‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 112 sur 130 · POUR SERVIR A · texte numérisé non relu

POUR SERVIR A

Quoique l'École ait fait à la dosimétrie la guerre du silence, quelques voix autorisées se sont fait entendre pour la soustraire à ce qu'on croyait sa mort prématurée. Ce sont ces voix que nous allons faire entendre ici, afin qu'on ne rende point toute une génération responsable d'un obstacle au progrès.

OPINION DE FEU LE DOCTEUR MARCHAL (dE CALVi).

M. le professeur Burggraeve a adressé à tous les journaux de médecine, une note sur la médecine dosimétrique et en a demandé la discussion. Si, en effet, il y a lieu de discuter sur quelques points, l'ensemble des vues mérite toute l'attention des praticiens. Il ne faut pas s'arrêter au mot " Médecine dosimétrique ", qui pourrait donner l'idée d'une réforme générale. Il y a eu, par exemple, une Médecine physiologique ; il y a une méthode dosimétrique. Ainsi ramenée à ses proportions, l'œuvre du professeur de Gand reste considérable !

En attendant la discussion, j'ai demandé des faits, des observations à M. Burggraeve, qui a bien voulu me les promettre.

Malheureusement, le docteur Marchai (de Calvi) est mort peu de temps après avoir fait paraître cette note dans son journal la Tribune médicale, il n'a donc pu prendre connaissance des faits qui ont afflué de toutes parts pour affirmer la vitalité de la doctrine nouvelle ; sans cela, nous eussions trouvé en lui un juge équitable et non un opposant systématique, comme l'ont été et sont encore tant de journalistes qui ne comprennent point qu'ils ont un devoir à remplir : celui d'éclairer le public.

Cette note prouve en effet que nous n'avons pas reculé devant la publicité. Mais le silence de la presse nous a été plutôt favorable, d'après le proverbe : ^ Qui ne dit rien consent. » Quant à l'École, elle avait un motif de se taire : on ne contribue point à sa propre démolition.

Paris, 24 avril 1872.

Mon cher et très-estime Confrère,

J'ai reçu votre très-intéressant opuscule sur la dosimétrie des médicaments. Je suis tout à fait sympathique à vos idées et ne perdrai aucune occasion de les faire valoir.

Jules Guérdj.

On voit que le savant publiciste — qui a été pour la médecine ce que Emile de Girardin a été pour la politique — a parfaitement saisi le sens de la réforme, c'est-à-dire la « dosimétrie des médicaments ^. On a critiqué cette dénomination croyant y voir une médecine nouvelle. Mais on ne change pas la nature, par conséquent la médecine, qui n'est que l'application de ses lois au traitement des maladies, c'est-à-dire la restitution de l'état normal. Il faut donc voir uniquement dans le mot « dosimétrie r> l'adaptation exacte, adéquate du ou des médicaments à l'état symptomatique ou souffrances des malades.

LA MÉDECINE DOSOIÊTRIQUE ET l'aLLOPATHIE.

Une solennité scientifique qui ne saurait passer inaperçue vient d'avoir lieu à Gand. M. le professeur Burggraeve, déférant à la demande de ses anciens élèves, vient d'exposer, dans une réuuion qui comptait un grand nombre d'étudiants en médecine et de praticiens, les bases fondamentales de la réforme à laquelle il a donné le nom de « médecine dosùnétrique » .

Le mot i. dosimétrie " dit ce que la nouvelle méthode veut, c'est-à-dire la juste appropriation du remède au malade et à la maladie : ni plus ni moins; mais toujours selon le vœu et le sens de la nature. L'ordre matériel, pas plus que l'ordre social, n'a besoin de secousses violentes pour guérir. Quand ce principe sera bien compris, U y aura moins le maladies — et moins de révolutions.

La médecine dosimétrique est donc, non-seulement un système médical, mais aussi une réforme pharmaceutique. Aux yeux de tout homme clairvoyant, la nécessité de cette réforme était évidente. Il y a longtemps que les pauvres malades se plaignent — et non sans raison — de nos drogues nauséabondes et de nos sirops écœurants. Nous avons tous pu constater avec quelle répugance certaines natures acceptent nos remèdes, et l'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons souvent de médicamenter déjeunes enfants. Pour beaucoup de malades, le remède ajoute aux ennuis delamaladie. Le succès de l'homœopathie dans les classes élevées, tient.

pour une grande part, à sa médication si simple, si facile, mais nous ajouterons si illusoire.

