers de bons résultats : leur statistique prouverait le contraire ; et d'ailleurs l'expectation que le plus grand nombre d'entre eux ont adoptée, fait voir qu'ils n'ont aucune confiance dans la pharmacopée galénique. Ceux qui s'en servent encore marchent en aveugles, c'est-à-dire qu'ils ne savent ni ce qu'ils donnent, ni combien ils donnent. Il y a donc là un véritable danger dont les malades sont victimes. Nous disons plus : c'est un homicide par ignorance ou par omission.

Ceci dit, venons-en au serment d'Hippocrate.

Je jure par Apollon, médecin, par Hygie, par Panacée, et par tous les dieux et déesses, que je prends à témoins, que j'accomplirai de tout mon pouvoir, et selon mes connaissances, ce serment tel qu'il est écrit (1).

Je regarderai comme mon père celui qui m'a enseigné la médecine ; je l'aiderai à vivre et lui donnerai ce dont il aura besoin. Je regarderai ses enfants comme mes propre frères. S'ils veulent apprendre cet état je leur enseignerai sans argent, ni obligation par écrit; je leur ferai connaître ses principes, je leur en donnerai des explications étendues; je leur communiquerai généralement toute la doctrine, comme à mes enfants, à eux et aux disciples qui auront été immatriculés et qui auront prêté le serment suivant l'usage de la médecine, mais non à d'autres qu'à ceux-là (2j.

Ce serment est-il toujours observé? Hélas! combien de disciples sont ingrats envers leur vieux professeur, surtout s'ils ont l'espoir de lui succéder. Il n'y a pas d'intrigues qu'ils n'ourdissent autour de lui, pas de méchants propos qu'ils ne tiennent sur son compte, pour faire croii'e qu'il n'est plus à la hauteur de sa position ; pas de calomnies dont ils se servent pour provoquer sa retraite. C'est au professeur lui-même à se sauvegarder, c'est-à-dire à se retirer à temps, l'âge étant pour lui non une protection, mais une suspicion. Il sera vengé parla peine du talion, car ceux qui se sont servi de ces armes déloyales, en seront frappés à leur tour, quand l'âge sera venu pour eux.

Cependant il y a une circonstance atténuante : le professeur ne se tient pas toujours à la hauteur de sa position : soit paresse, soit insouciance,

(1) Per Apollinem medicum, et /Esculapium, Hygiamque et Panaceam jurejurando affirmo, et Deos Deasque omaes testor, me, quantum viribus et judicio valuero, quod nunc juro, et ex scripto spondeo, plane observaturum.

(2) Prœceptorem quidem, qui me hanc artem edocuit, parentum loco habiturum, eique, cum ad victum, tum etiam ad usum necessaria, grato animo commuuicatui-um et suppeditaturum. Ejusque posteros apud me eodem loco quo germauos Iratres fore, eosque, si hanc artem addiscere volent, absque mercede et syngrapha edocturum. Prœceptionum quoque et auditionum, totiusque reliquœ idscipliiKc, cum meos et ejus qui me edocuit liberos, tum discipulos qui medico jurejurando nomen fldem<iue dederint, participes facturum, aiiorum prœterea neminem.

soit épuisement prématuré, il ne suit pas les progrès de la science et souvent s'y montre hostile. On en a même vus poursuivre avec acharnement leurs propres élèves s'aventurant dans la voie des innovations. Dubois (Sylvius) traitait Vésale de fou [vesanus], pour avoir redressé les erreurs de Galien. (Voir nos Études sur Vésale.) C'est qu'il faut une certaine élévation d'idées pour souffrir à côté de soi, nous ne disons pas un concurrent, mais un " dépassant ».

N'exagérons pas également lajurare in verha magistri.

Le libre examen est la véritable indépendance de l'homme. Mais cette liberté — comme toutes les libertés — doit être soumise à la raison. Pour juger, il faut savoir, et surtout comprendre. L'élève sur les bancs est comme l'oiseau qui reçoit encore la becquée. Il en est de la nourriture de l'esprit comme de la nourriture du corps : elle doit être assimilée. Mais une fois l'intelligence développée, elle prend son libre vol et ne déjjend plus que d'elle-même. Voilà pourquoi toute violence faite à la raison humaine est un crime. L'histoire, malheureusement, ne nous en office que trop d'exemples.

Nous disons donc que si le professorat a des droits , il a aussi des devoirs; et nous considérons comme y manquant, le professeur qui ne se tient pas au courant de la science et se montre hostile au progrès.

En vain, le professeur voudrait se dire l'homme du présent, il doit également être l'homme de l'avenir, car le progrès est constant ; la science est infinie; le passé n'est qu'un commencement; l'avenir n'est qu'une suite et la science un développement continu.

Le danger du professorat, c'est son omnipotence ; c'est-à-dire le droit qu'il reçoit de l'Etat.

En vain, ce dernier se déclarerait infaillible : il l'est d'autant moins qu'il dépend de la bureaucratie, c'est-à-dire de fonctionnaires irresponsables. On sait comment se font les ministres : souvent de tout bois, comme les flèches, lancées ensuite au hasard. L'enseignement représentant les idées, doit donc être libre.

J'ordonnerai aux malados le régime convenable, d'après mes lumières et mon savoir. Je les défendrai contre toutes choses nuisibles et injustes. Je ne conseillerai jamais à personne d'avoir recours au poison, et j'en refuserai à ceux qui cû demanderont (1).

(1) Victus quoque rationem, quantum facultale et judicio consequi potero, «gris ulilem mo prœscripturum, eosque ab omni noxa et injuria vinilicaturum.

Neque cujusquam precibus adductus alicui meJicameiitum lethale propinaljo, neque hujus roi auctor ero.

Ici se présente une grave question : sufBt-il au médecin de se conduire d'après ses lumières et son savoir? Hélas! errare humanum est. Le médecin doit donc constamment se méfier de lui-même et prendre conseil de ses confrères. C'est parce que cela ne se fait pas avec sincérité, qu'on a pu formuler cet odieux proverbe : Invidia medicorum pessima invidia. iC'est l'amour-propre, plus que l'intérêt, qui rend les médecins hostiles les uns aux autres. Et cependant combien ne puiseraient-ils pas de force dans une confiance réciproque ! Au lieu de dépendre du public — comme cela a lieu aujourd'hui — c'est le public qui dépendrait d'eux. Il faut donc que les médecins consultent entre eux. Mais pour cela, il faut abdiquer toute idée de prééminence. Quand un confrère prend l'avis d'un autre, c'est à titre de réciprocité et non pour s'imposer un maître. La vie d'un homme est trop précieuse pour être soumise à un seul jugement.

Le Répertoire universel de médecine dosimétrique a fait chose utile, en instituant des consultations par correspondance. C'est ce qui en fera un monument impérissable {œre perennius), puisqu'il représentera l'état de la médecine durant cette époque glorieuse où s'est opérée sa transformation. La dosimétrie marquera le point de jonction entre la médecine ancienne et la médecine moderne, comme des mers qui se rejoignent. Le mot nec plies idtrà, cessera d'être une vérité.

Les médecins retardataires se prévalent du précepte d'Hippocrate : de défendre leurs malades contre des choses nuisibles. Pour eux, tout ce qui est nouveau, c'est-à-dire ce qu'ils ne veulent connaître, est poison. C'est ainsi qu'ils ont horreur des alcaloïdes. Mais ce qui est poison peut devenir remède salutaire et vice versa. Ces mêmes médecins qui n'osent employer la digitaline, l'atropine, l'aconitine, se servent imperturbablement de la digitale, de la belladone, de la jusquiame, et quand des accidents ont lieu en leurs mains, ils les attribuent à la susceptibilité du sujet. Mais cela seul devrait les engager à se servir de médicaments simples qui peuvent être rigoureusement dosés.

A quoi bon les doses maxima et minima de la vieille matière médicale? Pense-t-on qu'il en est du remède administré au malade comme d'un uniforme endossé à un milicien?

Les idiosyncrasies ne sont-elles pas de tous les âges? Il y a donc, dans l'administration des médicaments un véritable tâtonnement, comme le marin prudent jette la sonde quand il se trouve dans une mer inconnue.

La dosimétrie présente l'avantage de pouvoir faire ces essais en toute sécurité; on arrive même ainsi à connaître la nature de la maladie à

laquelle on a affaire. Nous avons eu occasion d'en citer plusieurs exemples.

Avec les médicaments composés, au contraire, on brouille une maladie, comme l'eau d'un fossé dont on remue la vase avec un bâton ; on ne peut plus rien y voir, jusqu'à ce que la boue soit allée de nouveau au fond. Il en est de même de l'allopathie : avec ses médecines noires, elle détermine d'abord un grand remous, c'est-à-dire le malaise du malade, qu'elle a fait vomir ou purger ; puis, quand le calme s'est rétabli — si toutefois les choses ne sont pas empirées — on n'en est pas plus avancé qu'avant ; seulement le patient est devenu plus faible, et on l'abandonne à la nature, qui est impuissante à le sauver, à moins d'une constitution exceptionnellement résistante.

N'est-ce pas là l'histoire de la plupart des traitements allopathiques ?

Je ne donnerai à aucune femme de remèdes pour la faire accoucher avant son terme. Je conserverai ma vie pure et sainte, aussi bien que mon art (1).

Il a dû y avoir au temps d'Hippocrate des médecins assez coupables pour tuer l'enfant en exposant les jours de la mère.

Toutefois la question de l'accouchement prématui^é et même de l'avortement s'est présentée de nos jours devant les académies et a été résolue aiErmativement. Nous pensons qu'il y a là matière à de graves abus.

On peut, a-t-on dit, et même on doit faire avorter une femme dans les vomissements incoercibles. Il faut s'entendre sur le mot « incoercible » . En effet, a-t-on fait tout ce qu'on eût pu et dû faire ?

Nous disons : non, parce qu'on n'a pas employé les véritables moyens. Aussi le Répertoire imiversel de médecine dosimétrique a relaté diverses observations de vomissements prétendument incoercibles, survenus dans la deuxième période de la grossesse, et qui ont été arrêtés par la strychnine, l'hyosciamine, l'iodoforme, l'hydro-ferro-cyanate de quinine.

Quand l'un de ces modificateurs n'agit pas, on a recours à un autre et même on les combine entre eux. C'est affaire de tact médical.

Quant à l'accouchement prématuré, il est plein de dangers pour la mère, aussi bien que pour l'enfant. 11 ne s'agit donc pas d'agiter la question, si l'un doit êti"e sacrifié à l'autre. Leurs droits à la vie sont égaux.

Dans les cas de dystocie absolue, mieux vaut pratiquer l'opération césarienne.

Quelques accoucheurs, de nos jours, sont allés jusqu'à instituer l'abla-

(1) Nerjue simili ratione miilieri possum siihilititiiim ad t'etiim corrumpendum exhibebo, sed castam et ab omni scelere puram, tum vitam, tuiu artem meam perpetuo prsestabo.

tionde l'utérus et des ovaires sur des femmes rachitiques,pour les empêcher de concevoir. C'est pousser l'humanité trop loin, et nous ne pensons pas que la science doive leur en savoir gré. L'art se perd à force de témérités de cette nature.

La recommandation d'Hippocrate aux médecins de conserver leur vie pure et sainte aussi bien que leur art, n'est donc pas superflue.

.Je ne taillerai point les personnes qui ont la pierre; je laisserai cette opération à , ceux qui en font profession (1).

