‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 17 sur 130 · SIXIEME FAIT · texte numérisé non relu

SIXIEME FAIT

Fièvre typhoïde foudroyante.

G..., 20 ans. — Embarras gastrique, pouls faible, pâleur de la face. —

Traitement : Eméto-cathartique, puis, sel de sedlitz, quassia amara.vin de quinquina.

Après quatre jours de ce traitement, le malade se trouva bien, se leva, et l'appétit revenait.

Deux jours après, on revint me chercher précipitamment. Je trouvai le malade dans l'état suivant : prostration, pouls de 'JO à 100, sans ressort; respiration courte, difficile ; matité complète de tout le poumon droit; pas de bruit respiratoire; un crachat avec un filet de sang.

Je diagnostiquai : congestion pulmonaire, pneumonie typhoïde probable.

Prescription : Aconitine et digitaline ; 2 granules ensemble, de quart d'heure en quart d'heure : 12 de chaque.

Le lendemain, comme les urines étaient peu abondantes et brunes, la digitaline fut alors continuée seule.

Le surlendemain, poumon décongestionné, murmure respiratoire ; en haut, râle crépitant sur une petite surface; crachats rares avec quelques filets de sang; ballonnement du ventre; douleur dans la fosse iliaque droite; fiè^TO typhoïde déclarée; quelques secousses dans les avant-bras; probablement commencement d'épanchement dans les ventricules du cerveau ; urines toujours brunes et rares.

Presanption : Digitaline, aconitine et hydro-ferro-cyanate de quinine dans les intervalles, c'est-à-dire alternativement de demi-heure en demi-heure ; lavements émollients ; compresses d'eau sédative sur le ventre ; sel de sedlitz.

Le lendemain, le malade mourut.

Ce cas est remarquable, non-seulement à cause de la rapidité des accidents, mais encore par sa marche insidieuse. J'aurais dû employer, dès le premier jour, l'arséniate de quinine.

D' DuGHENE, à Pavilly (Seine-Inférieure).

Réflexions. — Ce fait doit servir de leçon : c'est-à-dire de ne pas abandonner les fièvres typhoïdes à elles-mêmes. Voici ce que nous lisons dans le Compendium de médecine pratique de De la Berge, Monneret et Fleury, article Fièvre typhoïde : ^ Mort 2Mr le système nerveux. Nous rattachons à cette cause les morts inattendues et presque subites que l'on observe dans un petit nombre de cas, chez les malades parvenus à la fin du second ou du troisième septénaii'e, et où à l'autopsie on ne trouve pas de lésions capables d'expliquer la rapide et brusque terminaison du mal. Nous parlerons d'abord des cas qu'il nous a été donné d'observer, et dans lesquels les malades, après avoir présenté quelques symptômes prodromiques variables par leur durée, tombent rapidement dans une stupeur et une adyuamie profonde. r>

" Nous donnerions volontiers le nom de fièvre typhoïde foudroyante aux cas de ce genre, que l'on ne peut même comparer qu'au typhus, tant à cause de l'intensité des symptômes que de la promptitude avec laquelle survient la mort. C'est au milieu des épidémies que l'on observe ces fièvres. Dans ces cas, la maladie présente, dès le début, un haut degré de gravité ; les malades tombent promptement dans la stupeur et le coma. C'est à

grand'peine et par de vives stimulations qu'on parvient à les en retirer pour quelques instants. Les narines sont pulvérulentes, l'œil chassieux, la figure verdâtre, quelquefois anémiée, d'autres fois rouge; l'ouïe obtuse, il y a un météorisme léger ou profond, des selles involontaires ; la respiration est pénible, embarrassée : râles sonores ; quelquefois cependant la respiration est pure; le pouls dur et développé; d'autres fois petit, faible, fuyant sous le doigt, puis imperceptible. Le malade meurt au milieu des symptômes adynamiques. Souvent il est pris d'un délire tranquille, ou agité et bruyant; il cherche à sortir du lit, et on est contraint de le maintenir avec la camisole. On a observé en même temps des soubresauts des tendons, de la conti-acture des muscles du cou et du tronc ; et quelquefois aussi le sujet meurt au milieu d'une sorte d'attaque épileptiforme, comme nous en avons observé un cas. Le plus souvent il s'affaisse et succombe dans le coma. »

Tous ces symptômes se rapportent à la méningo-cérébrite, mais sont consécutifs à la fièvre d'invasion, qui est de nature miasmatique. Nous nous souvenons de l'épidémie qui a régné en 1826, en Hollande et en Belgique; tous les malades chez lesquels la fièvre n'a pu être coupée, ont succombé au milieu des convulsions ou dans le coma.

C'est donc un motif de plus d'exclure l'expectation. Après avoir lavé le canal intestinal par le Sedlitz Chanteaud, il faut donner le sulfate de strychnine et l'arséniate de quinine : 1 ou 2 granules de chaque toutes les demi-heures, dans l'intervalle des accès, et on y joindra l'aconitine pendant les accès mêmes.

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