A diverses reprises, la médecine allopathique s'est efforcée de déguiser sous des enveloppes gélatineuses, la mauvaise saveur de ses médicaments; mais tous ne se prêtent pas à cet enveloppement, dont les estomacs délicats sont, du reste, incommodés. Cette tentative qui ne sut ni se généraliser, ni s'établir sérieusement, prouve du moins que M. Burggraeve ne s'est pas seul aperçu de la forme désagréable sous laquelle nous employons nos remèdes. Si la répugnance qu'inspirent les médicaments ne constitue pour quelques personnes qu'une question de dégoût, il n'en sera pas de même de cette autre accusation lancée par M. Burggraeve et qui a atteint au cœur notre système thérapeutique. C'est l'incertitude dans laquelle nous nous trouvons souvent de l'action de nos remèdes, de la dose qu'en ingère le malade dans un temps donné et des effets qui vont se produire. Je m'explique :

Le règne végétal fournit à la thérapeutique ses armes les plus puissantes; mais, selon leur fraîcheur ou leur ancienneté, le lieu et le temps où on les a récoltées, suivant le mode de préparation auquel on les soumet, les plantes vous donnent des produits diU'érents en quantité ou qualité et en énergie. Les infusions, décoctions, extraits, teintures éthérées ou alcooliques qui renferment les principes actifs simples (jamais mot ne fut plus mal choisi, puisque les plantes sont des composés fort complexes), auront donc une puissance et produiront à l'insu du médecin des eft'ets fort différents et souvent dangereux.

Je disais que le praticien ignore la dose du principe actif ingérée par le malade en un temps donné. En effet, que le médicament soit administré par gouttes ou cuillerées, chaque goutte, chaque cuillerée renferme une quantité variable du remède. " Se ressembler comme deux gouttes d'eau » est un dicton plus populaire que vrai; il n'y a rien qui, sous le rapport du volume et du poids, ressemble moins à une goutte d'eau qu'une autre goutte d'eau. Les gouttes d'un même liquide varient selon la forme de la bouteille, sa grandeur, la forme du goulot et de son rebord, la quantité du liquide contenu dans la fiole et la rapidité avec laquelle on laisse tomber les gouttes. Vingt gouttes versées dans les conditions variables que je viens d'indiquer, donnent un poids oscillant entre 1 gramme 65 centigrammes et 3 grammes et 40 centigrammes. C'est-à-dire que dans les circonstances données, le malade ingurgite trois fois plus de médicaments que son médecin n'avait l'intention de lui faire prendre.

Si on donne le remède par cuillerées, autre incertitude : tantôt le principe actif se trouve précipité par son poids au fond do la 1)0utcille, tantôt, au contraire, il surnage sur le liquide qui lui sert de véhicule; d'autre fois, enfin, il est complètement détruit par fermentation ou décomposition directe. Il faudrait, pour être sûr du résultat, que la bouteille fût renouvelée chaque jour et que le mélange fût fait do telle sorte qu'il n'y entrât point de principes incompatibles ; or, c'est ce qui n'est pas possible avec les préparations complexes de la poly pharmacie. Enfin, la capacité do la cuiller n'est évidemment pas toujours la même.

Je disais qu'il existe parfois une certaine incertitude dans l'esprit du médecin sur l'efTot que va produire le remède prescrit par lui : cela tient, pour une largo part, à la complexité dos agents employés on allopathie. Un grand nombre de substances renferment des principes multiples dont les effets se contrarient mutuellement.

Ainsi, pour prendre un exemple frappant, nous citerons l'opium dont l'usage est journalier; or, l'opium est une substance des plus complexes; différents principes d'une rare activité le constituent; mais loin d'agir dans un but commun, ces principes produisent des effets opposés : tandis que les uns calment, les autres convulsivent.

Ce qui est vrai pour l'opium, l'est également pour une foule d'autres substances dont la complexité amène le résultat que le praticien n'attendait ni ne se cherchait.