La loi a eu beau décréter un seul doctorat (ainsi que cela existe en Belgique), elle ne crée pas des aptitudes, et pour être diplômé in tribus, on est loin d'avoir une capacité universelle. Voilà pourquoi il y aura toujours des médecins spécialistes ou, comme le dit Hippocrate, faisant profession de telle ou telle opération. La taille était dans ce cas (voir notre ouvrage : La Chirurgie contemporaine, etc.) ; et il faut croire que de grands accidents avaient dû se produire, puisque Hippocrate a pensé devoir introduire cette défense dans son serment. N'avons-nous pas vu, de nos jours, l'opération de l'ovariotomie devenir une véritable boucherie dans les mains de chirurgiens maladroits ou inexpérimentés?

Tout est bon à ces coureurs de réputation; ils amputeraient jusqu'à la tête à leurs malheureux patients. Il leur suffit qu'une expérience ait été faite dans un amphithéâtre, pour qu'aussitôt ils la répètent in anima nobili.

Mais les chirurgiens doivent se garder d'un autre défaut, celui de condamner certaines opérations, parce qu'ils ne les ont pas pratiquées ou qu'ils sont trop vieux pour cela.

Rarement les femmes ont le courage de quitter le monde à un âge où le monde les quitte ; et elles voient de mauvais œil les femmes jeunes qui viennent les supplanter. Il en est ainsi de certains chirurgiens qui ne savent se décider à vieillir. Ne pouvant plus opérer, ils ne veulent pas que d'autres, plus jeunes, opèrent, et les traitent de casse-cou. Mais, comme disait François P*" : " La fortune est femme, elle abandonne les vieux pour les jeunes. «

Sachons donc nous résigner à ce que nous ne pouvons empêcher. Soyons jeunes avec la jeunesse, de peur qu'elle ne nous abandonne et ne laisse dans notre coin, en morigénant tout ce qui se passe autour de nous.

Lorsque j'entrerai dans une maison, ce sera toujours pour assister des malades, me (1) Neque vero calcule laborautes sooabo, sed magistris ejus artis id muneris concedam.

tenant pur de toute injustice et do toute corruption avec les hommes et les femmes, esclaves ou libres. Tout ce que je verrai ou que j'entendrai dans le commerce des hommes, soit dans les fonctions ou liors des fonctions de mon ministère, et qui ne devra point être rapporté, je le tiendrai secret, le regardant comme une chose sacrée (1).

Le secret médical est un des points les plus délicats de la profession; aussi Hippocrate le restreint « à tout ce qui ne devra point être rapporté ». Cette restriction est purement morale ; c'est au médecin à faire ce que sa conscience lui prescrit. Surtout il ne se fera jamais dénonciateur auprès d'un pouvoir, issu de la violence. Les blessés auxquels il aura donné ses soins, seront sacrés pour lui. Le secret qu'on lui aura confié, il le gardera pour lui, comme pour le prêtre la confession de son pénitent. La justice a assez de moyens de s'éclairer pour n'avoir besoin du médecin autrement que pour les questions médico-légales.

Ainsi puissé-je vivre longtemps, réussir dans mon art, et devenir célèbre dans tous les siècles, comme je garderai ce serment, sans en violer un seul article. Si j'y manque et me parjure, qu'il m'arrive tout le contraire (2).

Hippocrate a joint l'exemple au précepte, car il est arrivé à un âge avancé, n'a jamais manqué à ses devoirs d'homme et de médecin, et son nom est passé à la postérité à travers les siècles.

Nous médecins, qui le disons notre père commun, nous devons tâcher de n'être point des fils indignes. Nous devons nous appliquer à suivre tous les progrès de la médecine, non en tant qu'une " inutile histoire naturelle », comme le dit le docteur Amédée Latour, mais comme un art ayant pour but de soulager et de guérir nos semblables.

(1) In quamcunque autem domum ingressus fuero, aJ aegrotantium salutem ingrediar, omuem injuriae inferendse et corruptelœ suspicionem procul fugiens, tum vel maxime rerum venerearum cupiditatem, erga mulieres juxta ac viros, tum ingenuos, tura serves.

Quîe vero inter curaiidum, autetiam medicinam minime faciens, in coramuni liominum vita, vel videro, vel audiero, quse minime in vulgus efferri oporteat, ea arcana esse ratus, silebo.

(2) Hoc igitur jusjurandum si religiose observaro, ac minime irritum focero, mihi liceat, cum summa apud omnes existimatioue perpétue vitam felicem degere, et artis uberrimum fructum percipere. Quod si illud violavero et pejeravero, contraria mihi contingant.

Dune révolution dans la constitution médicale et de la méthode thérapeutique dans le cours du siècle actuel (1).

Tout médecin qui veut sûrement aborder la carrière médicale, doit apporter la plus sérieuse attention au caractère de la constitution médicale régnante. C'est ce qu'il ippocrate avait déjà énoncé dans son Ti'aité de l'Aii', des Eaux et des Lieux.

Ce fait peut s'énoncer ainsi : « Pendant un temps donné et par des causes générales, l'organisme vivant est susceptible de présenter des changements en sa manière d'être ou de réagir, caractérisés par des phénomènes soit physiologiques, soit pathologiques. C'est ce qu'on nomme une Constitution médicale.

Ce qui frappe le plus évidemment, c'est le changement de méthode curative, qui présage nécessairement un changement survenu dans les indications fournies par la maladie. L'histoire de la médecine nous montre eflectivcmcnt, dans le traitement des mêmes maladies considérées à des époques différentes, des différences si notables, qu'on est amené à en inférer une différence également notable dans la nature de ces maladies. Que conclure, par

(1) Nous commentons ici une brochure publiée, en 1S80, par le docteur E. Biéchy, de Vesoul, afin de faire voir les contradictions rjui régnent dans la médecine actuelle.

exemple, alors qu'on voit une génération de médecins, pendant une période, traiter toutes les maladies par les procédés de la méthode antiphlogistique, et que l'on voit des médecins de la génération suivante traiter ces mêmes maladies par les procédés de la méthode stimulante ou tonique? Ne faut-il pas conclure que, d'une époque à l'autre, il s'est opéré un changement dans la condition étiologique et pathologique de ces maladies? Or, c'est précisément à ce concours de circonstances que l'on donne le nom de Constitution médicale, phénomène dont, en tout temps et en tout lieu, on a cherché à découvrir la loi. On a invoqué successivement les influences cosmiques ou telluriques, hygiéniques et même sociales ; mais c'est surtout au caractère dynamique des maladies auquel il faut faire attention. On entend par caractère dynamique de la maladie, la manière dont la vitalité ou l'ensemble des forces qui animent un organisme vivant, réagit contre les causes de troubles venus du dehors. Or, l'organisme, sain ou malade, en tant que force ou principe de force, ne saurait éprouver d'autre changement que celui d'élévation (hypersthénie) ou d'abaissement (hyposthénie) du rhjlhme qui préside au fonctionnement des organes. L'observation nous montre, effectivement, que les phénomènes de toute maladie sont réductibles à une unité constante et fondamentale, qui ressort de l'uniformité des troubles fonctionnels et des altérations organiques, et que, par conséquent, c'est toujours à l'un ou à l'autre de ces deux termes: hypersthénie ou hyposthénie que des phénomènes veulent être analytiquement ramenés, alors qu'il s'agit de déterminer, soit la nature, soit le principe du traitement d'une maladie quelconque.

Le dualisme pathologique que nous venons de formuler et qui voit dans YhyposthénicelYhypcrslhéniela. loi de tout phénomène morbide, pourrait paraître difficile à concilier avec la doctrine de la spécificité. Nous ne pensons pas énoncer une proposition antiphysiologique en disant que dans les affections spécifiques la cause morbiparc n'est que l'occasion de la maladie, celle-ci étant, en réalité, constituée par les réactions viscérales que l'intoxication occasionne. Il en est de ces causes comme de toute autre : il n'y a

que l'état réactionnel qui persiste et qui représente la maladie. Dans l'empoisonnement par l'arsenic, par exemple, une fois l'impression dynamique produite sur les organes, il est indifférent que le métal reste ou non dans l'économie, l'effet persistant de lui-même et se terminant par la mort, si l'impression a été assez profonde; on meurt, en effet, de la réaction viscérale que le poison occasionne et non de l'intoxication elle-même qui n'a rien d'absolu (1). On peut en dire autant de la brûlure dont la cause disparaît alors que les perturbations fonctionnelles et les altérations organiques qu'elle occasionne persistent et tuent (2). Qu'importe, effectivement, que la maladie, une fois déclarée, ait pour point de départ un principe morbide de nature minérale, végétale ou animale? Qu'elle ait pour cause un microzoaire quelconque, vibrion ou bactéride, septique ou non? Qu'elle soit enfin l'effet de la piqûre d'un insecte ou de la morsure d'un crotale (5)? Ce qui importe de savoir, c'est la manière dont l'organisme réagit; ou, autrement, de reconnaître le caractère dijnamiqiie de la maladie qu'il s'agit de combattre.

La détermination du caractère dynamique des maladies est une question qui, de tout temps, a fixé l'attention des observateurs et qui, dans la pratique, fait la préoccupation constante et souvent le tourment du médecin. La maladie est-elle lujperstliénique ou hypostliéiiique? Telle est la question qui se pose journellement au lit du malade, alors qu'il s'agit de formuler l'indication thérapeutique. Cette difficulté provient de ce qu'on n'est pas d'accord sur les signes auxquels on peut reconnaître le véritable caractère dynamique des maladies : on manque d'un diatliésimètre certain, infaillible (4).

Dans la pratique, on déduit communément le caractère dyna-

(1) L'exemple est mal choisi, puisque les poisons métalliques tuent avant que la réaction puisse se produire, soit par épuisement vital, soit par destruction de tissu. Ainsi, dans un empoisonnement par le sublimé corrosif, l'estomac est brûlé et ne donne plus aucun signe de réaction : nispasme, ni douleur, et la chaleur et le pouls tombent au point où la vie n'est plus possible.

(2) Ici encore il y a la persistance du calorique ou du corps comburant.

(3) Il importe beaucoup au point de vue de la vitalité, puisque celle-ci est plus ou moins profondément altérée d'après la nature do l'intoxication.

(4) Go diathésimètre nous est fourni par les médicaments dosimétriques, qui peuvent ainsi servir de pierre de touche.

mique des maladies, soit du sentiment du malade, soit de lamodalité symplomatique de la maladie. Si l'on s'en rapporte au sentiment des malades, tous seront réputés faibles, car leur plainte générale porte précisément sur la faiblesse ressentie, et qu'ils considèrent alternativement, tantôt comme la cause, tantôt comme l'effet de la maladie. On peut donc dire que tous les malades sont faibles, par cela même qu'ils sont malades (1).

Si l'on s'en rapporte à lamodalité symplomatique, le plus grand nombre des maladies devra également être réputé à fond de faiblesse fonctionnelle de l'organe malade.

On peut donc dire que la faiblesse est le propre de toute maladie, par cela même qu'il y a maladie (2).

Ce qu'il y a de plus frappant dans la modalité symplomatique c'est le contraste qu'il y a généralement entre l'état des forces fonctionnelles et l'état des forces organiques, ainsi que cela se voit dans les maladies inilammaloires, où la faiblesse générale est très-grande, alors que la fièvre est des plus énergiques, en sorte que le malade est faible physiologiquement , c'est-à-dire que les fonctions s'exercent faiblement, mais fort patliologiquetnent, si l'on considère le rhythme de l'action vitale, qui certainement est fort augmenté dans les parties qui sont le siège de la maladie et plus ou moins dans les autres (3). Cette distinction entre l'état apparent des forces fonctionnelles et l'état réel des forces organiques, a son importance pratique, car la confusion entre eux a poui' conséquence d'entraîner à un empirisme symplomatique qui n'est pas sans inconvénient (4). Ainsi, en s'en tenant à l'indication tirée de la faiblesse physiologique, il en résulterait la prescription d'une

(1) C'est ce que les médecins allopathes ne comprennent pas ; et ils s'obstinent à augmenter cette faiblesse par les saignées, les purgatifs et surtout la diète, leur grand cheval de bataille. Ils ne savent prendre la place que parla famine, ne se doutant pas que la fièvre, qu'ils cherchent à affamer, augmente d'intensité par l'inanition même.

