‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 15 sur 130 · QUATRIEME FAIT · texte numérisé non relu

QUATRIEME FAIT

Jiigulation de la méningite infantile [hydrocéphalie aiguë).

L'enfant Dangin (rue de Charenton, 148), âgé de 6 mois, allaité par sa mère, est amené à ma consultation le 16 décembre 1876. 11 était souffrant depuis quelques jours déjà, ne dormait presque plus, vomissait fréquemment et portait la tête inclinée en arrière. Il n'avait pas encore eu de convulsions, mais ses pupilles étaient dilatées. Il y avait du strabisme.

Je diagnostiquai une méningite. L'enfant ne toussait pas ; je promis à la mère d'aller voir tous les joui's son enfant chez elle. En attendant, je prescrivis un léger badigeonnage de la tête avec la teinture d'iode morphinée, et 10 centigrammes de calomel en quatre doses.

Quelques jours avant, j'avais reçu de M. Chanteaud un petit échantillon de bromhydrate de morphine (50 centigrammes environ) que je lui avais demandé de faire fabriquer pour essayer dans le premier cas de

méningite infantile que je rencontrerais. L'occasion était toute trouvée, je la saisis.

A ma visite du lendemain, je trouvais tous les symptômes de la veille accrus. Je prescrivis alors une dose relativement forte du médicament, c'est-à-dire, 7 à 8 milligrammes, mélangés à 20 grammes de sirop de sucre, qui furent administrés en trois fois , d'heure en heure. L'enfant dormit pendant quatorze heures consécutives. Quand il se réveilla, il prit le sein avec avidité , n'eut pas de vomissements et s'endormit encore paisiblement pendant deux heures.

Je continuai ainsi pendant quelques jours, mais je diminuai peu à peu la dose de bromhydrate de morphine ; et comme je remarquais tous les deux jours une intermittence marquée, je joignis à ma solution, 5 centigrammes de bromhydrate de quinine.

Pendant ce temps, pour combattre la constipation, j'ordonnais, tous les jours, du calomel, ou des lavements au miel de mercuriale. Je dois dire que jusque vers le 10 janvier, la maladie a suivi la marche habituelle, en parcourant ses phases avec une lenteur inusitée ; mais il n'y a eu que deux fois des convulsions, trois fois seulement des vomissements. La contraction des muscles de la nuque était toujours prononcée.

J'étais secondé par une mère intelligente qui partageait ma confiance dans le nouveau médicament. Autant pour combattre la constipation, que pour conjurer le spasme, j'eus alors l'idée d'associer l'hyosciamine à ma médication. J'ordonnai donc :

Bromhydrate de morphine. . . 0,01 centigramme.

Id. de quiuine .... 0,05 id.

Hyosciamine 0,001 milligramme.

Sirop de sucre 20 grammes.

En trois doses, une par jour.

Il y a eu un jour de repos dans les quatre jours.

Depuis lors, l'amélioration est remarquable. Aujourd'hui l'enfant paraît guéri. Je l'ai revu, il est maigri, mais il dort bien, prend régulièrement le sein avec appétit, va régulièrement à la garde-robe, et s'il n'y avait pas une tendance à pleurer plus que d'habitude, il ne donnerait lieu à aucune inquiétude. J'oubliais de mentionner un accident qui a bouleversé un moment toutes mes espérances de guérison : l'enfant a eu une éruption de rougeole, dans la deuxième semaine de février. Cette éruption n'a duré qu'un jour. J'ai tâché de la rappeler à deux reprises, par des bains siuapisés. Pendant ce temps, l'enfant a toussé, mais rien de fâcheux n'est survenu par le fait de cette éruption incomplète.

sinon une plus grande agitation et de la toux, pendant dix-sept jours. Autre circonstance : presque de suite après la rougeole, l'enfant a percé une dent incisive inférieure.

D'' Andrieu (Paris).

Réflexions. — Parmi les maladies qui déciment les enfants, une des plus redoutables est sans doute la méningite cérébrale, non-seulement à cause de sa fréquence, mais encore par sa marche insidieuse.

Le symptôme qui domine presque toujours la scène pathologique et la précède souvent de quelques semaines , sans autre trouble apparent , c'est l'insomnie. Défions-nous de l'enfant, quel qu'il soit, qui ne dort pas suffisamment pour son âge : il est exposé, inévitablement, à des accidents nerveux.

Dans la méningite, c'est surtout la douleur qui empêche l'enfant de dormir et qui lui arrache des cris. Et un auteur a dit, avec raison : ~ La douleur est fille et mère de l'inflammation. " Le bromhydrate de morphine calme la douleur et amène ainsi le sommeil qui est réparateur et salutaire dans ces cas ; sous l'influence du médicament il se fait une détente générale, qu'on attend vainement d'une crise spontanée. Hippocrate a dit : Quo tendit natura eo ducenda. C'est ce que fait, dans la méningite, le bromhydrate de morphine. Il faut également combattre les accès fébriles par le bromhydrate de quinine. Or, ce serait mal comprendre l'hippocratisme, que de prétendre, avec les homœopathes, qu'il faut provoquer ces fièvres d'accès. Il faut, au contraire, les rompre. 11 est vrai qu'avec l'homœopathie il y a peu d'inconvénients.

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