La réforme du professeur de Gand repose donc sur les bases les plus rationnelles. La médecine dosimétrique n'emploie que les principes actifs des médicaments ; elle n'a d'autres agents que les alcaloïdes, les sels, et tous ces produits dont la chimie nous a dotés depuis quelques années. En n'usant que de principes fixes, constants et chimiquement purs, le praticien n'éprouve aucune incertitude sur la puissance du médicament qu'il administre ; tandis qu'une foule de circonstances impriment une énergie variable aux infusions, décoctions, extraits, teintures, les médicaments dosimétriques restent toujours identiques et inaltérables ; avec eux plus d'effets complexes qui troublent la marche de la médication ; plus de ces antagonismes d'action qui déroutent les praticiens : tout est prévu, nettement défini (1).

Les médicaments dosimétriques s'administrent sous forme de granules dont l'ingestion est des plus faciles ; une légère couche de sucre les enrobe et préserve la bouche de la mauvaise saveur du médicament. Quel contraste avec les pilules massives et les bols de la vieille pharmacie ! Les personnes les plus délicates prennent sans répugnance les granules que leur petit volume permet même de dérober à l'attention la plus défiante des jeunes enfants. — Chaque granule renfermant une partie bien définie du médicament, le médecin sait toujours quelle dose du principe actif le malade ingère en un temps donné.

Ainsi administré, le médicament ne fatigue jamais l'estomac, comme le font les masses complexes dans lesquelles se perd le principe actif.

Les médicaments dosimétriques n'étant point encombrants, n'exigeant aucune prépai'ation ou manipulation de la part du médecin, sont appelés à rendre de grands services à la médecine militaire navale et aux praticiens des campagnes.

La médecine dosimétrique a déjà franchi la phase de l'expérimentation ; ce n'est plus une nouvelle venue, car depuis plusieurs années un grand nombre de médecins en Belgique, en France et dans les autres pays en ont fait des applications, avec un succès qui permet d'espérer la généralisation de cette méthode thérapeutique.

(1) Parce que, en dosimétiie, on donue souvent plusieui'S substances à la fois, on a prétendu que c'était de la polypharmacie : mais ce nom ne s'adresse évidemment qu'aux mélanges indigestes de l'allopathie et d'où sont nés les fameux principes " Contraria contrariis - et Similia similibus ». Quand le médecin prescrit tine préparation d'opium pour calmer la douleur, il ne se doute pas qu'il peut produire, du même coup, des convulsions. Eu dosimétrie, les indications distinctes sont remplies par des agents différents : ainsi on donnera des granules de morphine et des granules d'hjosciamine contre le spasme douloureux — la strychnine et l'hyosciamine dans le spasme compliqué de paralysie, comme dans certaines dysphagies, gastralgies, cystalgies — nous en avons cité des faits dans le courant de ce livre. Les agents étant simples ne se désagrègent ni se neutralisent mutuellement ; chacun a et conserve son action propre. C'est ce que les allopathes ont de la peine à comprendre.

Nous appelons l'attention de nos confrères sur les préparations nouvelles dont la préparation de M. Burggraeve a enrichi notre arsenal thérapeutique et parmi lesquelles nous citerons l'arséniate de strychnine, la caféine, la quassine, etc. Toutes ces substances qui ne sont pas nouvelles, mais qui étaient restées dans l'oubli, ont été minutieusement expérimentées au grand hôpital civil de Gand et ont fait l'objet d'observations sérieuses dans le Guide de médecine dosimétrique. Ces observations sont contenues dans le Répertoire universel de médecine dosimétrique (qui compte déjà dix années d'existence), se publiant avec la collaboration libre de tous les médecins. C'est une espèce d'Académie à laquelle il est loisible à tout praticien de s'affilier et où il a pour rapporteur le corps médical tout entier.

Nous avons la conviction que l'honorable professeur ne sera pas seul à l'œuvre et que chacun de nous voudra lui venir en aide dans une tâche qui incombe à tous, puisqu'il s'agit des progrès de notre noble profession.

D'' De Neffe, Professeur à l'université de Gand.

La dosimétrie n'est pas seulement une réforme pharmaceutique, mais c'est comme méthode thérapeutique qu'elle est une œuvre considérable , ainsi que l'a dit feu le docteur Marchai (de Calvi), p-iisqu'elle repose sur le principe de la jugulation des maladies à leur début. Elle supprime ainsi du coup toute la pathologie ou ce que le docteur Amédée Latour a nommé : « une inutile histoire naturelle « . Est-ce pour cela que beaucoup de médecins, mais surtout de pharmaciens lui sont contraires ? Le supposer serait une injure ; aussi nous n'insisterons pas sur ce côté professionnel de la question. La dosimétrie est dans la nécessité des choses, et aucune puissance au monde ne saurait s'y opposer.