(2) C'est ce que nous ne cessons de répéter depuis plus de dix ans, mais il n'y a de pires sourds que ceux qui ne veulent pasentendre.

(3) Les anciens nommaient cela une ligature de la puissance nerveuse -. potentia nervosa ligata. Mais cette ligature est loin d'être une force : la preuve c'est qu'en la défaisant, les forces reviennent aussitôt. Quand ou barre un fleuve sa force augmente, mais pour tout dévaster en amont.

(4) C'est ce que la dosiraétrie nous permet d'éviter ; de sorte i|ue les allopathes en nous faisant ce reproche, se sont mis le doigtdans l'œil.

médication stimulante. Le malade est faible, dit-on : donc il faut le fortifiei- ! — Mais l'erreur est la même que, parce qu'un cholérique est froid, de vouloir le récliaufFer en accumulant le calorique autour de lui, sous prétexte qu'il est en défaut (1). Évidemment, l'absence de calorique — comme l'absence de force — a sa cause dans une lésion organique, et l'on ne saurait y pourvoir, en l'un ou l'autre cas — soit réchauffer, soit fortifier le malade, qu'en combattant cette lésion (2).

Une même maladie peut avoir des symptômes opposés en apparence, quoique de même nature au fond ; ainsi une encéphalite peut avoir pour effet, aussi bien l'insomnie que la somnolence. Deux maladies différentes de nature, peuvent avoir des symptômes identiques en apparence, quoique fort opposés en réalité : ainsi la colite et l'entéralgie saturnines ont, l'une et l'autre, la constipation pour symptôme commun. Il y a des hémorrhagies actives et des hémorrhagies passives ; des convulsions lujperstliéniques et hijpostliéniques. Qu'induire de ces oppositions et de ces analogies symptomatiques, si l'on ne remonte à la condition dynamique de la maladie?

On considère volontiers, le pouls comme un moyen précieux pour juger du véritable état des forces dans les maladies; et dans ces derniers temps on a paru attacher une grande importance aux résultats fournis par la sphygmographie ; nous ne méconnaîtrons pas la valeur théorique de ce genre d'évaluation, mais nous avouerons ne pas bien en saisir la valeur pratique. Quelle induction tirer, par exemple, de l'absence du pouls dans la fièvre intermittente pernicieuse algide, ou de sa lenteur ou de sa vitesse dans certains cas typhoïdes? Que conclure encore, alors que nous voyons, d'une pari, la mollesse, la petitesse et l'irrégularité du pouls coexister avec les inflammalions les plus aiguës, et que, d'autre part, l'expérience révèle trop souvent la vérité de l'adage : Puisus bonus et magis moritur (5)?

(1) C'est ce qu'on faisait au poiut de brùlei- le malade.

(2) La lésion organii[iie produit la fièvre de consomption ; mais là aussi on aurait tort de voir une sthénie.

(3) Cela prouve la supériorité de la médecine sur les arts mécaniques. Certains raédocins sont à

On a aussi voulu voir dans les variations de la chaleur animale un moyen de juger de l'état des forces organiques, en appliquant le thermomètre à cette détermination. Nous n'entendons nullement contester l'utilité de cet instrument de diagnostic, mais faire simplement observer qu'on en exagère la partie pratique. Que nous apprend la thermométrie sur la nature des altérations qui affectent les organes qui sont la source de la chaleur animale? Que conclure, par exemple, des constatations calorimétriques dans la période algide du choléra, où le malade est glacé extérieurement et brûle intérieurement (1)?

Qu'on veuille déduire le caractère dynamique des malades, soit du sentiment du malade, soit de la modalité symptomatique de la maladie, on ne saurait se dissimuler que cette détermination offre de grandes difficultés. L'étude de la chlorose nous fournit un remarquable exemple. Cette affection, que les anciens désignaient sous le nom de fièvre blanche (febris alba), et qu'il faut se garder de confondre avec l'anémie proprement dite, présente, en son histoire, les opinions les plus contradictoires, selon les observateurs, soit en deçà, soit au delà des Alpes; et qu'on l'envisage au point de vue des doctrines, soit humorales, soit solidistes, professées conjointement par les cliniciens les plus autorisés (2) sur la condition étiologique, pathologique et thérapeutique. La maladie consiste, dit-on, dans un appauvrissement du sang; elle s'engendre d'ordinaire, au milieu du bien-être souvent le plus absolu; la pâleur, la décoloration dermique, y contrastent avec des rougeurs et des bouffées de chaleur au visage, et alternent souvent avec l'injection du réseau vasculaire et muqueux ; mais le défaut de chaleur à l'extérieur y coexiste avec le sentiment de la chaleur intérieure et la soif; les fonctions respiratoires et circulatoires y sont réputées faibles; l'on y observe de l'oppres-

la hauteur de ces horlogers qui détraquent les montres sous prétexte de les raccommoder ! La médecine est une intuition, une sorte àe seconde vue que rien ne saurait remplacer.

(1) L'auteur se trompe -. le thermomètre est pour le médecin ce que le manomètre est pour le mécanicien; lui seul détermine le traitement par les alcaloïdes défervescents, dans ce sens que diminuer la chaleur intérieure, c'est augmenter la chaleur extérieure. Question d'équilibre physiologique. Seulement pour être médecin, il ne suffit pasd'étre mécanicien.

(2) Autorité! voilà le mal; C'est le magister dixit, qui a produit tant de mal.

sion, de ranhélation et des palpitations cardiaques systoliques.

L'auscultation y signale des bruits vasculaires, attribués à la vacuité des vaisseaux et qui se rencontrent également dans leur excès de plénitude. Le sang y est reconnu altéré quantitativement el qualitativement, et si l'on ouvre la veine, il est généralement, au début, rutilant couenneiix, comme dans les inflammations chroniques. La théorie palhogénique veut que le sang soit décoloré par déferrugination; et la chimie nous montre qu'on peut ôter du sang, tout ou partie du fer qu'il contient, sans en altérer la couleur. D'une part, on enseigne que la chlorose consiste en une altération primitive et spontanée du sang, et d'autre part que cette altération est secondaire, consécutive à une lésion des organes qui président à la sanguification. La maladie est caractérisée d'asthénie fondamentale; et le malade est prédisposé aux aft'ections inllammatoircs, telles que le rhumatisme fébrile, la pneumonie, la bronchite, la métrile, la péritonite; et sujet à des réactions phlogistiques qui compliquent la marche et rendent souvent fatale la terminaison de l'aflVction. Dans le traitement on signale l'administration du fer comme indispensable à la guérison de la chlorose, et ailleurs, on la traite et la guérit sans un seul atome de fer ; on y recommande également un régime animal réconfortant et l'usage des boissons stimulantes, et le malade éprouve pour eux répugnance et intolérance, ressentant, au contraire, une appétence instinctive pour les substances végétales et les boissons acidulés et rafraîchissantes.

Que conclure de ces oppositions et de ces contradictions dans les choses et les opinions ? Quand on interroge les cadavres du plus grand nombre des sujets moils de maladies asihéniques ou qualifiées telles, que l'on considère les reliquats pathologiques dont les organes ou les tissus sont le siège, et qu'on veut bien se reporter au travail mojbide qui a présidé à leur genèse, on se convainc facilement que toutes ces altérations ont leur point de départ dans une condition dijnamhiuc de nature liypcrstlicnhitic (1) dont l'exis-

(1) C'est ■' de forme hjpersthciiique •• qu'il fcuit ilire. En allopatliio, ce im'il y a ilo plus rrliclli> à

peut seule expliquer l'origine, la mai'che et la terminaison de ces maladies. Mais on arrive surtout à cette détermination lorsqu'on étudie le caractère dynamique de ces maladies.

Il n'y a, à proprement parler, qu'une manière de déterminer la nature d'une maladie : c'est de la déduire conjointement des altérations fonctionnelles et organiques, constantes et essentielles(l). Ce n'est effectivement qu'en partant de cette double constatation que l'on peut reconnaître si une maladie est à fond lujperstliéniqiie ou à fond hijposthénique, en relever la diatlièse, déterminer, en un mot, son véritable caractère dynamique. Cette détermination est l'objet fondamental de notre travail, au moins pour ce qui est des mala- • dies régnantes dans le cours du siècle actuel, attendu que nous avons surtout en vue de nous assurer si le caractère de ces maladies y a réellement offert un changement qui puisse expliquer et légitimer le changement contemporain dans la méthode iliémpeutique (2). Vu la complexité du problème et pour en simplifier la solution, nous prendrons pour objectif une maladie régnante aux deux époques, parfaitement définie et particulièrement connue. Cette maladie sera la pneumonie, qui est en même temps la plus commune et le type des affections inflammatoires; celle aussi dont le traitement est le plus uniforme et le moins compliqué; celle enfin qui, par suite du changement survenu dans les indications curatives, paraît le mieux justifier l'opinion reçue : que la constitution médicale du siècle actuel, a subi un changement remarquable. La question est donc celle-ci : Dans le cours du siècle actuel et aux deux époques successives qu'ont marqué le changement de sa constitution médicale, les pneumonies régnantes ont-elles offei't, par leur caractère dynamique, une modalité pathognomonique distinctive ?

C'est un fait constaté pai" tous les observateurs dont l'expérience a pu embrasser ces deux époques constitutionnelles, que

l'eutendement, c'est sa logique. Toujours le : Magister dixit, cet éternel échappatoire des natures moutonnières.

(1) L'auteur se trompe : il n'y a pas de lésions organiques cotistantes essentielles. Ces lésions sont ce que nous les faisons : par notre abstention.

(2) - Méthode .. est ici trop dire, puisque, seloaCl. Bernard, la thérapeutique n'existait pas.

les pneumonies y ont présenté une différence notable dans leur intensité respective. Cette différence ressort aussi bien des altérations fonctionnelles que des altéi"ations organiques propres à la maladie. Pour ce qui est des altérations fonctionnelles, on s'accorde à reconnaître que celles des pneumonies de la première moitié du siècle courant, ont présenté une intensité plus grande que celles de la deuxième période, en cours depuis lors et actuellement. Les premières étaient, en effet, plus francbement inflammatoires que les secondes, ainsi qu'en témoignent l'acuité des symptômes et la gravité relativement plus grande de la maladie. Il nous serait facile, en comparant les circonstances les unes aux autres, d'en faire la démonstration (1).

Pour ce qui est des altérations organiques, il est encore incontestable que celles des pneumonies de la première période avaient plus le caractère du travail inflammatoire que celles des pneumonies de la deuxième période, comme si de ces deux formes pathologiques, relevant d'un même processus, l'une était plus active, l'autre plus passive. Le fait est que les constatations nécropsiques établissent entre elles une notable différence dans le caractère des altérations analomiques, les altérations des premières témoignent d'une énergie réactionnelle et plastique plus grande, inhérente à leur processus. Mais nous en avons une preuve plus significative et vraiment démonstrative dans les résultats fournis par l'état du sang tiré de la veine, et qui montre, à l'une des époques

(1) Nous appartenons à cette double période : celle de 1826 à 1832, époque de l'apparition du choléra, et celle de 1830 jusqu'à nos jours, c'est-à-dire plus d'un demi-siècle ; et nous avons pu ainsi assister au changement de la constitution médicale dont il est question ici. Nous étions interne à l'hôpital civil de Gand, et Dieu sait combien de lancettes nous usâmes ! C'est à tel point, que l'administration dut nous faire une petite allocation supplémentaire pour couvrir les frais de repassage et d'entretien de ce qu'on considérait comme V indispensable du chirurgien. Il y avait des phlébotomistes comme au temps de Sangrado. Est-ce à dire que la saignée sauvait tous les malades ? Nullement ; mais elle avait au moins pour résultat de diminuer l'intensité de la maladie. Depuis cette première période, les lancettes sont rentrées dans leur étui, et ce n'est qu'à de rares intervalles qu'elles sont appelées à fonctionner. C'est qu'en effet tous les médecins ont reconnu que leurs malades ne supportent plus les déplétions sanguines. Ce fut au tour du Rasarismc de supplanter le Broussaïsme, comme ce dernier avait mis brutalement à la jiorte le Browiiismo. Puis revinrent les Sangrados avec leurs saignées coup sur coup.

