DIXIÈME FAIT
Jugulation de la fièvre rhumatismale articulaire aiguë,
M. J..., âgé de 27 ans, constitution nerveuse, arriva à Ostende, d'une excursion en mer, le corps raidi par le froid et l'humidité. C'était fin
(1) On sait que la ciguë a été vantée par StoU pour la résolution des cancers durs. Elle ne fait cependant que calmer les douleurs lancinantes. Les cas rapportés par le médecin viennois étaient probablement de simples engorgements adénoïdes.
(2) Cette observation est très-importante et explique l'action rapide des substances volatiles sur les voies respiratoires : ainsi riodoforme, le goudron, les sulfures, agissent sur les poumons par voie de retour. Parmi les sels de cicutine, nous recommandons particulièrement le bromhvdrate de cicutine. En associant la cicutine à la morphine, on empêche son action mydriatique et la sécheresse du gosier. La cicutine dilate les pupilles, la morphine les resserre : il y a donc action compensatrice, mais non antagoniste, comme Gubler l'avait pensé.
septembre et les veuts équinoxiaux soufflaient avec violence. La fièvre se déclara et se jeta sur les articulations, en commençant par les poignets et les pieds, pour s'étendre ensuite aux coudes, aux épaules, aux genoux et aux hanches, et enfin à tout le système articulaire. Le pouls s'éleva rapidement à 120 et la chaleur à 39 3/4° c. Les douleurs empêchèi'ent tout repos et le malade étant dans une sorte de macération, se refroidissait très-rapidement et obligeait ainsi de l'envelopper de flanelle, quoique l'appartement fût bien chauffé.
Nous eûmes recours à la vératrine, à la digitaline, à la codéine, qui calmèrent les douleurs et firent tomber le pouls et la chaleur. On en donna sans discontinuer, 1 gi'anule de chaque , toutes les demi-heures, jusqu'à chute complète de la fièvre, ce qui eut lieu le troisième jour. Je fis alors donner l'arséniate de quinine, afin d'empêcher le retour des accès. La guérison eut lieu au bout de quinze jours, et le malade put s'en retourner à Londres, d'où il était venu en yacht, mais cette fois en prenant des précautions.
D' Dejumné, à Ostende.
Réflexions. — On connaît la violence du rhumatisme articulaire aigu, et souvent sa brusque i-épercussion sur les membranes fibro-séreuses du cœur. Ce ne sont donc pas tant les arthrites qu'il faut combattre, mais la fièvre.
On a vanté dans ces cas le salicylate de soude à haute dose (5 à 6 grammes par jour); mais ce sont ici les répercussions sur les fibroséreuses de la tête qui sont à craincke.
On sait que les enfants sont très-sujets au rhumatisme articulaire aigu; de même, on voit survenir souvent chez eux des méningites. Cette solidarité pathologique des membranes fibro-séreuses, déjà signalée par Bichat, exige donc les plus grandes précautions.
Supprimer l'arthrite, ce n'est pas supprimer ia fièvre. Aussi les organiciens versent dans un cercle vicieux. Ils voient la cause dans l'effet, et ne faisant point de thérapeutique, ils se ménagent l'occasion de nombreuses autopsies. C'est ainsi que nous voyons de nos jours des Sociétés d'anatomie pathologique ne se contentant pas de laver leur linge sale en famille, mais l'exposent au grand jour.