LE BURGGRAEVISME.

Sous ce titre, un peu ironique, le docteur Chavée, de Bi'uxelles, a publié dans le journal belge le Scalj)el, l'article suivant :

Le docteur Burggraeve, professeur émérite de l'université de Gand, chirurgien principal de l'hôpital civil de la même ville, pose actuellement en réformateur de l'art de guérir. Pour un homme de conviction il est beau d'oser beaucoup, mais permis à chacun de juger un novateur. La « médecine dosimétrique » d'abord appelée « médecine atomistique » s'appellerait peut-être mieux encore " dosimétrie médicale ».

La prétendue nouvelle médecine de M. Burggraeve réalise un progrès dans l'administration des médicaments, surtout pour le traitement dos maladies aiguës. Il y a dans la pratique professionnelle une grande lacune, qui sera comblée tôt ou

tard : c'est le mode vulgarisable d'administrer, à doses italiennes et sans danger, les médicaments actifs. La médecine dosimétrique pourrait bien mettre la science sur la voie de cette conquête. La jugulation des pyrexies aiguës à laquelle la plupart — j'ose le dire — des praticiens ne croient guère, ne doit pas rester à toujours le partage des médecins supérieurs. Grâce à la dosimétrie par la granulation des médicaments simples, une foule de confrères — et moi tout le premier — pourront désormais se permettre, contre un rhumatisme articulaire aigu des hardiesses salutaires, dont nous sommes incapables sans elle.

M. Burggraeve me parait à la hauteur de son époque; il a l'intelligence des besoins du jour, celle-là qui, en 1870. me faisait dire : que les doses élevées en thérapeutique sont le produit de l'expérimentation moderne. Il a de plus le sentiment de la puissance curative par la modification de l'intoxication médicamenteuse, caractéristique du génie de notre temps. Sa doctrine, rappelant, dans l'expression, l'École hahnemannienne, dans l'application, l'École hippocratique, passe, en sifflant, à côté de l'École organicienne, et bien qu'U puisse être trouvé moins vrai qu'orthodoxe, son vitalisme dynamique me semble à l'abri d'attaque sérieuse.

Supposé donc que je puisse défendre le Burgrjraevisme , je ne répugnerais pas à le faire sur le terrain de la clinique, jusques et y compris le •< coup sur coup » ; le Hahnemannisme jamais.

Le docteur Burggrave, je l'espère avec lui, n'aura pas vécu sans avoir bien mérité de la médecine, autant que de la chirurgie. "

D"- Chavée (1871).

L'article qu'on vient de lire a été pour nous une espérance et un encouragement. Les hommes qui osent — non - poser -^ mais se poser — ce qui n'est pas la même chose — ces novateurs courent un grave danger. Bien volontiers nous passons condamnation sur notre - prétendue médecine nouvelle » . Nous croyons à l'immuabilité de la médecine, comme à ceUe delà nature. Les systèmes se succèdent; seul, le vitalisme d'Hippocrate reste debout et sera tel tant qu'il y aura une harmonie universelle, c'est-à-dire la nature.

L'auteur de l'article est allé au fond de la méthode dosimétrique quand il parle de la jugulation des pyrexies. Alors ou pourra passer " en sifflant n à côté de l'École, organicienne.

Nous acceptons volontiers l'augure par lequel le docteur Chavée a terminé son article, non pour nous, mais pour notre noble profession à laquelle nous avons voué notre existence.

LA METHODE DOSIMETRIQUE.

Parmi les sciences dont l'avancement tend à combattre les imperfections ou les infirmités de la nature humaine, la médecine tient le premier rang ; si bien que

chacun de ses progrès intéresse au plus haut point la société entière. Aussi toute innovation médicale, quelque dépourvue de mérite scientifique qu'elle puisse être, a-t-elle rapidement franchi les limites des assemblées académiques et éveillé fortement l'attention publique , quitte aux novateurs à tomber dans le discrédit et l'oubli lorsque — ce qui arrive trop souvent — la science ou la conscience leur font défaut.

C'est que, malgré ce qu'en ont dit les ignorants ou les sceptiques (moins nombreux), la médecine repose, comme toutes les sciences, sur des données positives. Tout progrès — outre la bonne foi admise de l'auteur — doit recevoir la consécration des lois scientifiques et n'être, en somme, que l'application des lois de l'art de guérir. Ce sont ces principes qui servent de base, de critérium à la thérapeutique dite " dosimétrique », et qui est basée essentiellement sur l'emploi, à doses rigoureusement exactes et progressives' dos alcaloïdes et des poisons même les plus violents après une étude préalable de leurs propriétés et de leurs effets physiologiques.