Enfin, de guerre lasse, on arriva à l'expectation, c'est-à-dire au rien faire; jusqu'à ce que la dosimétrifi soit venue appcn-tor aux pauvres malades la rédemption, comnio In loi du Christ au vieux monde.

constitiuionnelles, une altération qu'on n'observe pas dans l'autre. Il est effectivement constant que clans la première de ces périodes le sang des saignées, même chez l'homme bien portant, était remarquable par un excès de coagulabilité et de plastic iic en sorte qu'au sortir de la veine, il se résolvait rapidement en un caillot ferme, d'où ne se dégageait qu'une petite quantité de sérosité ; c'est la preuve, chez l'homme en santé, d'une complexion robuste, d'une propension plus grande aux maladies inflammatoires ; ainsi, à l'occasion de ces maladies et particulièrement des pneumonies de cette première époque, les cliniciens étaient-ils frappés de cette circonstance : que le sang se coagulait avec une rapidité extrême, souvent même instantanément après la sortie du vaisseau. Il se produisait une couenne inflammatoire qui avait d'autant plus d'épaisseur et de solidité que l'inflammation était plus intense. C'était le signe pathognomonique des pneumonies de cette constitution médicale fixe et stalionnaire , qui semble avoir commencé avec le siècle actuel. Or, qu'a-t-on constaté dans l'état du sang durant la seconde période? que le sang des saignées ne possède plus la même coagulabilité et la même plasticité et qu'il est plus séreux, plus aqueux. C'est la preuve, chez l'homme en santé, d'une complexion délicate et cachectique. Ainsi à l'occasion des maladies régnantes — et particulièrement de la pneumonie — les cliniciens sont frappés de cette circonstance : que le sang manque de coagulabilité et de plasticité, est moins foncé en couleur et se prend, non point en un caillot solide, mais en une masse pultacée, au milieu de laquelle le cruor et le sérum demeurent mêlés ; ou s'il se forme un caillot, il manque de consistance et est entouré d'une petite quantité de sérum. Cette absence de couenne inflammatoire est le signe pathognomonique des pneumonies de la deuxième époque constitutionnelle du siècle actuel. Mais ce fait, d'une importance si grande, de la différence du sang des pneumoniques à ces deux époques, n'est pas seulement propre à l'homme, il a encore été constaté chez les animaux par les médecins vétérinaires, qui s'accordent à reconnaître — et spécialement chez les chevaux — le fait de la présence ou de l'absence de la couenne

dans les mêmes circonstances qn'on a observées chez l'homme ; en sorte qu'ils reconnaissent également deux époques distinctes dans la constitution médiculc, et marquées chacune par ce trait caractéristique de l'état du sang.

L'observation peut donc recueillir comme un fait constant, dans l'histoire de la constitution médicale du siècle actuel, le phénomène si important de la présence et de l'absence de la couenne inflammatoire à deux époques différentes, et qui, s'il n'a rien d'absolu, n'en constitue pas moins un trait pathognomonique des plus précieux à enregistrer. Ce fait, si la constance et la fixité des effets présupposent la constance et la fixité des causes — témoigne à lui seul d'une influence pathogénique différente exercée sur les maladies inflammatoires en chacune des époques marquées, et concourt à confirmer la doctrine des constilul'mns médicales.

Mais la couenne inflammatoire n'est qu'une forme du produit pathologique fourni par le sang, et dont l'origine et le rôle dans la genèse, la marche et la terminaison des maladies inflammatoires sont dignes de la plus sérieuse attention.

L'origine de la couenne du sang, dans le cours des maladies, est une question qui peut être précisée. L'application du microscope à l'étude des éléments constitutifs du sang, fait, soit à l'état de santé, soit à l'état de maladie, a fourni à la physiologie, et à la pathologie, la connaissance de faits nouveaux et qui sont devenus le point de départ de la théorie moderne sur la couenne, soit normale, soit anormale, deux phénomènes qu'il faut se garder de confondre. La couenne normale est le produit qui s'observe sur le caillot sous forme d'une couche superficielle, entraînée à la surface par la différence de leur pesanteur spécifique. Pour bien en constater le caractère, il faut l'observer sur le sang tiré de la veine, après la coagulation, chez un sujet pléthorique, ou mieux encore chez la femme enceinte, dont le sang offre généralement un excès de coagulabililé et de plasticité physiologique, déterminée par les conditions mêmes de la gestation. L'histologie, en nous faisant connaître les éléments qui composent la couenne normale : fibrine, globules rouges et globules blancs ou leuco-

cythes, nous apprend qu'ils n'en figurent qu'une faible proportion (1).

La couenne pathologique, d'après la théorie moderne, consisterait en une augmentation de fibrine et de globules blancs, et en une altération primitive et spontanée du sang. C'est la même doctrine qui a pour elle des autorités imposantes ; mais nous ne pensons pas être irrespectueux pour elles en produisant une autre interprétation du phénomène, qui nous paraît rendre mieux compte des faits. Nous ne croyons pas également émettre une opinion antiphysiologique en rappelant que le sang, en sa qualité de stimulant intérieur, est élaboré, formé, perfectionné, sécrété, en quelque sorte, par les trois arbres vasculaires, et qu'il est impossible de ne pas reconnaître qu'il ne peut s'altérer qu'autant que ces organes, ou l'un d'eux au moins, soient préalablement malades. L'altération du sang n'est donc et ne peut être qu'un fait secondaire, un effet vers la cause organique duquel il faut remonter si l'on veut se rendre compte de ce phénomène morbide. Il est d'ailleurs facile de s'assurer expérimentalement que la lymphe plastique, dont la couenne inflammatoire n'est qu'une forme, a sa source dans les parois mêmes des vaisseaux. Il suffit pour cela de comprendre une artère entre deux ligatures pour constater que cette lymphe est un produit de transsudation de ses parois enflammées ici accidentellement, et pour pouvoir suivre les phases de son élaboration morbide. C'est donc dans les parois mêmes des vaisseaux enflammés qu'il faut chercher l'origine de la couenne pathologique (2). Il s'agit là, en effet, d'une substance mixte, véritable

(1) Il faut s'entendre : dans le sang delà femme enceinte, sui'tout quand elle a dépassé la première moitié de sa grossesse, il y a, dans le sang, diminution d'allnimine, c'est-à-dire de l'élément plastirpie, diminution, en nombre, de globulesrouges, augmentation, ennombre, de globules blancs, diminution des éléments phosphores, augmentation de la fibrine (élément non plasti(iue) et augmentation de la quantité d'eau. On ne saurait donc prétendre que c'est là un sang plus riche ; au contraire, il est affaibli et prête aux inflammations puerpérales ou leucophlegmasies. Chez les individus franchement pléthoriques, la couenne du sang retiré de, la veine est peu considérable, et ramassée sur elle-même en un petit caillot. A mesure, au contraire, que le sang s'appauvrit, la couenne augmente, comme également après les saignées — à moins d'avoir rendu l'individu exsangue. Dans l'anasarque albuminurique, le sang est plus séreux, dépourvu d'éléments saUns; par contre, on trouve de l'albumine dans le sérum et dans les urines.

(2) Cette conclusion n'est pas rigoureuse : entre Vexsudat plastique et la couenne inflammatoivc, il n'y a aucune analogie, cette dernière étant un déchet organique, la premièj-e, au contraire, un

lymphe plastique, sécrétée à l'intérieur des artères et qui, passée à l'état liquide dans le sang en circulation, constitue en se concrétant et s'organisant, après la transsudation dans les tissus, la matière première et génératrice du plus grand nombre des productions morbides. La présence d'une couenne inflammatoire dans le sang, indique donc toujours l'existence d'une artérite, soit des capillaires, soit des gros troncs. Aussi est-elle très-prononcée dans le rhumatisme fébrile, dans les pneumonies, etc., parce qu'il n'y a pas de phlogose sérieuse sans que les artères prennent la part principale du travail morbide. La face interne des artères s'enflamme comme l'endocarde, dont elle est une continuité ; comme elle, et comme toutes les séreuses qui s'enflamment, elle devient le siège d'un travail de sécrétion ou de transsudation et le produit exhalé est le même que celui qui donne naissance aux fausses membranes. Telle est l'origine de la couenne inflammatoire; et quant à son rôle, il embrasse une grande partie de l'histoire de la pathologie (1).

Le fait important à relever ici, c'est que la présence ou l'absence de couenne phlogistique dans le sang, explique parfaitement la différence constatée, dans le caractère dynamique, entre la pneumonie en particulier et les maladies inflammatoires en général des deux époques constitutionnelles du siècle dernier. C'est encore que cette différence porte, non sur le fond même de la condition pathologique, qui est invariable, mais simplement sur sa modalité ou sur le degré d'intensité qui, culminant à une époque, disparaît plus ou moins à une autre. Ce qui le prouve, c'est que dans les altérations organiques qui sont communes aux pneumonies des deux époques, se rencontrent précisément ces produits pathologiques dont la couenne phlogistique n'est qu'une forme, et qui

élément de réparation,puisque dans la substance amorphe se trouvent une foule deeellules endogènes. Aussi la phlogose arrête le mouvement plasti(iue et atrophie, ramollit, détruit les tissus, comme on en a un exemple dans toutes les inflammations, soit aiguës, soit chroniques.

(1) On ne saurait contester ces néoplasmes ; mais ils sont toujours précédés d"une altération du sang, altération qui est sous la dépendance de la vitalité elle-même. Le premier fait à. noter est la fièvre de début, et celle-ci est tellement instantanée, qu'on ne saurait l'attribuer à une lésion organique. Que deviendrait sans cela le grand j)rincipe de la jugulatiou des maladies aiguës t L'auteur lui-même est dynamiste, comme tout sou travail le démontre.

ne sont, comme elle, que la transformation de la lymphe plastique qui lui donne naissance.

Nous croyons donc pouvoir conclure que si la présence de la couenne phlogistique est un signe pathognomonique positif de la nature inflammatoire des maladies, son absence apparente ne saurait constituer un signe négatif. Dans cette détermination, nous n'entendons nullement comprendre cette aifection du poumon improprement qualifiée pneumonie et qui, se présentant chez des vieillards cachectiques et des paralytiques, est l'efTet d'un véritable état adynamique de cet organe, que quelques pathologistes ont désigné sous le nom de pneumonie Itypostatique, afléction pour le traitement de laquelle une médication réellement stimulante paraît indiquée, ainsi que l'établit l'expérience. Cette exception n'infirme nullement la loi formulée ci-dessus, attendu qu'ici manque la preuve anatomique qui lui sert de critérium (1).

