‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 20 sur 130 · NEUVIEME FAIT · texte numérisé non relu

NEUVIEME FAIT

Jugulation de la pleurésie diaphragmatique.

Femme D..., 39 ans, d'un tempérament lymphatico-nerveux, mère de huit enfants, est atteinte d'une pleurésie diaphragmatique, survenue dix jours après ses couches, à la suite d'un travail forcé et d'un refroidissement. Frissons de début violents, suivis d'une forte réaction (39 1/2° c), douleur vive, pongitive, occupant l'hypocondre di'oit et irradiant à l'épigastre et au flanc gauche. La moindre pression à deux travers de doigt de la ligne blanche, à la hauteur de la dixième côte, arrache des cris à la malade. Le refoulement de l'hypocondre droit, de bas en haut, la pression dans la partie postérieure de l'intervalle intercostal, ainsi que dans l'intervalle des deux attaches du muscle sterno-cléido mastoïdien, produisent un effet non moins douloureux.

Indépendamment des douleurs provoquées, il s'en déclarait, à de courts intervalles, dans les endroits précités et jusque dans l'épaule droite, douleurs d'une violence extraordinaire et dont la malade demandait à grands cris d'être délivrée. En même temps, la respiration était haletante, précipitée, la toux sèche et continue, le pouls accéléré et concentré. De temps à autre, survenaient des nausées et des vomituritions ; la soif était ardente, l'écoulement lochial complètement supprimé, mais la sécrétion lactée continuait. Il y avait constipation et distension du ventre par les gaz et les matières fécales. Immédiatement après un lavage du canal intestinal par le Sedlitz Chanteaud (1), nous fîmes donner l'hyosciamine, la cicutine, l'hydro-ferro-cyanate de quinine, simultanément : 1 granule de chaque, tous les quarts d'heure ; un cataplasme chaud loco dolenli.

Deux heures après (il était alors huit heures du soir), nous allâmes

(1) Le lavage opère très-activement, le sel ne restant pas dans l'estomac, de sorte que iiresijue immédiatement après on peut donner les granules.

nous assurer du résultat de la médication. Dès les quatre ou cinq premières prises des granules, les élancements avaient beaucoup diminué d'intensité et de fréquence, et n'occupaient plus guère que le creux épigastrique. Nous crûmes prudent de faire espacer davantage la prise des granules (1 de chaque tous les heures), et recommandâmes de l'especter le sommeil s'il venait.

La nuit fut assez bonne ; il y eut, en plusieurs fois, environ deux heures de repos, dont la malade était tirée par les douleurs épigastriques, sinon légères, du moins fort supportables. Quatre granules de chaque espèce avaient été donnés dans le cours de la nuit.

A notre visite du matin, nous remarquâmes une mydriase assez prononcée, et la malade accusait des troubles visuels, en même temps qu'un peu d'ardeur à la gorge et de difficulté dans la déglutition.

Nous fîmes cesser les stupéfiants et prescrivîmes, pour lever la constipation qui avait persisté jusque-là, 200 grammes d'eau laxative de Vienne, qui amenèrent des selles fort copieuses et diminuèrent sensiblement, au dire de la malade, la détresse respiratoire.

La première partie de la nuit suivante fut passée dans un calme assez satisfaisant ; mais vers une ou deux heures du matin, les paroxismes douloureux reparurent avec leur violence première, au grand désespoir de la malade. Nous fûmes appelé vers sept heures. En présence de l'état fébrile, de la rougeur et du peu d'abondance des urines, nous associâmes à la cicutine, la digitaline, et pour obvier cette fois à la mydriase, nous donnâmes en sus l'iodhydrate de morphine. Ces trois alcaloïdes furent donnés 1 granule de chaque de quart d'heure en quart d'heure, jusqu'à ce qu'un amendement très-notable s'ensuivit. La malade prit ainsi jusqu'à 10 granules de chaque. A ce moment, elle transpira et sembla disposée au sommeil ; il survint, en effet, pour durer à peu près deux heures.

Dans l'après-dîner, on continua les granules d'heure en heure seulement, et nous fîmes pratiquer, du rachis à l'épigastre, en passant par l'hypocondre droit, un badigeonnage iodé, susceptible de produire une rapide vésication. (Nous préférons de beaucoup ce mode de révulsion au vésicatoire. Les malades en souffrent moins, le pansement est plus facile, et les effets sont plus certains à raison de la propriété résolutive qui existe en plus.)

La troisième nuit, la malade fut incomparablement plus (;alme ; il y eut, au maximum, quatre heures de sommeil paisible et réparateur; pendant la veille, on continua la médication, qui parvint, dès le quatrième jour, à éteindre les douleurs spontanées et à permettre une respiration plus lente et plus complète. Nous substituons dès lors aux granules

calmants, ceux d'ergotine et d'arséniate de quinine, dans le but d'exciter l'organe utérin et de ramener l'écoulement lochial. Ce jour-là, l'appétit se réveilla ; le sommeil revint naturellement et la convalescence fut ainsi assurée.

Pendant le cours de cette dernière, je fis prendre, tant dans l'intérêt de la mère que de celui de l'enfant, de la poudre zootrophique du doc teur G. Polli, de Milan.

D' Droixhe, à Huy (province de Liège).

Réflexions. — Ici encore, on voit comment la dosimétrie a combattu, pied à pied, les symptômes. Que serait-il arrivé si on avait fait de l'expectation? C'est que la malade aurait indubitablement succombé à l'intensité des douleurs et à la prostration nerveuse. Il a donc fallu arrêter les points lancinants, abattre la fièvre et en empêcher les accès. Ce ce que le docteur Droixhe a fait avec une supériorité incontestable.

A l'égard de la cicutine, nous rappellerons ici les paroles de Gubler : « La cicutine n'est pas seulement hypocénitique, elle est aussi anesthésique et trouve son emploi dans les affections éminemment douloureuses (1). Mais c'est, à mon avis, dans les maladies hyperesthésiques et spasmodiques de l'appareil respiratoire, qui lui sert de voie d'élimination (2), par exemple dans les toux quinteuses et la coqueluche, que la cicutine est appelée à rendre de grands services ; seulement, afin de bénéficier de sa volatilité, il faut l'associer à des acides, ou à l'état de sel.

La cicutine n'exerçant aucune constriction sur le gosier, on peut la donner en potion, ou dans un peu d'eau sucrée, en y écrasant les granules.

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