Certes, depuis quelques années, on se servait en médecine de l'arsenic, de la digitaline, de la vératrine et de quelques autres alcaloïdes ; mais d'une façon trèstimide et dans des cas relativement rares. La méthode dosimétrique aura pour effet de vulgariser l'usage de ces médicaments héroïques, d'en tiinltiplier le nombre et d'en étendre indéfiniment les indications à la généralité des maladies internes.

Le mot • poison " ne doit pas efl'rayer ; le même mot en grec, signifiait également " médicament", et malgré cela, depuis lors, les formulaires thérapeutiques n'étaient remplis que de recettes banales de substances inertes.

La thérapeutique dosimétrique a pour fondement les lois de la physiologie expérimentale ; avec un tel guide on ne saurait faillir ; tout progrès inspiré d'elle est fécond et une arme de plus contre la maladie.

Notre but étant de faire ressortir l'importance de la méthode dosimétrique, nous avons à faire comprendre que son auteur ne s'est pas borné à introduire en médecine, un ou plusieurs médicaments nouveaux, et peu connus ; c'est un corps do doctrine qu'il aura contribué, pour sa part, à élever.

La forme de granules donnée aux agents actifs dosimétriques, a eu pour but de permettre un dosage rigoureux et progressif, afin d'arriver, sans danger, aux doses indispensables à la totalité d'action des médicaments.

Nous estimons qu'elle sera également appréciée des malades à qui les médicaments ordinaires agréent médiocrement. Mais que ce mot « granule " ne tende pas à établir la moindre analogie avec les globules homœopathiques : il n'y pas ici la moindre similitude avec les infiniment petits ou le néant des agents homœopatliiques : c'en est absolument l'opposé. Il est impossible au raisonnement do concevoir la présence d'une matière agissante dans la vingtième ou la quarantième dilution de l'homœopathie ; au contraire, les médicaments dosimétriques représentent le principe essentiellement actif des substances composées, à tel degré, qu'un kilogramme, par exemple, do racine d'aconit ne donne qu'une quantité variable de quarante à soixante centigrammes de principe actif ou d'aconitine, seule employée en dosimétrie. De même une substance usuelle en économie domestique, le café, donnera à la dosimétrie un principe actif, la •• caféine •>, qui est également un puissant agent thérapeutique.

On en doit dire autant de la plupart des substances de la matière médicale, dont les effets peu appréciables ou variables, se soumettent difficilement à l'analyse. Vient-on, au contraire, à isoler leur principe essentiel, actif, l'énergie de ce dernier est souvent fort grande ; ses effets peuvent être étudiés avec plus de précision ; ses doses actives mesurées avec certitude, peuvent être portées à leur maximum d'effet utile. On ne fera plus alors de l'empirisme, et la thérapeutique deviendra ce qu'elle doit être : une science positive et non l'art livré, comme tel, aux inspirations plus ou moins raisonnées et trop souvent timides.

La thérapeutique classique a beaucoup des allures de l'empirisme; elle prescrit des médicaments composés et même souvent associés entre eux ; si l'un n'agit pas, l'autre agira. Déjà l'étude d'un seul médicament composé est pleine d'obscurité : ou il ne contient aucun principe bien actif — ce qui est trop souvent le cas — ou il en renferme plusieurs différents, se combattant ou se détruisant : par exemple, l'opium. On comprend de quelle utilité indispensable est l'étude de la prescription de chacun de ces principes isolément. C'est ce que fait la dosimétrie : après avoir pris dans leur pureté chacun de ces principes, elle en note les effets et les doses nécessaires à leur action pour arriver progressivement au maximum de leurs effets utiles.

D"^ Saison (Paris, 1871).