Nous croyons donc pouvoir conclure que si la présence de la couenne phlogistique est un signe pathognomonique positif delà nature inflammatoire des maladies, son absence apparente ne saurait constituer un signe négatif. Mais il ne résulte pas moins de cette détermination que la présence delà couenne phlogistique nous fournit la preuve anatomique du véritable caractère dijnamiqtie des maladies de nature inflammatoire. Ainsi, si nous appliquons à la chlorose, prise dans sa légitimité pathologique, cette détermination, nous sommes logiquement conduit à la classer parmi les maladies liijperstliéniques (2).

Le chant>ement ainsi constaté et démontré dans le caractère dynamique des pneumonies, s'est-il également accompli dans celui des autres maladies inflammatoires régnantes aux deux époques

(1) La pueumonie est toujours de nature hvpostatique ; il u'y a que la réaction générale (jui diffère : forte chez les jeunes gens, faible chez les vieillards. Si la forme anatomique manque le plus souvent, c'est que les forces du malade ne permettent point cette terminaison. Il n'en est pas moins vrai que cette maladie exige toujours des stimulants, mais pas comme l'entendent les allopathes. A tous les pneumoniques, il faut la strychnine : arséniate ou sulfate ; les défervescents sont indiqués par la réaction même ou la fièvre. C'est parce que cela n'a pas été compris que tant de malades payent tribut à cette maladie, la plus fréquente et la plus meurtrière de toutes.

(2) Oui, quanta la forme, mais non, quant au fond. Chose déplorable! les allopathes se disent les continuateurs d'Hippocrateetils en méconnaissent la première loi, qui est d'approprier les remèdes aux forces du malade.

qui ont marqué la constitution médicale du siècle actuel? On est fondé à le croire. Cette conclusion est d'ailleurs conforme à l'unité et à la simplicité qui s'observe dans les voies de la nature; conforme aussi à cet ancien adage : que les mêmes effets naturels doivent être attribués aux mêmes causes. Reste enfin à savoir si la réforme générale opérée dans le traitement des maladies régnantes, est conforme à la nature du changement contemporain survenu dans la Constitution médicale de cette dernière époque. Or, c'est précisément de cette réforme thérapeutique dont nous entendons apprécier la valeur et la portée, en partant de la connaissance mieux acquise du caractère dynamique des maladies régnantes.

Mais avant d'aborder cette question, nous nous permettrons une courte digression historique.

Après une révolution sanglante qui avait bouleversé Tordre politique et social séculairement établi, après des guerres longues et meurtrières, oîi des générations entières, jeunes et viriles, avaient disparu, alors que l'esprit humain s'était familiarisé, en quelque sorte, avec le mépris du sang, les annales médicales offrent également le spectacle d'une révolution qui semble porter en elle le génie de son temps. Une grande réforme, effectivement, s'accomplit dans la doctrine médicale quand s'accrédita l'opinion que la nature des maladies, soit qu'elle ait été méconnue jusqu'alors, soit qu'elle se soit transformée depuis lors, exigeait un changement total dans la méthode thérapeutique. Quoi qu'il en soit, on paraît reconnaître dans le tempérament national une condition nouvelle, se traduisant physiologiquement par un excès de susceptibilité morbide. On eût dit que le génie de la phlogose venait soudain de se lever sur les générations et exercer sur elles son empire. De là cette généralisation et cette vulgarisation de la méthode anliphlogistique. Jamais, à aucune é})0(iue, autant de sang ne fut versé pour racheter l'humanité souffrante (l). Nos contemporains

(1) L'auteur se trompe : les Sangrado sont antérieurs à notre é])oque ; les héros dont il parle, versaient leur sang sur les champs de l)ataille, mus par un noble esprit de patriotisme ; eux (les Sangrado) versaient le sang de leurs malades, systématiciuenient, c'est-à-dire sans discernement, parce qu'ils suivaient, en aveugles, les prescriptions du mailre{!). Il est vrai que dans un système où les morts ne comptaient pas, quelques-uns de jilus ou de moins ne faisaient rien à l'atTaire. Au con-

qui ne connaissent cette époque que parla tradition, croient volontiers qu'on en surfait l'histoire, alors qu'ils entendent parler de pneumonies dont le traitement nécessitait six à huit saignées et même davantage, et s'exclament comme devant le récit d'exploits homériques (1).

La vérité est, qu'en ce temps-là, on saignait non-seulement les malades, mais encore les gens valides, par mesure prophylactique, ce qui ne se fait plus guère de nos jours (2.). L'on saignait à outrance et avec un incontestable succès ; il y avait une indication formelle de recourir à ce moyen et une tolérance remarquable pour en supporter les effets (5), en sorte qu'une pratique qui serait aujourd'hui réputée une impardonnable témérité, était alors réglementairement consacrée.

Les choses se passaient de même dans l'exercice de l'art vétérinaire, où la saignée était également le moyen reconnu indispensable pour dompter la phlogose, et oîi son emploi était si journalier que le praticien ne se séparait jamais de sa flamme, qui semble cependant depuis lors — comme la lancette du médecin — être sortie du manuel opératoire (4). Mais chose intéressante à relever, cette époque, si prodigue de sang, se montra d'une parcimonie extrême à utiliser les ressources de la pharmacologie. C'est qu'alors régnait encore la fausse croyance, héritage du Brownisme — que la grande généralité des médicaments étaient stitnuUmts, excitants — et elle fut cause que ces précieux agents se trouvèrent proscrits de la thérapeutique et dénoncés comme incendiaires, complices de la phlogose. — L'on peut dire sans exagéra-

traire, cela procurait l'occasion de nombreuses autopsies, ainsi que le fait remarquer un autre contemporain !

(1) En dosimétrie ou n'exclue nullement les saignées : il faut, comme nous l'avons dit, " donner de l'air au tonneau n; mais elle enseigne qu'après la saignée, il faut les alcaloïdes défervescents : strychnine, aconitine, vératrine, afin de venir en aide aux vaisseaux.

(2) La nécessité en existera d'autant moins que le Sedlitz Chanteaud se généralisera davanUige, de même que l'usage des alcaloïdes défervescents.

(3) Mais qui dira que ce ne sont pas ces saignées à outrance qui ont affaibli les constitutions, plutôt que les circonstances purement médicales?

(4) L'auteur se trompe : en médecine vétérinaire, la flamme est toujours en honneur ; c'est la panacée des vétérinaires allopathes. Il semblerait que le sang est le grand coupable qu'il faut s'empresser de tuer. Malheureusement ou tue également la béte.

tion que cette erreur fut un des plus grands malheurs de l'École pliysiologique (1).

Enfin, une autre particularité de la thérapeutique de cette époque, c'est la diète sévère instituée pour les malades, et qui avait tous les dehors du jeûne le plus austère ; régime d'ailleurs dans les instincts de la nature, puisque tous les animaux, aussi bien que l'homme, dès qu'ils se sentent malades, sont portés à l'abstinence — et conforme encore aux règles de la tempérance prescrites par l'École hippocratique (2).

Cette méthode thérapeutique domina pendant près d'un demisiècle, suscitant jusqu'à la passion, l'enthousiasme de disciples nombreux et éclairés ; et ses contemporains parlent encore avec admiration et respect des maîtres qui en ont illustré le règne et perpétué la mémoire par de véritables monuments scientifiques (5).

A ce temps où l'on s'était montré si prodigue de sang, si sobre de médicaments et si sévère en diététique, en succéda un autre qui se montra avare de saignées, prodigue de médicaments et partisan d'une diététique plus confortable. La nouvelle École professa qu'il s'était opéré un changement dans la Constitution médicale, que les maladies avaient pris, plus ou moins, le caractère asthénique, et qu'il en résultait la nécessité d'une réforme thérapeutique

(1) A cela l'École physiologique pouvait répondre par la fréquence, à cette époque, de gastro-entérocéphalites — décorées du nom de fièvre typhoïde, et même de typhus (car on ne distinguait pas alors entre les deux). Nous avons assisté à cette époque néfaste où la serpentaire de Virginie et les autres stimulants si improprement nommés diffusibles, changeaient en une fièvre ataxo-adynami()Ue la moindre indisposition. Ces médicaments étaient donc incendiaires ; il en était d'euï comme de condiments trop forts dans l'alimentation. Le danger résidait, non dans leurs principes simples, mais dans leur amalgamation avec une foule de principes hétérogènes. Les alcaloïdes, au contraire, sont des véritables sédatifs ; ils sont au malade ce que les mesures sagement progressives sont à la Société, tandis que les médicaments composés font de " l'ordre avec du désordre », comme en révolution.

(2) Hippocrate ne voulait d'abus en rien, ni en bien, ni en mal ; ildit, au contraire, qu'il faut nourrir les malades jusqu'où ils peuvent l'être. Mais la diète est la conséquence forcée d'indigestions de remèdes, ou bien de la faiblesse même du malade, qui, par suite de l'inanition, n'a plus la force de digérer. De là, la nécessité de juguler les maladies algues au début, afin de ne pas les laisser dégénérer en maladies chroniques. Il y a effectivement un instinct, tant pour les animaux que pour l'homme ; mais cet instinct ne va pas jusqu'à se laisser émacier. Dès que l'estomac est rétabli, il demande qu'on lui donne de la nourriture, afin de ne pas devoir broyer à vide, à ses propres dépens.

, (3) La véritable gloire de Broussais a été de s'étreopposé aux ravages du Brownisme, comme Marius arrêta les Cimbres dans les plaines d'Espagne ! Quanta ceux qui ontaccepté sa doctrine avec enthousiasme, ils out été plutôt ses séides, puisque le physiologisme est mort de leurs excès.

et hygiénique complète (1). La proscription de la saignée est vraiment le côté typique de la nouvelle doctrine. Il est de fait que ce moyen, d'une si haute valeur, dont la nature elle-même nous révèle la convenance dans certaines crises, ne trouve plus, comme autrefois, les indications dans les maladies inflammatoires. Ce fait ressort de l'observation et de l'expérience de tous les médecins, (jui exercent depuis une trentaine d'années et qui, depuis lors, traitent et guérissent ces malades sans la saignée (2); et les plus anciens praticiens, ceux-là mêmes qui l'avaient le plus généreusement utilisée, l'ont également abandonnée, reconnaissant qu'il s'était opéré un changement total dans ses indications. Cette opinion sur la contre-indication de la saignée, paraît d'ailleurs légitimée par le changement même survenu, comme nous croyons l'avoir démontré, dans le caractère dynamique des maladies régnantes (5).

Le retour aux traditions de la polypharmacie est également un trait de la thérapeutique moderne qui, préoccupée de l'opinion d'une diathèse asthénique et d'un état d'appauvrissement humoral dominant la généralité des maladies régnantes, s'attacha spécialement à l'étude des médicaments réputés toniques, stimulants et reconstitutifs, que l'École physiologique avait répudiés, et parmi lesquels il faut placer au premier rang les préparations ferrugineuses et quinacées, dont l'emploi est aujourd'hui vulgarisé au titre de véritables panacées (4),

(1) Cette réforme n'existait point jusqu'à ladosimétrie, puisque feu le docteur Maréchal (de Calvi) a ])roclamé cette dernière un « fait considérable » et que Cl. Bernard professait dans ses cours " qu'il n'y avait point de thérapeutique r,. Dès lors, on ne voit point en quoi l'Ecole actuelle a contribué à cette grande révolution. Il en a été d'elle comme du suffrage universel, que les doctrinaires ont repoussé tant qu'ils ont pu, sauf à s'en déclarer ensuite chauds partisans.

(2) C'est-à-dire qu'il faut de l'expectation ; mais la preuve que celle-ci ne suffit point, c'est que les lésions anatomo-palhologiques se sont multipliées outre mesure, au point de constituer toute une étude nouvelle, dont on occupe les jeunes gens, au lieu de leur apprendre à traiter les maladies dynamiquement et non organiquement. On peut, du reste, se demander ce que c'est qu'un traitement organique.

(3) Il y a là un autre excès, car la saignée, comme moyen mécanique ou physique, a ses indications spéciales.

[i) C'est ce qui nous a valu uu retour à l'iatrochimie de Paracelse. Il semblerait que le corps vivant soit un récipient où il s'agit seulement de verser des réactifs. Ainsi à l'acidismeon oppose l'alcallnisme ; et l'on ne s'aperçoit pas que l'économie souffrante ne fait que changer de maladie. Trop hfureux, quand celle-ci ne tue pas celle-là. On vante le salicylate de soude à haute dose contre le

Enfiu , un dernier trait de la thérapeutique moderne est dans le régime hygiénique et diététique, qualifié de siimulant, de tonique, et de reconstitutif. La croyance à un état de décadence constitutionnelle est tellement dominante, qu'il est de précepte de soumettre l'enfance et la jeunesse, non-seulement à l'usage des viandes de haut goût et de vins généreux, mais encore du quinquina et des ferrugineux, au double titre de corroborants et rcconstitulifs. C'est un besoin de l'éjjoque de viser à donner du ton à la fibre organique et à régénérer le sang, réputé affaibli et appauvii ; et pour y satisfaire, la science et l'art s'ingénient à la recherche et à la création de produits réputés toniques et hématogènes. L'industrie pour complaire à l'opinion, attache même ces qualificatifs à toutes ses inventions, comme les faux monnayeurs qui impriment sur le plomb le signe qui placé sur l'argent, lui donne une valeur légale (1). Les chimistes font subir au fer et au quinquina toutes les transformations possibles, et à la matière animale les plus étonnantes métamorphoses pour en extraire le principe actif. La régénération de la force, la découverte de son constitutif, c'est là un problème qui, comme autrefois celui de la pierre philosophale, tourmente incessamment les esprits.

Nous avons constaté que, dans le cours du siècle actuel, il s'est accompli un changement dans la Constitution médicale, changement qui se traduit, physiologiquement, par un abaissement de l'énergie réactionnelle du dynamisme vital, et, pathologiquement , par une diminution d'intensité du caractère dynamique des maladies régnantes. Ainsi que nous venons de le l'elater, une réforme thérapeutique importante a été la conséquence de ce changement constitutionnel, et qui a consisté dans la proscription de la saignée et au retour à des traditions pharmacologiques abandonnées, et en l'inslitulion d'un régime hygiénique et diététique nouveau. C'est

rhumatisme arllculaire ; et celui-ci se change en carditc, en méningite; mais n'importe le maître Ta dit!

(1) C'est l'industrialisme des confectionneurs de spécialités (lu'il en f;iul accuser, (hi a voulu appliquer ce mot à la dosimétrie, et ceu-K qui se sont servis de c;"!c arme n'ont pas vu (pi'ils la loui-naicnt contre eux-mêmes.

la valeur et la portée scientifique et pratique de cette réforme qu'il nous reste à apprécier.

En tenant pour légitime l'opinion professée par l'École moderne, sur la contre-indication de la saignée dans le traitement des maladies régnantes, l'on pourrait se demander s'il n'y a pas quelque chose de périlleux dans le veto dont ce moyen héroïque est devenu l'objet. On comprendrait ce qu'il a d'absolu, si le changement survenu dans la Constitution médic/ile, au lieu d'avoir eu pour effet une simple différence d'intensité dans les phénomènes d'une même condition pathologique, avait consisté en une véritable intervention diathésique ou la substitution d'une condition d'asthénie à une condition dlnjpersthénie. Il en résulta un état de choses des plus arbitraires , sous lequel la prévention et le préjugé eurent un tel empire, que médecins et malades subissent une sorte de terrorisme alors qu'apparaissent de ces indications formelles, impérieuses, qui font de la saignée une question de vie ou de mort. Nous croyons, pour notre part, qu'on a été trop loin dans la mesure de proscription qui a frappé et qui frappe encore la saignée; elle constitue un véritable danger pour l'exercice de l'art, et dont une statistique logique pourrait seule supputer les victimes. Nous ne croyons pas nous hasarder en disant qu'aujourd'hui, dans la pneumonie, la terminaison par la mort est an fait en quelque sorte réglementaire et qui ne comporte que de rares exceptions, fait d'autant plus significatif qu'il est contemporain à une diminution dans l'intensité de la maladie. Mais, circonstance non moins intéressante à relever, ces résultats funestes du traitement institué, n'ont rien à envier à ceux fournis par la médecine expectante, à tel point qu'un clinicien très-éminent, a déclaré que dans la fluxion de poitrine il n'y avait rien à faire; parole qui tendrait à légitimer cet aveu d'un autre clinicien, non moins autorisé : « Ici le patient na qu'à guérir de lui-même ou, sinon, à mourir! Consultez les statistiques, quelles effrayantes mortalités! » Ce n'est donc pas seulement le traitement qui est condamnable, mais bien aussi la maladie qui est reprochable de ne pas vouloir se laisser guérir (1).

(1) Il est malséant de mêler la plaisanterie à de» questions aussi lugubres. Ou en a fait un re-

Mais ne serait-on pas en droit de se demander aussi , si la Constitution médicale régnante, après avoir parcouru un cycle assez long, n'est pas arrivée à sa période de déclin, et si l'époque n'est pas proche, atteinte même, où un changement survenant ou survenu, n'en nécessiterait pas un autre? Bien des ohservateurs expérimentés opinent à le croire.

Dans son retour vers les traditions polypharmaques (1), l'École moderne préoccupée de la croyance que le changement constitutionnel accompli avait son principe dans une diatkèse astliéniqiie, s'attacha à l'emploi des médicaments réputés stimulants, toniques, reconstitutifs, et particulièrement du fer et du quinquina, agents dont on ne saurait méconnaître l'excellence, mais sur la véritable action physiologique et thérapeutique desquels il faudrait s'entendre.

En principe, tout effet d'un médicament est la suite nécessaire du rapport qui existe entre ses propriétés et les forces vivantes du corps (2). Voilà l'action dynamique; or, en tant que force, la vitalité ne saurait manifester d'autre changement que celui d'occroissemenl ou d'abaissement du rhythme qui préside aux fonctions des organes. C'est, effectivement, en ces termes : hyperslhénieethypostliénie, qui se résolvent, en définitive, les modifications que les fonctions éprouvent sous l'impression d'un médicament quelconque doué de quelque énergie, et qui énoncent son action physiologique.

Mais ces propriétés dynamiques des médicaments ne se déclarent pas d'une manière uniforme sur l'organisme ; elles s'expriment,

proche à Molière; à plus forte raison, les médecins devraient s'abstenir de ces sortes de sarcasmes funèbres. Mais enfin le fait est là : il meurt autant de pneumoniipies chez lesquels on n'a rien fait que chez ceux où on a fait quelque chose. Cela prouve combien l'arrivée de la dosiraétrie était nécessaire pour sauver, à la fois, la vie des malades et l'honneur de l'art.

(1) Il faut s'entendre sur le mot" polj-jibarmaque ■•. On est un polypharraaque, non parce qu'on donne plusieurs médicaments simples à la fois, mais parce qu'on mêle des substances hétérogènes, dans l'espoir de déterminer un effet curatif toujours déçu, parce qu'on ne sait ni ce qu'on donne, ni combien on donne. Si la nature nous donne les composés médicamenteux, c'est à la condition d'eu extraire les principes vraiment curatifs. Ces principes ue sont pas antagonistes, puisqu'ils concourent au même but, c'est-i-dire le rétablissement de l'équilibre fonctionnel.

(2) C'est ce que nous nommerons volontiers la cattilysc vitale en opposition de la catalyse chi mique.

selon la nature des substances, par des effets plus marqués sur la force de certains organes et sur le rhytlime de certaines fonctions (action élective). Si, d'une part, l'action dynamique embrasse, dans son dualisme, tous les effets, si variés, si opposés en apparence des médicaments — de même que la gravitation enrôle sous une loi unique une infinité de phénomènes — d'autre part , l'action élective rend admirablement compte de la diversité de ces effets, que la physiologie ramène facilement à une même cause supérieure ou sous la puissance d'une même loi (1).

Il résulte de cette définition que les médicaments se partagent en deux classes fondamentales, les liijposllicnisants et les liypersthénisants, et qui se divisent chacun en sous-ordre en raison de l'action élective propre à ces agents. C'est du moins à cette détermination que conduit une sévère philosophie inductive et expérimentale, alors qu'on étudie le principe des changements survenus dans l'état des forces organiques et fonctionnelles après l'absorption des médicaments chez l'homme , soit sain , soit malade.

Si cette définition du principe d'action physiologique des médicaments est exacte, l'on est conduit, en l'appliquant au fer et au quinquina, à ranger ces substances, quant à leur action dynamique primilive, dans la classe des remèdes liypostliénisants, et quant à leur action élective, dans la subdivision des remèdes hyposthénisanls cardio-vasculaires, en rapportant à cette dernière action la prééminence de leurs propriétés thérapeutiques (2).

Que penser dès lors des propriétés réputées toniques dont on gratifie ces médicaments? Qu'elles ne répondent nullement au véritable principe d'action physiologique de ces agents, et que cette qualification de tonique est défectueuse, éminemment impi'opre, et ne saurait être maintenue dans le langage médical ou figurer dans une terminologie et une classification scientifique (5).

(1) Ne dirait-on pas le rêve il"uu homme éveillé, riui a lu toutes ces choses quelque part, c'est-àdire dans \e Répertoire universel de médecine dosimétriqiic ?

(2) Ceci expliquerait l'efiBcacitéde l'hydro-fero-cyanate de quiuiue, le roi des hyposthénisauts, dans ce sens qu'il fait tomber l'exubérance d'action du système cardio-vasculaire.

(3) La désignation de tonique y est en effet généralement mal apiiliquée. Le ton c'est la coutracti-

Nous n'entendons pas contester la convenance du fer et du quinquina dans la généralité des cas où on les emploie, ainsi qu'en témoigne l'expérience, mais bien démontrer que leurs effets thérapeutiques se rattachent à un autre principe d'action physiologique que celui qu'on leur assigne. La distinction sur laquelle nous insistons, acquiert une importance pratique réelle, alors qu'il s'agit d'associer, à l'administration du fer et du quinquina, un régime hygiénique rationnel, c'est-à-dire conforme à l'indication thérapeutique que l'on entend remplir en prescrivant ces précieux agents. Il y a ici une question de fait et une question de principe (1).

Pour ce qui est de la question de fait, la vérité est qu'on voit, à notre époque, prodiguer des viandes rôties ou de haut goût et des vins généreux à des patients affectés de maladies chroniques : bronchite, phthisie, endocardite, métrite, rhumatisme, etc., ou atteints de diathèse, soit scrofaleuse, soit chlorotique, soit scorbutique, affections à fond évidemment hypersthénique (2); régime qui, pourjêtre réputé tonique, est loin d'èlre heureux dans ses résultats, car l'on ne voit que trop souvent, sous son influence, ces maladies s'invétérer, s'exaspérer ou avoir une issue fatale. Un praticien illustre a dit : « Des malheurs irréparables sans nombre, sont arrivés par suite de la fausse application du vin ilans les maladies à fond phlogistique, et qu'on croyait de faiblesse. »

Notre conviction est que le régime qualifié forlificinl, tonique, si en vogue de nos jours, est fécond en mulheurs de ce genre. Combien de traitements, les plus rationnels au point de vue pharmacologi(jue, sont annihilés, compromis ou tout au moins contrariés ou neutralisés par le régime hygiénique institué! Nous ne

lité organique insensilile de Bichat ; or, le fer et le ciiiiiii|uiiia ne s'adressent qu'aux propriétés physiques des tissus. Quant à leur action .sur le sang, elle est purement respiratoire, c'est-à-dire subordonnée il l'action de l'oxygène en circulation avec le sang.