Ce que notre confrère vient d'exposer avec tant d'à-propos, il y a des années que M. Debout le prêchait avec l'autorité de sa position et de ses études spéciales. Ainsi il a déclaré que le plus grand nombre des extraits usités en allopathie, sont inertes. Il en est de même de beaucoup de teintures ou alcoolatures. Cela tient aux plantes qui ont servi à leur confection, au sol où elles sont venues, à l'époque où elles ont été récoltées. Sans parler de l'aconit, de la digitale, si variables dans leurs effets, nous citerons la colchique, dite automnale, parce que c'est à cette époque de l'année qu'elle fleurit ; or, le bulbe, quand il a porté ses feuilles et ses fleurs, perd toutes ses qualités actives. C'est donc en mars et non en octobre que ses bulbes doivent être récoltés ; mais quelles sont les garanties que le commerce de la droguerie nous présente à cet effet? Avec la colchicine, l'incertitude n'est plus permise. Le principe curatif, débarrassé des principes acres, porte directement son action sur les organes de l'uropoièse. On pourrait en dire autant de toutes les plantes à alcaloïdes ou principes extractiformes. Les allopathes reprochent aux homœopathes l'inanité de leurs doses, mais on pourrait leur retourner le même argument. M. le docteur Saison cite l'exemple de l'aconit qui, pour 1 kilogramme, ne donne qu'une quantité variable de 40 à 60 centigrammes d'aconitine. Quand, ensuite, de ce kilogramme de feuilles — qui souvent ont vieilli dans les tii-oirs de l'officine, on prend 20 ou 30 grammes pour en faire une infusion secundum artem — qu'on nous dise combien il peut y avoir là dedans d'aconitine. Bien habile serait le chimiste qui pourrait le déter-

miner, nous no disons pas quantitativement, mais qualitativement. Et cependant c'est ainsi qu'on procède chaque jour; il semblerait, la prescription faite, que toute responsabilité cesse pour le médecin. Les allopathes sont plus homœopathes qu'ils ne le croient (1). Leur prétendue méthode' curative ou perturbatrice ne consiste donc que dans les surcharges ou indigestions produites par les drogues composées; et les homœopathes ont eu grandement raison de réagir contre cette manière de faire. Broussais l'a tenté également avec sa médecine dite physiologique ; mais, en tant qu'abstention de tout médicament actif, les deux méthodes se valent et sont tombées également dans le vide.

En ce qui concerne les médicaments dosimétriques, leurs caractères ne sauraient être douteux, puisqu'ils sont, à la fois, subjectifs et objectifs. Les premiers se révèlent par leur action physiologique ou objective : ainsi l'hyosciamine, l'atropine, font cesser les spasmes; la morphine calme la douleur, la digitaline modère les mouvements du cœur, la colchicine provoque la diurèse, etc., etc. Il faut souvent combiner ces médicaments pour rétablir l'ordre physiologique : par exemple, on donne ensemble la strychnine et l'hyosciamine dans la dysphagie, la clysurie, etc. Les caractères objectifs se reconnaissent simplement au goût, à l'odorat : par exemple, l'iodoforme à son odeur pénétrante, etc.

Constater la réalité des médicaments dosimétriques est donc chose facile au médecin, qui n'est plus ainsi à la merci des fraudes du commerce de la droguerie. Il peut faire, sans danger, des expériences sur luimême.

Un académicien de l'antiquité voulant prouver à ses collègues le mouvement, tira de dessous sa robe un coq qu'il jeta au milieu du docte aréopage. Le volatile se mit à voleter et mettre le désordre sur les bancs ; ce qui coupa court à la discussion. Il faudrait en faire autant dans nos académies, où l'on discute à perte de vue des choses qu'il serait plus simple d'expérimenter.

(I) Il peut arriver qu'on tombe sur une plante vireuse et qu'on produise ainsi unempoisouuementsans le savoir. Ainsi ayant dû ordonner un lavement belladone pour une constipation nerveuse opiniâtre, notre malade fut pris de délire, d'iiallucinations et d'horribles convulsions par un seul lavement fait avec une pincée de feuilles de belladone. — On a vu des malades atteints do maladie organique du cœur, être pris de syncope mortelle par l'ingestion d'une cuillerée d'infusion ou d'alcoolature de digitale. Nous preuons c'naque soir 4 granules d'arséniate de strychnine, autant de digitaline et autant d'aconitiue (au 1/2 milligramme), eh bien! nous n'oserions ingurgiter l'équivalent de noiï voraique, de digitale et d'aconit, dans la crainte d'être empoisonné. Les allopathes, quand ils nous jettent à la tête de faire usage de poisons, se mettent donc le doigt dans l'œil. Aussi nous déclarons que jamais potion alloiiatUique n'approchera de nos lèvres.

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