(1) C'est-ii-dire que ces deux agents ne doivent être employés que dans des conditions d'air et de lumière convenables.

(2) L'auteur force ici la note, car il est évident que ces affections sont de nature hyposthcniquc ; seulement elles peuvent se montrer sous une forme aiguë ou liypcrsllu'iiiqiic; mais alors encore, il faut se garder d'affaiblir les malades, au contraire, les touiller. Voilà pour(|Uoi les alcaloides défervescents sont si utiles dans ce cas.

croyons pas qu'on peut prescrire une alimentation stimulante, ainsi que cela ne se voit que trop souvent, à des sujets leuco-phlegmasiquesfébricitants, scrofuleux, goutteux, à de jeunes filles ou à de jeunes femmes affectées de chlorose et de tant d'affections à fond phlogistique, et qui ont le masque trompeur de l'asthénie (1). Ici, d'ailleurs, il y a non-seulement contre-indication, mais répugnance instinctive, intolérance. Nous sommes encore convaincu que si la généralité des cures qu'on va demander aux eaux minérales [Arcana Dei miraculis plcna) ne fournissent pas les l'ésultats qu'on serait en droit d'en attendre, c'est par suite du régime trop confortable, en quantité et en qualité, suivi conjointement. Sans aucun doute, tous les patients se croient faibles et s'accordent d'ordinaire à accuser la faiblesse d'être la principale cause de leurs maux, mais qu'on interroge chez eux le rhythme des fonctions morbidement affectées, qu'on examine chez ceux qui succombent, les lésions cadavériques, et l'on se convaincra facilement que, malgré les apparences trompeuses, Vlnjperstliénic constitue en réalité le fonds commun de leur condition pathologique (2).

Quant à la question de principe, il est vrai de reconnaître — ainsi que d'ailleurs nous venons de le dire — que la généralité des patients soumis au régime tonique, liémostalicfue et reconstitiilif, sont faibles physiologiquement et que la prescription d'une alimentation et de boissons stimulantes a le spécieux avantage de sembler répondre .à une indication rationnelle ; mais il y a accès ou paralogisme qui trop fâcheusement domine la pratique et qui doit être combattu. Les malades sont faibles, dit-on? Sans doute, parce

(1) Tout eu admettant qu'il faille dans le régime des maladies de l'orme stliénique, de grands ménagements, on ne saurait nier qu'un régime débilitant ne présente de grands dangers lorsque, au fond, il y a affaiblissement du sang. C'est la diète qui fait que ces maladies se prolongent et tournent à la consomption, par une sorte de cercle vicieux qui se termine par la mort. N'est-ce pas l'histoire des phthisiques? Parce qu'ils brûlent, on les soumet à un régime fade, partant indigeste, et on détermine aussi une diarrhée colliquative, tandis qu'un régime corsé la préviendrait. Nous renvoyons au " Traité du régime dans les maladies aiguës ".

(2) L'assertion de l'auteur est démentie par ce fait : que les seuls malades qui se trouvent bien des eaux minérales, sont ceux qui mangent. C'est même la seule qualité de ces eaux : de relever les fonctions nutritives. Nous ne parlons pas de la cu»e morale, des distractions, qui font une diversion salutaire à la visite journalière du médecin, ce triste pourvoyeur de la mort quand il ne comprend point son rôle. Il y a beaucoup de malades qu'on laisse mourir par excès de précautions.

qu'ils sont malades? Mais bien évidemment ils ne sont pas malades parce qu'ils sont faibles, par la raison que la faiblesse pathologique est l'eflet d'une condition organique qui reste toujours h préciser et qui, dans la généralité des cas, est à fond hypersthénique (1).

D'autre part, s'il est prouvé — ainsi que cela ne fait pas doute — que le principe de l'action dynamique du fer et du quinquina est hyposthénique , il y a également indication , dans la prescription du régime hygiénique coadjuvant, de le régler de manière qu'il n'aille pas à l'encontre de ce principe : Vis aucta forlior (2).

Pour le physiologiste, comme pour le clinicien, l'effet ultime de tout traitement — par cela même qu'il vise à détruire la condition pathologique — sera toujours le retour de la force fonctionnelle, temporairement enchaînée par la maladie. A ce titre, tout traitement, liijperstliénisaut ou lujpostliénisant, peut être , métaphoriquement parlant, qualifié lonhiuc, corroborant, reconstitutif, puisque son objet est toujours, en fin de compte, de ramener la santé, sans laquelle il n'y a ni lois, ni force, ni vigueur (5).

Mais s'il est constaté — ainsi que nous croyons l'avoir démontré — que les maladies régnantes , sous notre constitution médicale, ne diffèrent des maladies de la constitution précédente, que par une différence d'intensité dans les phénomènes, d'une même condition pathologique, fondamentale, il en découlerait cette conséquence : que le régime hygiénique et diététique institué de nos jours, est antiphysiologique, attendu qu'il est en opposition formelle avec les indications que comporte la nature du changement accompli dans le caractère dynamique de ces maladies (4).

(1) Il serait plus exact de dire " à forme hypersthénique ". Comment pourrait-ou admettre la force chez unindividu qui est rivé au lit? Mais ila la fièvre, il délire, il a des convidsions? Tout cela est si peu de la force, que les stimulants fout cesser ces symptômes; la preuve, le délire des ivrognes.

(2) En politique ou dit : u L'uniou fait la force "; mais il est plus exact de dire que le fort doit soutenir le faible. Ainsi il faut nourrir les malades tant ipie l'état de leur digestion le permet. Si les fébricitants doivent être tenus à la diète, c'est que chez eux les fonctions digestives sont toujours troublées; mais plus vite on dissipera ce trouble, plus vite on pourra les nourrir, c'est-à-dire jdus vite aussi la maladie se dissipera.

(3) Il faut retourner la proposition et dire : sans ton, sans force, sans vigueur, pas de sauté.

(4) C'est-à-dire que l'auteur affirme, d'une part, que les maladies régnantes sont devenues asthéniques par suite du changement survenu dans la constitution médicale, et, d'autre part, que la con-

Notre conclusion est donc : que le changement opéré, d'une époque à l'autre, dans la constitution médicale, au cours du siècle actuel, ayant porté sur une différence d'intensité dans les phénomènes d'une "même condition pathologique à fond liyperstkénique, comportait, non une révolution dans la méthode thérapeutique, mais une simple réforme dans les procédés d'une même méthode curative, Injpostliénisante en principe (1).

L'École contemporaine a commis, en procédant ainsi qu'elle l'a fait, une erreur de méthode dont l'histoire de la médecine offre de mémorables exemples. Il pouri-ait être opportun, au point de vue scientifique, de rechercher la cause de cette erreur, mais il pourrait paraître téméraire, au point de vue pratique, de vouloir en poursuivre les conséquences.

Enfin nous croyons que c'est bien à tort qu'on se complaît à faire aux générations actuelles une réputation de décadence physique, qui constituerait une véritable infirmité nationale, contrastant avec le bien-être de notre époque (2). Nous opinons , au contraire, que nos générations sont aussi valides que leurs aînées dans la carrière du siècle courant; que nous jouissons même d'une constitution physique et médicale plus avantageuse que la leur, puisqu'il est prouvé que le caractère dynamique des maladies régnantes, a réellement perdu de l'intensité qui lui était propre à

dition pathologique fondamentale de ces maladies étant la même que celles des maladies antérieures, il faut leur opposer le même traitement et le même régime. C'est là comme on voit, non un paralogisme, mais un illogisme,

(1) L'auteur confond toujours, la forme etle fonds et voit la maladie dans la réaction Tilale qu'elle ilctermine. Il est évident que l'économie devant employer toutes ses forces contre l'agent morbide, s'affaiblit, comme une place forteattaquée par l'ennemi. II faut donc hypersthéniser et non hyposthéniser le malade, le tonifier et non l'aSiiiblir. Sous ce rapport la dosimétrie a été une véritable révolution en thérapeutique, puisqu'elle nous a appris à tonifier sans affaiblir. En vain prétendrait-on que c'est une simple réforme pharmaceutique, puisque c'est surtout la jugulation des maladies qui la domine.

(2) L'auteur est par trop utopiste : l'accroissement de bien-être n'est que pour quelques-uns; et on peut dire que beaucoup sont appelés, et peu élus. L'égoisme est le chancre qui ronge la société actuelle, et le socialisme le fer rouge qu'on veut y opposer. Hélas! il ne fait qu'élargir et approfondir la plaie ! Quand onaura donné à la classe ouvrière le res parca domi du poëte, au lieu du res nulla. on pouiTa dire que le bien-être est général. Jusque-là, il y aura décadence physique croissante, qui fera l'opprobre de notre civilisation. Comment prétendre qu'il n'y a pas dégénérescence physique quand nous voyons les tailles rester au-dessous de la moyenne, au point qu'il a fallu l'aire descendre le métré de la milice ?

l'époque précédente. En propageant la croyance que nos générations sont déchues de leur constitution originelle , on cède à une tendance commune à toutes les époques — et cela est également vrai dans l'ordre moral qui porte à voir, dans les hommes et dans les choses, un mouvement rétrograde, alors que la civilisation est le plus manifestement en progrès. S'il en était d'ailleurs ainsi, si cette décadence était réelle, ce n'est plus le régime hygiénique qu'il y aurait à réformer, mais bien les mœurs mêmes du siècle.

Nous croyons plutôt à l'existence d'une loi élective, en vertu de laquelle les générations vont en s'améliorant, en se perfectionnant physiquement et moralement; et nous voudrions particulièrement être autorisé à le dire de la France, où, quoi que prétendent quelques esprits chagrins ou découragés, le fourreau et la lame sont encore en assez bon état. Nous n'entendons pas pour cela méconnaître l'effet physiologique et pathologique des perturbations sociales, mais simplement constater que les interrègnes passagers provoqués par les crises accidentelles, ne sauraient en rien changer le tempérament historique de la nation , ni modifier l'énergie vitale de la société (1).

L'on est donc conduit à se demander si les deux méthodes thérapeutiques rivales dont nous venons d'exposer et d'apprécier les procédés, tout en étant la conséquence d'un changement de la constitution médicale, ne seraient pas, quelque peu, l'effet de la mobilité de l'opinion. Nous pensons, tout au moins, pour notre part, que certaines exagérations dans les procédés de la méthode contemporaine expriment le besoin de réagir contre les excès de l'Lcole physiologique. A une théorie trop absolue on en a opposé une autre, également trop absolue. C'est moins une doctrine nouvelle qu'une protestation contre un état de choses abusif. Mais cette protestation elle-même n'a-t-elle pas manqué le but en le dépassant? Il fallait une réforme dans les procédés d'une méthode

(1) Mais il faut iiour cela, ainsi que l'a dit Hippoci-ate, des institutions vraiment républicaines, c'est-à-dire où tous puissent aspirer au même bien-être relatif et à la même dif^nité morale, et non l'exploitatiou de l'homme par l'homme.

et c'est une révolution qui s'est faite, accomplie dans la méthode elle-même. Or, un changement de méthode thérapeutique mérite la plus sérieuse attention. Voir professer sur les mêmes matières, à deux époques différentes et successives, des opinions en tout point opposées ou réputées contraires ; voir appliquer dans un art qui touche à la santé et à la vie des hommes, des principes contradictoires, ne saurait être chose indifférente. La dignité de la science, aussi bien que les intérêts de l'humanité, veulent qu'une semblable question ne soit pas ajournée, mais qu'elle reçoive d'î<r(/eHce une solution prompte et satisfaisante; aussi, très-pénétré de son importance, croyons-nous devoir en préciser les termes.

Cette question, par laquelle nous allons clore notre travail, peut se formuler ainsi : « La méthode appliquée dans l'étude des faits médicaux est-elle réellement scientifique? Question transcendante qui porte sur les principes constitutifs de la science elle-même, sous le véritable point de départ dans l'observation et l'appréciation des faits. Or, nous ne pensons pas être irrespectueux envers nos maîtres en déclarant que notre opinion est : que la médecine pèche en sa méthode d'observation par son point de départ même. Notre intention, tout au moins, est d'établir une entente sur cette question fondamentale, entente qui, une fois acquise, aura ce précieux avantage de la vérité démontrée, et de n'avoir plus à s'occuper des conséquences inhérentes.

La médecine, à l'exemple des autres sciences naturelles, a adopté les procédés de la méthode expérimentale dans l'observation et l'appréciation des faits ou phénomènes de sa compétence. Cette méthode part de l'hypothèse nécessaire de causes et de forces, par l'action desquelles on explique la production des phénomènes, et de l'admission des lois, c'est-à-dire de cette autre hypothèse naturelle et nécessaire : que chaque cause ou force manifeste, partout et toujours, son action par des effets parfaitement identiques. L'observation des phénomènes, la constatation des causes et de leurs lois, voilà l'objet de la science ou la science elle-même.

Toutes les sciences sont dynamistes et ne sauraient différer entre elles que par leur objet respectif; portant sur un autre genre de

phénomènes; présageant, par conséquent, l'intervention d'un autre genre de forces ou de lois. A ce titre, l'astronomie, la chimie, la physique, la biologie, constituent des sciences distinctes, parce que chacune d'elles prend pour point de départ, dans son observation et son appréciation, un autre genre de forces et de lois. Le point de départ de la biologie est dans l'hypothèse d'une force désignée sous le nom de vitalité, à laquelle elle rapporte la production des phénomènes organiques, et par l'action de laquelle elle les explique, les interprète scientifiquement, à quelque ordre qu'ils appartiennent, soit physiologiques, soit pathologiques, soit thérapeutiques. La détermination des lois régissant les phénomènes vitaux, quels qu'ils soient, voilà l'objet de la science médicale, comme l'application de ces lois à l'homme malade font l'objet de l'art médical.

Uirréductihilité des phénomènes physiologiques en phénomènes purement physico-chimiques , nécessite et légitime l'hypollièse de la vitalité. Les lois qui régissent les fonctions vivantes sont, effectivement, tout à fait différentes de celles qui président aux phénomènes de la matière inorganique; la différence est telle, que certaines forces chimico-physiques se taisent ou s'éclipsent en présence des forces vivantes. Mêlez de la paille et de l'eau, il en résultera un magma putride ; les mêmes éléments dans l'estomac du cheval donnent du sang, et de même qualité que celui que peuvent produire d'autres substances assimilables. La mécanique, la physique, la chimie, qu'ont-elles de commun, par exemple, avec le phénomène de l'absorption? Nous expliquent-elles l'innocuité de l'introduction du curare dans l'estomac et la faculté élective dévolue à la fonction de cet organe? Vous perforez promptement un estomac de cadavre en y appliquant une substance corrosive, et jamais elle ne le perforera sur un animal vivant. La température de l'homme est invariable, soit sous la zone torride, soit sous la zone glaciale, alors que le mercure bouillonne ou se congèle dans le thermomètre. Nos organes résistent à une chaleur de 100 à 120" c. du milieu ambiant, tandis que la vie devient incompatible avec le surcroît de quel-

ques degrés de notre chaleur intérieure morbidement affectée (1).

La vérité est que la physiologie expérimentale se montre impuissante, aussi bien pour produire que pour expliquer les phénomènes Aitaux par les lois de la mécanique, de la physique ou de la chimie ; qu'elle est obligée, de l'aveu des plus illustres de ses représentants, de reconnaître la différence essentielle, radicale, qui existe entre les lois des deux règnes organique et inorganique. L'hvpothèse de la vitalité comme détefminisme des phénomènes organiques, est absolument indispensable, alors qu'on veut décou- ATir leurs lois, remonter à leurs causes, et les voir, en quelque façon, dans le principe même d'où elles sortent. Cette hypothèse est scientifique, car elle est variable par l'observation et l'expérience ; elle constitue une vérité première qui s'impose nécessairement au biologiste dans l'interprétation des phénomènes physiologiques ; comme lliypothèse de la gravitation, s'impose au physicien astronome pour l'interprétation des phénomènes célestes.

Sans cette hypothèse pas de science médicale possible. Or, les médecins, généralement d'accord sur la nécessité de prendre la vitalité comme point de départ d'une interprétation des phénomènes physiologiques, ne le sont plus alors qu'il s'agit d'interpréter les phénomènes pathologiques ou thérapeutiques, attendu que perdant de vue leur point de départ : la vitalité, ils font intervenir les forces chimico-physiques pour expliquer les effets de la maladie ou ceux du remède. Nous citerons entre autres, par exemple, la célèbre théorie pathogénique et thérapeutique de la

(1) L'auteur exagère l'indépendance des tissus vivants vis-à-vis des causes physiques et chimiques. Si l'estomac empêche l'action de certains venins ou virus, c'est par l'effet neutralisant de ses sucs propres. Les poisons corrosifs brûlent la muqueuse, tout comme un tissu privé de vie. Si la température de l'homme est, en moyenne, de 37» c, cette moyenne dépend en partie du milieu ambiant. La résistance à une haute température provient de l'évaporation, fait tout à fait physique; quant à la fièvre, si elle est mortelle, c'est par l'abaissement de la vitalité et non par ces quelques degrés de calorique en plus ou moins. Au reste, la nature cherche à soustraire les individus à cette action déprédatrice de l'air : aux nègres elle donne une peau épaisse et un enduit noir, afin de diminuer réchauffement ou la carbonisation du sang; aux animaux elle donne une épaisse fourrure. Quantauxhommes de l'extrême Nord, ils y sont arrivés accidentellement, par suite de l'esprit d'aventure, et c'est à leur industrie plutôt qu'à leur instinct qu'ils doivent de se soustraire à la rigueur du climat. Il est vrai que le genre de nourriture y aide beaucoup. Ainsi les Groenlandais, les Esquimaux, se nourrissent presque exclusivement de chairs huileuses, afin de fournir une plus grande somme de calorique extrinsèque. Ce qui est constant, c'est la loi de résistance vitale, si bien indiquée par Hippocrate.

clilorosc, qui voit la maladie dans l'absence de fer et le remède dans la restitution de ce métal au sang. L'absence de fer physiologique est un fait important dans la chlorose, mais ce n'est pas la chlorose elle-même, c'est un de ses effets. Une altération qualitative ou quantitative des éléments constitutifs du sang, ne peut avoir sa source que dans une lésion des organes qui président à la sanguification et les fonctions élaboratrices et assimilatrices qui lui sont dévolues ; il faut donc remonter plus haut pour interpréter le phénomène, c'est-à-dire vers la vitalité. La restitution du fer en défaut est un effet secondaire de l'action dynamique exercée par le remède sur la sanguification. Ce n'est pas en restituant le fer en défaut que le médicament opère, mais en ramenant la fonction troublée à son rhythme physiologique; ce qui le prouve, c'est que le fer n'est pas indispensable pour la guérison des maladies chlorotiques. Assurément, nous n'entendons pas prétendre que les forces chimico-physiques n'interviennent pas dans les actes vitaux, mais bien que l'intervention de ces forces est dominée par un principe supérieur vers lequel il faut toujours remonter et d'où il faut partir pour interpréter les phénomènes dont l'organisme peut être le théâtre. C'est donc seulement en prenant le dynamisme vital pour point de départ qu'on peut réellement se rendre compte des phénomènes pathologiques et thérapeutiques. Cette voie d'interprétation a été depuis longtemps frayée par des investigateurs qui y ont fait les plus précieuses conquêtes : nous voulons mentionner ici les résultats remarquables fournis par les travaux des maîtres italiens, qui sont arrivés ainsi : à déterminer la loi des effets physiologiques et thérapeutiques des médicaments (jui a son principe dans l'action dynamique et élective; — à découvrir la loi de tolérance ou de capacité médicamenteuse de l'organisme malade, et qui n'est autre que l'application à la thérapeutique du principe général de l'équivalence des forces; — à introduire dans les observations et l'analyse des faits cliniques et anatomo-])alhologiques les procédés de la véritable philosophie inductive et expérimentale ; — à poser les bases d'une toxicologie rationnelle fondée sur l'action dynamique des poisons et des contre-poisons; —

enfin à établir une terminologie et une classification naturelle et scientifique des médicaments. Il résulte, entre autres, de ces travaux, cette double conséquence, que l'observation et l'expérience tendent journellement à confirmer : à savoir, d'une part, ainsi qu'Hippocrate l'avait déjà reconnu, que le plus grand nombre des maladies qui conduisent à la mort, mettent l'organisme dans une condition d'excès des forces vitales (hypersthénie), et, d'autre part, que l'immense généralité des médicaments agit positivement et directement en déprimant le rhythme des forces vitales ou organiques (byposthénie) (1).

C'est de ces principes, très-simples et démontrés par la vraie philosophie expérimentale, qu'est sortie la doctrine du contre-stimulisme, et c'est en suivant la même voie que, de nos jours, les médecins éminents de l'École française, devançant, en quelque sorte, leur époque dans la méthode d'observation et d'expérimentation, ont fait faire de réels progrès dans la connaissance des médicaments et sont également arrivés à des constatations confirmatives de cette doctrine du coutre-stimulisme qui, dans un temps qui ne saurait être lointain, est appelé à renouveler la face de l'art et de la science médicale (2).

Nous croyons donc pouvoir conclure que si la médecine renonçant à son procédé vicieux dans l'observation et l'appréciation des faits pathologiques et thérapeutiques, — veut bien prendre franchement le vitalisme pour point de départ, elle acquerra l'impersonnalité(5) des autres sciences expérimentales, dont elle emprunte

(1) L"auteur coofond toujours la réaction vitale avec sthénie, comme si une dépense quelconque laissait un individu plus riclie. C'est cette erreur qui a fait tant de mal à l'humanité par la soustraction de ses forces au malade alors qu'elles lui sont le plus nécessaires, ou en l'abandonnani aux seuls efforts de la nature. Voyez le typhisé : s'il sort de la lutte, c'est épuisé, exténué ; souvent au prix de ses facultés intellectuelles. Les médecins expectants se donnent beau jeu en disant que c'est la marche naturelle de la maladie ; ce sont eux qui ont laissé les désordres se produire en ne faisant rien ou du moins rien d'efficace, rien qui mérite le nom de thérapeutique, car la diététique est impuissante dans ce cas.

(2) L'auteur se trompe : le contro-stimulisme qui n'était qu'un mode de débilitation de l'organisme malade, est mort de ses propres excès, tout comme le phjsiologlsme, qui avait aussi la prétention de s'appuyer sur la physiologie.

(3) C'est précisément là ce qua les prétendus princes de la science ne veulent pas, c'est-à-dire qu'elle soit impersonnelle. Il leur faut le ilagister dixit; le :

Sic volo sic jubeo sitpro ratione roîuntas.

exaclemeul les procédés et de la prééminence descjuelies elle n'aura plus à être follement jalouse. Fonder son ctiolocjie, sa symptomatologie, sa pathologie et sa thérapeutique sur les principes du dynamisme vilalistc, voilà l'avenir de la médecine et de sa constitution scientifique.

LA DOSIMÉTIUE

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